Carnet  de  route  d'une croisière sur la Volga de Saint-Pétersbourg à Moscou 
(23 juin-3 juillet 2017) - (Suite 1)
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Du 5ème jour au 8ème jour : La croisière


5ème jour : Vers Mandroga - A Mandroga (Les photos sont  ici ) 
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La carte de la croisière de Saint-Pétersbourg à Moscou - Source : Wikipédia
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A 8 heures, réveil musical. Mais on n'est pas obligé de l'attendre et, de 7h45 à 9h45, on peut prendre son petit déjeuner au restaurant Symphonie. De 8 h à 8h15, une mise en forme matinale est proposée sur le pont Soleil. 

Tout en prenant mon petit déjeuner, je regarde défiler les forêts, les bois de bouleaux, avec de rares apparitions de constructions à demi cachées dans les bosquets. Je me demande où nous pouvons bien nous trouver. Nous devons avoir quitté la Néva et j'hésite entre le lac Ladoga et la rivière Svir. Malgré l'étendue d'eau qui nous entoure, j'opte pour la rivière. Nous avons dû traverser le lac pendant la nuit. En tous cas, nous nous trouvons sur la partie du complexe fluvial Volga-Baltique qui s'appelait autrefois système de canal Mariinsk. Ce système fut commencé sous Pierre le Grand, afin d'assurer la sécurité de la circulation fluviale, dans le cadre des conflits qui l'opposait à la Suède. Sa construction fut poursuivie par ses successeurs. Au 19ème siècle, il allait de Saint-Pétersbourg à Rybinsk (voir le profil des canaux ici). Cet ensemble constituait un ouvrage remarquable pour le 19ème siècle qui rendit de grands services à l'économie russe. Il fut reconstruit dans les années 1960 pour accueillir des bateaux de plus fort tonnage. 

Situé a 59°54'-61°47' de lattitude nord et à 29°47'- 32°47' de longitude est, le lac Ladoga est le plus grand lac naturel d'Europe (18134 km2 - une autre source parle de 17900 Km2, 1150 km de -  1570 km selon une autre source, 908 km3 de masse d'eau), mais c'est aussi l'un des plus jeunes puisqu'il compte à peine 12000 ans. Il est né de la fonte d'un glacier. Ladoga vient d'un mot finnois qui signifie "celui qui fait des vagues". Le Ladoga est en effet une véritable mer de 219 km de long et 124 km de large, dont la profondeur moyenne est de 50 m. Il arrive que des bateaux aient à y affronter un vent de force 7. Ajoutons que plus de 600 îles qui occupent 452 km2 de sa superficie, dont 500 dans la partie nord du lac, comme la fameuse île de Valaam, où se trouve l'un des monastères les plus sacrés de l'Eglise orthodoxe russe, celui de la Transfiguration, en cours de restauration. La surface totale de Valaam est de 28 km2, sa longueur du nord-ouest au sud-est est de 4 km, sa largeur du sud-ouest au nord-est de 5,5 km. Le nom de l'archipel d'une cinquantaine d'îlots auquel elle appartient proviendrait du finnois et signifierait grande hauteur, pente raide. Le point le plus élevé de l’île se trouve à 42 mètres d’altitude. Au cours des siècles de vie monastique, l'île, avec ses magnifiques paysages et ses splendides bâtiments, a acquis une grande célébrité. Le lac Ladoga est au centre d'un vaste bassin de 276000 km2 (soit 9 fois la Belgique) : près de 3500 rivières et ruisseaux s'y jettent, mais une seule en sort, la Néva. ll contient 838 km3 d’eau avec une profondeur moyenne de 46 m, la profondeur maximale étant de 230 m. Des canards sauvages et des grèbes font leur nid dans les roseaux du rivage, des rennes et des ours viennent boire au bords du lac. Mais le roi du lac Ladoga, son plus ancien habitant, c'est le veau marin, venu de la mer Blanche. Certes, il n'en reste pa beaucoup aujourd'hui, mais on peut encore en voir surgir de l'eau avec leur tête ronde aux yeux pleins de curiosité, à condition d'être patient. Le lac est peuplé de 58 espèces de poissons, dont les plus précieuses sont des salmonidés saumon et truite lacustres. Pendant la seconde guerre mondiale, c'est grâce au lac Ladoga que Léningrad put résister 17 mois au siège des Allemands. Par la fameuse Route de la Survie qui le traversait (en bateaux et péniches après le dégel, sur les eaux gelées en hiver) plus d'un million de personnes furent évacuées et des milliers de tonnes de vivres et des armes furent acheminées entre septembre 1942 et janvier 1943. 
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Les bords de la Svir - Source : Documentation touristique
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Le ou la Svir (les deux genres sont admis), devenue l'un des segments du complexe Volga-Baltique, s'étire sur 224 kilomètres (220 km selon une autre source) à travers les forêts du Nord, reliant les deux premiers lacs d'Europe, le Ladoga à l'ouest et l'Onéga à l'est. Elle est tributaire du premier, émissaire du second, et marque la limite sud de la Carélie. La largeur de cette rivière varie entre 100 mètres aux alentours de la ville de Podporojié, et 10 à 12 km dans la zone inondée d'Ivinski. Ses 30 îles sont relativement petites, basses, couvertes de forêts, de buissons et de plantes herbacées. La Svir, qui reçoit près de 30 affluents dont les plus importants sont la Pacha, la Oyat, la Yandeba, la Vajinka et l'Ivina, possède un bassin d'environ 84433 km2. Son débit est en moyenne de 785 m3/s et elle charrie près de 20 km3 d'eau par an. Deux centrales ont été construites sur la Svir : celle du Bas-Svir et celle du Haut-Svir. Elles divisent le cours d'eau en trois segments différents du point de vue de son lit et de son régime hydraulique : le Bas-Svir (80 km), le Moyen-Svir (46 km) et le Haut-Svir (94 km). La différence de niveau entre la source et l'embouchure est de 28 mètres. La rivière est gelée depuis la mi-novembre jusqu'à la mi-avril, et le début mai. Son origine n'est pas tout à fait élucidée. Peut-être est-elle née d'une rupture de la rive inférieure de l'Onéga, lorsque celui-ci fut submergé par la fonte du glacier préhistorique. Quoi qu'il en soit les bords du Svir étaient peuplés bien avant notre ère, probablement par des tribus finno-ougriennes, en particulier les Vepses et les Carèles, comme l'indique le nom de la rivière: syvâ, qui signifie "profond" en finnois. La Svir a occupé, depuis les 10ème et 11ème siècles, une position clé dans le système de communications du Nord-Ouest de la Russie. C'était un passage obligé pour les marchands et les guerriers qui se disputaient les terres septentrionales. Les Russes y furent présents dès la fin du 10ème siècle, comme en témoignent les tombes retrouvées lors d'une expédition entreprise en 1934, juste avant que des vestiges archéologiques précieux ne soient engloutis par les eaux d'un barrage. Cette rivière a toujours envoûté les voyageurs. Les Vepses lui prêtaient le don de prolonger la vie d'un an à chaque parcours de la rivière d'amont en aval, et de deux ans dans le sens inverse. L'écrivain Maxime Gorki, qui voyagea dans cette région au debut du siècle, s'exclamait : "Il est impossible de passer sous silence la Svir ! Rien à voir avec les sombres et maussades Kovja et Cheksna. ElIe est aussi large que l'Oka et, d'une façon générale, rappelle davantage les cours d'eau riants de la Russie centrale que les frigides rivières du Nord... Rien n'est plus reposant que de se laisser aller entre ces bords majestueux. où les conifères alternent avec les feuillus, les roches rouges avec des marécages verdoyants..." 

A 9h15, exercice de sécurité. Nous sommes invités à revêtir nos gilets de sauvetage et à nous présenter en dehors de nos cabines. A 10 heures, Tatiana nous propose la première séance sur l'histoire de la Russie dans la salle de Conférence. A 11 heures, elle y sera remplacée par Valentina et sa chorale russe, laquelle cèdera la place, à 12 heures à une présentation d'objets d'artisanat traditionnel russe par Natacha et Anna. Puis, ce sera au tour de Maria de venir brièvement y présenter les danses russes, à 12h45. On ne peut pas assister à toutes les animations, surtout si on veut jouir depuis les ponts de la beauté des paysages et du passage des écluses. Passionné d'histoire, j'opte donc pour Tatiana. Un compte rendu de ce que j'ai retenu de ses trois conférences peut-être lu ici 

Nous parvenons à la première écluse. Ce doit être l'écluse du Bas-Svir (voir le profil de la croisière ici). Ses caractéristiques figurent sur le tableau ci-après. Elle est accompagnée sur la gauche par une centrale hydroélectrique. C'est un doublon que nous retrouverons plus loin. Les Russes ont utilisé les dénivelés pour générer de l'énergie. Lénine n'avait-il pas dit que, le socialisme, c'était les soviets plus l'électricité? Nous approchons lentement de l'entrée et nous pénétrons dans un chenal étroit et profond qui paraît nous emprisonner, jusqu'à une sorte de mur de béton, surmonté de la porte supérieure, qui nous barre le passage. C'est cet obstacle que l'écluse va nous permettre de franchir. Une porte se referme derrière nous. L'eau monte lentement sous notre coque. Il va falloir patienter assez longtemps avant que notre navire ne se trouve au-dessus du mur. A ce moment, la porte supérieure s'ouvre, notre marche peut reprendre et notre navire glisse à nouveau vers la sortie de l'écluse dans un chenal beaucoup moins profond, à peu près au niveau du lit de la rivière.  
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Au cours de notre croisière, nous aurons l'occasion de franchir un grand nombre d'écluses comme le montre le tableau ci-dessous. Notons que les trois dernières écluses, qui sont decendantes, n'y figurent pas. Des détails supplémentaires seront fournis si nécessaire. 
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Peu de temps après, nous apercevons la pointe de terre sur laquelle est situé le village de Mandroga où nous allons faire halte. Un autre bateau déjà à quai nous y attend. Il doit être à peu près 13h30. 
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 L'arrivée à Mandroga sur la rivière Svir
 
Situé non loin de la centrale hydro-électrique du Bas-Svir, dans un endroit pittoresque, le village de Verhnie Mandrogui (Mandroga ou Mandrogi) se distingue des autres par sa situation géographique, par son histoire et par sa nature. Il a connu l'essor économique avant le règne de Pierre le Grand, à l'époque ou les principales  voies commerciales ne passaient pas encore par la Baltique. Il était le lieu de production du fer, d'extraction du granit; un grand chantier naval et un important centre de commerce y étaient installés. Lors de la guerre de 1941-1945, ce village, qui comprenait alors 29 foyers, fut incendié. Ses habitants furent relogés dans les villages voisins. Le village commença à se reconstruire en 1996, grâce à l'engagement d'enthousiastes de la vie paysanne qui aménagèrent tout ce qui est nécessaire pour la vie, le travail et le repos. Une clairière au bord de l'eau, envahie par une saulaie, se transforma en centre de tourisme et en escale pour les bateaux de croisère passant par la voie navigable Volga-Baltique. En 1999, suite à un décret du gouvernement russe, il réapparut sur la carte de la Fédération de Russie. A Mandrogui fut édifié un ensemble de constructions de bois richement décorées de sculpture sur bois. On y trouve des propriétés, deux hotels imitant les terems de boyars, des maisons d'hôtes, une Maison de la poste, un musée de la vodka, un toboggan, des izbas, des ateliers d'artisans, des demeures des propriétaires fonciers, des restaurants, une étable et une écurie, une buanderie, une blanchisserie, des bains-russes, un garage, un moulin à vent, ainsi que la ferme des cailles et celle des lapins, et même un terrain de football et un héliport. Aujourd'hui le village compte plus de 150 habitants, auxquels il faut ajouter 200 personnes qui viennent y travailler le matin pour en repartir le soir. Onze personnes y sont déjà nées depuis le moment de sa refondation. Le village bénéficie d'une école maternelle ainsi que d'une école primaire et secondaire. Les artisans y créent des oeuvres d'art, et des maîtres d'oeuvre y enseignent aussi, à ceux qui le souhaitent, les ficelles de leur métier oubliées depuis longtemps. On y apprend à tisser, à broder, à peindre les matriochkas, à tourner et cuire la poterie ou à réaliser des sculptures sur bois. Les gens qui travaillent dans ce charmant petit village sont laborieux; ils ont le sens du travail en équipe et sont disposés à  s'engager dans des projets qui émanent d'ailleurs souvent d'eux-mêmes. Une seule condition  est exigée, à tout le monde sans exception : ne pas s'enivrer et ne pas voler. Le village est unique par la beauté naturelle de son site, par son architecture, et par l'engagement de ses habitants. Trouve-t-on ailleurs en Russie un endroit ou le Président aurait pu faire de ses propes mains un pot sur un simple tour de potier et peindre lui-même une matriochka? A Verhnie Mandrogui viennent se reposer dans un cadre charmant et confortable des gens illustres comme des gens ordinaires de tous les coins du monde. Les bateaux y font escale et les touristes peuvent s'y promener dans la nature, admirer un paysage typique du Nord, y voir la vie des gens, goûter des spécialités locales et y acheter des souvenirs fabriqués sur place. La rivière du même nom se joint ici au Svir et son embouchure est un lieu populaire de récréation et de loisir. Deux cours d'eau du même nom (Svir) s'y joignent et l'embouchure est un lieu populaire de récréation et de loisir. 
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Au débarqué du bateau, nous traversons une boutique de souvenirs. Puis nous nous dirigeons vers un important complexe de maisons en bois où nous allons pique-niquer. Ce complexe voisine le terrain de football et l'héliport. La salle de ce restaurant rustique est vaste. De nombreuses tables accompagnées de bans s'y alignent. Ici, tout est en bois, du sol de planches au toit soutenu par de poutres et chevrons bien équarries et au piliers sur lesquels repose la couverture. Du côté gauche en entrant, s'étalent les victuailles d'un self-service; du côté droit, sur une estrade, deux musiciens et une chanteuse, vêtus de vêtements rouges flamboyants, agrémentent notre repas en interprétant des airs russes. Le prix du repas est défrayés par la remise d'un ticket, le coupon brochette, qu'il nous a été demandé expressément de ne pas oublier ni perdre. A par la brochette, je n'ai pas gardé un souvenir particulier des mets que j'ai choisis; je me suis composé un repas russe ressemblant à ceux qui sont servis sur le bateau, arrosé de bière, avec un dessert aux myrtilles. Notre musiciens achèvent leur prestation par une chanson accompagnée d'accordéon et d'un instrument de percussion composé de plusieurs bouteilles vides suspendues à un petit portique de tringles métalliques. 

Ces agapes campagnardes achevées, je quitte l'immense salle. Parmi les autres batiments qui la jouxtent, je remarque une autre boutique de souvenirs. Je marche au devant de l'ancien village sur un chemin pavé de grosses pierres humides; il a plu durant la matinée. Je passe devant une maison en gros rondins qui me rappelle celles que j'ai vu en 1971 en Abitibi. Par bien des côtés, la Russie me rappelle d'ailleurs toujours mon séjour au Canada. Une pancarte précise que cette maison est la demeure d'un joallier. Mon regard est attiré par les jolies décorations de la maison suivante dont la porte ouverte est recouverte, comme d'une enseigne, d'une sorte de tapisserie de motifs cousus très colorés. Cette invitation à pénétrer à l'intérieur, ne me laisses pa insensible, j'y entre. J'y suis acceuilli par une jeune femme joviale aux joues rondes, en costume russe, qui s'affaire à un travail de couture, et daigne gratifier d'un sourire le cliché d'elle que je prends. La façade de cette demeure vouée au travail des étoffes me semble être un modèle d'architecture villageoise russe d'antan pour ses décorations, notamment ses sculptures sur bois peintes. De l'autre côté du chemin, c'est-à-dire à gauche, s'élèvent plusieurs bâtiments artisanaux dont une forge. Je monte à l'étage de celui qui borde le chemin. Dans une vaste pièce aux allures de grenier se trouvent plusieurs objets d'usage en Russie, en bois ou en fer : des coffres, des traineaux et bien d'autres choses. La maison artisanale suivante, très à mon goût, est consacrée au tissage et à la confection de batiks (une pancarte l'indique). En face, c'est-à-dire à droite du chemin, s'étend le domaine des apothicaires : un jardin de plantes médicinales. Un peu plus loin, sur la gauche, c'est d'abord le joueur d'un instrument rappelant une vièle qui, assis sur un petit tabouret devant une maison, casquette en tête et bottes aux pieds, une sorte de haut de forme blanc posé à l'envers sur le sol pour recevoir d'éventuelles largesses sonnantes et trébuchentes des visiteurs, éveille les échos d'une musique aigrelette. A côté de la maison d'après, un enfant s'amuse sur une balançoire. J'avoue que ces scènes rustiques, quelque peu hors du temps, et placées au milieu des maisons artisanales, ont le don de m'émouvoir en donnant à l'ensemble un cachet d'authenticité, vrai ou faux, peu m'importe. Un peu plus loin, sur la droite, à l'endroit où le chemin tourne à gauche pour suivre la courbe du rivage tout proche, s'élève un moulin à vent de bois.  

J'arrive maintenant à un endroit charmant qui s'ouvre sur un bras d'eau entre les arbres et les fougères; c'est un embarcadère à yachts. En face s'élève une très belle maison blanche composée d'un corps de logis central et de deux ailes pourvus de colonnes;  devant ce château miniature s'étend une petite pelouse ornée d'une couronne de plantes vertes. Puis, sur la gauche du chemin, se trouve une maison que je prends d'abord pour une petite église, surmontée d'une espèce de clocher, mais ce n'est qu'une jolie maison d'hôtes. J'arrive maintenant face à un grand portail ouvert sur la droite du chemin. Le haut de cette construction est décorée de statues en bois peint de personnages que je n'identifie pas. Heureusement, se détache en lettre dorées au fronton de ce portail, écrit en russe, le mot Loukomorié, ce qui signifie contrée légendaire. De là part un bac qui franchit le bras d'eau jusqu'à la clairière des contes de fées située sur l'autre rive. Presque en face de cet embarcadère, le champ de tir à l'arc permet aux amateurs de se livrer à leur sport favori. A un carrefour, à droite, se dresse un hôtel imité des terems des boyards, ce terme s'appliquant à des habitations dont les pièces sont à l'étage. Le temps s'écoulant rapidement, je juge prudent de revenir en direction de notre bateau, que nous devons avoir réintégré avant 15h45, et je prend sur la gauche le chemin qui s'ouvre face à l'hôtel. Je retrouve plusieurs édifices intéressants dédiés aux métiers traditionnels, un toboggan coiffé d'une mitre, un restaurant et l'administration du site, une jolie maison récente aux toits de bulbes et aux escaliers de dentelle de bois. Puis une autre maison plus classique dont l'enseigne précise la destination : Art Saloon. Mon tour, non pas du propriétaire mais du touriste consciencieux achevé, je me dirige vers notre bateau en longeant la berge. Nous levons l'ancre à 16 heures. Adieu Mandrago!   
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Le départ de Mandrago
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A 16h15, premier cours d'initiation à la langue russe avec Macha en Salle de Conférence. La connaissance de l'alphabet russe est primordial. Si on le connait, on peut lire et décrypter pas mal de termes qui ressemblent phonétiquement à des mots d'autres langues européennes et très souvent au français. Il devient relativement facile de se diriger et de comprendre le sens de pas mal d'inscription qui s'offrent à notre regard. A titre d'exemple, voici une liste de mots qui se prononcent presque de la même façon en russe qu'en français : parc, sport, soupe, banque, box, texte, stop, classe, tigre, chef, film, kiosque, théâtre, athlète, papa, football, banane, touriste, métro, taxi, restaurant, téléphone, transport... D'autres sont facilement compréhensibles : ciné, se dit kino, maman se dit mama, lampe se dit lampa, rose se dit rosa, carte se dit karta, étudiant se dit stoudent, téléviseur se dit télévisor, cirque se dit tsirk, bibliothèque se dit bibliothéka, université se dit ouniversitet... Mais tout n'est pas si simple. Les Russes ont trois noms : un prénom (imia), un patronyme (imia otchistva) dérivé du nom du père, et un nom de famille (familiia). Quand on connaît une personne sans être proche d'elle - dans l'environnement professionnel, par exemple - on l'appelle par son prénom suivi de son patronyme, lequel prend la marque du genre. Si un homme s'appelle Ivan et son père Piotr, on le nomme Ivan Piétrovitch; si une femme s'appelle Natalia et son père Ivan, on la nomme Natalia Ivanonvna. Comment demande-t-on la note au restaurant : Chïot pajalousta (pajalousta signifie s'il vous plaît et chïot, ce n'est pas ce que l'on pourrait croire, mais le bout de papier). 
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Le nom de l'alphabet russe vient de celui du frère Cyrille qui le créa au 9ème siècle à l'aide de ses disciples. Cet alphabet est d'origine Grecque. Il comprend 33 lettres : 20 consonnes, 10 voyelles et 3 signes. Il ignore le h et ne compte pas de e muet. Les sons nasaux n'existent pas en russe et certains sons français composites sont représentés par des lettres. Certaines lettres admettent plusieurs prononciations (Exemple : o se prononce a ou o suivant l'usage et parfois différemment dans le même mot). Les accents jouent aussi leur rôle (exemple : E se prononce IE, Ë se prononce IO). Cet alphabet est aujourd'hui utilisé par plusieurs langues comme le russe, l'ukrainien, le biélorusse, le bulgare, le macédonien, le Serbe, etc. Plus de 250000 personnes l'emploient à travers le monde (un vocabulaire succinct et des expressions utiles sont ici). 

A 17h15, réunion d'information sur le programme de Moscou en Salle de Conférence suivi du choix des options payantes. A 18h30, petits jeux avec Maria et Macha au bar Concerto. A 19h15, apéritif avec ambiance musicale aux bars Sonate et Concerto, cocktail du jour : Soleil. 

Au cours de cet après-midi bien chargé, nous avons assisté au franchissement d'une nouvelle écluse, probablement celle du Haut-Svir, accompagnée à nouveau de son barrage sur la gauche. La manoeuvre complète est illustrée par des photos (voir le profil de la croisière ici). 

A 20 heures, dîner au restaurant Symphonie. A 21h30, concert de musique instrumental en Salle de Conférence, piano et domra, un instrument à trois cordes russe de la famille des luths répandu jusqu'au 17ème siècle puis disparu, et ressorti à la fin du 19ème siècle par Vassili Andreyev, le musicien à l'origine du renouveau de la balalaïka et de la musique folklorique russe, en 1905, un luthier y ajouta une quatrième corde. A 22h30, à la télévision en cabine, deuxième partie du film Tchaïkovski, ou bien, pour les amateurs, soirée dansante au bar Sonate. 
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Domra à trois cordes - Source Internet
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Et pour conclure, l'information inutile du jour. Un petit garçon est en train de cueillir des champignons. Un garde forestier apparaît à ses côtés. Bonjour, petit, tu es bien jeune! - J'ai dix ans, Monsieur! - C'est bien, et à ton âge tu sais déjà distinguer les champignons comestibles des champignons vénéneux? - Non, Monsieur, mais cela n'a pas d'importance. Ce n'est pas pour les manger que je les ramasse, c'est pour les vendre! 

6ème jour : Kiji (Les photos sont  ici ) 

Réveil musical à 6h30. Petit déjeuner buffet au restaurant Symphonie de 6h30 à 7h30. Nous sommes sur le lac Onéga. Ce lac Onéga, surnommé l'Écrevisse en raison de sa forme sur la carte, vient au second rang en Europe par sa superficie (9930 km2, une autre source parle de 9890 km2), derrière le lac Ladoga. Mais il est plus long (plus de 200 km, selon une autre source 248 km de long sur 49 km de large) et surtout plus profond (Jusqu'à 120 m contre 51 m pour le Ladoga); la longueur de sa ligne côtière est de 1480 km. Les vents peuvent y atteindre la violence des tempêtes marines et l'on y a observé des vagues de près de 5 mètres. C'est l'un des 64000 lacs de la république de Carélie qu'on appelle parfois "le pays des lacs, des forêts et du granit". Ces milliers de cuvettes sont unies entre elles par des cours d'eau à l'écoulement tantôt incertain, tantôt précipité par des rapides et des cascades. On dénombre dans cette république 26000 rivières. On dit que sur trois kilomètres carrés de surface 1 km2 est couvert d'eau. Le décor changeant et miroitant s'uniformise seulement en hiver quand la neige recouvre tout, les lacs et les rivières gelés dès la mi-novembre et les conifères pliant sous leur aiguilles de glace. Le lac abonde en îles qui s'allongent sur plusieurs kilomètres et dont la majorité se trouve au nord. Entre les plus grandes - les îles Bolchoï Kamenetski et Bolchoï Lelikovski - se situe une multitude d'îlots connus sous le nom commun de fjords de Kiji ou d'Onéga. Nombre de rivières s'y jettent dans le lac Onega (dont les plus importantes sont la Vytegra, la Vodla et l'Androma), mais seul le (ou la) Svir en sort. L'écoulement du Svir est réglé par deux centrales hydrauliques. Avec le lac Ladoga, le lac Onéga contribue à l'abondance des eaux de la Néva et à leur relative régularité. Une trentaine d'espèces de poissons peuplent l'Onéga, dont le saumon lacustre, la truite, le lavaret, l'éperlan et le brochet. Malheureusement, la pollution grandissante a contribué à réduire fortement les zones de frai. Le lac est célèbre pour ses nuits blanches, à partir du mois de mai jusqu'au mois d'août et aux mois de juin et  de juillet il peut y avoir des mirages. 

Kiji, notre escale, se trouve en Carélie, république autonome de la Fédération de Russie, d'une superficie de 172400 km2, entre la mer Blanche à l'est et la Finlande à l'Ouest, la région de Mourmansk au nord et les lacs Ladoga et Onéga au sud. Petrozavodsk (25000 habitants en 1925 et 280000 habitants), la capitale, se trouve sur la rive ouest de l'Onéga. Les lacs y couvrent environ 20 % de la superficie totale (une autre source parle de 30000 km2, soit un peu plus du sixième de la surface). Les forêts, quant à elles, s'étendent sur 60 % de la superficie de la Carélie. Les terres arables n'occupent que 3 % du territoire. Les principales activités y sont depuis toujours la pêche, la chasse et le bois. Mentionnons aussi la richesse du sous-sol (argent, cuivre, molybdène, étain). La Carélie compte près de 800000 habitants. La densité de la population n'y dépasse pas 4 habitants au km2 et l'on dit qu'il y existe une rivière ou un lac par famille. Les Russes, avec 71,3 %, constituent la majorité de la population, tandis que les Caréliens ou Carèles, le peuple éponyme, ne sont plus que 11 % (leur religion est le christianisme luthérien). Le carélien est une sous-famille du groupe finnois et ne s'écrit que depuis 1917. C'est au tournant de notre ère que les tribus finno-ougriennes sont venues s'installer dans cette région. Les Russes y firent leur apparition au 12ème siècle, puis la majeure partie de la Carélie appartint à la Suède, de 1323 à 1809. Intégrée dès lors à l'Empire russe, elle fut divisée en deux parties après l'accession de la Finlande à l'indépendance en 1917 (la Carélie orientale resta en Russie). A la faveur du pacte germano-soviétique, l'URSS annexa la Carélie occidentale en 1939-1940. De nombreux Caréliens se réfugièrent alors en Finlande.  
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C'est sur l’île de Kiji, au nord-est du lac Onéga, qu'est apparue l'une des premières agglomérations de cette région. Kiji est toute petite, elle ne mesure que 7 km de long sur 1,5 km de large. Cette île est célèbre pour son ensemble exceptionnel d'architecture en bois. Elle est entourée d'autres îles, dans un archipel riche en légendes et reputé pour le talent de ses conteurs comme pour ses plantes médicinales. A l'exception d'une chapelle du 14ème siècle, la plupart des constructions datent du 18ème siècle, mais elles reflètent une culture paysanne qui remonte aux temps les plus reculés. L'île fut jadis un site sacré païen. Au 11ème siècle, des colons y fondèrent une chapelle. L'île, très fournie en gibier et poissons, ainsi qu'en terres arables, attira de nombreux migrants. En 1478, Kiji, qui dépendait de Novgorod, fut annexée par la Moscovie. Plus tard, elle tomba entre les mains des Polonais, puis des Lituaniens et des Suédois, avant d'être récupérée par los Russes. Kiji est réputée pour ses artisans, ses brodeuses, ses sculpteurs sur bois et surtout ses charpentiers, qui étaient appréciés dans toute la Russie. En 1714 fut édifiée sur l'île, sans un seul clou, la cathédrale de la Transfiguration aux 22 coupoles, chef d'oeuvre absolu de l'architecture en bois. Elle est, avec l'église de l'Intercession de la Vierge (1764) et un clocher du 19ème siècle, l'un des trois principaux bâtiments de l'île, Les autres constructions, très nombreuses, y ont été transportées spécialement de diverses régions du pays pour former un musée de l'architecture en bois en plein air. Kiji abrite de nombreuses espèces d'oiseaux et de serpents; ces derniers sont considérés comme des animaux sacrés par les habitants. Il est déconseillé de marcher dans l'herbe au risque de déranger l'un d'entre eux! Dans la partie gauche de l'île, s'élève un village pittoresque d'une quarantaine d'habitants. Depuis 1990, l'île, son enclos paroissial et les bâtiments qui l'entourent sont inscrits au patrimoine de l'U.N.E.S.C.O. 
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Nous arrivons de bonne heure dans l'île. Nous y débarquons sur un plancher de bois où s'élèvent quelques échoppes pour touristes. Nos guides rassemblent les groupes. Nous avons été invités à nous munirent de nos écouteurs, à porter des chaussures de marche et à ne pas marcher dans l'herbe mais au contraire à suivre les chemins pour éviter les mauvaises rencontres avec les serpents. Par ailleurs, il est interdit de fumer pendant la visite toutes les maisons étant en bois et sujettes à l'incendie. Sur la gauche du chemin de planches bordé de bouleaux qui mène au site, des cartes de l'île s'étalent sur des panneaux. J'y jette un coup d'oeil. Puis nous nous engageons sur le chemin de planches qui cède un peu plus loin la place à un chemin de terre, précisément à l'endroit où se trouve un groupe de constructions qui constitue la véritable entrée sur le site de la visite, au nord-ouest de l'île. Nous ne mettrons pas les pieds sur la partie sud-est qui semble occupé par un village, selon la carte ci-dessus. 

De loin,  nous apercevons l'enclos paroissial où s'élèvent la cathédrale de la Transfiguration en cours de restauration et l'église de l'Intercession de la Vierge. La cathédrale, tout en bois, a été édifiée au 18ème siècle, rappelons-le, sans faire usage du moindre clou! Espérons que les restaurateurs respecteront cette singularité. Au fur et à mesure que nous nous rapprochons de l'enclos, nous distiguons mieux les détails. Les bulbes centraux de la cathédrale semblent suspendus sur le ciel, séparés des murs par une sorte d'échafaudage sur lequel ils paraissent reposer. A l'intérieur de l'enclos, nous découvrons le clocher plus récent, bâti au 19ème siècle. Ce clocher comprte trois parties : une carrée en bas et les deux autres octogonales en haut; la partie supérieure, recouverte d'un toit pointu sommé d'un globe et d'une croix, celle qui doit contenir les cloches, est ouvertes aux quatres vents. En dehors de l'enclos, s'élèvent plusieurs maisons en bois rassemblées pour constituer un musée en plein air de l'architecture russe traditionnelle. Le long de l'église de l'Intercession s'étend un petit cimetière aux tombes marquées d'une croix orthodoxe russe qui ressemble à une croix de Lorraine dont le pied serait barré. 
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La croix orthodoxe russe 

L'axe vertical est coupé de trois bandes horizontales. Selon la coutume romaine, la branche supérieure porte l'inscription en grec, en latin et en hébreu du motif de la peine ordonnée par Pilate. La branche inférieure sert d'appui aux pieds du Christ, cloués séparément, contrairement à la tradition catholique. L'une des extrémités est surélevée, indiquant le ciel où est le bon larron. Souvent figure un crâne, symbolisant le corps d'Adam enterré sur les lieux de la crucifixion. La croix est ordinairement plantée sur un demi-croissant, symbole pour l'Église de l'ancre de la foi, plantée dans la mer du paganisme.  
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Nombre d'étrangers sont intrigués par la configuration de la croix orthodoxe à six branches, en particulier par la barre inférieure. Son origine n'est pas entièrement élucidée; mais, si elle est d'abord apparue à Byzance, c'est en Russie qu'elle s'est imposée à partir du 12ème siècle. Selon l'interprétation la plus répandue, cette barre inclinée ferait écho au texte liturgique suivant : "Entre deux larrons, Ta croix sera la balance de justice : l'un, pour t'avoir injurié sera jeté en enfer, l'autre, pour T'avoir reconnu, sera élevé jusqu'au ciel". En d'autres termes, cette barre de la croix orthodoxe russe illustre la parabole évangélique des deux larrons (Lucas 23 43). Elle est à la fois le symbole de la justice divine, avec le plateau des bonnes actions et celui des mauvaises, et le chemin qui mène de l'enfer au paradis. 
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Voir une page sur l'Eglise orthodoxe ici

L'église de l'Intercession de la Mère de Dieu fut construite du 1ème au 18ème siècle (1694-1764?) en bois de pin, de sapin et de tremble. Elle occupe toujours son emplacement d'origine, mais a été restaurée en 1956-1959, sous la direction de l'architecte A. V. Opolovnikov. Les services divins y avaient lieu jusqu'en 1937, date à laquelle ils furent interrompus, pour ne reprendre qu'en 1997. En 1991, cette église fut inscrite sur la liste de l'Héritage mondial de l'U.N.E.S.C.O. On accède à l'intérieur par un escalier de bois décoré où l'on découvre des symboles solaires. Cet escalier couvert est prolongé par un balcon également couvert d'où l'on peut admirer les environs. L'entrée s'ouvre sur ce balcon. De nombreuses icônes vivement colorées décorent les murs intérieurs et l'iconostase est assez spectaculaire compte tenu des dimension réduites de l'édifice. 

Nous quittons l'enclos paroissial pour faire le tour du nord-ouest de l'île. De part et d'autre du chemin, s'étendent des champs en fleurs clos de barrières mêlant des piquets droits à des piquets penchés. De nombreux pigeons gris picorent l'herbe d'une prairie. Nous arrivons devant l'église de la Résurrection de Lazare, une charmante petite église de bois gris (dans l'île toutes les construction sont en ce matériau, des murs jusqu'au toit) dont le toit pentu est taché de lichen roux. Cette église fut construite en bois de pin et de tremble vers la fin du 14ème siècle (la date précise n'est pas connue). Elle fut transférée en 1960 du monastère de la Dormition, sur la cote sud-est du lac Onéga. On la restaura en 1960-1961, sous la direction de l'architecte A. V. Opolovnikov. Selon la chronique, l'église serait l'oeuvre du missionnaire novgorodien Lazare, fondateur du monastère (1286-1391).  
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Les mires d'alignement Les balises du chenal de navigation
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A côté de cette église est placée une sorte de trapèze qui pourrait être une mire d'alignement. Plusieurs types de signalisation jalonnent en effet les voies d'eau. Le long des rives, on rencontre tous les cinq kilomètres des panneaux kilométriques mesurant la distance à partir de Moscou (port fluvial sud). Il existe aussi des mires d'alignement - le plus souvent à terre - composées de deux grands triangles tronqués ou carrés blancs permettant aux mariniers de mieux négocier les changements de cap. Enfin, des bouées latérales ont pour fonction de baliser le chenal de navigation : cylindriques rouges et blanches sur le bord droit du chenal ; coniques noires et blanches sur le bord gauche ; la nuit, ces balises sont signalées par un éclairage rouge à droite, et vert à gauche. Les repères s'entendent par rapport au sens du courant (rive droite-rive gauche). Pour mémoire, le rouge est à tribord pour un avalant, à bâbord pour un montant (voir une autre illustration ici). 

Nous passons ensuite à côté d'un moulin à vent. Ce moulin a été construit en bois de pin par le charpentier N. A. Bikanin. Il a été transféré ici depuis Vosktrov, dans la région de l'Outre-Onéga. On l'a restauré en 1961, sous la direction de l'architecte A. V. Opolovnikov. Il était destiné à moudre des céréales et coporte deux étages; en haut se trouve la trémie à grain et les meules de pierre, en bas le coffre qui recevait la farine.  

Un peu plus loiun sur le chemin, nous apercevons la chapelle de l'Archange Saint-Michel. Devant celle chapelle, plusieurs bancs plus ou moins rustiques offrent le repos aux touristes fatigués. Un sonneur de cloches nous souhaite la bienvenue en carillonnant dans la tour du clocher octogonal couvert d'un chapeau pointu russe. Cette chapelle fut construite au 17-18ème siècle, en bois de pin, de sapin et de tremble. Elle a été transférée de Lélikozero, dans l'Outre-Onéga. On la restaura en 1960-1961, sous la direction de l'architecte A. V. Opolovnikov. Elle répond à un mode de construction très commun au nord de la Russie et dans cette région. Un rôle déterminant dans la solution architecturale est dévolu au narthex avec sa toiture aux pans doublés. A l'intérieur, la décoration souligne l'élégance de l'ouvrage. Nous y découvrons une jolie iconostase et j'y photographie une très belle icône. 

A notre prochain arrêt nous regardons deux artisans travailler le bois. L'un sculpte de petites statuettes, l'autre fabrique des objets décoratifs autant qu'utilitaires d'usage domestique (seau, bol, pelle à farine...). Le produit de leur industrie est présenté sur deux tables à la convoitise d'éventuels acheteurs. Cet arrêt est au point de retournement de notre promenade campagnarde, jusque là nous nous sommes éloignés de l'enclos paroissial, maintenant, nous allons y revenir. 

Ces artisans ont dressé leurs étals devant la maison Elisarov. Cette maison paysanne a été édifiée dans la seconde moitié du 19ème siècle (1860). Elles est faite de bois de pin. Elle a été transférée ici depuis Potanevschina, région de l'Outre-Onéga. On la restaura en 1959-1961, sous la direction de l'architecte A. V. Opolovnikov. Il s'agit d'un exemple typique de la demeure d'un paysan du nord de la Russie où le logis et les dépendances (étables, hangar, fenil) sont disposés côte à côte, sous un toit commun. C'est un des rares exemples d'isba dont le poêle est dépourvu de cheminée. Nous accordons une assez longue visite à l'intérieur de cette maison qui comporte plusieurs pièces à l'étage. Nous y découvrons des objets quotidiens qui donne une image de la manière de vivre dans la campagne russe voici près de deux siècles : un métier à tisser, une icône qui me vaut une photo très particulière (on trouvait alors une icône danbs chaque isba), un lit d'enfant surmonté d'un capuchon de toile qui le recouvre comme une tente pointue, un panier en écorce de bouleau, l'inévitable samovar accompagné d'assiettes et de divers récipients (notamment des seaux en bois) et ustensiles de cuisine, un imposant fourneau en maçonnerie blanche qui aura son pendant dans la chambre, lequel, on l'a dit, n'a pas de cheminée. Dans une autre pièce plus intime, ce sont des coffres, une pendule, des photos au mur, peut-être de famille, mais pas toutes puisqu'on reconnaît au milieu le tsar et la tsarine, une alcôve, un calorifère en maçonnerie blanche, déjà évoqué, avec une place pour s'étendre dessus l'hiver bien au chaud. Dans un premier grenier, c'est un déballage d'outils (scie, fourches en bois...) difficiles à identifier dans la pénombre et le contre-jour qui vient du bord du toit, lequel laisse passer vent et lumière faute de joindre parfaitement le haut des murs. Dans un second grenier, une barque et des filets qui nous rappellent que nous sommes sur un lac et dans une région de pêcheurs. On descend de ce grenier par une sorte de rampe extérieure divisée en deux dans le sens de la longueur, à gauche un escalier pour les piétons, à droite une pente coupée de demi rondins, pour faire office de coupe-vitesse, destinée à ce qui glisse, par exemple la barque. 

Nous reprenons notre chemin et croisons deux popes vétus de noir, comme nos curés d'antan, accompagnés d'un groupe d'enfants. Puis nous parvenons à la maison Ochevnev. Cette maison a été construite en 1876. Elle a été transférée ici depuis Ochevnevo, dans l'Outre-Onéga et fut restaurée en 1951-1958 sous la direction des architectes E. V. Iljin et A. V. Opolovnikov. Comme la maison précédente, elle est un exemple des maisons paysannes du nord de la Russie qui rassemblaient hommes et animaux sous un même toit. On remarquera que cette disposition présentait un avantage bien connu dans nos régions de montagne en hiver : la chaleur animal contribuait à maintenir une température convenable dans l'ensemble de la maison. Elle est accompagnée par un grenier séparé construit au début du 20ème siècle en bois de pin. Il a été transféré ici depuis Lipovitsy, dans la région de l'Outre-Onéga. Il se compose de deux parties, l'une pour le blé et la farine, l'autre pour les vêtements et les outils. On trouve également à côté un bain russe isolé qualifié de sauna, datant également du début du 20ème siècle, lequel est en bois de pin et provient de Mijostrov (Outre-Onéga), restauré en 1973 sous la dircetion de l'architecte A. V. Opolovnikov. A côté, un artisan botté et coiffé d'une casquette, façonne un morceau de bois et, à la forme qu'il lui donne, on pourrait penser qu'il va fabriquer un sabot ou... une calle! 

Nous ne sommes plus qu'à quelques distances de l'enclos paroissial. Notre visite de Kiji tire à sa fin. Nous jetons un dernier coup d'oeil à la cathédrale de la Transfiguration et gagnons l'allée de planches bordée de bouleaux qui mène à l'embarcadère en évitant de marcher dans l'herbe par crainte des serpents. Il est à peu près 10 heures et le dernier retour à bord est prévu à pour 10h15. 

On a fait allusion plus haut à la pêche. Les eaux douces de la Russie européenne toujours été poissonneuses. Aujourd'hui encore, elles renferment une cinquantaine d'espèces courantes, parmi lesquelles il faut citer la sandre, l'éperlan, le brochet, la brème, le gardon, la perche, la carpe, l'ablette, la lotte, le lavaret, l'ide, la grémille, l'anguille. Peu de saumons. Encore moins d'esturgeons. Depuis les années 1930, les barrages ont stoppé net le frai des meilleures espèces. Industrielle ou sportive, la pêche reste une activité nationale. Dans les lacs, les professionnels réalisent une productivité de deux ou trois kilos à l'hectare. Ils ont connu des périodes plus fastes, à l'époque heureusement révolue où la pêche au chalut était une pratique légale (jusqu'en 1957). Ils doivent désormais se contenter de sennes ou de filets dans un contexte environnemental moins favorable. Quant aux amateurs, ils perpétuent une tradition plus que millénaire tout en se pliant à certaines règles : pas de pêche pendant le frai, pas de filets ni de matériel industriel, etc. Le plus souvent, on les voit pêcher au mouillage, bercés par l'onde. Étonnant spectacle, enfin, que de les observer l'hiver, une ligne à la main, assis devant un trou vrillé dans la glace à l'aide d'un pittoresque vilebrequin.  

Après avoir parlé de la pêche, voici quelques mots au sujet de la chasse. La forêt russe couvre la moitié du territoire national, soit plus de huit millions de kilomètres carrés. En conséquence, la faune est abondante et variée et la chasse constituent une activité clé de la vie populaire. Parmi d'autres, les écrivains Tolstoï et Tourgueniev (Les récits d'un chasseur) n'ont pas manqué en leur temps d'en témoigner par leur plume. Munis d'une autorisation de port d'arme, d'un certificat d'aptitude et d'une carte de société de chasse à jour des cotisations et taxes, voire d'une licence spéciale pour certaines espèces soumises à quotas, les chasseurs jouissent d'un environnement favorable. Elans, cerfs, chevreuils, sangliers sont leurs cibles habituelles. Beaucoup de bêtes à fourrure : lièvre blanc, écureuil, castor, blaireau, renard, martre, putois. Les oiseaux ne manquent pas : coqs de bruyère, gélinottes, bécasses, canards, perdrix... autant d'espèces hélas trop farouches pour se montrer sur les vastes plans d'eau à l'approche des bateaux de croisière. Au nombre des animaux "sous licence", citons spécialement la loutre, le lynx et surtout l'ours brun, ce "tsar des bois", symbole de la Russie, qui prospère encore avec une population de quelques quarante mille spécimens. Quant au loup, jugé importun, il n'a pas eu la chance d'être protégé. Au contraire, une prime est versée à quiconque rapporte sa dépouille. 
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Sur le lac Onéga en route pour Goritsy
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A 10h30, notre bateau appareille pour Goritsy. A 10h45, ceux qui le souhaite peuvent se rendre à la Salle de conférence avec Valentina qui anime une chorale russe. A 11h45, nouvelle séance d'initiation à la langue russe avec Macha, en Salle de Conférence (voir ici). A 12h30, déjeuner au restaurant Symphonie. En début d'après midi, visite de la Passerelle en quatre groupes, les deux premiers à 14 heures, les deux autres à 14h20, rendez-vous sur le pont Soleil. A 15h45, cérémonie de thé russe avec Tatiana, en Salle de Conférence, suivie par un goûter russe, thé, pirojki, musique... au restaurant  

Les Russes se retrouvent souvent autour d'une tasse de thé, à deux ou en groupe, en famille, avec des amis ou de bons copains pour se reposer, se détendre, discuter tranquillement et parler de la vie. La Russie a découvert le thé par le truchement de l'Orient. Au 17ème siècle, le tsar Michel Romanov reçut en cadeau des ambassadeurs chinois des caisses de thé. Mais les Russes n'adoptèrent pas d'emblée cette boisson exotique. Le samovar, récipient utilisé pour faire bouillir l'eau, devint indispensable. Conçu et perfectionné dans le seul but de réchauffer l'eau nécessaire à la préparation du thé, il en est comme l'âme. Il a été inventé en Chine, mais où on ne l'utilisait pourtant pas pour la préparation du thé. Cet appareil "auto-chauffant" (si on traduit littéralement le mot "samovar" du russe) est devenu le symbole de la vie quotidienne en Russie. Certains estiment que sa forme est presque humaine. Au milieu d'un samovar, on trouve un tube où se met du combustible : du charbon, des bûchettes, des cônes; l'eau remplit l'espace entre le tube et la paroi extérieure du samovar. Pour que le combustible brûle bien et chauffe l'eau rapidement, on attache en haut un autre tube plus long qui fait office de cheminée. L'eau bouillante dans le samovar reste chaude très longtemps. On verse de l'eau chaude du samovar dans une petite théière pour y faire infuser le thé. Les premiers samovars apparurent en Russie au début du 18ème siècle, et un demi-siècle après le premier samovar était fabriqué à Toula, "la Ville des armuriers", par un ouvrier de l'usine d'armes dans son atelier pendant son temps libre. Les samovars devinrent populaires et le petit atelier se convertit en fabrique. Au milieu du 19ème siècle, on comptait déjà 28 usines de samovars à Toula qui produisaient 120000 samovars chaque année. On y trouvait des samovars de tailles variées, de 3 litres, à 5, à 10 litres voire même à 25 litres. Au cours de ce siècle, différents types de samovars furent développés. Des modèles coûteux ou pratiques côtoyaient les formats familiaux. Cest à cette époque qu'apparurent les samovars en nickel qui font la fierté de leurs propriétaires. A présent on se sert très rarement des samovars, mais à Toula on en fabrique toujours, des modèles traditionnels mais aussi des modèles électriques.  

Lorsque l'on boit du thé, un samovar se dresse toujours au milieu de la table aux côtés de la théière. Cette dernière contient un thé concentré. Chaque hôte en verse dans sa tasse avant de le diluer en ajoutant l'eau bouillante du samovar. Le thé est toujours sucré. Aujourd'hui, chacun sucre dans sa tasse le thé à sa convenance. Autrefois, on plaçait des morceaux de sucre dans sa bouche afin de sucrer au passage chaque gorgée de liquide très chaud avant de l'avaler. Une autre tradition persiste en Russie : on y accompagne souvent le thé de zestes de citron, de miel, de baranki (petits biscuits en forme d'anneaux) ou de noix. Des bonbons, des pains d'épices, de la confiture ou des sucettes sont également très prisés. Le thé doit être brûlant. Naguère, on offrait aux visiteurs une serviette pour qu'ils puissent éponger la sueur de leur visage lorsque le thé les faisait transpirer. S'il était vraiment trop chaud, on le versait en petite quantité dans une tasse aux bords relevés. Celle-ci pouvait accueillir un verre ou une tasse. Aujourd'hui, cette tradition, devenue désuète, est peu respectée, mais les tasses sont toujours vendues accompagnées de leur soucoupe. Les Russes n'observent pas un rituel strict en matière de prise du thé. Il ne boivent pas ce breuvage à une heure déterminée, comme en Angleterre. Ils n'ont pas non plus d'étapes précises à suivre, comme l'exige la cérémonie du thé chinoise. A l'époque tsariste, les marchands pouvaient boire du thé pendant des heures autour d'un samovar de dix litres en négociant, en traitant des affaires financières ou en précisant les termes d'un contrant. Dans la célèbre galerie marchande "Gostiny Dvor", au coeur de Moscou, les samovars ne refroidissaient jamais. On boit du thé après le déjeuner, au moment du dessert. Il est accompagné de friandises et de fruits. Si l'on a convié des amis, le thé est servi avec des zakouskis : sandwichs au fromage, au saucisson ou au poisson, ainsi que des gâteaux. Si vous êtes un jour attendu pour le thé, un accueil chaleureux vous sera réservé. Viendront ensuite de longs récits, des discussions intimes, peut-être même des chansons auxquelles se mêleront de joyeux et agréables souvenirs. 

Après avoir quitté Kiji et navigué un moment sur le lac Onéga, nous avons quitté ce dernier pour entrer dans la Vytégra (un autre segment du canal Volga-Baltique) bordé d'un paysage typique du nord de la Russie (forêts, îlots marécageux, maisons de bois les pieds dans l'eau, pêcheurs à la ligne assis sur la berge, péniches chargées de sable ou de gravier, énormes tas de bois en attente sur des quais, batteries de grues pareilles à de grands insectes jaunes, bateaux transportant des grumes, mais aussi réservoirs de gaz ou de pétrole, et bulbes de l'église d'une bourgade). La Vytégra court sur trente-sept kilomètres au régime de 23 mètres cubes à la seconde. Étymologiquement, c'est la rivière "qui coule de la montagne". De l'écluse n° 6 à son embouchure dans le lac Onéga, elle accuse en effet un dénivelé de 80 mètres, aménagé par un toboggan de six écluses rapprochées. Avant 1963, il n'y avait pas moins de 26 écluses sur ce versant Baltique du relief. Cet escalier hydraulique traverse un paysage ondoyant et boisé. Après avoir navigué sur toute la longueur du canal de la Vytégra, le bateau croise le long de la ville de Vytegra. La centrale de Vytégra et l'écluse n° 1 sont situées à l'extrémité de la ville. L'embarcadère se trouve à l'approche de l’écluse n° 1 où s'achève le plan d'eau de la retenue de Vytégra. La ville de Vytégra est le chef-lieu de la région portant le même nom, sa population s'élève à plus de 10000 habitants. Le port de Vytégra fait partie du Système Volga-Baltique et l'écluse n° 1 est la première marche d'une cascade de six écluses rapprochées les unes des autres, comme on l'a déjà dit plus haut. Cet escalier dont les marches sont des écluses permet de franchir un dénivelé de 70 mètres. Les dimensions des écluses sont pratiquement identiques : 270x178x44 mètres. A l'entrée figure un blason que je suppose être celui de la ville ou de la région. Nous franchissons l'écluse en même temps qu'un autre bateau qui nous suit. Après l'écluse, à peu près le même paysage réapparaît. A la tombée de la nuit nous parvenons à proximité d'une autre écluse. Nous croisons alors un bateau qui porte le nom de Volga. (Voir le profil de l'itinéraire ici) 
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Le concert de musique russe
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A 17 heures, en Salle de Conférence, a lieu une présentation des laques russes et des miniatures qui décorent les boîtes. A 18 heures, les danses russes animées par Maria, toujours en Salle de Conférence. A 18h40, petits jeux avec Maria et Macha au bar Concerto. A 19h15, apéritif avec ambiance musicale aux bars Sonate et Concerto, cocktail du jour : Bayeleis Alexander. A 20 heures, dîner russe au restaurant Symphonie. A 21h30, concert de musique russe en Salle de Conférence. A 22h30, soirée dansante au bar Sonate ou film "Concert" à la télévision en cabine. 

Pendant la nuit, après avoir quitté le canal de la Vytégra, nous naviguerons sur les flots du canal de la division des eaux, puis sur la Kovja, sur le lac Blanc, avant d'atteindre la Haute Cheksna (voir le profil de la croisière ici). 

Le canal de partage des eaux est un autre segment du canal Volga-Baltique. Long de cinquante-trois kilomètres, ce canal est un ouvrage clé qui assure la jonction directe entre le versant de la Baltique et celui de la Caspienne. Il s'agit d'un tracé artificiel creusé dans le relief avec des moyens lourds. Trente et un millions de mètres cubes ont été excavés pour sa mise en service. Les godets des excavateurs mordaient la tourbe, l'argile (en cette région d'artisans potiers) et même d'énormes roches erratiques semées naguère par les glaciers. Un tronçon de cinq kilomètres, dénommé la "grande entaille", est enchâssé à mi-parcours dans un encaissement profond de trente-cinq mètres. Il a fallu écimer la pointe du relief pour rendre le passage possible. On ne distingue pas à l'oeil nu les deux extrémités du canal, l'écluse n° 6 côté Vytégra et  Konstantinovskié-Porogui de l'autre côté. 

L'écluse à sas n° 6 mesure 264x17,7x5,4 mètres; le changement du niveau d'eau est d'environ 17,2 mètres. C'est l'un de points les plus élevés de notre voyage, le niveau d'eau atteint ici son maximum, par rapport au niveau zéro de l'échelle des marées de Kronstadt (112 mètres). Le niveau zéro de l'échelle des marées de Kronstadt a été établi par le Conseil des ministres de l'U.R.S.S. en 1946. Aujourd'hui, sur tout le territoire de la Russie, on utilise ce système Baltique des hauteurs au-dessus du niveau de la mer, et le niveau des eaux se mesure par rapport au niveau zéro de l'échelle des marées de Kronstadt. 

La Kovja, un autre segment du canal Volga-Baltique, étend son cours sur quarante-trois kilomètres. C'est une rivière étroite - cent mètres de large tout au plus - qui s'écoule dans un paysage pittoresque de bois verts et d'eaux brunes. En amont, elle se raccorde au canal de partage des eaux à hauteur de l'ancien lieu-dit Konstantinovskié-Porogui (les "Rapides de Constantin", qui bien sûr n'existent plus) ; là, le canal rejoint l'étiage naturel de la rivière qui descend jusqu'au lac Blanc. A six kilomètres en amont du lac, l'ancien canal de contournement s'abouche à la Kovja. L'endroit est signalé par un petit obélisque planté dans l'eau. La Kovja se jette dans le lac Blanc par une embouchure évasée creusée à la droite de son ancien lit.  

7ème jour : Goritsy (Les photos sont  ici ) 

A 8 heures, réveil musical; de 7h45 à 9h45, petit déjeuner-buffet au restaurant Symphonie; de 8 heures à 8h15, mise en forme matinale avec Maria sur le pont Soleil; à 9h30, suite de l'histoire de la Russie avec Tatiana en Salle de conférence (voir le compte-rendu ici). 

Je flâne sur les ponts avant d'atteindre Goritsy. Nous sommes au milieu d'une immense étendue d'eau, je suppose qu'il s'agit encore du lac Blanc, sans en être tout à fait certain. Le lac Blanc, Béloïé ozéro en russe, présente la forme d'un cercle légèrement ovale, long de 42 km sur 32. Il peut être sujet à de fortes tempêtes en raison d'un fond haut et sablonneux, circonstance aggravée par l'absence d'îles. Les vents agitent donc ses eaux aussi facilement qu'une soupe liquide dans une assiette plate. C'est la raison pour laquelle un canal de contournement a été creusé sur son pourtour ouest (longueur 68 km), lequel fut inauguré en 1846. Trop de batelées avaient naufragé sur ce lac. Rien qu'en 1832, 62 bateaux marchands y avaient coulé. Depuis que la Russie existe, le lac a toujours servi de plaque tournante du commerce entre le sud et le nord du pays. Il est aujourd'hui au coeur du "Volgo-Balte". Poissonneux, le lac Blanc était jadis l'apanage des tsars qui touchaient un impôt sur la pêche. Les activités de pêche se poursuivent aujourd'hui, entravées cependant par les perturbations hydrologiques dues à l'éclusage de la Cheksna à 125 km en aval, depuis 1963.  

Le paysage alentour n'est pas très différent de celui qui a défilé sous nos yeux la veille. Nous croisons une péniche avant d'emprunter un chenal bien balisé, balise blanche à gauche, balise rouge à droite (pour ce qui concerne le balisage, abordé déjà plus haut, voir ici). Nous approchons bientôt de Goritsy où d'autres bateaux sont déjà à l'ancre. Nous apercevons le monastère de la Résurrection situé dans cette bourgade agreste noyée dans la végétation. Ce monastère féminin fut fondé en 1544 par la princesse Euphrosyne Staritskaïa (née princesse Khovanskaïa) dont le mari était André (1490-1533), le frère cadet du grand-prince Vassili III, donc l'oncle d'Ivan le Terrible. Euphrosyne ayant soulevé les habitants de Novgorod contre les princes de Moscou, elle fut emprisonnée de 1537 à 1540. Mais le prince Chouïsky, conseiller d'Ivan le Terrible, réussit à convaincre ce dernier de la faire libérer. Cependant, son jeune fils Vladimir (1533-1569), qui avait été enfermé avec elle, pouvant être considéré comme un candidat tzarévitch, le fils d'Ivan, Dimitri (1582-1591), n'étant pas encore né, l'irascible tsar, qui continuait à se méfier de sa tante, l'obligea à prendre le voile au monastère Saint-Athanase de Moscou, en 1563, et à rejoindre ensuite, sous le nom de Mère Eudoxie, le monastère de Goritsy, naguère fondé par elle. Elle fut une brodeuse d'or remarquable et certaines de ses pièces sont encore visibles au Musée Russe de Saint-Pétersbourg. Elle termina sa vie dans la dévotion et mourut le 20 octobre 1569, la même année que l'assassinat de son fils. Elle fut canonisée par l'Église orthodoxe. Ultérieurement, Ivan le Terrible y relégua également deux de ses sept épouses. Elles ne furent pas les seules personnes de qualité à y être exilées. Les indésirables de sexe masculin, quant à eux, étaient internés dans la forteresse du monastère voisin de Saint-Cyrille-du-lac-Blanc (Kirillo-Belozerski en russe), à quelques kilomètres de là, où nous nous rendrons en autocar. En 2007, on découvrit au monastère de la Résurrection deux corps de femmes et certains considèrent, malgré l'avis des historiens, que l'un d'eux est celui de la fondatrice, pourtant officiellement enterrée en l'église de Saint-Michel-Archange du Kremlin de Moscou. Le monastère fut fermé en 1920. En 1970, il fut mis sur la liste du secteur naturel protégé (zapovednik) de l'ensemble historico-culturel du monastère de Kirillo-Belozersky et de ses environs. Au début des années 1990, une petite communauté de religieuses s'installa à nouveau dans le couvent, et ce que nous en apercevons laisse supposer qu'il n'est pas en aussi mauvais état que le laisse supposer la documentation touristique, ce que nous n'aurons pas le loisir de vérifier. 
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Nous débarquons à Goritsy sur les 11 heures et prenons immédiatement l'autobus qui doit nous conduire au monastère de Kirillo-Belozersky (monastère Saint Cyrille du lac Blanc). Il est conseillé de se munir des écouteurs pour la visite. Le trajet ne sera pas long, suivant les sources, il varie entre 6 et 8 kilomètres. 

Selon la tradition, le moine Cyrille, disciple de Saint Serge de Radonège, fonda ce monastère en 1397, suite à la vision d'une icône de la Vierge qui lui aurait ordonné de partir et d'aller vers le lac Blanc. Il aurait commencé à construire le monastère de ses propres mains avant que d'autres pèlerins ne se joignent à lui. Cyrille agrandit bientôt le domaine en achetant les terres voisines. Le monastère devint ainsi l'un des plus grands de Russie et même d'Europe. Sa superficie totale dépassa les 12 hectares et son enceinte s'étira sur plus de deux kilomètres. Il joua un rôle important dans la politique du pays. Les souverains successifs le favorisèrent : en 1447, Vassili II, grand-prince de Moscou, récemment aveuglé et exilé dans la région par son rival Dimitri, vint s'y réfugier, avant de reconquérir le pouvoir. En 1497, l'église en bois fut détruite par un incendie et Vassili II y fit bâtir la cathédrale de la Dormition. Vassili III fit construire les cathédrales de l'Archange Gabriel et de Saint-Jean-Baptiste en remerciement pour la naissance de son fils Ivan le Terrible qui, à son tour, combla le monastère de bienfaits pour racheter ses nombreux péchés; ce tsar songea même à y finir ses jours. En 1612, pendant la période des troubles, les envahisseurs polonais l'assiégèrent en vain pour le piller. Le monastère Saint Cyrille du lac Blanc servit de lieu de réclusion au patriarche Nikon, responsable du schisme de l'Eglise russe, déchu de son titre en 1667. Dans la seconde moitié du 17ème siècle, le tsar paisible, Alexis 1er, fit renforcer l'enceinte du monastère. Au milieu du 18ème siècle, Saint Cyrille du lac Blanc possédait 20000 serfs et 400 villages, mais les réformes antimonastiques de Pierre le Grand l'affaiblirent, puis Catherine II lui confisqua tous ses biens en échange d'une maigre pension allouée aux moines dont le nombre fut réduit à une trentaine. Le monastère connut alors une période de déclin jusqu'en 1924 quand il fut fermé par le pouvoir soviétique, après l'assassinat de l'évêque de Kirillov et de l'archimandrite Anastase. Aujourd'hui, il est devenu un musée, mais une partie de ses bâtiments a été rendue à l'Eglise et quelques moines ont recommencé s'y installer. 
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.Plan du monastère de Kirillo-Belozersky - Source : Panneau touristique
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Une fois les autobus au parking, nous nous rendons à pied jusqu'au monastère. Chemin faisant, nous cotoyons les inévitables étalages des marchands de souvenirs. Au bout du chemin une porte mène à l'intérieur de l'enceinte du monastère lequel était fortifié. Au-dessus de la porte, dont les murs sont peints en blanc, une céramique où le rouge domine (la belle couleur) décore l'intérieur d'une sorte de niche. Les cellules des sentinelles (11) se trouvaient à ce niveau. Les murs d'enceinte sont de briques ce qui donne une tonalité rose à l'ensemble malgré le crépi appliqué aux murs, lequel disparaît par endroits sous l'effet du temps. Les remparts nous précise-t-on sont du 16ème siècle. A droite, s'élève une tour d'angle parfaitement conservée. Une fois franchie la porte blanche, nous nous retrouvons dans une allée bordée de bouleaux. A droite, s'élèvent des bâtiments à arcades largement ouvertes accolés au mur d'enceinte, probablement les galeries des fortifications. Un vaste espace libre traversé par un ruisseau les sépare du chemin bordé de murs sur lequel nous avançons. Une partie de cet espace sert de parking, notamment pour les vélos.  
Une partie de cet espace sert de parking, notamment pour les vélos. 
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Les galeries de l'enceinte et le ruisseau à la droite de l'allée de bouleaux
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Au bout de l'allée de bouleaux s'élève une église au porche voûté :  c'est l'église Saint-Jean Climacus (1569-1572) (12). A gauche de cette église, un bâtiment au bas du mur en glacis très pentu, orné de belles fenêtres vers le haut, renferme les cellules des moines (7). L'intérieur de l'église est abondamment décoré de fresques anciennes. De l'autre côté de l'église, nous débouchons sur un espace libre assez vaste partagé par un chemin qui mène au clocher (1758-1761), édifice blanc à la coupole grise. A gauche, s'élèvent les diverses chapelles de la cathédrale de la Dormition (15ème-18ème siècles), édifice également blanc, mais aux coupoles vertes. Depuis cette cour intérieure, de chaque coté de l'église Saint-Jean Climatus, on voit à droite les cellules des moines et à gauche, la Salle du Trésor (16ème-17ème siècle) (9) . Du même côté que la Salle du Trésor, dans la cour derrière une pelouse, se dresse un bâtiment blanc, aux allures plus récentes, dont l'entrée s'ouvre entre des colonnes; c'est l'ancienne Maison du Père supérieur (17ème siècle) (2), aujourd'hui transformée en musée. Certains de ses murs intérieurs sont décorés de belles fresques représentant des paysages de l'époque. Après la visite de ce musée, nous prenons sur la droite entre les bâtiments du monastère. Nous longeons les cuisines (5), datant du 16ème au 17ème siècle, à notre gauche. Nous les contournons. Nous nous trouvons alors de l'autre côté du monastère, à proximité du mur d'enceinte opposé à celui que nous avons franchi en y entrant. Nous longeons à nouveau les cuisines, toujours à notre gauche et passons à côté d'un petit pavillon construit entre 1680 et 1685 où logeaient les cuisiniers (6). Nous sortons de l'enceinte pour nous retrouver au bord d'un lac; c'est le lac Blanc qui, d'après notre guide, tient son nom de sa teneur en sel, bien qu'il soit réputé lac d'eau douce. Ici, ce lac porte le nom de lac Siverskoye. On prétend que toute personne qui s'y baigne rajeunit de dix ans. Seulement, nous n'avons pas le temps de tenter l'expérience et d'ailleurs nul ne sait pendant combien de temps il faut rester dans l'eau pour que cette cure de jouvence aboutisse! Nous revenons à l'intérieur de l'enceinte. Nous passons entre l'église de la Transfiguration (1595) (13), sur notre droite, et le Réfectoire (1519) avec l'église de la présentation de la Vierge (3) sur notre gauche. Nous franchissons un porche et nous trouvons face à une charmante petite église avec un clocher-peigne que je ne suis pas parvenu à identifier. Nous nous trouvons alors avec, à notre droite, l'église de la Transfiguration, et, à notre gauche, le clocher (10), l'église Saint-Cyrille (18), datant du 18ème siècle, encore active aujourd'hui, et surtout la cathédrale de la Dormition (1). Dans l'alignement de la petite église non identifiée, mais qui figure bien sur le plan ci-dessus, à la hauteur de la cathédrale de la Dormition, se situe le bâtiment des cellules des prêtres. Derrière ce bâtiment, s'étend le monastère diocésien que nous ne visiterons pas. Nous tournons sur la gauche pour passer entre les églises. Nous longeons un petit cimetière avec peu de tombes mais toutes surmontées d'un monument; je pense qu'il doit s'agir des sépultures des pères supérieurs. Nous entrons ensuite dans une belle salle blanche ornée de reproduction d'icônes dont la voûte caractéristique est solidement soutenue par de forts piliers; nous y écoutons une chorale de moines interprétant des chants religieux; à la sortie, j'achète un disque de chansons traditionnelles russes. Ensuite, nous visitons l'intérieur de la cathédrale de la Dormition. J'y remarque l'iconostase, richement décorée, un émouvant Christ en croix, et j'avise enfin un bel autel doré qui ne saurait manquer à mon tableau de chasseur d'images. Au sortir de la cathédrale, nous foulons du pied de curieux pavés, larges et longs, et surtout gravés d'inscriptions cyrilliques. Il s'agit de pierres tombales désafectées utilisées comme pavement. Quand ce nouvel emploi, faut-il le dire passablement iconoclaste, leur a-t-il été dévolu? Mystère. 

Notre visite du monastère est achevé. Nous revenons à la modernité, c'est-à-dire à notre autobus, pour regagner Goritsy. Une fois revenu auprès de l'embarcadère, notre groupe est invité à jeter un coup d'oeil au village. Mais nous n'aurons pas le temps d'aller très loin car le temps nous est compté. Goritsy est une bourgade située en pleine nature. Les maisons sont entourées d'herbages où abondent les fleurs naturelles. Des arbres s'élèvent ici et là entre les maisons; ces dernières me semblent de bois; elles sont basses, peintes de couleurs claires et couvertes de matériau moderne gris, rouge ou bleu. L'ensemble me rappelle le Canada. Il existe à Goritsy un musée des isbas et un ancien monastère féminin dont on a déjà parlé. Nous n'avons le temps de visiter ni l'un ni l'autre. On peut y voir aussi un monument représentant un soldat un genou en terre et l'autre plié dans un petit carré de gazon; je suppose qu'il s'agit d'un hommage aux combattants de la Seconde guerre mondiale. D'où je suis, on aperçoit un terrain de jeux pour enfants pourvu de nombreuses installations de couleurs vives derrière une prairie. Celle-ci est traversée par une sente qui serpente entre les hautes herbes et les tiges des fleurs; plusieurs personnes emprunte cette coursière, comme on dit dans mon Auvergne natale, pour regagner leur demeure et sans doute y prendre leur repas de mi-journée. La vie est là, simple et tranquille (Verlaine dixit)! Je remarque les dentelles de bois qui ornent les fenêtres d'une petite maison proche avant de me rapprocher du bateau. Sur la passerelle, nous sommes accueillis par une charmante petite fille souriante en costume traditionnel russe (chemise blanche, diadème et robe rouge, galons verts, chaussettes roses, chaussures noires et minois légèrement bronzé, ce pourrait être le début d'une chanson mais ce ne restera que la dernière photo d'une visite). 

A 13h45, tout le monde doit être à bord. C'est l'heure du déjeuner au restaurant Symphonie. A 14 heures, l'ancre est levé et nous partons pour Ouglitch en navigant sur la Haute Cheksna jusqu'aux écluses jumelles 7 et 8 (voir le profil de la croisière ici).  

Maxime Gorki écrivait que la Cheksna était "maussade et sombre". Mais le vieil écrivain, mort en 1938, n'a pas pu voir la Cheksna d'aujourd'hui, dont le cours a été complètement redessiné par les hydrauliciens. La Cheksna traverse la région de Vologda, elle prend sa source dans le lac Blanc et se jette dans la Volga ou, plus exactement, dans la retenue de Rybinsk. Son nom est probablement d'origine finnoise, cheksna signifiant affluent couvert de laiches. Elle fait partie du système Volga-Baltique portant le nom de Lénine. Le long de la rivière est située une grande ville industrielle, Tcherepovets, chef-lieu du district de Tcherepovets, région de Vologda. Du bord du bateau, on peut encore voir dans la ville même et dans ses alentours un grand nombre de bacs et d'anciens petits bateaux, ce qui confère au paysage un charme particulier, surtout les jours de fête. La ville compte 300000 habitants. Les compagnies de l'aéroport desservent les liaisons intérieures. Une ligne de chemin de fer relie Vologda à Saint-Pétersbourg. La région est en outre desservie par l'autoroute A 114 (Vologda-Saint-Pétersbourg). La Cheksna assure la liaison navigable entre le lac Blanc et le lac de Rybinsk. Dans sa nouvelle version, le cours d'eau fait au total 191 km de long : La Haute Cheksna, 125 km et la Basse Cheksna, 66 km. La Haute Cheksna s'étend entre le lac Blanc et la double écluse (n° 7 et 8) à une altitude maximum de 112 m. Le barrage à deux sas verrouille donc au sud l'immense bief de partage des eaux Baltique-Caspienne, lequel bief court sur 263 km, depuis l'écluse n° 6 de Vytégra au nord jusqu'aux écluses n° 7 et 8 au sud. L'écluse à sas n° 7 a été aménagée en 1964 sur la rive gauche de la Cheksna, lors de la construction du système Volga-Baltique. Elle mesure 265,6x17,83x4,7 mètres*; le changement du niveau d'eau est de 13 mètres (14 m selon une autre source); Le bief d'amont mesure 85 mètres de largeur, le bief d'aval 62 mètres; cette écluse a été doublée par l'écluse n° 8 qui mesure 310x21,3x7,8 m* et a été construite pour décharger sa voisine d'une partie de son trafic. Les deux écluses sont situées du côté de la rive gauche de la Volga. La Basse Cheksna s'écoule entre les deux écluses jumelles et le nord du lac de Rybinsk. Sur son cours inférieur, le vitesse moyenne d'écoulement de cette rivière s'élève à 172 mètres par seconde. 

* Une autre source donne pour les dimensions des deux écluses 271x30x5 mètres. 

A partir de 15h15, navigation touristique en musique. A 15h30, cours d'initiation à le langue russe avec Macha, en Salle de Conférence (voir plus haut ici). A 16h30, atelier d'artisanat russe au bar Sonate, fabrication d'une poupée russe; ne sachant trop quoi faire, je m'y rends pensant qu'il s'agit d'une démonstration de confection des poupées gigognes de bois; hélas, il s'agit de poupées de tissu et chaque personne résente est invité à fabriquer la sienne en suivant les conseil de l'animatrice; je suis à peu près aussi haile qu'un pachyderme dans ce métier et mes deux voisines devront me venir en aide pour parvenir à transformer mon tas de chiffons en figure humaine. Voici le résultat :    
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A 17h30, chorale russe avec Valentina en Salle de Conférence. A 18h20, danses russes avec Maria, en Salle de Conférence. A 19 heures, dégustation de vodka au bat Sonate pour les amateurs ayant acheté leur ticket. J'en fait partie et je reviens au bar où je vais goûter mes verres de vodka en compagnie des gens avec lesquels j'ai partagé ma table le premier soir. En entrée en matière, ou plutôt en hors d'oeuvre, voisi un petit historique. 

Au temps où les ancêtres des Russes adoraient Péroun, dieu des éclairs, et Larilo, dieu du soleil incandescent, ils appréciaient déjà les boissons fortes. Le mode de production était primitif : dans un récipient en terre cuite, on mettait du grain de seigle germé, on ajoutait de l'eau et des pierres chauffées sur du feu qui maintenaient le mélange à température constante, favorisant ainsi la fermentation. Les vapeurs d'alcool étaient recueillies sur une peau de mouton qu'on essorait pour obtenir un liquide alcoolisé. A la fin du 10ème siècle, le grand prince Vladimir, au moment de choisir une religion monothéiste pour son pays, opta pour le christianisme et non pour l'islam, qui interdit l'alcool, car, déclara-t-il, "la joie des Russes est dans la boisson". A cette époque, la boisson la plus populaire était l'hydromel. La vodka fut inventée plus tard, au milieu du 15ème siècle, dans un monastère des environs de Moscou. Son usage se répandit peu à peu et connut un essor sans précédent dans la seconde moitié du 16ème siècle, sous le règne d'Ivan le Terrible qui ouvrit les premiers débits de boisson et institua un monopole d'État des plus fructueux. L'ivrognerie commença à faire des ravages et, dans l'inconscient collectif, la vodka fut désormais associée à l'image du diable. Les Russes prirent l'habitude de bénir leur bouche et leur verre avant de boire, espérant ainsi échapper aux filets du Malin. Pierre le Grand vouait un culte à Bac chus dès sa prime jeunesse, il fonda un ordre des joyeux buveurs dont les membres juraient de se soûler quotidiennement. Pierre lui-même consommait jusqu'à sept litres de boissons alcoolisées par jour et forçait tous les membres de son entourage à boire plus que de raison, y compris les femmes enceintes, sans épargner la sienne. Des dix enfants qu'il eut de sa seconde épouse, seules deux filles survivront jusqu'à l'âge adulte. Sous son règne, les débits de boissons vendaient la vodka par seaux de douze litres. Cette mesure resta en vigueur jusqu'au 19ème siècle. L'alcoolisme prit de telles proportions que Pierre, manquant de travailleurs valides pour ses chantiers, institua une médaille pour ivrognerie d'un poids de 6,8 kilos remise aux poivrots émérites; mais cette lourde "récompense" ne découragea personne de boire. C'est Dmitri Mendeleïev qui, au 19ème siècle, fixa la formule de la vodka. Le célèbre chimiste - qui ne se distinguait pas par sa tempérance - eut un jour l'idée de mélanger un litre d'alcool avec un litre d'eau et s'étonna de la contraction observée au niveau du poids. Il expérimenta sur lui-même diverses proportions du mélange et, après un an et demi de recherches assidues, il parvint à la conclusion que le degré idéal de la vodka est 40°, un niveau d'alcool à la fois moins nocif pour l'organisme et produisant le plus de chaleur. Depuis Mendeleïev, on mesure la vodka et autres boissons alcoolisées en grammes. Un litre de vodka pèse 953 grammes. La dose à ne pas dépasser est de 50 grammes pour un adulte. Les jours de fête, 150 grammes constituent un maximum. Hélas, cette dose paraît ridicule à la plupart des Russes. Le pays compte aujourd'hui près de 3 millions d'alcooliques invétérés. Les mesures prises pour lutter contre ce fléau, au temps de Krouchtchev ou de Gorbatchev se sont toutes révélées totalement inefficaces. Gorbatchev aurait même fait arracher des vignes, on comprend qu'il soit devenu impopulaire! Il existe aujourd'hui en Russie environ 1200 variétés de vodka, pures ou aromatisées un chiffre approximatif qui ne tient pas compte des innombrables contrefaçons. Selon les experts, 40000 personnes mourraient chaque année après avoir ingéré de la vodka frelatée (de l'alcool mélangé à des produits toxiques comme l'antigel, des détergents ou du parfum). La teneur en alcool des "vodkas maison" peut dépasser les 80°. Le bilan de ces abus est catastrophique : la consommation d'alcool coûterait dix à douze ans d'espérance de vie à la population masculine.  

Il existe des vodkas en versions étrangères. Attirés par un marché en expansion dans le monde, de nombreuses vodkas de fabrication française ont fait leur apparition. A commencer par la Grey Goose, créée en 1997 par Sydney Franck et distillée à Cognac. Son acquisition par Bacardi, en août 2004, a atteint un record de valorisation, à 6,7 fois le chiffre d'affaires, ce qui a incité d'autres marques à venir à leur tour sur ce marché fructueux. On peut ainsi citer la vodka Velaya, lancée en 2004, par la distillerie du Velay, en Auvergne; l'ultra premium "Perfect 1864", lancée en 2005 par les Grandes Distilleries Peureux dans les Vosges; la vodka Idol, fabriquée à Nuits-Saint-Georges par la société Boisset et commercialisée aux États-Unis ou, encore, la Vertical, fabriquée par la distillerie des liqueurs de la Chartreuse dans les Alpes... ". Il s'agit surtout de boissons haut de gamme exportées sur le marché américain", constate Séverin Barioz, de la Fédération française des spiritueux. Les exportations de vodkas françaises ont augmenté de 13,5 % en volume durant l'année 2006. C'est la plus forte augmentation des ventes étrangères sur le marché des spiritueux. 

La vodka se boit refroidie au bas du réfrigérateur, jamais au congélateur, car cela l'altère. Les verres, en revanche, d'une capacité de 5 centilitres, peuvent être préalablement glacés au congélateur, ce qui relève le goût de la vodka. Il ne faut jamais la boire le ventre vide, et il est conseillé de manger quelque chose après chaque dose, le meilleur accompagnement étant le pain noir et les cornichons, à défaut de caviar. 

Revenons maintenant à nos moutons, ou plutôt à nos petits verres de vodka. Ils nous sont servis avec des sakouskis, c'est-à-dire des hors d'oeuvres russes, pas de caviar, mais du saumon, du cornichon et autres accompagnements dans la tradition. Nous sommes invités à boire nos verres cul sec plutôt qu'à petite gorgée. Voici le menu des vodkas servies :   
   


A 19 heures, apéritif musical au bar Concerto, cocktail du jour : kir royal. A 20 heures, dîner au restaurant Symphonie.A 21h30, récital de piano de Mikhaïl, en Salle de Conférence. A 22h30, concours de danses au bar Sonate et, pour ceux que cela n'intéresse pas, un film, "Est-ouest" en cabine sur le téléviseur. 

Pendant ce temps, le voyage continue en direction d'Ouglitch, d'abord sur la Cheksna, ensuite sur le réservoir de Rybinsk. Le paysage change peu par rapport à ce que nous avons déjà vu. Le récital de piano est en fait un récital de musique russe; nous avons même droit à une cantatrice accompagnée par un accordéoniste et un joueur de domra (voir ci-dessus ici). Je profite des derniers feux du jour pour photographier quelques couchers de soleil sur un village aux toits rouges et bleus vivement colorés au bord du fleuve, une agglomération urbaine et des cheminées d'usines qui fument. Le monde industriel prend le relai du monde agreste et ces fumées ne sont certainement pas celles de vieux papiers ou de paille pourrie que l'on brûle dans une cave pour donner le change, comme dans Tintin au pays des soviets! Il est temps d'aller dormir 

8ème jour : Ouglitch (Les photos sont  ici ) 

Pendant la nuit, nous avons navigué sur le réservoir de Rybinsk. Ce réservoir artificiel s'étire en longueur sur 140 km (217 km selon une autre source), et en largeur sur 60 à 70 km (55 km selon une autre source). Sa superficie couvre 4500 km2 (4550 selon une autres source), avec une profondeur moyenne de 5 à dix mètres (6 m sur 57% de son étendue, selon une autre source). Il fut mis en eau en 1941 par l'apport combiné de la Volga et des rivières Mologa, Cheksna, Souda, Sogoja, etc, (plus de 60 au total) qui mirent plusieurs années à le remplir à hauteur d'une trentaine de milliards de métres cubes d'eau (25 selon une autre source), indice de remplissage atteint en 1947. Sa fonction consiste à assurer la liaison navigable avec le réseau Volga-Baltique tracé après guerre en remplacement de la vieille "Maninka". Par commodité, les chenaux chevauchent l'ancien étiage des rivières qui l'alimentent. La "mer de Rybinsk" sert aussi à faire tourner les turbines de l'usine hydroélectrique de Rybinsk, composée de six tranches d'une capacité de 70000 kilowatts chacune, usine opérationnelle à plein régime depuis la fin de l'année 1960. Les travaux de la centrale ont endigué le lit de la Volga, en amont de l'embouchure de la Cheksna, ainsi que la Cheksna elle-même, près de son embouchure. Les multiples barrages de la retenue sont employés de manière à gérer le régime hydraulique de la Volga en fonction des besoins. Les cartes de navigation signalent que cette "mer" peut être sujette à de fortes tempêtes avec des vagues de deux mètres cinquante par un vent de vingt mètres à la seconde. Ce lac artificiel est également devenu un bassin piscicole exploité par des unités de pêche situées principalement à Ouglitch et à Rybinsk. S'il est vrai que les paramètres environnementaux ne sont guére favorables à leur prolifération, il est vrai aussi que le frai s'y accomplit presque tous les ans, ce qui permet une régénération relative du bassin. J'apprendrai en déchiffrant un panneau que l'on trouve dans les eaux de ce bassin de l'omoul, un poisson du lac Baïkal venu ici je ne sais trop comment. Autre chapitre de consolation pour l'environnement de Rybinsk, l'existence du parc Darwin, au nord-ouest du lac, fondé en 1945, réserve protégée de cent douze mille six cents hectares, qui abrite ours, élans, martres, hermines, deux cent trente espèces d'oiseaux, et qui pratique un élevage expérimental de tétras, une note positive pour un lac au bilan écologique controversé. 
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A 7 heures, réveil musical; de 7 heures à 8h30, petit déjeuner-buffet au restaurant Symphonie. Avant d'arriver à Ouglitch, je photographie un petit village au bord de l'eau. Je n'ai rien remarqué alors de particulier dans le ciel. Mais, en agrandissant plus tard le cliché, je m'apercevrai que l'on y voit nettement une forme singulière se détachant sur la grisaille des nuées, comme une sorte de soucoupe volante. A 8h30, nous arrivons à Ouglitch. De loin, nous apercevons nettement la pointe sur laquelle s'élève la citadelle de la ville, son kremlin, avec en avant l'église du tsarévitch Dimitri sur le Sang versé, avec ses coupoles bleues et ses murs rouges rehaussés de blanc, et plus loin, la cathédrale de la Transfiguration du Sauveur, avec ses coupoles grises et ses murs jaunes et blancs qui se cachent à moitié derrière des arbres. A droite du kremlin, un barrage hydro-électrique monumental à arcades paraît reposer sur les eaux pareil à une ligne de selles sur le dos de chevaux bien alignés. Au delà de la rive opposée à celle où nous débarquons, l'impressionnante arche de l'écluse d'Ouglitch, dépasse les arbres d'une langue de terre; cette écluse montante mesure 290 m de long, sur 30 m de large et 5 m de haut, avec un dénivelé  de 11 m; elle assure le passage entre le réservoir de Rybinsk et celui d'Ouglitch, c'est-à-dire la Volga. 

Nous allons effectuer une visite pédestre de la ville pour laquelle nous sommes invités à ne pas oublier nos écouteurs. Située au coude du fleuve - de là lui viendrait son nom primitif d'Ouglitché Polié (le mot -ougol- signifie angle, coude, en russe) -, la ville d'Ouglitch est l'une des plus anciennes colonies slaves de la région (fondée on 937 d'après les chroniques). Dévastée par les Polonais en 1609, elle offre encore néanmoins quelques beaux restes de sa splendeur passée. Située à 264 km de Moscou, dans la province de Yaroslavl, Ouglitch compte environ 40000 habitants. La ville a été très endommagée par la construction du barrage et de la station hydroélectrique : un grand nombre de vieux bâtiments du 15ème au 17ème siecle, ainsi que le monastère de 1'Intercession ont été dynamités, les terres inondées. L'énorme bâtiment de la centrale se trouve juste à l'endroit où autrefois s'élevait le monastère de l'Intercession. Mais quelques églises on été tout de même conservées : celle de la Dormition (dite la Merveilleuse) ou encore l'ensemble du monastère de la Résurrection-du-Sauveur. A part les constructions mécaniques et les travaux liés à la centrale hydroélectrique, les principales industries de la ville sont la production du fromage et la fabrication de montres par la célèbre usine Tchaïka. Ces montres aux bracelets émaillés peuvent s'acheter dans quelques boutiques et kiosques du centre ville. Mais aujourd'hui Ouglitch est surtout un centre touristique. Les excursions commencent généralement par le vieux kremlin (citadelle) de la ville, dont il ne reste que des vestiges de murs en pierre et d'anciennes douves. Notre visite se bornera pratiquement à lui. 

L'embarcadère est situé en contrebas et il nous faut gravir un escalier pour nous trouver à hauteur des maisons. A droite, se dresse l'église des Saints Flore et Laure, un édifice jaune rehaussé de blanc et aux coupoles grises. Flore et Laure (2ème siècle) sont des martyrs chrétiens morts en Illyrie. Ils ne sont connus que par la littérature hagiographique des vitas (vies des saints ou des personnages célèbres). Ils sont fêtés le 18 août par les catholiques et les orthodoxes (31 août suivant l'ancien calendrier). En Russie ils sont considérés comme les patrons des chevaux. Selon leur vita, Flore et Laure étaient deux frères liés depuis leur enfance par leur foi en Jésus Christ. En qualité de maçons, ou de tailleurs de pierre, ils furent envoyés par le gouverneur d'Illyrie dans une région voisine pour y construire un temple païen. Les frères donnèrent la moitié du prix reçu pour cet ouvrage aux pauvres et leur enseignèrent la parole du Christ. Des miracles assurèrent le succès de leur prédication. Le plus connu est celui de la guérison du fils d'un prêtre païen qui entraîna la conversion du père et du fils. Dans un temple neuf encore non décoré d'idoles, Flore et Laure se mirent à prier avec les chrétiens déjà convertis. A la suite de cette prière ils réussirent à faire détruire les idoles destinées à ce temple. Tous les acteurs locaux de cette destruction d'idoles fuent capturés et brûlés vifs. Pour leur part, Flore et Laure furent renvoyés alors en Illyrie. Ils y reconnurent être chrétiens devant les autorités et furent alors précipités dans un puits qui  fut ensuite comblé de terre. Plus tard, leurs reliques furent miraculeusement retrouvées intactes et transportées en pèlerinage à Constantinople. La tradition prétend que dès la découverte de ces reliques, les pertes de bétail du fait de la peste cessèrent. C'est pourquoi  ces saints sont honorés en Russie comme protecteurs et patrons des chevaux. Suivant les livres de modèles d'icones de l'ancienne Russie leur image doit toujours être jointe à celle de chevaux. A gauche, un peu plus loin, s'étend un long et beau bâtiment blanc au toit rouge dont j'ignore la destination mais qui peut servir de repère pour retrouver l'embarcadère aux touristes qui viendraient à s'égarer.  

Nous empruntons une allée aux trottoirs pavés en damiers gris et roses où j'avise une jolie petite maison jaune au toit gris finement décorée de boiseries sculptées, probablement un pavillon officiel. La ville n'est pas très grande et nous atteignons rapidement son centre (place de la Commune?) où se trouvent, sous des arcades, les boutiques des marchands de montres. Chemin faisant, nous passons devant un bras d'eau vestige des douves. Ces dernières isolaient complètement l'espace du kremlin du reste de la ville et en faisait une île. Nous tournons sur la droite. En face de nous, à l'avant d'un pont qui franchit une douve, à droite, s'élève une galerie d'art, peut-être un musée (1) (voir le plan ci-dessous). Nous nous engageons sur le pont où une vieille Baba Yaga, sortie tout droit sans son balai d'une légende slave, moitié mendiante et probablement moitié toquée, se donne en spectacle, en interprétant une chanson du folklore russe, d'une voix passablement éraillée, pour émouvoir les passants et glaner quelques kopecks. Sur la gauche, se dressent divers bâtiments plus ou moins visibles à travers les arbres. Au bout du pont, nous entrons dans l'ère du kremlin.     
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Le Kremlin d'Ouglitch : 1- Galerie d'art; 2- Ancien hôtel de ville; 3- Cathédrale Bogoïavlensky (ou de l'Epiphanie); 4- Palais du kremlin d'Ouglitch; 5- Clocher; 6- Cathédrale de la Transfiguration du Sauveur (Spaso-Preobrajensky); 7- Eglise du Tsarévitch Dimitri sur le Sang
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Le premier édifice que nous rencontrons, sur notre droite, est l'ancien hôtel de ville (2). Nous ne ferons que passer devant ce bâtiment à colonnade assez imposant. Un peu plus loin, toujours sur la droite, nous pénétrons dans un bâtiment long, pourvu d'une entrée coiffée d'un dôme vert et encadrée de colonnes surmontées d'un fronton, cet ensemble néo-antique étant de couleur blanche; c'est la cathédrale Bogoïavlensky ou de l'Épiphanie (3), dont j'ignore l'histoire mais qui n'a plus rien, à mon avis, d'un édifice religieux. Dans une vaste salle d'exposition décorée de photos d'illustres inconnus pour nous, nous y écoutons le concert d'une chorale masculine dirigée par une femme. A la sortie, nous apercevons devant nous la haute silhouette du clocher (5), couronné d'un dôme doré, visible de fort loin, qui culmine à 37 m; il va avec la cathédrale de la Transfiguration du Sauveur (6), dont il sera question plus loin. Ensuite, nous passons devant un ancien tracteur soviétique enfermé dans une cage comme un animal de ménagerie; ce tracteur a une histoire, on nous l'a racontée, mais je ne m'en souviens plus! Nous contournons un bâtiment de briques rouges qui est en fait la palais du kremlin d'Ouglitch (4). Derrière lui, se trouve la statue du tsarévitch Dimitri assassiné, pense-t-on, sur ordre de Boris Godounov, événement qui fut à l'origine de l'une des périodes les plus désastreuses de l'histoire russe, celle des troubles. 
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Le transport à Moscou des reliques de Saint-Dimitri - Source : brochure Ouglitch
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Nous nous acheminons vers l'église expiatoire Saint-Dimitri sur le Sang versé (7) qui s'offre à notre vue côté terre avec autant de beauté et de majesté que du côté des eaux. Bâtie en 1692, cette église est un exemple typique de l'architecture religieuse du 17ème siècle. Aux abords de l'entrée, notre guide nous fait remarquer que l'escalier qui permet l'accès à l'intérieur est entouré d'une demi-lune assez large d'un sol rugueux pavé de gros cailloux plus ou moins bombés propices à tordre les chevilles du trop orgueilleux visiteur qui ne garderait pas les yeux fixés au sol en signe d'humilité! A l'intérieur, le pavage est fait de pavés carrés déformés aux bords ondulants d'une couleur grise qui leur confère un aspect métallique. Les épisodes de l'assassinat du tsarévitch Dimitri, descendant d'Ivan le Terrible, y sont représentés en fresques sur les murs de la petite nef. Je prends quelques photos, mais je suis rapidement rappelé à l'ordre : ici, il faut passer à la caisse avant; je fouille dans mes poches et je ne trouve pas la monnaie, très peu de choses sans doute, que l'on me demande. Donc, je devrai me contenter de regarder. L'assassinat du tsarévitch entraîna une émeute au son de la cloche d'alarme à travers la ville. Une fois Boris Godounov et ses acolytes disculpés du meurtre du tsarévitch, le tribunal punit les citoyens d'Ouglitch pour avoir soutenu une "version  mensongère" du tragique événement de la mort de Dimitri, et condamna aussi la cloche qui avait sonné pour avertir la population de la ville qu'un crime venait d'être commis; cette cloche fut fouettée, privée d'une oreille (poignée) et de sa langue (battant), puis exilée en Sibérie. Depuis, elle a été réhabilitée et figure en bonne place dans l'église dont l'iconostase est également remarquable. En sortant, à droite contre le mur, on peut encore jeter un coup d'œil à une châsse, une civière et une lanterne. 
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Châsse, civière et lanterne - Source : brochure Ouglitch
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Une fois dehors, en allant en direction de la cathédrale de la Transfiguration du Sauveur, on passe devant l'entrée du palais, un bel édifice rouge avec un escalier extérieur à colonnes à boules et toits pointus, mais de bien piètre dimension eu égard à son rang. C'est là qu'avait été relégué le tsarévitch et sa mère par Boris Godounov. 
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Crime ou accident 

Le 15 mai 1591, le jeune prince Dimitri Ivanovitch, dernier fils d'Ivan le Terrible, est retrouvé gisant à terre, la gorge tranchée, devant la résidence au coeur de la petite ville d'Ouglitch, sur la Volga. Cette mort n'est pas seulement une énigme policière qui défie le temps et les efforts des érudits. Elle marque aussi le véritable début de la période d'anarchie et de guerre civile que les Russes du 17ème siècle appelèrent "le temps des troubles". 

En 1581, Ivan IV a tué, dans un accès de fureur, son fils aîné, qu'il avait eu avec sa première femme Anastasie. Trois ans plus tard, lorsque le tsar disparut, il ne laissait que deux héritiers au trône : Théodore, également né d'Anastasie, en 1557, et Dimitri, fils de Maria Nagaya, la septième femme d'Ivan IV; cet enfant n'avait que deux ans à la mort de son père. Théodore était faible d'esprit, mais pieux, bigot même, et aussi prompt à la pitié que son père était cruel. Son incapacité notoire à exercer le pouvoir ne fit pas obstacle à son avènement. Au contraire, Théodore, écrivit le patriarche Job, "est charitable envers les malheureux, protégeant la veuve et l'orphelin, montrant un grand respect aux prêtres et aux moines, auxquels il distribuait de larges aumônes". C'est qu'aux yeux des Russes de cette époque, l'idiot, comme le fou, retranché du monde par son infirmité, était plus proche de Dieu que le commun des mortels. Théodore régna donc, de 1584 à 1596, mais il ne gouvernait pas. C'est son beau-frère, Boris Godounov, issu de la noblesse moyenne et d'origine tatare, mais frère de l'impératrice Irène, qui, dès 1586, exerça le pouvoir sans partage. Nommé connétable, il devint le centre d'une seconde cour, où il recevait les ambassadeurs étrangers. Actif, intelligent, ouvert aux idées nouvelles et aux influences occidentales, il n'avait qu'un défaut : une ambition dévorante. Il jouissait de la confiance illimitée de Théodore et il ne lui manquait plus que la couronne. Or, le couple impérial n'avait pas d'enfants et Boris Godounov pouvait donc espérer accéder au trône à la mort du tsar Théodore. 

Pour atteindre ce but, le favori du tsar élimina d'abord, sous des prétextes divers, les grands seigneurs de meilleure naissance que lui qui auraient pu être ses rivaux potentiels. Mais un obstacle se dressait encore sur son chemin, l'existence du jeune prince Dimitri, le demi-frère de Théodore, qui, dès la mort son père, Ivan le Terrible,  avait été exilé, avec le clan de sa mère, dans l'apanage d'Ouglitch dont il était le souverain temporaire. C'est dans ce contexte que, le 15 mai, les membres de la famille de Dimitri, puis les citadins d'Ouglitch, ameutés par le tocsin, trouvèrent l'enfant égorgé, près de sa mère et de sa nourrices, toutes deux évanouies. Qui portait la responsabilité de cette mort? Selon la version officielle, Dimitri avait été victime d'une crise d'épilepsie survenue pendant qu'il jouait à la "pichenette" avec un couteau, explication qui sembla peu vraisemblable. Selon le clan des Nagoy et les citadins unanimes, le prince avait été égorgé par le fils de sa gouvernante, et achevé par le fils et le neveu du secrétaire Bitjagovski, envoyé de Moscou pour administrer la petite communauté. Cette seconde version est contredite, de son côté, par des témoignages. Quoi qu'il en soit, les meurtriers présumés, leurs parentes et leurs domestiques furent lapidés et mis en pièces par la foule. Derrière eux, chacun crut deviner la main de Boris Godounov. Celui-ci réprima sans pitié les émeuters, mais il ne put faire taire les rumeurs : une bonne partie de la population, y compris dans les milieux dirigeants, restait convaincue de la culpabilité du connétable. Mais celle-ci n'a pas été formellement prouvée et le mystère subsiste jusqu'à nos jours. 

Pourtant l'essentiel n'est pas là. La mort de Dimitri mettait un terme à une dynastie qui remontait jusqu'au 10ème siècle, celle des Rurikides. Et les circonstances de cette mort discréditait, aux yeux d'une grande partie de ses sujets, le futur tsar de la Moscovie, Boris Godounov. Elle créa autour du pouvoir impérial une atmosphère malsaine, faite de dolorisme, d'exaltation du martyr, de goût du surnaturel, qui pèsera sur les destinées de la Russie tout au long des siècles suivants. Et elle ouvrait la voie à l'apparition de candidats au trône se faisant passer pour Dimitri miraculeusement réchappé de son assassinat, ce qui lança le pays dans une suite de contestations et une guerre civile doublée d'intervention étrangère. 

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Au bout du chemin, la cathédrale de la Transfiguration du Sauveur, bâtie on 1713 (une plaque de marbre le précise), se dresse au bord du fleuve. Le haut plafond voûté, non soutenu par des piliers, représente une véritable prouesse d'ingénierie pour son époque. On y admire une fresque représentant la Transfiguration. La splendide iconostase baroque ajoute encore l'émerveillement. Sur la gauche, en sortant de la cathédrale, s'élève son clocher séparé de l'édifice principale, comme on l'a déjà dit; au rez-de-chaussée de ce clocher, une boutique de souvenirs propose ses articles aux visiteurs. Face à la cathédrale, une longue allée fleurie conduit au pont qui permet de regagner le centre ville. 

Le kremlin d'Ouglitch s'étend sur un espace restreint et la visite ne prend pas toute la matinée. Notre guide nous conseille donc en complément d'aller flâner au centre ville, en nous rendant éventuellement vers les boutiques les célèbres montres du cru, sous les arcades, chacun selon son goût et son rythme, à condition d'être sur le bateau à 11h45. Comme j'ai la nostalgie d'une montre extra-plate russe, vieille mais de très bonne qualité et que j'aimais beaucoup, avec son cadran orné d'un spoutnik, laquelle m'a été subtilisée lors d'un cambriolage de mon appartement parisien, je décide de me rendre sous les arcades, espérant y trouver sa réplique. En remontant l'allée, après avoir passé le pont d'où la Baba Yaga, moitié mendiante et moitié toquée, s'est éclipsée, j'aperçois sur la droite, entre les arbres, une statue blanche de Lénine haut-perché sur son piédestal, que je n'avais pas remarquée à l'aller. Je furète dans deux ou trois boutiques, mais en vain; toutes les montres sont grosses, épaisses, bien visibles, trop clinquantes à mon goût; la mode a bien changé depuis le milieu du siècle dernier et son dernier cri, au moins en matière de montres russes, ne me convient vraiment pas! 

Je reviens tranquillement à l'embarcadère. A l'entrée de la dernière allée, un vendeur de brochures a installé ses livres sur des planches recouvrant deux tréteaux. Je lui achète un brochure sur Ouglitch. J'y trouverai un texte en un français approximatif, que je corrigerai, et surtout des reproductions des peintures que je n'ai pas pu photographier. Quand j'aperçois la belle et grande maison blanche au toit rouge, je sais que je ne me suis pas trompé de chemin! 
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Ces notes ne donnent qu'une idée tronquée de tout ce qu'on peut voir à Ouglitch. Certes, le kremlin est probablement le site le plus intéressant, mais bien d'autres endroits mériteraient le déplacement. Je m'en suis convaincu en lisant ma brochure. Il y a même un musée de la vodka. Ceux qui aimeraient en apprendre davantage peuvent en consulter le texte corrigé par mes soins (pour plus de détails sur cette ville, voir ici)   

Pour terminer, Ouglitch, petite ville de province, a la réputation d'être quelque peu somnolente. Voici ce que l'on raconte à ce propos. Un moscovite entre en trombe dans une boutique d'horlogerie et dit à son tenancier : "Bonjour Monsieur, je voudrais acheter une montre, mais je suis horriblement en retard; mon bateau part dans moins d'une demi-heure et je crains de le manquer. Alors trouvez-moi bien vite une montre assortie à mon costume." L'horloger lève lentement les yeux et répond : "Entrez et asseyez-vous." Ce sera l'information inutile de la journée.  

A midi, nous appareillons pour Moscou. La navigation musicale reprend ses droits. Nous repartons d'où nous sommes venus pour contourner la langue de terre qui nous sépare du bief de l'écluse. Nous revoyons donc les mêmes paysages qu'à l'arrivée, mais vers l'arrière. A 12h10, dernier cours d'initiation à la langue russe avec Macha en Salle de Conférence. Les participants sont pouvus d'un diplôme qui leur donne le droit d'enseigner partout le russe... jusqu'au dernier jour de la croisière. Encore une touche d'humour russe. Pour ce qui me concerne, le peu que j'ai appris me sera très utile lors de la rédaction de ces notes car je pourrai déchiffrer le nom des sites visités sur les plans en langue russe et traduire ces plans en français. 
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A 13 heures, déjeuner russe au restaurant Symphonie. A 14h30, chorale russe avec Valentina en Salle de Conférence. A 15h45, présentation des costumes traditionnels russes revêtus par des passagers, avec Sacha et Anna au bar Sonate. A 16h45, danses russes avec Maria en Salle de Conférence. A 17h15, poursuite de l'histoire de la Russie avec Tatiana en Salle de Conférence suivie d'une table ronde sur la Russie actuelle, en Salle de Conférence (voir le compte-rendu complet de ces conférences sur l'histoire de la Russie ici). A 18h45, apéritif avec ambiance musicale aux bars Sonate et Concerto, cocktail du jour : Écluse. A 19h30, dîner de gala du commandant au restaurant Symphonie. A 21h45, grande soirée des passagers, concert gala, en Salle de Conférence. A 22h45, soirée dansante au bar Sonate, et pour ceux que cela n'intéresse pas, un film, "Le barbier de Sibérie" sur la télévision en cabine. 

Personnellement, j'irai à la présentation des costumes russes dont je n'ai pas gardé un souvenir impérissable. Ces manifestations, avec participation des touristes gardent toujours un aspect artificiel et compassé quelle que soit la bonne volonté des participants. Je me rendrai également à la fin des conférences sur l'histoire de la Russie. Pour ce qui concerne le repas du commandant, je n'ai rien à dire; c'était un repas russe amélioré et nous avons toujours été bien servis tout au long de la croisière. Quant à la soirée de gala, Tout le monde ou presque y était. Elle a consisté en des démonstrations sur scène de la part des passagers qui avaient participé aux chorales, danses russes etc. La Salle de Conférence était comble. Les Espagnols donnaient beaucoup d'ambiance. Mais ceux qui étaient au fond ne voyaient pas très bien ce qui se passait sur la scène gênés qu'ils étaient par ceux qui se tenaient debout pour prendre des photos. Bref, ce n'était pas le meilleur moment de la croisière. Mais c'est sans doute une tradition incontourable. 
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Le départ d'Ouglitch pour Moscou
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Ces animations laissaient encore de la place pour se promener sur les ponts à la recherche des images. A partir d'Ouglitch, nous naviguons sur la Volga, sur une distance d'environ 143 km, entre Ouglitch et Doubna. Plus tard, pendant la nuit, nous entrerons dans le canal de Moscou en abordant un nouvel escalier de 6 écluses montantes, avant d'atteindre un palier, et de redescendre vers la Moskova par un escalier de trois écluses descendantes (voir le profil de notre croisière ici). 

Aprés avoir franchi l'écluse d'Ouglitch, surmontée d'une haute arche et dont les rives du bief sont renforcées par des remblais rocheux, notre bateau s'engage donc dans la Volga, l'un des plus grands fleuves de Russie. La Volga coule sur 3530 km, à travers un bassin de  1360 km2. Je me suis déjà promené au fil de la Volga, en 2012, mais beaucoup plus en aval, à Kazan (voir ici). Du temps de l'URSS,  plusieurs grands réservoirs ont été construits sur la Volga, dont "la mer de Moscou", celui d'Ouglitch et celui de Rybinsk. Par un système de cours d’eau artificiels, la Volga se trouve ainsi liée à quatre mers : la mer Baltique, la mer Blanche, la mer d'Azov et la mer Noire. Le réservoir d'Ouglitch s'étend dans l'étroite vallée de la Volga, entre l'écluse d'Ouglitch et la première écluse de la cascades des six écluses montantes prédédemment citées. La longueur de ce réservoir est de 143 km, sa largeur ne dépasse pas 500-1000 mètres, sauf dans les régions inondables, près des embouchures des rivières Nerl, Jabnia et Poukcha ou elle peut atteindre jusqu’à 3-3,5 km de large. La surface d'eau de la retenue est de 249 km2; elle contient 1,2 km3 d’eau. Les rives de la retenue d'Ouglitch sont relativement escarpées, d’une hauteur de 10-15 mètres. En croisant le long de la ville de Kimry, on aperçoit, sur une colline, l'église de l'Ascension et son haut clocher. Un peu plus en aval, non loin de la ville actuelle de Kaliazine (215 km), au milieu des eaux de la Volga, se dresse un clocher à moitié englouti. C'est celui de l'ancienne cathédrale Saint-Nicolas qui s'élevait autrefois dans l'ancienne ville de Kaliazine.  
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Le clocher de Kaliazine vu par Alexandre Soljenitsyne  

Si vous voulez embrasser d'un seul regard, d'un seul coup d'oeil, notre Russie à demi-noyée, ne manquez pas le clocher de Kaliazine ! Il surplombait jadis sa cathédrale au coeur d'une opulente cité commerçante parmi les galeries marchandes. Les gens du négoce habitaient de riches maisons à deux étages dans les rues qui couraient jusqu'au parvis. Et jamais prophète n'aurait présagé que cette cité antique ayant résisté aux cruelles dévastations des Tatares et des Polonais, devait périr noyée aux deux tiers sous le flot de la Volga après huit siècles d'histoire par la volonté stupide d'une poignée de tyrans. Mais il reste de la ville engloutie un clocher élancé vers le ciel à l'image de notre espérance, de notre prière. Non ! qu'à Dieu ne plaise de laisser la Russie entière engloutie à jamais sous les eaux !  

Alexandre Soljenitsyne, déclaration faite à la chaîne NTV, décembre 1998. 
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Une grande partie de cette ville a été inondée lors de la mise en eau de la retenue d'Ouglitch. Aujourd'hui, Kaliazine est une petite ville avec une population de quelques 16000 habitants. Un musée local contient des objets et des documents relatifs à l'histoire de la ville et de ses environs. Kaliazine est largement connue pour son port fluvial, pour l'industrie du lin et pour la fabrication de valenki (bottes en feutre où le pied reste au chaud par les plus grands froids), irremplacables en hiver en Russie. Au cours du voyage, je me suis acheté une chemise de lin russe, dans une boutique en bois, comme il s'en trouve assez souvent de chaque côté des voies qui mènent à des sites touristiques, mais je ne me souviens plus si c'est à Goritsy ou à Ouglitch. Kaliazine fut fondée sur la rive droite de la Volga, au 12ème siècle, à l'embouchure de l'affluent Jabnia. Elle possédait un monastère où Ivan le Terrible se rendit par trois fois au 16ème siècle; le tsar lui fit don d'un Evangile aujourdhui exposé au musée régional, entre autres raretés bibliographiques. Mais la principale curiosité de la ville reste le clocher à moitié englouti de l'ancienne cathédrale de Saint-Nicolas-sur-Jabnia qui surgit comme une supplication des eaux de la Volga. L'édifice, haut de soixante-dix mètres, se dressait depuis 1800 sur la place du marché. L'ensemble fut submergé à partir de 1941, par la contruction du barrage à cinquante kilomètres en aval, qui provoqua une montée des eaux de douze mètres. Depuis, seule la pointe du clocher s'élève au dessus des flots, émouvante évocation d'un passé englouti. L'édifice est consolidé, à hauteur de l'eau, par un ouvrage de maçonnerie. Sa partie visible sert de mire aux mariniers, qui la laissent à tribord dans le sens descendant et à bâbord dans le sens montant. 

Après avoir vu le clocher de la cathédrale engloutie à travers une légère brume, se succèdent des paysages qui nous sont devenus familiers. Un village où pratiquement tous les toits sont bleus attire mon attention. Puis d'autres villages, toujours entourés de verdure, et enfin une ville avec de grands immeubles, avant que la nuit ne tombe dans l'atmosphère brumeuse qui est notre lot depuis un bon moment. 

Nous allons maintenant aborder la phase finale de notre navigation en empruntant le canal de Moscou et ses six écluses montantes. L'écluse à sas n° 1 se trouve prés de la ville de Doubna. Les dimensions sont standard mais le changement du niveau d'eau est ici le plus important : 11 mètres. Sur la rive gauche du canal, aux approches de l'écluse, se dresse le Grand Phare de la Volga. Sur la digue de l'avant-port de l’écluse, on peut voir du bateau le monument au fondateur de l’URSS, Lénine, à condition de voyager de jour, ce qui ne fut pas notre cas. L'écluse à sas n° 2 est située à 16,5 km de l'écluse n° 1, prés du village Tempy. Les dimensions sont standard mais le changement du niveau d'eau est ici le moins important : 6 m. L'écluse à sas n° 3 se trouve à 43 km de l'écluse n° 2, près de la cité ouvrière Yakhromskaïa; ses dimensions sont de 290x30x5,5 mètres; la variation du niveau d'eau est de 8 m. L'écluse à sas n° 4 se trouve à 4 km de l’écluse n° 3, prés du village de Galiavino; ses dimensions sont de 290x30x5,5 mètres; le changement du niveau d’eau est de 8 m. L'écluse à sas n° 5 se trouve à 7,5 km de l’écluse n° 4, ; ses dimensions sont de 250x30x5,5 mètres; le changement du niveau d'eau est de 8 m. L'écluse à sas n° 6 est située à 2,5 km de l’écluse n° 5 et à 48 km de la gare fluviale nord de Moscou, près du village d'Ignatovo; elle mesure 200x30x5,5 mètres; le changement du niveau d'eau est de 8 mètres. 

Le canal Moskova-Volga ou canal de Moscou est une réalisation gigantesque des années 1930, conçue dans un triple objectif. Premièrement, il s'agissait d'approvisionner Moscou en eau potable. Sous les murs du Kremlin, il n'était pas rare qu'on pût traverser la Moskova à pied sec. Les yeux de Staline se tournèrent alors vers la Volga : un canal de 128 km (125 km selon une autre source) suffisait pour la raccorder à la capitale. Deuxièmement, il fallait assurer la liaison navigable entre la Moskova et la Volga, condition indispensable à la mise en place d'un "port aux cinq mers" (mer d'Azov, Baltique, mer Blanche, Caspienne, mer Noire) dans la capitale russe. Troisièmement, on voulait créer une chaîne de production hydroélectrique, avec la mise en service de huit barrages. A cela s'ajoute une raison subjective : il fallait déployer aux portes de Moscou un chantier géant qui fût un symbole. Après le métro de Moscou (1935), le canal Moskova-Volga, ouvert en 1937, demeure l'une des réalisations les plus emblématiques de l'époque stalinienne. Ce fut en effet un chantier gigantesque; 200 millions de m3 de terre furent excavés, 3 millions de m3 de béton coulés, 7 digues de béton et 8 digues de terre érigées, 15 ponts jetés sur les eaux, 2 tunnels percés et le Terminal nord, où nous nous débarquerons à Moscou, construit avec son port marchand. Sans oublier les cinq stations de pompage qui poussent l'eau de la Volga vers la Moskova. Ces travaux pharaoniques auraient coûté la vie à plus d'un million d'hommes, déportés des camps de travail, enterrés dans des fosses anonymes. Après ce canal, qui se termine en palier, la navigation se poursuit sur la Moskova, avec trois écluses descendantes, jusqu'au Terminal sud (voir le profil de la croisière ici). 

Demain notre croisière prendra fin. 

9ème jour : Moscou (Les photos sont  ici ) 

A 8 heures, réveil musical. Entre 8 heures et 8h15, mise en forme matinale sur le pont Soleil avec Maria. De 7h45 à 9h45, petit-déjeuner buffet au restaurant Symphonie. 

Jusqu'à présent, les consommation on été prise en note par les serveurs. A partir d'aujourd'hui, 1er juillet, les achats doivent être payés en espèces et les notes acquittées, en espèces ou par cartes bancaires, de 9 heures à 11h30 au bar Concerto. Le bar offre des réduction sur la vodka et le chocolat. Cela sent le retour au bercail! 

La navigation se poursuit sur la Moskova. Que nous l'ayons voulu ou non, nous avons éclusé toute la nuit; c'est l'information futile du jour! Nous sommes aux abords de Moscou. Le long des berges, bateaux et grues sont de plus en plus nombreux. Et les immeubles ont cessé d'être les simples maisons pittoresques des villages russes. 

A partir de 9h30, le film "Anna Karénine" est diffusé sur la télévision en cabine pour ceux qui ne s'intéressent pas à la cuisine russe dont Valentina va nous entretenir, avec beaucoup de talent et d'humour, et en mettant la main à la pâte, en Salle de Conférence. C'est un régal avec cette animatrice qui possède indéniablement des dons de comédienne et exécute sa démonstration avec beaucoup d'entrain et un plaisir visible. Elle va jusqu'à pétrir devant nous des enveloppes de pelmenis. Je retiens de tout cela que les ingrédients principaux de la cuisine russe sont la mayonnaise et la crème fraîche. Mais s'en tenir à ces seuls deux produits ne serait donner qu'un aperçu vraiment trop réduit et quelque peu dédaigneux de cette cuisine que nous avons appréciée tout au long de notre croisière. Heureusement, on nous a distribué quelques recettes que les amateurs d'expériences culinaires pourront retrouver ici. 

A 11 heures a lieu la remise des prix de la tombola, en Salle de Conférence. C'est la première fois que j'en entends parler; je n'ai donc pas tenté ma chance, et n'ayant aucune perspective de gain, je préfère flâner sur les ponts. A 11h45, le déjeuner est servi au restaurant Symphonie. 
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La gare fluviale nord de Moscou - Source : Wikipédia -Structurae
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Aux environs de 13 heures, nous accostons à Moscou, gare fluviale nord, non loin du port nord de Moscou, mais à 46 km du port sud, situé après les trois écluses descendantes (voir le profil de la croisière ici). Cette gare, dont nous ne verrons pas grand-chose, figure parmi les curiosités de la capitale russe. Elle rappelle un bateau à deux ponts, pareils à ceux qui, au début du 20ème siècle, naviguaient sur les rivières et les fleuves de la Russie. L'édifice construit en granit et en marbre est orné d'arcades et de galeries. Un large escalier en granit mène du portail central aux quais. Le bâtiment mesure 150 mètres de long, la hauteur de la flèche est de 85 mètres. Un grand nombre d'architectes, de sculpteurs et de peintres ont pris part aux travaux d'aménagement de la gare et des autres bâtiments du canal de Moscou. Notre croisière prend fin ici. Mais nous continuerons à dormir sur le Tchaïkovski jusqu'à notre retour en France. 
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