La Renaissance:

Jean III de la Tour, comte d'Auvergne, ne laisse que deux filles, dont l'une, mère de Catherine de Médicis, lui transmet Saint-Sandoux. Cette reine, qui donnera trois rois et une reine à la France, François II, Charles IX, Henri III et Marguerite de Valois, la reine Margot, fait donation, par lettres patentes, de la terre de Saint-Sandoux à Antoine de Sarlans (mort en 1586), son premier maître d'hôtel, pour le récompenser de divers services, par deux actes de 1569 et du 23 juin 1575. Le roi Charles IX confirme cette donation par des lettres de juin 1575. Marguerite de Valois ratifie cette donation le 4 septembre 1589, sous la réserve du ressort. Bien en cour, Antoine de Sarlans (ou de Sarlant), deuxième du nom, possède aussi Buron, Saint-Yvoine, Authezat et en partie Chaslus-les-Bussières. Il sera le dernier de son nom.

Le 18 juillet 1584, Antoine de Sarlans, seigneur et baron de Sarlans et de Buron, chevalier de l'ordre du Roi et premier maître d'hôtel de la Reine, donne les terres et seigneurie de Saint-Sandoux et d'Authezat à Claude de Sarlans, sa fille, veuve de Jacques d'Oradour, écuyer, seigneur de Saint-Gervasy, et au fils de ces derniers, Jacques d'Oradour; le 10 août 1588, Claude de Sarlans, promet de vendre la terre de Saint-Sandoux à son fils Jacques, promesse reçue par Guyot, notaire à Buron (Docteur de Ribier: Preuves de la noblesse d'Auvergne - Paris - Honoré Champion - 1909). Cette promesse sera tenue et Jacques d'Oradour vendra Saint-Sandoux, en 1607, moyennant 1900 livres, à François de Girard, seigneur de Travers.

François de Girard tenait de ses parents le château et le fief de Travers, situés au nord de Saint-Sandoux, à une faible distance du village. Ce château et ce fief appartenaient, en 1574, à Pierre de Girard, seigneur de la Chau, du Chastel, secrétaire de Catherine de Médicis, reine de France, capitaine des châteaux de la Rodde et de Ravel. Pierre de Girard eut pour fils François, seigneur de Travers et d'Orcines, procureur fiscal d'Aurières en 1585, marié à Charlotte Ravel, père de François de Girard qui acheta Saint-Sandoux. Cette dernière transaction eut pour conséquence la réunion des terres et châteaux de Travers et de Saint-Sandoux qui étaient jusqu'alors séparés par le petit col qui passe entre eux et dont ils assuraient une protection presque parfaite.
 

Le château de Travers au début du 21ème siècle (Noël 2003)
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Le château de Travers figure, à la rubrique Saint-Sandoux, sur le site des monuments historiques. Il a été inscrit sur la liste complémentaire des monuments historiques du Puy de Dôme par arrêté préfectoral du 29 décembre 2004. 

C'est une propriété privée. Le château proprement dit comporte des éléments des 14ème, 17ème et 18ème siècles. Le parc romantique et le jardin, datés du 4ème quart du 19ème siècle, ont été conçus par le célèbre paysagiste Édouard André. Une première terrasse, située devant le château, offre au regard un parc à l'anglaise, avec une pièce d'eau. Elle surplombe une deuxième terrasse aménagée en potager et fruitier à la française avec des parterres entourés de buis. 

Il appartient aujourd'hui à la famille de Quatrebarbes. Cette famille, originaire d'Anjou, compte parmi ses  ascendants un historien réputé de la guerre de Vendée, Théodore de Quatrebarbes (1803 ou 1807-1871) dont l'ouvrage "Une paroisse vendéenne sous la Terreur" a été plusieurs fois réédité; Théodore de Quatrebarbes est également l'auteur de "Souvenirs de la campagne d'Afrique" ainsi que d'un ouvrage consacré à sa famille: "La Maison de Quatrebarbes". Les de Quatrebarbes sont issus des anciens barons de Montmorillon. Un de leurs ancêtres est allé combattre les Maures aux côtés du roi Alphonse de Castille et a vaincu quatre émirs en combat singulier; pour ce fait d'armes, il reçut le surnom de Quator Barbis; cette famille est la 25ème plus ancienne famille de France, sa filiation prouvée remontant à 1025.  

Une notice sur le château de Travers est ici.

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Les guerres de religion ne laissent pas Saint-Sandoux à l'écart. A l'automne 1575, le brave et terrible capitaine protestant Merle est à Issoire, ville réformée. Il s'empare ensuite de Champeix, Saint-Amant-Tallende, Saint-Sandoux, Saint-Saturnin et Pontgibaud, avant d'échouer devant Montferrand, ce qui vaudra à la couleuvrine de cette cité proche de Clermont, mais encore distincte d'elle, le surnom de "Chasse-Merle". Voici ce qu'on lit dans "La France protestante": "Après avoir réparé et augmenté les fortifications de son importante conquête, dont le gouvernement lui fut donné par Damville, le 24 octobre 1575, Merle se mit à lever des contributions sur les environs. Il prit Champoix, Saint-Sandoux, Saint-Saturnin, Saint-Amand-Tallande, poussa des partis jusqu'aux portes de Clermont, défit la compagnie de gendarmes de Saint-Hérem, enleva à Pontgibaud une soixantaine de chevaux qui lui servirent à monter ses plus vaillants soldats, fit prisonnier le sieur de La Guiche qui avait osé venir le braver sous les murs d'Issoire, et força les Catholiques à lever le siège du château de Malet, en 1575." (Eug. et Em. Haag: La France protestante ou vie des Protestants français qui se sont fait un nom dans l'histoire - Tome VII - Paris - Joël Cherbuliez - 1857). Merle, établi à Issoire qu'il a fortifié comme il est dit ci-dessus, entreprend donc des expéditions punitives et rançonne la région pendant une période qui doit être trouvée bien longue par ses habitants. Voici comment il traite les papistes, principalement les moines et les prêtres: "Aux uns, on serre le front avec une corde mouillée jusqu'à leur faire sortir les yeux; les autres, on les pend par les pieds ou les mains avec une corde et on les fait tourner jusqu'à ce qu'ils ne sachent plus où ils sont. Pour d'autres, on plante sur une table une cheville qu'on fait entrer dans leur fondement et, les prenant par les pieds, on les fait tourner jusqu'à ce que le gros boyau soit déchiré..." Évidemment, ce sont les chroniqueurs catholiques qui font état de ces atrocités; ceux du camp protestant affirment au contraire qu'il fit preuve à Issoire d'une grande mansuétude!
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Chronologie succincte des guerres de religion 
24 août 1572: massacre de la Saint-Barthélemy dont sont victimes les protestants décidé par le roi Charles IX, fils de Catherine de Médicis. 
25 mai 1576: édit de pacification de Beaulieu accordé aux protestants par le roi Henri III, autre fils de Catherine de Médicis. Cet édit sera rejeté par les états généraux de Blois. Il entraînera la constitution de la Ligue dirigée par le duc de Guise. Le roi, après avoir tenté, sans succès, de maintenir son édit, essaiera vainement de prendre la tête de la Ligue. 
23 décembre 1588: assassinat du duc de Guise et de son frère, le cardinal de Guise, par ordre de Henri III qui se réconcilie avec les protestants. 
5 janvier 1589: mort de Catherine de Médicis. 
1er août 1589: assassinat de Henri III par Jacques Clément. Henry IV, héritier de la couronne, par suite de la disparition des Valois, devient roi de France. Protestant, il est contesté par la fraction des catholiques affiliés à la Ligue que dirige Mayenne, successeur des Guise. 
25 juillet 1593: Henry IV abjure le protestantisme ("Paris vaut bien une messe!"). 
30 avril 1598: l'Edit de Nantes, qui accorde la liberté de religion aux protestants, met fin aux guerres de religion. 
Décembre 1599: Henry IV obtient l'annulation de son mariage avec Marguerite de Valois pour épouser, l'année suivante, Marie de Médicis. 
14 mai 1610: Henry IV est assassiné par un catholique fanatique, François Ravaillac, probablement soudoyé par la Maison d'Autriche.
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En janvier 1589, décède la dernière châtelaine de Saint-Sandoux membre de la famille des Latour d'Auvergne, Catherine de Médicis. Son fils, le roi Henri III, l'accompagne quelques mois plus tard dans la tombe, blessé au ventre d'un coup de couteau par un moine fanatique, inspiré par la Ligue. Henry IV, un huguenot, lui succède. L'Auvergne est en proie à la guerre civile; Riom, est aux mains du chef local des ligueurs, Jean-Louis de La Rochefoucauld, comte de Randan, gouverneur d'Auvergne; Clermont-Ferrand est au contraire dans le camp des royalistes; les deux villes rivales se font la guerre.

Le bourg de Saint-Sandoux tombe aux mains du comte de Randan qui le ravage, en 1589; de gré ou de force ses habitants sont enrôlés sous la bannière du parti ligueur. Issoire est à son tour conquise par les ligueurs la même année. L'année suivante, une armée royaliste s'empare de la cité réformée et met le siège devant son château, où les ligueurs résistent encore. Le comte de Randan vole depuis Riom au secours de la place assiégée; il échoue devant Neschers; le 12 mars 1590, de forts contingents de troupes clermontoises, ainsi que des villes et villages alliés, sont aperçus se dirigeant en direction d'Issoire; on les voit défiler dans la plaine du haut du lieu-dit La Garde qui, dominant le chemin de Clermont à Issoire, mérite bien son nom; le tocsin sonne à Saint-Sandoux et autres bourgs ligueurs (La Sauvetat, Authezat, Plauzat...) pour ameuter les catholiques; une rencontre sanglante à lieu près d'Issoire, au Cros Rolland, le 14 mars; le comte de Randan est tué et les ligueurs défaits; trente villes et villages sont contraints de se soumettre au roi.

Mais les troubles ne sont pas finis pour autant; en 1591, un des derniers ligueurs, le duc Charles-Emmanuel de Savoie-Nemours, gouverneur du Beaujolais, du Lyonnais et du Forez, qui rêve d'indépendance et refuse de se soumettre au roi huguenot, fait camper ses troupes à Saint-Sandoux; il sera bientôt arrêté et emprisonné à Pierre Encise, d'où il parviendra à s'évader. L'abjuration de Henry IV, converti au catholicisme (1593), et l'édit de Nantes (1598) mettent fin aux guerres de religion.

Ces dernières laissent un pays dévasté par les luttes civiles. La soldatesque des deux camps s'en est donnée à coeur joie en molestant les paysans, pillant, massacrant le cheptel, brûlant les récoltes... une disette a suivi; il faudra du temps avant que l'humble laboureur puisse mettre la poule au pot tous les dimanches, selon les voeux du bon roi Henry! Un siècle plus tard, pour calmer l'ardeur belliqueuse des hobereaux du cru, qui continuent à semer le désordre en Auvergne, Louis XIV enverra le Parlement de Paris siéger à Clermont-Ferrand, la justice locale étant impuissante ou complice, pour châtier vigoureusement les trublions; quelques pendaisons suffiront pour faire fuir les plus compromis et ramener les autres à la raison.

Au 16ème siècle, selon Alexandre Bruel, un hameau existait à un kilomètre environ du chef lieu de la commune actuelle, en direction du nord, à proximité de la chapelle Notre-Dame-des-Prés, comme on l'a déjà vu plus haut. Par ailleurs, toujours d'après Bruel, la paroisse de Saint-Sandoux dépendait de l'archiprêtre de Merdogne, comme il ressort de la carte ci-dessous. Merdogne était l'ancien nom du village de Gergovie qui fut rebaptisé sous le second empire (décret impérial du 11 janvier 1868: "Le village de Merdogne, dépendant de la commune de La Roche-Blanche portera à l'avenir,... le nom de Gergovie").  A la même époque, auraient été construits les bâtiments du domaine de la Fontille, s'il faut en croire les plaques qui y sont apposées; toutefois, d'après une autre source, ils ne seraient sortis du sol qu'un siècle plus tard, en 1645. On aurait trouvé à la Fontille un ancien cimetière religieux, ce qui peut laisser supposer que c'était là que se trouvait la dépendance de La Chaise Dieu, mais ce n'est pas certain.
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C'est à la Renaissance que fut édifiée la fontaine de la Place comme en témoigne son bassin rond typique de l'époque. Elle fut longtemps l'unique fontaine du village et servit à tous les usages: abreuvoir, lavoir, bassin à tremper les pailles pour relever  (attacher) les vignes... Elle subit au cours des siècles bien des vicissitudes. Elle fut maintes fois déplacée. Les usagers y percèrent des trous pour accélérer le débit de l'eau jugé trop faible et, faute de moyens financiers, elle resta délabrée pendant de longues périodes au détriment de la population. Son pilier central était orné de quatre sculptures à peu près identiques, de facture grossière, remontant sans doute au Moyen Âge. Une légende s'attache à elles. Cette légende comporte deux versions, toutes les deux plausibles. Selon la première, les habitants du village, mécontents du Saint que ces visages sculptés étaient supposés représenter, auraient retourné sens dessus dessous le pilier et caché les sculptures dans le fond du bassin, comme il était d'usage autrefois, dans certaines paroisses, de retourner Saint-Verny face au mur en cas de mauvaises vendanges, coutume quelque peu païenne. Selon la seconde version, c'est un curé du 18ème siècle qui, jugeant les figures diaboliques, les auraient anathématisées selon le même procédé. En 2012, les figures ont été retrouvées et restaurées et la légende a ainsi été accréditée.

Sources:  Alexandre Bruel: Pouillés des diocèses de Clermont et de Saint-Flour au XVIIe siècle - Paris: Imprimerie nationale - 1880.


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