Chronologie de l'histoire du Liban
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L'histoire du Liban commence a une époque très reculée. Pendant une grande partie de la période historique, elle se confond avec l'histoire des pays voisins, toute la région faisant partie de l'empire ottoman. Ce n'est qu'après la Première guerre mondiale, à l'époque du mandat français, par suite du démembrement de l'empire ottoman, que le Liban moderne voit le jour, non sans opposition notamment de ses voisins syriens. 

Le Liban est constitué de quelques étroites plaines côtières et de zones montagneuses escarpées. Où que l'on y soit, on n'est jamais loin de la mer et toujours proche des montagnes de sorte que l'on peut s'y baigner le matin et y skier l'après-midi. Les plaines côtières sont naturellement tournées vers le large et les zones montagneuses sont adossées à un vaste arrière-pays où se formèrent des empires. Cette topographie originale doit être gardée en tête car elle explique en partie l'histoire du pays.  



La Préhistoire 

-1000000 à -150000: Paléolithique inférieur: outils rudimentaires d'éclats de pierre. 
-150000 à -40000: Paléolithique moyen: racloirs, burins et pointes de flèches plus élaborés. 
-40000 à -18000: Paléolithique supérieur: poursuite de l'affinage des technique de la pierre taillée. 
-18000 à -9000: Épipaléolithique: fabrication d'objets de pierre taillée de plus en plus petits. Le réchauffement climatique permet la vie au grand air. 

-9000 à -4000: Néolithique: avènement de l'économie agro-pastorale qui succède à la cueillette et à la chasse; domestication des animaux. Début de sédentarisation. Invention de la céramique. 
-7500: apparition de villages dans la plaine de la Békaa. 
-6000: naissance de Byblos. 

5ème et 4ème millénaire avant notre ère: Chalcolithique: apparition d'une organisation sociale hiérarchisée. 
-3500: les Cananéens, des sémites, s'établissent dans la région. 

-3200 à -2000: Bronze inférieur: les outils en bronze commence à remplacer les outils en pierre; développement d'une civilisation urbaine; fortifications des cités; commerce avec l'Égypte et les contrées de l'intérieur (Syrie, Mésopotamie, Palestine); apparition de la technique de fabrication du verre. Fondation de Beyrouth; invention de l'écriture cunéiforme. 
-2150: invasion de peuples sémites venant de l'intérieur des terres: les Amorites. 
-2000 à -1500: Bronze moyen: invasion des Hyksos (-1750). 
-1500 à -1200: Bonze supérieur. Les Cananéens sont appelés Phéniciens. 
Vers la fin du second millénaire, les "peuples de la mer" venus du nord-est déferlent au sud du pays de Canaan peut-être poussés par la sécheresse; ils apportent aux Phéniciens la science de la navigation. 
 

L'Antiquité: 

-1200 à -333: Âge du Fer: invasions assyrienne, babylonienne et perse; apogée de la civilisation phénicienne, expansion maritime; invention et propagation de l'écriture alphabétique. L'architecture est profondément marquée par l'influence des empires dominants. 
9ème siècle: une colonie phénicienne est établie à Chypre. 
-814: création de Carthage. D'autres colonies phéniciennes s'établissent au cours du temps à Malte, en Sicile, en Sardaigne, en Tunisie (Thapsus, Hadrumète), en Espagne (Cadix, Ibiza), le pays des métaux et des richesses (l'or et l'argent), et jusqu'en Bretagne et en Cornouaille où se trouvent des mines d'étain. 
-668 à -627: prépondérance assyrienne. 
-627 à -550: prépondérance néo-babylonienne. 
-550 à -330: prépondérance perse. 

-333 à -64: période hellénistique consécutive aux conquêtes d'Alexandre le Grand. Le Liban (Phénicie) tombe sous la domination mouvementée des Séleucides. La civilisation grecque se répand au Moyen-Orient.

Au 2ème siècle avant notre ère, Antiochus III s'attire les foudres de Rome en intervenant en Thrace et en accueillant Hannibal, le farouche et lointain héritier des Tyriens, fondateurs de Carthage

-140: Beyrouth est détruite par un incendie pendant la guerre séleucide entre Antiochus VII et Tryphon; elle reste en ruines pendant un siècle. 

-64 à 395: période romaine consécutive aux conquêtes de Pompée. Important développement urbain et économique (verre, tissus, céramique et bijouterie). Les échanges commerciaux sont facilités par la paix romaine. Le Liban reste sous l'influence de la culture grecque. Rome n'impose pas à ses colonies sa religion; au contraire, il fait de la tolérance un des moyens de sa politique; d'ailleurs, la religion romaine et les religions du Moyen-Orient ont des points communs; ces dernières se sont éloignées depuis longtemps de celle de Carthage : les Phéniciens ne pratiquent plus la prostitution sacrée ni le sacrifice rituel des premiers fils nés en les faisant brûler; il est facile d'assimiler les retrouvailles d'Astarté et d'Echmoun, célébration de la renaissance annuelle de la végétation, avec celles d'Astarté de d'Adonis de Byblos, ou le culte phrygien de Cybèle et d'Attis qui ont déjà essaimé à Rome; Astarté peut être comparée à Aphrodite, et le dieu Melquart de Tyr associé à Héraclès; Haddad, le dieu solaire, maître du tonnerre et des montagnes, trouve son homologue en Jupiter. 

395 à 635: période byzantine: le Liban (Phénicie), rattaché à l'empire romain d'Orient, se christianise. Développement de l'agriculture (huile, vin) et des industries de la soie, du verre et de la pourpre. L'école de droit de Beyrouth jouit d'une grande renommée. Des chrétiens dont l'origine reste mystérieuse, les Mardaïtes, sont utilisé par l'empereur de Constantinople, pour lutter contre l'expansion musulmane. 
551: un séisme accompagné d'un raz-de-marée détruit Beyrouth. 
560: un incendie finit de détruire ce qui restait de Beyrouth. 

635 à 1099: période de domination musulmane assez mouvementée (Omeyyades (661-750), Abbassides (750-969), Fatimides (969-1171), Ayyoubides (1170-1260)) et perturbée par les intermèdes sedjoukide (1092) et croisé. Développement de l'agriculture grâce à l'irrigation. Reconstruction des cités, ports et chantiers navals. Des temples antiques (Baalbek) sont convertis en forteresses. L'Islam se propage; l'arabe devient la langue administrative et remplace peu à peu les dialectes locaux. La nouvelle religion se montre d'abord relativement tolérante; au Liban, elle est d'abord plutôt chiite. Des chrétiens, en particulier des maronites, chassés pourtant de Syrie, se réfugient dans la montagne libanaise; les Mardaïtes constituent même un État indépendant qui s'oppose à l'expansion islamiste jusque après la fin des Croisades. Au 11ème siècle, la communauté musulmane dissidente druze trouve également refuge dans la montagne libanaise.  
 

Les Croisades 

1099 à 1289: occupation croisée; construction de châteaux forts. Deux entités politiques sont créées: au nord le comté de Tripoli et au sud le royaume de Jérusalem. Cette tentative de reconquête religieuse des lieux saints exacerbe les rivalités religieuses. 
1104: les Croisés s'emparent de Byblos. 
1109: le comté de Tripoli est administré par la famille génoise des Embriaci. 
1120: la famille Maan arrive de Syrie pour lutter contre les Croisés. 
1170-1172: Les Chehab, des nobles libanais, luttent victorieusement contre les Croisés. Ils obtiennent comme fief la région de la Bekaa jusqu'à Safed. 
1182 à 1230: le neveu de Saladin (Ayyoubide) est gouverneur de Baalbek. 
1187: Saladin conquiert Beyrouth et Byblos. 
1197: Beyrouth est reprise par les Croisés. 
1199: Byblos est reprise par les Croisés. 
1250 à 1253: Saint-Louis consolide la place forte de Sidon avant de rentrer en France depuis Tyr. 
1260: invasion mongole. 
 

Les Mamelouks et l'empire ottoman 

1289-1516: période mamelouke. 
1291: Beyrouth est assiégée par les Mamelouks. 

1516 à 1919: domination ottomane. Les Ottomans écartent du pouvoir les Mamelouks et s'emparent d'un pays dont la côte, fortement urbanisée depuis l'Antiquité (Beyrouth, Tyr, Saida et Tripoli), contraste avec une montagne divisée en clans qu'opposent des religions différentes. Face à cette situation difficile, l'empire renonce à l'exercice direct de l'autorité et accepte de laisser aux montagnards une certaine autonomie dans le cadre d'un émirat. Les sunnites deviennent prépondérants dans la région côtière. Les maronites et les druzes tiennent la montagne. 
1536: sous François 1er, la France devient la protectrice des populations catholiques de l'empire ottoman; ouverture d'un consulat de France à Tripoli. Le statut particulier de la France favorise l'envoi de missions d'évangélisation et l'ouverture d'écoles françaises. Cependant l'italien reste la langue étrangère la plus parlée sur la côte en raison de l'influence des commerçants génois et vénitiens jusqu'au 17ème siècle.  
1544 à 1697: la montagne libanaise est sous le contrôle de la famille Maan, de confession druze, reconnue par les maronites comme par les druzes. 
1549: ouverture d'un consulat de France à Beyrouth. 
1635: Fakhr-al-Din II, de la famille Maan, devenu trop puissant et qui complote avec le duc de Toscane, est exécuté à Istanbul. 
23 juin 1772: la flotte russe de Catherine II débarque des canons sur la Place de Beyrouth pour intimider la population. 
1698 à 1841: la montagne libanaise passe sous le contrôle de la dynastie des Chehab, des sunnites jugés trop tolérants à l'égard des chrétiens, qui sont pratiquement autonomes dans un cadre voisin du féodalisme. Djezzar Pacha (1720-1804), un mamelouk, est maître de Beyrouth. C'est lui qui luttera victorieusement à Saint Jean d'Acre contre Bonaparte. La campagne d'Égypte et de Syrie du général français marque le début d'une rivalité entre la France et l'Angleterre qui durera tout au long du 19ème siècle. Les Chehab, d'abord alliés au druzes, se mettent du côté des maronites, après avoir fait assassiner le chef druze Bachir Joumblatt  dont la puissance leur portait ombrage. 
1790 à 1840: Bechir II Chehab gouverne le Liban avec l'aval initial de Djezzar Pacha. Il s'allie au pacha d'Egypte Méhémet Ali qui tente de conquérir la Syrie. Son règne s'achève par suite d'une insurrection populaire contre son despotisme et sa lourde fiscalité avec, comme arrière-plan, des intrigues occidentales. Méhémet Ali, soutenu par la France, est sommé par la Grande-Bretagne, la Prusse, l'Autriche et la Russie, d'abandonner ses conquêtes syriennes. La flotte coalisée bombarde Beyrouth, débarque des troupes au Liban et aide la rébellion à déposer Béchir II qui est exilé à Malte. 
1840 à 1860: affrontements entre druzes et maronites dans la montagne libanaise; ces affrontements sont la conséquence directe des événements précédents et de la montée en puissance des maronites qui contestent la domination druze. Les communautés cherchent l'appui des grandes puissances; la France devient la protectrice des maronites et l'Angleterre celle des druzes. La région montagneuse centrale forme un Petit-Liban où les influences françaises et britanniques se contrebalancent tandis que le sud (Tyr) et le nord (Tripoli) sont maintenus dans la province ottomane de Syrie. 
1845-1850: le projet de l'installation d'une colonie libanaise chrétienne en Algérie est étudiée mais il restera sans suite. 
1860: découverte de Byblos par Ernest Renan. Le conflit intercommunautaire entraîne des massacres qui servent de prétexte à une intervention de Napoléon III au Liban.  
1861: les grands pays occidentaux s'entendent pour doter le Mont-Liban d'une nouvelle organisation politique basée sur la représentation des 6 principales communautés confessionnelles; une province autonome du Mont-Liban est créée dans le cadre de l'empire ottoman. 
1876: émigration syro-libanaise vers l'Égypte. 
1879: premiers conseils municipaux élus au Liban (notamment à Jounieh). 
1880 à 1914: la croissance démographique et une crise de la sériciculture entraîne une importante vague d'émigration vers les Amériques. 

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Un saint maronite libanais 
Le 15 avril 1899, la tombe du père maronite Charbel Makhlouf est ouverte et, à la stupéfaction de l'assistance, on s'aperçoit qu'un liquide ayant la couleur et l'apparence du sang suinte du cadavre. Le père, un ermite, est mort en odeur de sainteté en décembre de l'année précédente, la veille de Noël. De son vivant, il affectait une grande piété et son supérieur s'était aperçu, non sans étonnement, que la modeste lampe avec laquelle il s'éclairait fonctionnait à l'eau plutôt qu'à l'huile. Quelques temps après ses obsèques, une lumière entoura sa sépulture d'où émanait une suave odeur de fleurs, ce qui motiva l'inspection du tombeau. En 1900, on expose le corps au soleil afin de le dessécher, après l'avoir éviscéré. Rien n'y fait; le cadavre continue à suinter et ainsi sans interruption jusqu'en 1927, année où on l'inhume à nouveau. La réouverture du cercueil, au milieu du 20ème siècle, permet de constater la poursuite de cet étrange phénomène qui aurait ainsi livré plus de 20 litres de liquide selon les calculs d'un médecin! Dans le même temps, plusieurs guérisons miraculeuses de pèlerins venus dans la crypte où repose le saint auraient été constatées.
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La Grande Guerre et la naissance du Grand Liban 

1915: les alliés (Français et Britanniques) frappent le Liban d'embargo. Les Anglais entraînent les Arabes dans la lutte contre l'empire ottoman, allié des empires centraux, en leur promettant la création d'un Royaume arabe indépendant sous juridiction hachémite. 
1916: par suite des difficultés causées par l'embargo, la population de Beyrouth se soulève ce qui entraîne une réaction turque qui se solde par des pendaisons, notamment celle du curé Yûsuf al Hâyik, exécuté à Damas parce que son fils combattait dans la Légion étrangère; ce ne sera pas le seul Levantin à s'être battu dans les rangs français pendant les deux guerres mondiales. L'accord Sykes-Picot prévoit le partage de l'empire ottoman entre la France et la Grande-Bretagne, avec l'aval de l'Italie et de la Russie tsariste, à l'issue des hostilités; cet accord secret entre en contradiction avec la promesse faite aux Arabes. 
1919: à la conférence de la paix les délégués de la Syrie et du Liban présentent des revendications contradictoires. La Syrie refuse de passer sous  juridiction hachémite et réclame le maintien de son unité (la Palestine et un Liban autonome compris) avec le concours de la France qui protège traditionnellement les chrétiens d'Orient. Les Libanais réclament la création d'un Grand Liban, protégé par la France ou indépendant.  
1920: création d'un Grand Liban placé sous mandat français avec Beyrouth pour capitale: la Syrie est privée de Tripoli et de la plaine de la Békaa. Cette solution est imposée par la force à la Syrie qui a pris les armes pour appuyer son point de vue. 
1925: la révolte druze de Syrie se propage au sud-est du Liban (une petite vidéo d'images fixes sur le Levant à cette époque est ici). 
1926: le français et l'arabe sont reconnus comme langues officielles du Liban qui devient la République libanaise constituée sur la base d'un communautarisme confessionnel. 
1930: le médecin d'origine égyptienne Georges Samna, qui exerce à Paris, où il fréquente les milieux diplomatique, consigne la teneur d'un entretien avec le roi Fayçal Ier d'Irak. Il en ressort que les litiges du royaume avec la France portent sur trois points: la frontière des pays sous mandats, le partage des eaux de l'Euphrate et l'acheminement du pétrole irakien. En réalité, le souverain irakien, chassé de Syrie par les Français, n'a pas complètement renoncé à régner sur un vaste territoire qui engloberait la Syrie, le Liban et l'Irak; d'autre part, la rivalité entre la France et l'Angleterre au Moyen-Orient, bien qu'elle reste feutrée, n'en est pas moins bien réelle; enfin, la France utilise la séparation du liban et de la Syrie pour mieux asseoir son influence dans la région. Toutes ces questions resurgiront ultérieurement. 
 

La Seconde Guerre mondiale 

1940: le Liban est sous le contrôle du gouvernement de Vichy. 
1941: les Forces Françaises Libres prennent le contrôle du Liban avec l'aide des Britanniques. La Grande-Bretagne occupe les deux tiers du pays. 
1943: conflit entre le gouverneur français et le gouvernement libanais, deux indépendantistes, Béchara el-Khoury et Riyad es-Solh étant respectivement président de la République et Premier ministre; les autorités libanaises sont brièvement emprisonnées; mais la France se résigne à l'inévitable et le Liban accède à l'indépendance. Par un Pacte national la liberté religieuse est maintenue, les chrétiens renoncent à la protection française et les musulmans au rêve d'une Grande Syrie; en fait, ce pacte organise la suprématie conjointe des maronites et des sunnites au détriment notamment des druzes. Le français perd son statut de langue officielle mais le Liban continue à faire partie de la francophonie. 
1946: les dernières troupes françaises quittent le Liban. 
 

Le Liban indépendant  

18 septembre 1952: démission du président Béchara el-Khoury, artisan de l'indépendance et du Pacte national, qui ne résiste pas à l'insurrection menée par le chef druze Kamal Joumblatt contre la corruption du régime. Camille Chamoun est élu président de la République. Loin de respecter le fragile équilibre des forces, le nouveau président accroît ses pouvoirs et prend ouvertement partie pour l'Occident dans le contexte de la guerre froide. 
1956: Camille Chamoun refuse de soutenir l'Égypte de Nasser opposée à la France et à l'Angleterre à propos du canal de Suez. 
1er février 1958: création de la République arabe unie par l'Égypte et la Syrie. Le vieux rêve d'unification du monde arabe refait surface. 
Mai 1958: une guerre civile oppose les partisans et les adversaires du président Chamoun dans les montagnes du pays.  
15 juillet 1958: débarquement des marines américains à Beyrouth, à la demande de Camille Chamoun. Après quelques semaines de combats, le général Fouad Chehab, chef de l'armée, lui succède. Le nouveau président se réconcilie avec Nasser et joue les médiateurs entre les États arabes. 
31 décembre 1961: tentative avortée de putsch contre Chehab de la part du parti social nationaliste syrien. 
1966 à 1975: le conflit israélo-palestinien empoisonne la vie libanaise. Les chrétiens conservateurs inquiets se rapprochent de l'Occident tandis que les musulmans progressistes épousent la cause palestinienne; des affrontements opposent la phalange chrétienne aux fedayins. 
1967: Guerre des Six Jours. Les Palestiniens se manifestent au sud du Liban. 
Octobre 1969: crise sérieuse entre l'État libanais et la résistance palestinienne. 
Novembre 1969: l'armée libanaise tente vainement de prendre le contrôle des camps palestiniens; la présence de la résistance palestinienne dans les camps du sud est légalisée par les accords du Caire. 
1970: septembre noir. Chassés de Jordanie, les Palestiniens se réfugient en grand nombre au Liban. Ce pays devient l'otage du conflit israélo-palestinien. 
Avril 1973: opération militaire israélienne à Beyrouth et assassinat de trois importants dirigeants de l'Organisation de Libération de la Palestine. 
 

La guerre civile 

1975-1991: Beyrouth est la proie d'une sanglante guerre civile. Au cours de cette guerre, Soleiman Frangié, crée une Brigade Marada qui se réclame des Mardaïtes. 
13 avril 1975: la guerre civile commence par deux incidents graves: le matin, des tirs font deux morts lors de l'inauguration d'une église par Pierre Gemayel; l'après-midi, l'attaque d'un bus par les phalangistes tue 27 travailleurs palestiniens. 
Janvier 1976: à la demande de dirigeants maronites, la Syrie s'introduit dans le jeu des factions libanaises. 
Juin 1976: intervention massive de l'armée syrienne au Liban contre l'OLP et le Mouvement national libanais. 
14 mars 1978: Israël envahit le Sud-Liban (opération Litani). 
juillet 1981: guerre israélo-palestinienne à la frontière libanaise. Beyrouth est bombardée. 
6 juin 1982: début de l'invasion du Liban par l'armée israélienne (opération paix en Galilée); les Israéliens assiègent Beyrouth, soumettent la ville à un sévère blocus et affrontent l'armée syrienne dans la plaine de la Békaa. Une force internationale est envoyée à Beyrouth. 
Août 1982: élection de Béchir Gemayel à la présidence de la république; début d'évacuation de Beyrouth par l'OLP sous la protection d'une force multinationale. 
14 septembre 1982: assassinat de Bechir Gemayel par un membre du parti social nationaliste syrien. Entrée des Israéliens à Beyrouth-Ouest. Massacres dans les camps palestiniens de Sabra et Chatila perpétrés par des partisans du président assassiné. 
21 septembre 1982: élection d'Amine Gemayel, frère de Béchir, à la présidence du Liban. 
Avril 1983: un attentat contre l'ambassade américaine tue 63 personnes et en blesse 100 autres. 
17 mai 1983: accord de paix libano-israélien.  
Août-septembre 1983: regain de la guerre civile dans les montagnes du Liban. Les socialistes druzes de Walid Joumblatt prennent le contrôle de Chouf d'où les chrétiens sont chassés. 
23 octobre 1983: des attentats suicides causent la mort de 241 marines et 58 militaires français.  
Février 1984: prise de Beyrouth-Ouest par le front de l'opposition (la milice chiite d'Amal et les partis de gauche). Les marines américains, suivis par les contingents britannique et italien, se retirent. 
1er avril 1984 : départ des soldats de la Force multinationale. 
16 mai 1984: formation à Beyrouth d'un gouvernement d'union nationale. 
1985-1988: tentative vouée à l'échec du parti Amal de Nabih Berry, avec le soutien de Damas, de s'emparer de Beyrouth-Ouest; il se heurte aux autres mouvements musulmans (le Parti socialiste progressiste de Walid Joumblatt, le Hezbollah et les Palestiniens). 
15 janvier 1985: annonce du retrait par étapes des troupes israéliennes du Liban face à l'amplification de la résistance. 
Printemps 1985: nouveaux massacres à Sabra et Chatila, et dans d'autres camps palestiniens du Liban, du fait des miliciens chiites d'Amal. 
Juin 1985: Israël achève son retrait, à l'exception d'une zone tampon contrôlée par l'Armée du Liban sud du général pro-israélien Lahad. 
Décembre 1985: accord tripartite entre Amal, les Forces libanaises et le Parti socialiste progressiste qui semble ouvrir la porte à un règlement pacifique durable. 
Janvier 1986: destitution de Elie Hobeika du commandement des Forces libanaises comme étant trop favorable à la Syrie. 
29 mai 1986: début d'une nouvelle guerre des camps déclenchée par la milice Amal contre les Palestiniens loyaux à Yasser Arafat. 
20-26 février 1987: retour de l'armée syrienne à Beyrouth-Ouest d'où elle avait été chassée en 1982. 
1er juin 1987: assassinat de Rachid Karamé, Premier ministre favorable à la Syrie. 
17 février 1988: enlèvement du colonel américain Higgins par le Hezbollah. 
28 juillet 1989: enlèvement par un commando israélien du cheikh Abdel Karim Obeid, chef spirituel et militaire du Hezbollah. 
31 juillet 1989: diffusion d'une vidéo montrant la pendaison du colonel Higgins. 
Septembre 1988: échec de la tentative pour trouver un successeur à Amine Gemayel. Le Liban se retrouve avec deux gouvernements, l'un chrétien, dirigé par le général Michel Aoun, et l'autre musulman, conduit par Sélim Hoss, qui a succédé à Rachid Karamé. 
14 mars 1989: guerre de libération contre la Syrie, déclenchée par le général Michel Aoun, avec l'aide de l'Irak et, pour conséquence, une guerre civile inter chrétienne. Un déluge de projectiles chiites et syriens s'abat sur les zones fidèles à Michel Aoun qui appelle à son secours l'opinion publique internationale; l'offensive syrienne est stoppée mais les jours du régime d'Aoun sont comptés. 
22 octobre 1989: les députés adoptent les accords de Taëf (Arabie saoudite) pour mettre fin à la guerre civile. Les milices sont désarmées, à l'exception du Hezbollah. 
22 novembre 1989: assassinat du nouveau président René Moawad, remplacé par Elias Hraoui. 
1990: début de la reconstruction de Beyrouth. 
Octobre 1990: assaut de l'armée syrienne contre l'armée libanaise du général Aoun qui se réfugie en France, ce qui sonne le glas du double pouvoir à Beyrouth. La Syrie a obtenu le feu vert de Washington pour régler à sa manière le problème libanais en échange de sa passivité dans le conflit qui oppose l'Occident à l'Irak de Saddam Hussein à propos du Koweit. La chute du bastion de Michel Aoun met fin à la guerre civile. Le bilan de celle-ci s'élèverait à 150000 morts et à des centaines de milliers d'exilés et de déplacés. 
22 mai 1991: signature par la République syrienne et la République libanaise du Traité de fraternité et de coopération qui confirme la mainmise de la Syrie sur le Liban. La Syrie continue d'ailleurs d'estimer que l'indépendance du Liban et une séquelle du colonialisme et elle ne renonce pas à l'idée d'une réunification (comme l'Irak à propos du Koweit). 
 

La difficile réconciliation 

6 septembre 1992: élections législatives boycottées par de nombreux mouvements chrétiens. Succès du Hezbollah qui devient le premier parti politique du pays. Nabih Berri, chef du mouvement Amal, est élu président de l'Assemblée et Rafik Hariri devient Premier ministre. 
Juillet 1993: bombardements intenses de l'armée israélienne au Sud-Liban pendant une semaine. 
Avril 1996: Shimon Peres donne le feu vert à l'armée israélienne pour l'opération dite Raisins de la colère contre le Liban. Le 18, 98 civils réfugiés dans le camp de l'ONU de Cana (Sud-Liban), sont tués. Un cessez-le-feu intervient le 27. 
2 septembre 2004: le Conseil de Sécurité de l'ONU, à l'initiative de la France et des États-Unis, vote une résolution dénonçant l'ingérence syrienne au Liban et réaffirmant le droit à l'autodétermination de ce pays, les élections présidentielles, qui devaient se tenir à la fin de l'année, étant repoussées de 3 ans, pour maintenir au pouvoir le président Émile Laoud, partisan d'un compromis entre les partisans et les opposants de la Syrie.. 
14 février 2005: assassinat de l'ancien Premier ministre Rafik Hariri dans un attentat à la voiture piégée. La Syrie est suspectée mais sa culpabilité n'est pas prouvée et les grandes puissances font preuve de réserve à cet égard. Cet attentat entraîne le mouvement qualifié de "Révolution du cèdre". 
28 février 2005: à la suite d'une imposante manifestation anti-syrienne (essentiellement druze, sunnite et chrétienne), le Premier ministre pro-syrien Omar Karamé remet sa démission à l'Assemblée nationale avant  de revenir au pouvoir! L'opposition politique souhaite une solution de compromis pour éviter le retour de la guerre civile; plusieurs attentats continuent de faire craindre le pire.  
8 mars 2005: les partis pro-syriens chiites du Amal, du Hezbollah, des chrétiens el-Marada et du PSNS organisent une gigantesque contre-manifestation qui dénonce les ingérences des puissances occidentales dans les affaires du Liban.  
13 mars 2005: nouvelle manifestation dénonçant les ingérences occidentales dans la ville de Nabatieh, au sud du pays. 
14 mars 2005: nouvelle manifestation monstre anti-syrienne à Beyrouth. Michel Aoun annonce qu'il va revenir au Liban. 
15 mars 2005: la Syrie prend l'engagement de retirer ses forces militaires du Liban. Le retrait est d'ailleurs déjà en cours. 
13 avril 2005: nouvelle démission de Karamé qui change de camp! Najib Mikati, un pro-syrien, accepté par les deux camps, lui succède le lendemain avec pour mission de préparer des élections. 
29 mai au 19 juin 2005: les élections législatives donnent la victoire au camp des anti-syriens conduits par Saad Hariri, fils de l'ancien Premier ministre assassiné. Dans les mois qui suivent plusieurs personnalités de la mouvance anti-syrienne sont victimes d'un attentat. 
19 juillet 2005: Fouad Siniora devient Premier ministre dans un gouvernement où presque toutes les forces politiques sont représentées, y compris le Hezbollah, à l'exception du bloc parlementaire de Michel Aoun. 
6 février 2006: le général Michel Aoun et Sayyed Hassan Nasrallah, représentant respectivement le Courant Patriotique Libre et le Hezbollah signent un document d'entente national de 10 points concernant l'avenir du Liban. Le général Aoun se montre beaucoup moins défavorable à la Syrie qu'avant. 
12 juillet 2006: en réponse à l'enlèvement de deux soldats israéliens par le Hezbollah à la frontière, de violents combats éclatent entre les deux parties. La banlieue de Beyrouth et les alentours de la ville sont soumis à des bombardements de l'aviation et de la marine israélienne. Les affrontements causent de nombreuses pertes, y compris chez les civils. Finalement, la résistance du Hezbollah est telle qu'Israël doit retirer ses forces. 
11 novembre 2006: les ministres chiites démissionnent du gouvernement suivis le lendemain par un ministre grec-orthodoxe. 
21 novembre 2006: assassinat de Pierre Amine Gemayel, fils de l'ancien président de la République, chef de l'opposition libanaise, ce qui suscite une manifestation du Hezbollah. 
13 juin 2007: assassinat à la voiture piégée de Walid Eido, membre de la majorité, et de son fils. 
2 septembre 2007: l'armée libanaise écrase le Fatah al islam (un groupe terroriste sunnite) et prend le contrôle du camp de Nahr-El-Bared dans le nord du pays après trois mois de combats (222 morts, 202 prisonniers). 
19 septembre 2007: mort du député de la majorité Antoine Ghanem et de plusieurs autres personnes par suite de l'explosion d'une voiture piégée dans la banlieue est de Beyrouth. 
23 novembre 2007: fin du mandat du président Émile Lahoud; le pays reste six mois sans président, faute d'un accord entre les factions. 
25 mai 2008: le général Michel Sleiman, commandant en chef de l'armée, est élu à la présidence de la République libanaise à la suite d'un compromis ménageant l'équilibre des forces politiques. 

Prisonnier d'enjeux qui le dépassent, le Liban est la boîte aux lettres de la géopolitique régionale. Ses voisins proches ou lointains et les puissances impliquées dans la région instrumentalisent depuis des décennies, les rivalités internes, les clivages politiques ou religieux, les petites et grandes ambitions de ses hommes politiques, et la classe politique libanaise a toujours joué le jeu de la division en dépit de ses discours nationalistes permanents. A plusieurs reprises dans son histoire, le pays a semblé atteindre les limites de sa survie en tant qu’État, mais il a, à chaque fois, échappé au démantèlement. Son maintien en tant qu'entité étatique pluriconfessionnelle est désormais, après le désastre iraqien, une exception dans cette région, avec, dans une moindre mesure, la Syrie. Certaines tendances opposées, les jihadistes sunnites d'une part, certains clans chrétiens et les néoconservateurs américains d'autre part, militent en faveur d'un éclatement du pays sur la base de principautés à caractère confessionnel. Pourtant, malgré ses faiblesses, ses limites et ses errements, le Liban demeure le symbole d'une cohabitation possible, sinon harmonieuse, entre groupes politiques et religieux que tout oppose souvent mais qui persistent à rechercher une certaine forme de cohésion. Cette spécificité libanaise pourrait-elle avoir, à terme, une influence significative sur les stratégies régionales des différents acteurs ou bien le pays est-il condamné? La prospective au Liban demeure, plus que jamais, un exercice hasardeux. 
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Le Liban: enjeu géostratégique du Moyen-Orient? Clio, décembre 2010

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