Chronologie de l'histoire du Tibet et de ses relations avec le reste du monde
(Suite à partir de 2005)
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Année 2005 

Mars 2005: Dans son message pour le 46ème anniversaire du soulèvement de 1959, le Dalai lama dénonce le non-respect des droits de l'Homme et le manque d'égalité entre Tibétains et Chinois. Soulignant que la Chine est devenue un acteur majeur sur la scène internationale, il note le préjudice qui résulte pour elle de la situation du Tibet. Il rappelle qu'en 1992, il déclarait que, lors du retour des Tibétains dans leur pays, et une fois acquis un certain degré de liberté, il ne conserverait plus ni fonction ni responsabilité politique au sein du gouvernement tibétain, que l'administration en exil serait dissoute, et que les Tibétains actuellement au Tibet assumeraient seuls la pleine responsabilité de l'administration du pays. Il reçoit comme un encouragement la reconnaissance et le soutien de groupes d'intellectuels en Chine pour la voie médiane qu'il préconise, laquelle trouve sa justification dans le réalisme et l'avantage mutuel que pourraient en retirer Chinois et Tibétains. 

Décembre 2005: Le Bureau de Recherche Géologique de Chine publie des chiffres qui devraient pour le moins alimenter les réflexions des maîtres du monde. De 1970 à 2002, la prairie du plateau du Qinghai a diminué de 24,3%; la zone désertique s'étend désormais sur 500000 kilomètres carrés. Chaque année les glaciers rétrécissent de 147,36 km carrés. Quant aux lacs, ils s'assèchent. La désertification, en cours depuis des siècles, semble s'accélérer. Elle est l'annonciatrice d'une catastrophe majeure à l'échelle planétaire. Cette accélération est la conséquence du laxisme des pays pollueurs. Les Tibétains en sont les premières victimes, comme d'autres peuples à travers le monde, notamment en Afrique, alors que leur responsabilité, en matière de pollution, est infinitésimale! 

Le Parlement européen s'inquiète du sort des personnes arrêtées lors d'incidents survenus au monastère de Drepung, au cours de la campagne de rééducation patriotique visant à amener les moines à dénoncer les menées séparatistes du Dalaï lama. 



Année 2006 

1 juin 2006: Le Dalaï lama attribue le prix Light of Truth à la Fondation Hergé afin d'honorer la contribution de l'auteur de "Tintin au Tibet" (1960) à la connaissance de ce pays à l'étranger. Le pontife tibétain a également décerné cette récompense à l'archevêque sud-africain Desmond Tutu, prix Nobel de la paix (1984). Le prix consiste en la remise d'une lampe à beurre au récipiendaire. 

1 juillet 2006: Depuis plusieurs jours la presse chinoise (Daily China) célèbre cette prouesse technique: la construction de la voie ferrée la plus haute du monde reliant Lhassa à Pékin, mais aussi à d'autres villes chinoises, notamment Chengdu, au Sichuan, via Golmud, au Qinghaï. Cette réalisation, achevée en un temps record, en moins de 4 ans, a exigé des investissements colossaux. Elle chemine à plus de 4000 m d'altitude, sur une distance supérieure à 1000 km, avec un point culminant à la passe de Tanggula (5072 m). Son trajet emprunte, sur la moitié du parcours, des territoires au sol gelé en permanence. Les ingénieurs chinois ont été amenés à résoudre des problèmes qui n'avaient jamais été rencontrés auparavant (amplitude thermique, risques sismiques...). De profonds puits ont été forés pour stabiliser la température; il a fallu édifier 2647 ponts et creuser 11 tunnels. Des mesures ont été prises pour préserver l'environnement et faciliter notamment la migration des antilopes tibétaines en surélevant les voies. Les autorités se montrent fières des résultats obtenus tout en reconnaissant que des difficultés non soupçonnées peuvent encore surgir au cours de l'exploitation; tout sera naturellement mis en oeuvre pour les surmonter. Ce projet ne fait cependant pas l'unanimité et la presse reconnaît que des craintes relatives à la dégradation de l'environnement agitent une partie de l'opinion. Certains redoutent, par exemple, que les facilités offertes par ce nouveau moyen de transport n'amènent la population rurale tibétaine à substituer le charbon, plus polluant, à la bouse de yak séchée. On leur répond que ce risque est négligeable, les paysans tibétains n'étant certainement pas disposés à renoncer à l'emploi d'un combustible peu coûteux qu'ils utilisent depuis des siècles. 
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Le terminus du train le plus haut du monde à Lhassa (3650 m)
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Le départ de Golmud (2800 m) du premier convoi a lieu en ce premier jour de juillet, en présence du président de la République chinoise et de nombreux journalistes. Il est mu par des locomotives General Electric, à fort pouvoir de traction et de freinage, choisies en raison de la compétence particulière de cette firme américaine qui a déjà équipée les trains péruviens franchissant les Andes à 4700 m d'altitude. Les autorités de Lhassa estiment à 3 ou 4000 visiteurs quotidiens supplémentaires le nombre de touristes que cette nouvelle liaison amènera. Des mesures ont été prises pour protéger l'héritage culturel menacé par un tel afflux. Un maximum de 1800 billets sera vendu par jour pour visiter le Potala; plus de la moitié seront réservés à des groupes; les visiteurs individuels seront invités à déposer leur candidature assez tôt à l'avance pour obtenir un ticket faute de quoi ils ne pourront admirer le monument que de l'extérieur. Des sacs seront remis aux touristes du lac Namco afin qu'ils n'abandonnent sur place aucun déchet; la baignade, la pêche ou les excursions en bateau y seront interdites. 

La presse européenne qui rapporte cette inauguration (Le Monde) met surtout l'accent sur les aspects négatifs du projet: coût démesuré de l'entreprise évalué à 3 milliards d'euros, perte de clientèle des restaurants et autres commerces situés le long des routes empruntées jusqu'alors par les camions, et surtout arrières pensées géopolitiques de Pékin (renforcement de la sinisation du pays). En Occident, beaucoup redoutent que la nouvelle liaison ferroviaire ne sonne le glas de la civilisation tibétaine. Ces craintes sont-elles fondées? L'avenir seul peut répondre à cette question. Pour ma part, je pense qu'une civilisation, qui a traversé au cours des siècles tant de moments difficiles, possède assez de vitalité pour triompher des nouveaux défis auxquels elle est confrontée. Je n'ignore pas que la construction des voies ferrées transcontinentales fut l'une des principales causes de l'extinction de la société des indiens des plaines, en Amérique du Nord; mais, pour que la comparaison soit pertinente, encore faudrait-il que l'attrait du Tibet sur la population chinoise soit aussi puissant que celui qu'exerçait l'ouest sur les immigrants américains; je ne pense pas que ce soit le cas. Bien sûr, il reste à évaluer les dégâts qui pourraient être causés à l'environnement par l'existence de la voie ferrée et l'afflux des touristes; ceci est affaire de spécialistes.  

Voici quelques informations glanées pour un voyage accompli en juin-juillet 2006. Il est désormais nécessaire d'obtenir un visa spécial pour se rendre dans la RAT (Région Autonome du Tibet); ce visa n'est délivré que pour des groupes d'au moins 5 personnes, il peut-être cependant délivré individuellement, il faut alors préciser aux autorités consulaires que l'on souhaite se rendre au Tibet et que l'on voyagera en groupe; sa délivrance exige un peu plus de temps en raison de l'accord sollicité auprès des autorités de la RAT. En revanche, on peut circuler librement dans les régions tibétaines intégrées au Qinghai, au Gansu, au Sichuan et au Yunnan avec un visa classique. Attention toutefois, si l'on voyage seul, les autorités administratives locales peuvent soulever des difficultés en se référant à des interdictions plus ou moins imaginaires; le règlement des litiges est d'autant plus délicat qu'il est difficile de s'expliquer avec des gens qui ne parlent que le chinois; un peu d'argent permet toutefois généralement d'arranger les choses. Il est conseillé d'éviter les zones militaires, qui ne sont pas toujours facilement localisables, de ne pas photographier les bâtiments publics sensibles: camps militaires, casernes, bureaux et aussi parfois... écoles, ni de tirer le portrait des nomades, sans leur accord, sauf de loin et à leur insu; il est déconseillé aussi de distribuer de l'argent et de faire étalage de sa fortune. 

22 août 2006: Visite du Dalaï lama à Oulan Bator (Mongolie) où il prend un bain de foule. 

30 septembre 2006: un Tibétain qui faisait partie d'un groupe tentant de passer au Népal est abattu par la police des frontières chinoise. Pékin affirme que ses soldats ont agi en situation de légitime défense, mais une vidéo roumaine montre le contraire. 



Année 2007 

Février 2007: au cours d'un voyage en Amdo, j'ai constaté la présence de plusieurs photographies du Dalaï lama exposées dans les monastères. A Labrang, un pendentif à l'effigie du pontife tibétain était même en vente dans une librairie, où je l'ai acheté comme souvenir. Il semble donc que l'exposition des images du Dalaï lama soit aujourd'hui tolérée, au moins dans les régions sous le contrôle de Pékin depuis longtemps. Au Tibet central, dans la Région Autonome, plus sensible, je pense que l'interdiction est toujours en vigueur. 

12 mars 2007: selon un article de Pamela Logan, la polyandrie et la polygamie, théoriquement interdites par les autorités depuis 1949, n'auraient pas totalement disparu du Kham. Traditionnellement, la polyandrie était pratiquée dans les couches populaires qui en retiraient un avantage économique; ce serait encore le cas aujourd'hui; Pamela Logan cite le cas d'un mariage arrangé par les familles où une jeune fille, âgée de 12 ans lors de l'accord, épousa les deux frères ultérieurement; cette situation permet d'obtenir des surfaces à cultiver plus importantes; d'autre part, l'un des époux peut se livrer au commerce alors que l'autre exerce le métier de paysan; il en résulte un surcroît de richesse pour la famille; une femme avisée, en jouant intelligemment ses époux les uns contre les autres, obtient un supplément de pouvoir dans le ménage; les enfants de la famille, qui ignorent évidemment quel est leur géniteur, trouvent auprès de leurs multiples pères une meilleure protection. Quant à la polygamie, elle était autrefois l'apanage des classes supérieures, à qui elle conférait du prestige; aujourd'hui, elle a changé de nature; il n'existe pas à proprement parler de concubines, mais il est fréquent de rencontrer des hommes ayant une épouse âgée au village et une maîtresse plus jeune en ville. 

13 juin 2007: Depuis l'an 2000, le gouvernement chinois aurait obligé 700000 bergers tibétains à se sédentariser, tant au Qinghai que dans la Région Autonome du Tibet. Cette politique d'urbanisation forcée est dénoncée par Human Rights Watch qui y voit une menace sur l'identité culturelle des quelques 2,5 millions de nomades. Les autorités chinoises répliquent en disant qu'elle apporte le progrès aux personnes concernées et qu'elle permet le reboisement de régions menacées par l'érosion ainsi que la protection de l'environnement. 

Août 2007: L'approche des jeux olympiques relance les manifestations en faveur de l'indépendance du Tibet. De jeunes militants de Students for a Free Tibet (SFT), font brûler une torche olympique sur l'Everest et déploient une banderole réclamant la liberté pour le Tibet. D'autres membres de la même association, venus de Grande-Bretagne, des États-Unis et du Canada, poussent l'audace jusqu'à déployer une banderole sur la Grande Muraille; ils seront expulsés vers Hong Kong. 

Des dizaines de manifestants se rendent devant la prison de Lithang, au Sichuan, pour réclamer la libération d'un homme arrêté pour incitation à la séparation des nationalités; il réclamait, en fait, le retour du Dalaï lama; la police interpelle plusieurs personnes qui sont placées en garde à vue. Dans le même temps, le gouvernement chinois rappelle qu'il se réserve le droit de reconnaître les réincarnations des lamas, manifestant ainsi sa volonté de garder le contrôle des affaires religieuses tibétaines (La Montagne - 4 août). 

Septembre 2007: Angela Merkel reçoit le Dalaï lama en visite privée. Les relations entre Pékin et Berlin se refroidissent au grand dam des industriels allemands. 

Octobre 2007: A la suite de la remise de la médaille d'or du Congrès américain au Dalaï lama, le 17 octobre, plusieurs tentatives de célébration de cet événement auraient eu lieu dans les monastères de Drepung et de Nechung; des dizaines de moines auraient été arrêtés par la police. Par ailleurs, les autorités chinoises se plaindraient de l'existence, au sein du Parti communiste, de dissidents admirateurs du Dalaï lama (Le Monde - 24 octobre). 

Novembre 2007: Le Dalaï lama serait prêt à désigner son successeur avant de mourir. Au strict point de vue de la doctrine bouddhiste, un bodhisattva pouvant avoir plusieurs tulkou, il est effectivement possible de trouver une réincarnation du 13ème Dalaï lama qui aurait pu apparaître plus tardivement que le Dalaï lama actuel. Mais ce mode de désignation, sans exemple dans l'histoire des Gelugpas, marquerait une rupture avec la tradition. Serait-elle de nature à gêner Pékin, comme le pense probablement l'entourage du Dalaï lama? On peut en douter; la Chine aura toujours la possibilité de faire désigner un nouveau Dalaï lama à sa convenance, mieux même, elle pourra le faire en respectant la tradition, au moins dans la forme, mettant ainsi en porte à faux le Dalaï lama désigné par son prédécesseur (Le Monde - 22 novembre). Bien entendu, le Dalaï lama pourrait parfaitement désigner son héritier spirituel, mais il ne s'agirait pas alors à proprement parler d'un tulkou. 

Le Dalaï lama a annoncé, le mardi 27 novembre, que les Tibétains organiseraient un référendum avant sa mort pour désigner son successeur. La Chine a immédiatement condamné cette décision. «Quand ma condition physique s'affaiblira, il faudra sérieusement penser aux préparatifs (de ce référendum)», a-t-il dit à un rassemblement de chefs religieux venus du monde entier, à Amritsar, dans le nord de l'Inde. Cette annonce confirme ce qui est écrit ci-dessus. En agissant de la sorte, le Dalaï lama prend le risque de constituer la Chine en gardienne de la tradition tibétaine! D'après les informations diffusées par la presse, tous les adeptes du bouddhisme tibétain seraient amenés à se prononcer au cours de ce référendum; on voit mal en quoi des Mongols, des Hindous et des Occidentaux seraient habilités à désigner le chef d'État du Tibet! Il y aurait tout de même un moyen de trancher, à mon avis, ce noeud de contradictions et voici comment: le Dalaï lama pourrait abdiquer son pouvoir temporel ce qui permettrait de désigner avant sa mort un chef d'État pour le Tibet; cette abdication serait possible sans enfreindre la tradition car le Dalaï lama ne tient pas le pouvoir temporel de sa nature de bodhisattva mais seulement comme l'ayant reçu par délégation du conquérant mongol du Tibet au 17ème siècle; les prédécesseurs du 5ème Dalaï lama n'exerçaient aucun pouvoir temporel et les successeurs du 14ème ne feraient que revenir à la situation d'origine; la réincarnation du Dalaï lama, dotée du pouvoir spirituel, pourrait alors être recherchée, dans le respect de la tradition, après sa mort. Cette séparation du religieux et du profane permettrait de concilier la tradition et le pragmatisme, mais je ne sais pas si c'est à elle que pense la Dalaï lama. 



Année 2008 

Janvier 2008: Le gouvernement de la Région autonome du Tibet (RAT) vient d'annoncer  qu'aucun sac plastique ne serait fourni aux clients à partir de cette année, même s'ils veulent payer pour cela. La décision coïncide avec l'interdiction de la Chine de fabriquer des sacs ultra-fins et d'interdire aux vendeurs d'offrir gratuitement des sacs plastiques à partir du 1er juin, afin de protéger l'environnement et de faire des économies d'énergie. Le Tibet lancera une campagne contre l'utilisation de sacs plastiques jetables et de Tupperware en plastique, affirmant que les sacs en tissus non-jetables et les sacs en papier recyclables sont plus écologiques (Le Quotidien du Peuple - 10 janvier). 

Au cours d'une entrevue avec Ursula Gauthier, journaliste au Nouvel Observateur,  Le Dalaï lama explicite en ces termes sa pensée au sujet de sa succession: "De nombreux lamas sont d'avis que je nomme mon successeur de mon vivant, car de nombreuses années séparent la découverte de la jeune réincarnation de sa majorité. Théoriquement, c'est tout à fait faisable. Il existe un terme tibétain spécifique qui signifie "se réincarner avant sa mort". Un de mes maîtres avait ainsi été choisi par le 13ème Dalaï lama comme la réincarnation de son propre maître, du vivant de ce dernier. De même, le 6ème Dalaï lama était vivant au moment où le 7ème Dalaï lama est apparu. Les Chinois, eux, déclarent que c'est contre les règles tibétaines. Il semble qu'ils sachent mieux que moi, et que je doive apprendre d'eux.". Théoriquement, rien effectivement ne s'oppose à une réincarnation par anticipation, mais cela ne s'est pratiquement jamais produit pour ce qui concerne la succession des Dalaï lamas; cette pratique n'est donc pas conforme à la tradition. Mais le Dalaï lama pense peut-être que le temps est venu de mettre un terme à cette tradition. Quant à la transition du 6ème au 7ème Dalaï lama, il convient de se reporter au contexte troublé de l'époque pour apprécier cet exemple à sa juste valeur. 

Dans le même numéro du Nouvel Observateur (17-23 janvier), Ursula Gauthier fait état de manifestations de joie des Tibétains, le 17 octobre 2007, lors de la remise au Dalaï lama de la médaille d'or du Congrès américain. Les réjouissances auraient été particulièrement importantes au petit monastère de Sengesong, en Amdo. Cela n'étonnera que ceux qui ignorent que la situation dans cette province est assez différente de celle que l'on rencontre dans la Région Autonome du Tibet (RAT); en Amdo, des photos du Dalaï lama sont exposées dans les monastères et on peut même acheter des pendentifs à son effigie à Xiahe; j'en ai rapporté un lors de mon dernier voyage. Ursula Gauthier note également le grand succès remporté au Sichuan par le monastère de Larung Gar, non seulement auprès des Tibétains, mais également auprès des bouddhistes chinois; il semble bien que les autorités ne sont pas aussi sévères dans les régions directement rattachées à la Chine (Qinghai, Sichuan) que dans la RAT. 

Toujours dans le même numéro du Nouvel Observateur, cette fois sous la plume de Sylvain Courage, la situation économique au Tibet est abordée. Les retombées du train Pékin-Lhassa seraient déjà manifestes et un projet pour le prolonger jusqu'à Shigatse serait à l'étude. Ce nouveau moyen de communication facilite les échanges, fait baisser les coûts, amène des touristes plus nombreux et permet une exploitation plus intensive des ressources minières du Tibet. L'an dernier, la croissance économique se serait élevée à 12% sur le Toit du monde et le niveau de vie se serait considérablement amélioré. Des entreprises seraient en train d'y voir le jour et huit d'entre elles auraient déjà été introduites à la Bourse de Shanghai. Les infrastructures routières, l'adduction d'eau potable, la production d'électricité (houille blanche et géothermie), l'éducation, la santé... autant d'aspects positifs pour la population, dont l'espérance de vie serait passée de 37 à 65 ans depuis 1950, sont avancés par les responsables locaux. Une classe moyenne serait en train de naître; ses membres renforceraient les cadres administratifs mais le processus serait freiné par le manque de maîtrise de la langue et du code chinois des affaires. Bien entendu, cette médaille a son revers et il est à redouter que la tradition culturelle tibétaine se dilue dans cette fièvre productiviste. D'autre part, le fossé se creuse entre les populations des campagnes et celles des villes, mais n'est-ce pas ce qui se produit aussi ailleurs. La Chine consent au Tibet des efforts d'investissement démesurés par rapport aux profits économiques qu'elle peut espérer en retirer; ceci laisse supposer que les considérations économiques ne sont que secondaires et que la position stratégique du Royaume des Neiges constitue la première motivation des dirigeants chinois. L'éloignement du plateau tibétain, l'absence de main-d'oeuvre et de débouchés proches le rend peu favorable au développement industriel; aussi les autorités chinoises mettent-elles l'accent sur les quelques activités pour lesquelles le Tibet dispose d'indéniables avantages concurrentiels: l'eau minérale, la pharmacopée traditionnelle à base de plantes, le tourisme et les services. Le développement du tourisme ne se conçoit pas sans la valorisation d'un patrimoine culturel et religieux qui constitue un atout majeur; aussi des fonds importants ont-ils été affectés à la protection de l'environnement et à la restauration des sites religieux; mais la station climatique qui devait être installée à Shigatse, pour surveiller l'Himalaya, troisième réserve d'eau de la planète, après l'Arctique et l'Antarctique, a subi des retards, ce qui est regrettable vu l'accélération notée du recul des glaciers; il convient néanmoins d'observer que ce processus est en cours depuis plus de 10000 ans (dernière glaciation) et qu'il est à l'origine de la désertification d'une partie du plateau tibétain et des régions de l'Asie centrale depuis fort longtemps. 

Dans un article récent, "Le Joyau dans l'urne: élire le Dalaï lama", publié sur Phayul.com (18/12/2007), Jamyang Norbu passe en revue avec beaucoup de pertinence les problèmes soulevés par la question de la succession du pontife tibétain. Il insiste sur le caractère peu démocratique et artificiel du gouvernement et du parlement en exil, sur leur manque de représentativité et sur le fait qu'ils sont à peu près ignorés du reste du monde. Compte tenu du caractère symbolique et fédérateur de la personne du Dalaï lama, il se prononce pour la mise en place d'une monarchie constitutionnelle inspirée de l'exemple thaïlandais; dans ce cadre, le gouvernement, conjointement avec les grands lamas, interviendrait dans le processus de désignation du Dalaï lama, étant entendu que celui-ci ne pourrait abdiquer une charge que, de toute façon, il tient de naissance. 

Mars 2008: A l'occasion de l'anniversaire du soulèvement de 1959, le Dalaï lama s'est livré à un virulent réquisitoire contre la politique chinoise au Tibet. Il accuse Pékin de génocide culturel*; il lui reproche aussi de s'opposer au libre exercice de la religion et de favoriser le peuplement des hauts plateaux par des Han pour submerger les autochtones; cependant le pontife tibétain s'est déclaré partisan de la tenue des Jeux olympiques dans la capitale chinoise. Pendant ce temps quelques dizaines de moines de Drepung, qui tentaient de rejoindre le centre de Lhassa, pour manifester ont été dispersés par les forces de l'ordre (Le Monde - 12 mars). 

* D'après l'éminent tibétologue américain Robert Barnett, cette accusation est exagérée la Chine n'ayant jamais manifesté une intention délibérée d'éliminer la culture tibétaine (Libération - 9 mai). 

Les manifestations des moines de Drepung, suivies par celles de moines de Sera et de Ganden, se sont poursuivies au cours de la seconde semaine de mars. Vendredi 14 mars, elles ont pris un tour de plus en plus violent dans le quartier du Barkhor, auprès du Jokhang, centre de l'ancienne Lhassa. Des voitures et des boutiques ont été incendiées. La police aurait fait usage de ses armes; on compterait des morts et de nombreux blessés. On dit aussi que des religieux se seraient lacérés le corps à coups de couteau ou se seraient suicidés. Ces événements rappellent ceux qui ensanglantèrent la capitale tibétaine à la fin des années 1980. La proximité des Jeux olympiques, en focalisant l'attention de l'opinion publique internationale sur la Chine, incite les partisans de l'indépendance du Tibet à rappeler au monde leur existence afin de l'inviter à faire pression sur Pékin dans le sens de leurs revendications (Reuters - 14 mars). 

Depuis lundi 10 mars, date des premières manifestations de moines, quatre autres marches de protestation ont eu lieu. Vendredi 14, une émeute a éclaté, par suite d'une altercation qui opposa des Tibétains à un commerçant chinois. Plusieurs commerces tenus par des Han et des Hui (musulmans chinois) ont été saccagés et incendiés; une mosquée aurait été brûlée. Samedi matin, le 15 mars, la loi martiale serait entrée en vigueur au Tibet et le centre de Lhassa serait soumis à un couvre-feu; le pays serait désormais fermé aux touristes étrangers; des véhicules blindés stationnent dans la capitale tibétaine qui semble complètement bouclée par l'armée. Ces événements se sont répercutés à l'extérieur de la Région Autonome du Tibet; à Labrang, de nombreux moines ont manifesté; à Katmandou et dans le nord de l'Inde, des marches de protestation ont été dispersées sans ménagement par la police; d'autre part, le Népal a interdit l'accès de l'Everest aux alpinistes entre le 1er et le 10 mai, afin que le passage de la flamme olympique ne soit pas perturbé par de nouveaux incidents; le gouvernement népalais s'affirme décidé à s'opposer à toute utilisation de son territoire par un mouvement séparatiste (Le Monde - 16-17 mars). 

D'après l'agence de presse Chine nouvelle, les émeutes auraient entraîné la mort de dix personnes, essentiellement des commerçants d'origine chinoise; l'armée, soumise au jet de pierres et projectiles divers de la part des émeutiers, n'aurait pas tiré; cette dernière information est démentie par des témoins qui disent avoir entendu des tirs de fusils, voire de canon. Les exilés tibétains parlent d'une trentaine de morts. Une impression de chaos se dégageait de l'ancien quartier du Barkhor, les principales artères commerçantes paraissant en feu. 

Aucune victime n'a été rapportée parmi les étrangers, a confirmé le gouvernement de la Région autonome du Tibet. Le calme est revenu samedi matin dans la capitale du Tibet, après une journée d'incidents violents, au cours desquels des fenêtres ont été brisées, des magasins pillés et des mosquées incendiées*. Selon des témoins, des voitures et des motos brûlées sont dispersées dans les principales artères de la ville, sur lesquelles règne un air teinté de fumée. Des rumeurs d'un empoisonnement de l'eau de la capitale tibétaine a fait l'objet d'un démenti (Le Quotidien du Peuple - 15 et 17 mars).  

* Il y aurait quatre mosquées à Lhassa, deux à Shigatse et une à Tsedang. Rappelons que la présence musulmane au Tibet est très ancienne; elle remonterait au 12ème siècle; mais la venue des Hui (musulmans chinois) est plus récente. 

Les images des troubles de Lhassa montrées à la télévision font davantage penser à des actions de casseurs qu'à un mouvement de masse, mais elles sont de source chinoise et il convient donc de les interpréter avec prudence. Par ailleurs, Pékin rend le Dalaï lama responsable de l'origine des manifestations; la concomitance des événements  avec la déclaration du pontife tibétain rapportée plus haut fournit des arguments à ses détracteurs; en outre, on trouve sur un site tibétain des informations qui laissent supposer que les émeutes peuvent effectivement avoir été préparées à l'étranger. 

Comme c'est habituellement le cas en pareilles circonstances, le bilan des victimes des violences, pour l'ensemble du Tibet, varie beaucoup selon les sources. Les Chinois reconnaissent le décès de treize personnes, dont plusieurs jeunes filles, la plupart brûlées vives par les émeutiers; la télévision chinoise montre des civils d'origine han, gravement molestés par des manifestants, soignés à l'hôpital de Lhassa; ces informations peuvent être analysées comme une tentative de plaider la légitimité de l'action des forces de l'ordre. Des membres de l'entourage du Dalaï lama portent le nombre des Tibétains tués à quatre vingt et le gouvernement en exil parle d'une centaine de victimes. La répression d'un défilé de protestation au Sichuan aurait entraîné la mort de sept autres personnes (Direct Matin Plus - 17 mars); cette information est d'autant plus crédible que d'autres troubles sont déjà intervenus dans cette région de Chine en août 2007. On signale aussi une brève manifestation de quelques étudiants à l'Université de Pékin (France 2 - 17 mars). Le Dalaï lama demande l'aide de la communauté internationale pour enquêter sur les événements qui viennent d'endeuiller son pays et le gouvernement en exil lance un appel en faisant état d'un ultimatum des autorités chinoises aux émeutiers qui expirerait le 17 à minuit. Pour savoir réellement ce qui s'est passé, une commission d'enquête internationale impartiale, s'il est possible de la réunir, serait évidemment la bienvenue. 

Les événements ont entraîné la fermeture du Tibet aux étrangers. Les agences de voyage avec lesquelles j'étais en contact, pour une visite qui devait me conduire de Lhassa à Kashgar (Sinkiang), en passant par l'ancien royaume du Guge, viennent de m'aviser qu'elles me préviendraient lorsque ce déplacement serait à nouveau autorisé, on ne sait trop quand. 

Alors que d'autres manifestations auraient eu lieu dans la province du Gansu, le Dalaï lama, qui ne réclame plus l'indépendance mais seulement l'autonomie culturelle du Tibet, se dit prêt à renoncer à ses fonctions de chef du bouddhisme tibétain au cas où les troubles se poursuivraient (France 2 - 18 mars). L'annonce de cette possibilité de démission laisse dubitatif. Quelle en serait la portée? S'il s'agit d'abandonner le pouvoir temporel, ce serait tout à fait possible; en revanche, s'il s'agit de renoncer au pouvoir spirituel, ce geste ne serait-il pas perçu comme un reniement? Le Dalaï lama, qui est une réincarnation, peut-il renoncer à lui-même sans remettre gravement en cause les fondements de la religion qu'il représente? Pour beaucoup de fidèles ce pourrait être un acte encore plus traumatisant que la déclaration de l'empereur du Japon lorsqu'il annonça qu'il n'était pas un dieu. En renonçant à la direction spirituelle du bouddhisme tibétain, le Dalaï lama entraînerait l'effacement de l'école des Gelugpas dont il est le chef; certes cette école n'a pas toujours été la plus influente du Tibet, et elle pourrait tout à fait être supplantée par une autre, mais ce changement serait tout de même une manière de révolution. 

Le Congrès de la Jeunesse Tibétaine prend le contre-pied des positions du Dalaï lama en déclarant que Pékin ne mérite pas les Jeux olympiques et que les manifestations doivent se poursuivre jusqu'à l'indépendance complète du Tibet (La Montagne - 18 mars). Cette position radicale, sans doute partagée par de nombreux jeunes nés en exil, montre à quel point ils vivent en dehors de la réalité. Les déclarations du Dalaï lama doivent être interprétées dans ce contexte. On peut comprendre son amertume et la tentation de se retirer, même si son abdication ne ferait que compliquer encore la situation. Si ses appels à la modération ne sont pas entendus, la poursuite des troubles au Tibet aboutira à une tragédie. Penser que les Tibétains sont en mesure d'imposer leur indépendance à la Chine relève de la chimère; le rapport des forces est, aujourd'hui moins qu'hier, favorable à une insurrection; aucun pays n'aurait la volonté, ni même probablement la capacité, de risquer un conflit avec la Chine, compte tenu de la place qu'elle occupe sur l'échiquier mondial; dans ces conditions, encourager une rébellion sans espoir, qui déboucherait sur un nouvel exode susceptible d'entraîner la disparition de la civilisation tibétaine, n'est pas faire preuve de discernement. 
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La position du Congrès de la Jeunesse tibétaine 

Dans une interview accordée à Pierre-Antoine Donnet par Tashi Namgyal, le secrétaire général du Congrès de la Jeunesse Tibétaine, la position du CJT est ainsi exprimée: "Abandonner les affaires étrangères et la défense aux Chinois reviendrait à abdiquer, à céder la souveraineté du Tibet (…). Voici ce que pense le Congrès de la Jeunesse Tibétaine et voici ce que pensent les Tibétains. Discuter avec les Chinois ne sert à rien. Ce qu’il nous reste à faire, c’est combattre pour arracher tous les droits qui nous appartiennent. Nous devons nous battre pour cela. Pas discuter ! (…) Nous ne sommes pas d’accord avec la position du Dalaï Lama et nous pensons qu’il est de notre devoir de le dire haut et fort. (…) ce qu’a proposé le Dalaï Lama est mauvais. Il dit qu’il est le Bouddha de la compassion. Moi pas. Le Dalaï Lama veut le bonheur pour tous les êtres humains. Il parle d’un monde sans frontières et sans passeports, sans police. Il croit en cette sorte de chose. Mais nous, nous ne pouvons pas voir les choses de la même façon (…)". Puis Tashi Namgyal aborde le thème de la violence: "Nous ne croyons pas au terrorisme. Nous ne croyons pas dans l’assassinat de personnes innocentes. Notre motivation n’est guidée que par l’objectif à atteindre: l’indépendance totale du Tibet. Mais si nous tuons des Chinois, personne ne pourra nous accuser de terrorisme. Car aucun Chinois venant au Tibet n’est innocent. Tous ceux qui viennent ont un but (…). Toutes les méthode de lutte contre eux sont justifiées !" Même si le CJT agit en toute indépendance du Dalaï Lama et du gouvernement tibétain en exil, ses actions et ses déclarations touchent l’ensemble de la communauté et l’image que celle-ci projette à l’étranger. D’autant plus que le frère cadet du Dalaï Lama, Tenzin Choegyal Rimpoche, appartient au clan de ceux qui souhaitent plus de fermeté dans la lutte: "De toute façon, quoique le Dalaï Lama puisse faire, nous devons, en ce qui nous concerne, utiliser le bâton. Sinon [les Chinois] ne comprendront pas. 
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Si les Tibétains de l'intérieur venaient à adhérer à de tels discours, dont l'irréalisme rappelle les illusions de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème, une nouvelle tragédie s'en suivrait inévitablement. Ces propos, diamétralement opposés à ceux du Dalaï lama, sont par ailleurs totalement étrangers au bouddhisme. Comment peut-on défendre la culture tibétaine en affichant un tel mépris pour une philosophie religieuse qui la fonde en grande partie? Il est vrai que le CJT envoie des messages contradictoires puisque son président, Tsewang Rigzin, aurait par ailleurs déclaré: "La violence n'est pas une option. Nous n'avons jamais envisagé de prendre les armes", s'il faut en croire le journal Libération du 9 mai 2008.
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Une semaine après le début des manifestations qui ont dégénéré en émeutes, Pékin annonce le rétablissement de l'ordre au Tibet et dans les provinces voisines. Le bilan annoncé est de 19 victimes, selon les autorités chinoises, et d'une centaine, selon, les Tibétains en exil. Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants américains, qui vient de rencontrer le Dalaï lama, se prononce contre le boycottage des Jeux olympiques, compte tenu du poids international de la Chine, mais elle réclame aussi une enquête internationale pour faire la lumière sur les événements qui viennent de se dérouler (La Montagne - 22 mars). 

Le 22 mars, une trentaine d'intellectuels chinois adressent une lettre ouverte au gouvernement pour l'exhorter à dialoguer avec le Dalaï lama, à permettre la libre circulation des médias au Tibet et à accepter la constitution d'une commission d'enquête internationale sur les émeutes de Lhassa (Le Monde - 17 avril) (le blog d'une écrivain de Pékin pro tibétaine est  ici).  

Le président de la République française, Nicolas Sarkozy, appelle à la retenue et à la fin des violences au Tibet et se déclare prêt à faciliter la reprise du dialogue, dans un message au président chinois Hu Jintao. Profondément ému par les événements tragiques qui vienne de se dérouler, il émet le voeu "que le dialogue engagé depuis plusieurs années entre les autorités chinoises et les représentants du Dalaï-lama reprenne rapidement et s'approfondisse, afin que tous les Tibétains se sentent en mesure de vivre pleinement leur identité culturelle et spirituelle au sein de la République populaire de Chine"* (Reuters - 24 mars). 

* De 2002 à 2007, des émissaires du Dalaï lama, se sont rendus six fois à Pékin, mais ces missions n'ont pas donné de résultats. 

Au moins 400 personnes, dont une majorité de Tibétains, ont été arrêtées au Népal, le 24 mars. Elles manifestaient à Katmandou contre la politique chinoise au Tibet. Dans la province du Sichuan, un policier à été tué et plusieurs autres blessés lors de troubles organisés par des Tibétains (La Montagne - 25 mars). 

Le premier ministre du gouvernement tibétain en exil réévalue à 140 le nombre des morts depuis l'éclatement des émeutes. Mais le Tibetan Centre for Human Rights and Democracy (TCHRD), installé en Inde, qui dit avoir effectué un décompte le plus précis possible des victimes, n'en a dénombré qu'au moins 79 (Tibet Info - même date). Des journalistes ont été admis à se rendre à Lhassa, où le calme est, semble-t-il, revenu mais où peu de monde circule dans les rues (France 2 - même date). Voici la liste des médias qui ont fait partie de ce premier groupe de journalistes: médias étrangers: US Associated Press, Wall Street Journal, USA Today, Financial Press (G-B), Agency of Russia-TASS, Kyodo News, Lianhe Zaobao (Singapour), KBS TV (Corée du Sud) et Al Jazeera TV (Qatar); médias chinois: Wen Hui Bao, Ming Pao et South China Morning Post (SCMP), Phoenix TV et TVB de Hong Kong, Agence de presse Zhongyang, Lianhe Journal et Eastern TV de Taïwan, et deux correspondants de Chine continentale: China Daily et Beijing Review. 

Les journalistes qui se sont rendus à Lhassa ont rencontré des moines qui se sont plaints de la situation qui prévalait au Tibet (France2 - 27 mars) Lors d'une émission de la télévision française consacrée au Tibet, en présence d'un représentant de l'ambassade de Chine, des scènes de brutalités policières ont été montrées; mais celles-ci, comme les téléspectateurs avertis ont pu s'en rendre compte, n'avaient pas été tournées au Tibet mais au Népal! Ces tentatives de falsifications, qui sont loin d'être isolées dans la presse occidentale, doivent inciter à la prudence et conduire les gens honnêtes à exiger que toute la lumière soit faite par une commission d'enquête objective sur ces événements. 

La scène de bastonnade tournée au Népal a été également présentée comme s'étant déroulée au Tibet par un journal allemand qui a présenté ses excuses. La chaîne de télévision américaine Fox News, d'ailleurs peu réputée pour son sérieux, a publié à la une de son site une photo de réfugiés tibétains à New Delhi évacués par des policiers indiens, avec comme légende: "Les Chinois ont fait parader dans les rues de Lhassa des prisonniers tibétains dans des camions." Un tel comportement enlève toute crédibilité à ceux qui s'y livrent et, en rendant suspectes les informations qu'ils diffusent, ne peut que nuire à la cause qu'ils prétendent défendre. La violence des émeutiers a été confirmée par plusieurs touristes étrangers, témoins de l'assaut de la vieille ville par des manifestants tibétains, moines inclus (Le Monde - 30/31 mars). 

Avril 2008: Le journal Le Monde fait le point sur les événements du Tibet. Ceux-ci ont débuté le lundi 10 mars; plusieurs manifestations de religieux se sont déroulées dans le calme, ce jour là et les jours suivants; il y a eu quelques arrestations, mais pas de brutalités policières. Les choses se sont gâtées le vendredi 14, les manifestations se sont alors transformées en émeutes brutales à caractère raciste, contre les Han et les Hui (musulmans chinois), leur arrogance à l'égard des autochtones expliquant l'animosité de ces derniers*; des scènes de violence ont été rapportées pas des témoins occidentaux qui se disent avoir été choqués**; la police n'est pas intervenue, au moins au début, et les manifestants ont pu s'assurer le contrôle du centre de Lhassa où ils ont causé de nombreux dégâts et allumé des incendies causant la mort d'une vingtaine de personnes. La répression ne serait intervenue qu'à partir du samedi 15, hors de tout témoignage visuel; les touristes, confinés dans leur hôtel, ont bien entendu des coups de feu mais nul ne sait s'il s'agissait de sommations ou de tirs dans la foule. Une trentaine de foyers insurrectionnels se sont ensuite allumés dans les provinces limitrophes du Tibet où résident de nombreux Tibétains (Qinghai, Gansu, Sichuan, Yunnan); les manifestants auraient réclamé le retour du Dalaï lama; le nombre des victimes est inconnu, tout au plus les photos de huit cadavres tués par balles au Sichuan ayant circulé à l'étranger. Ces informations recoupent ce que l'on connaissait déjà et révèlent que l'on ne sait pratiquement rien sur l'ampleur de la répression; l'honnêteté intellectuelle oblige donc à traiter avec beaucoup de prudence les supputations avancées ici ou là (Le Monde - 4 avril). 

* Il est possible que la tension entre les ethnies soit aussi la conséquence du fait que la croissance économique du Tibet profite surtout aux gens des villes et aux colons plutôt qu'aux habitants des campagnes. 
** Notamment des touristes canadiens et suisses qui ont décrit des scènes de lynchages (AFP - 18/3/2008). D'autres témoins hollandais et espagnols confirment ces scènes. 

A Ganzi, au Sichuan, la police chinoise aurait ouvert le feu sur une manifestation à la suite de l'arrestation de moines qui s'opposaient à la destruction de photos du Dalaï lama. Selon les Tibétains en exil, huit personnes auraient été tuées (Le Monde 6 - 7 avril). Lors de mon dernier voyage en Amdo, des photos du Dalaï lama étaient visibles dans certains monastères et dans des librairies; j'ai même acheté un pendentif à son effigie à Xiahe. Je pense que, à la suite des derniers événements, cette tolérance des autorités chinoises va prendre fin. Comme c'est souvent le cas, loin de favoriser les libertés, les émeutes n'auront sans doute pour résultat que d'amener les autorités à les restreindre. 

La police chinoise a arrêté au total 953 suspects pour leur implication présumée dans les émeutes survenues au Tibet le mois dernier et plus de 400 ont été inculpés, a annoncé, mercredi 9 avril, le gouverneur de la région himalayenne. Le gouvernement a promis la clémence aux émeutiers qui se livreraient à la police. 362 personnes se seraient ainsi rendues. Parmi elles, 328 auraient été relâchées, au motif que leur faute était légère et qu'elles avaient fait preuve d'une "bonne attitude" en la confessant. Quinze moines bouddhistes tibétains ont interrompu, le même jour, un voyage de journalistes; les religieux sont sortis brusquement d'un bâtiment du monastère de Labrang, à Xiahe, dans la province de Gansu, et ont traversé en courant une place pour s'approcher des journalistes. Ils ont déclaré que des moines étaient encore détenus par les autorités et précisé que des agents armés en civil avaient été déployés dans toute la ville (Le Monde - 9 avril). 

En visite au Japon, le Dalaï lama réitère son soutien aux Jeux Olympiques de Pékin et désapprouve les incidents qui ont marqué le passage de la flamme en Angleterre et en France; sans doute le pontife tibétain craint-il que des personnes, plus ou moins bien intentionnées, ne dévoient le mouvement de protestation pour en faire une machine de guerre contre la Chine, ce qui serait désastreux pour le Tibet. Aux États-Unis, le service d'ordre et les organisateurs ont fait preuve de plus d'efficacité qu'en Europe occidentale. Avec plusieurs jours de retard sur les médias chinois, la télévision française fait état des tentatives de manifestants d'arracher brutalement la torche des mains d'une relayeuse chinoise handicapée qui a défendu son trophée comme elle a pu; cette jeune femme, Jin Jing, originaire de Shanghai, qui a perdu sa jambe droite lorsqu'elle avait neuf ans, par suite d'un cancer, est membre de l'équipe chinoise d'escrime en chaise roulante; elle a remporté la médaille d'argent et de bronze aux Jeux d'Extrême Orient et du Pacifique Sud, en 2002; la voici devenue une héroïne nationale en Chine, à la suite des échauffourées de Paris (France 2 - 10 avril). 

Les autorités chinoises publient des archives qui prouveraient que le Tibet est sous juridiction chinoise depuis 700 ans, thèse contestée par le gouvernement tibétain en exil (voir  ici). 

Les exilés tibétains craignent que des restrictions leur soient imposées par le gouvernement du Népal. Celui-ci s'appuie en effet sur la Chine pour contrebalancer l'Inde qui le considère comme son arrière-cour; ce dernier pays s'est ingéré à plusieurs reprises dans les affaires intérieures du royaume himalayen et il utilise les ressources en eau des affluents du Gange sans se soucier des intérêts de ses voisins (Le Monde - 17 avril). 

La présidence slovène annonce que le Dalaï lama ne sera pas invité à la conférence des ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne, contrairement au souhait de Bernard Kouchener (Ouest France - 20 avril). 

La Chine va rencontrer dans les prochains jours des représentants du Dalaï lama à sa demande. Cette initiative qui, selon le Dalaï lama, constitue un pas dans la bonne direction, a été saluée par le président slovène de l'Union européenne et par le président de la Commission européenne de passage dans la capitale chinoise (La Montagne - 26 avril). Il ne faut pourtant pas s'illusionner sur les suite probable d'une rencontre qui laisse en tout état de cause à l'écart les partisans de l'indépendance. Par ailleurs, il faut se souvenir que le terme Tibet recouvre une réalité différente pour la Chine et pour les exilés tibétains; pour la première, il s'agit de la Région Autonome du Tibet (RAT) et, pour les autres, il s'agit du Tibet historique; même l'indépendance de la RAT ne mettrait donc pas un terme au conflit.  
 

Dessin d'enfant tibétain de l'exposition de Saint-Maur-des-Fossés
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Mai 2008: Des émissaires du Dalaï lama arrivent aujourd'hui en Chine pour des conversations informelles sur le Tibet avec le gouvernement de Pékin (La Montagne - 3 mai). 

D'après des sources chinoises, en 1953, les statistiques du gouvernement local portait la population du Tibet à 1,14 millions d'habitants. De 1950 à nos jours, il y aurait eu quatre recensements démographiques qui montreraient que la population d'ethnie tibétaine représentait à son apogée 96,6% de la population globale de la Région autonome du Tibet (RAT). Calculée d'après des données obtenues par enquête sur échantillons, la population totale de la RAT aurait atteint 2,84 millions d'habitants en 2007, soit 1,8 fois de plus qu'en 1950, dont 92% sont des Tibétains, 3% des Menba, des Geba et d'autres ethnies et 5% des Han, hors résidents temporaires (militaires, fonctionnaires, commerçants...); en ajoutant ces derniers, les Han représenteraient 20 à 25% de la population totale du Tibet, contre 75 à 80% pour les Tibétains d'origine. D'après les statistiques officielles, l'économie du Tibet aurait cru au rythme de 12% par an au cours des sept dernières années; les émeutes de Lhassa auraient eu un impact négatif sur le taux de croissance du Tibet qui était de 17% l'an dernier (environ, 6,6 points de baisse); des mesures seraient prises pour que l'objectif d'un taux de croissance moyen de 12% soit atteint. Durant les 30 années écoulées depuis la réforme et l'ouverture sur l'extérieur, le revenu moyen annuel des paysans et des pasteurs tibétains aurait augmenté à un rythme de 10% par an; en 2007, le revenu moyen de la population paysanne et pastorale tibétaine aurait atteint 2788 yuans, contre 11131 yuans pour la population urbaine. Depuis 2006, un plan de modernisation de l'habitat a été mis en oeuvre à l'intention des paysans et pasteurs; jusqu'à présent il a permis le relogement de 114000 familles, soit plus de 570000 personnes. Le gouvernement central aurait alloué plus de 700 millions de yuans (près d'un million de dollar), depuis 1980, afin de préserver 1400 monastères et vestiges culturels; le Tibet compterait plus de 1700 sites religieux lamaïstes qui accueilleraient 46000 moines et religieuses, quatre mosquées destinées à 3000 musulmans et une église catholique pour 700 fidèles. Un effort aurait été également accompli au plan sanitaire qui se traduirait notamment par une baisse du nombre des décès en couches qui serait passé de 5% à 0,25%. La politique familiale serait décidée par le gouvernement local; depuis 1984, elle encouragerait les couples de cadres et d'employés tibétains et la population urbaine tibétaine à procréer par intervalle deux enfants sur la base d'un libre consentement; les paysans et les pasteurs, qui représentent 80% de la population, ne seraient soumis à aucune limitation. 

Des officiels du gouvernement central de la Chine et des représentants privés du Dalaï lama ont convenu de tenir un nouveau cycle de contact et de consultation au moment opportun lors de leur rencontre à Shenzhen le dimanche 4 mai. 

Le journal anglais The Guardian a publié, sous la signature de Brendan O'Neil, un violent article contre le Dalaï lama: "Down with the Dalai Lama", dans son édition du 29 mai. On y traite le pontife tibétain de personnage ridicule, compromis par ses amitiés avec des personnes du monde des arts (Richard Gere et Sharon Stone) et du journalisme de mode décadent (Vogue), peu compatibles avec la dignité d'un ecclésiastique. L'article lui reproche son népotisme, le financement de ses activités par la CIA et la brutalité avec laquelle il a privé de moyens d'existence les adeptes de Shugden (voir ici et ici). Pour l'auteur de l'article, l'engouement manifesté pour le Dalaï lama en Occident n'est que la conséquence de la publicité qui lui a été faite par les ennemis de la Chine plus soucieux d'affaiblir ce pays que d'aider véritablement les Tibétains. 

Il est facile de dénoncer la duplicité du Dalaï lama, voire de le taxer d'hypocrisie ou d'imprudence, en détachant ses paroles et ses actes de leur contexte politique et religieux. Mais la seule question qui se pose est évidemment celle de la compatibilité de ces paroles et de ces actes avec la doctrine bouddhiste tibétaine et de leur cohérence avec le but poursuivi, c'est-à-dire le triomphe de la cause qu'il défend. Sur cette base, qui seule compte, la critique est loin d'être aisée.   
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Tenzin Gompo, musicien tibétain
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Juin 2008: Le 5 juin s'est tenu, à la mairie de Saint-Maur des Fossés, en présence du député maire, du représentant en France du Dalaï lama, du responsable de la maison du Tibet, de Tenzin Gompo, musicien tibétain de la Compagnie Tshangs-pa et de nombreux invités, l'inauguration d'une exposition sur le Tibet destinée à mieux faire connaître ce pays. Elle a été ouverte au public jusqu'au 29 août 2008. 

Une vidéo laisse entendre que le Dalaï lama pourrait désigner le Karmapa, ou un autre jeune lama, pour lui succéder. La transmission du pouvoir temporel, que la Dalaï lama tient du chef mongol Gushri khan, depuis seulement le 17ème siècle, serait tout à fait possible. Cette éventualité semble laisser le Karmapa dubitatif. Elle n'empêcherait probablement pas Pékin de chercher une réincarnation du Dalaï lama après sa mort. 

Juillet 2008: Une nouvelle rencontre entre les envoyés du Dalaï lama et les autorités chinoises a eu lieu le lundi 2 juillet. 

Octobre 2008: Au moins 30 personnes seraient mortes dans un séisme de magnitude 6,3 qui a secoué une zone peu peuplée du Tibet située à 84 km à l'ouest de Lhassa, vers 16h30 locales, le 6 octobre (La Montagne - 7 octobre). D'après les autorités chinoises, ce séisme aurait atteint une magnitude de 6,6 et le nombre de victimes retrouvées dans les décombres ne dépasserait pas une dizaine de morts et une vingtaine de blessés. Les écoles de Lhassa ont été fermées par mesure de précaution, des répliques moins violentes de la secousse ayant été enregistrées. 

France 2 - Envoyé spécial, 9 octobre, "Sur les traces du dalaï lama", (l'ancien Tibet, le Dalaï lama jeune, le chef politique et le pontife religieux, ses relations avec l'Occident, la controverse au sujet du culte de Shugden...) la vidéo est  ici  

Le Dalai Lama a annoncé, samedi 25 octobre, qu'en l'absence d'avancées sérieuses dans les pourparlers menés avec la Chine, il pourrait désormais s'en remettre à son peuple pour décider de la politique à suivre sur la question du Tibet. Une nouvelle rencontre entre les envoyés de Pékin et ceux de Dharamsala est cependant prévue mais aura-t-elle lieu? La décision des Tibétains en exil pourrait être de renoncer à la revendication d'autonomie pour exiger l'indépendance pure et simple, sans pour autant reprendre la lutte armée. Ce changement d'orientation renforcerait sans doute la cohésion de la diaspora, mais il a peu de change d'être plus efficace auprès des autorités chinoises et il mettrait en porte à faux les gouvernements étrangers qui appuyaient la demande d'une plus large autonomie. 

Le 29 octobre 2008, le gouvernement britannique, qui s'en tenait jusqu'alors à la position selon laquelle la Chine exerçait une suzeraineté sur le Tibet et non une pleine souveraineté, s'aligne sur les autres pays et reconnaît que le Tibet fait partie intégrante de la République populaire de Chine.  

Début novembre les émissaires du Dalaï lama ont rencontré une nouvelle fois ceux de Pékin. Le gouvernement chinois s'oppose fermement à toute velléité d'indépendance, qu'elle soit affirmée ou déguisée; il demande au Dalaï lama de rompre avec le Congrès de la Jeunesse tibétaine qualifié de mouvement terroriste. Le pontife tibétain peut difficilement accéder à cette exigence qui introduirait un nouveau ferment de division au sein la diaspora. La négociation semble donc aboutir à une impasse, comme c'était à craindre. 

Au cours d'une réunion des dirigeants tibétains en exil, à Dharamsala, le Dalaï lama, a affirmé que, pendant les 20 prochaines années, de grands dangers menaceront la communauté tibétaine, si ses leaders ne font pas preuve de sagacité dans leurs actions et dans la planification de ces dernières. Sa confiance dans le gouvernement de Pékin est plus faible que jamais. Néanmoins, l'assistance s'est prononcée pour le maintien de la voie moyenne poursuivie jusqu'à présent: revendication d'une autonomie plus large et  maintien du contact avec les autorités chinoises. Cette décision a déçu les partisans de l'indépendance et d'une action plus ferme vis-à-vis de Pékin (The Jordan Times - 24 novembre). 

Afin de répondre à l'augmentation de la population et de préserver les lieux culturels du centre de Lhassa, la construction d'un nouveau quartier est en cours dans la capitale tibétaine, à Liuwu. Ce nouveau quartier, situé à 10 km environ, sur la rive sud de la rivière de Lhassa, en face de l'actuel centre ville, devrait couvrir 42 km2, équivalent à 70% de la vieille ville, et accueillir 110000 habitants; il devrait être achevé en 2009. Les opposants à Pékin craignent que la forte augmentation de la population de la ville qui en résultera ne se traduise par un nouvel afflux de colons chinois. 

Les documents émanant des deux parties permettent de se faire une idée des divergences qui empêchent tout accord entre le Dalaï lama et les autorités de Pékin. Ces divergences portent d'abord sur la définition même du Tibet, les exilés se référant à un Tibet historique, qui recouvre des zones où la population d'origine tibétaine n'est pas toujours majoritaire et dont certaines sont passées, au cours des siècles, sous des juridictions différentes, un droit de conquête en rendant un autre caduc. Pour les Tibétains, l'ensemble revendiqué devrait être réunifié et doté d'une autonomie plus large qu'actuellement; Pékin s'oppose à ce point de vue, incompatible avec la constitution de la Chine populaire, où l'autonomie des minorités nationales s'applique, suivant les cas, à différents niveaux des collectivités territoriales (districts, préfectures, régions...)*, pour tenir compte des multiples imbrications ethniques d'un État qui compte plus de cinquante minorités nationales; donner satisfaction aux demandes des représentants du Dalaï lama reviendrait à doter les Tibétains d'un statut particulier, plus favorable que celui qui a été accordé aux autres minorités, un statut qui léserait les minorités incluses dans le territoire sous autorité tibétaine puisqu'elles perdraient alors les droits dont elles jouissent actuellement. Par ailleurs, Pékin met l'accent sur le caractère unitaire de l'État chinois; il n'entend l'autonomie que dans ce cadre, les échelons autonomes, dirigés par des représentants des minorités, devant faciliter l'exécution des décisions des autorités centrales, adaptées éventuellement pour tenir compte des spécificités locales, en accord avec les-dites autorités centrales qui, en tout état de cause, demeurent prépondérantes. Un dernier point important est le problème de la laïcité; les Tibétains en exil en acceptent le principe, tout en revendiquant une liberté complète des institutions religieuses; Pékin estime que la liberté religieuse est individuelle et qu'elle ne saurait s'étendre sans limitation aux institutions religieuses sans entrer en conflit avec le principe de laïcité; par exemple, le fait d'autoriser sans restriction, comme c'était le cas autrefois, l'entrée des enfants dans les monastères, dès leur plus jeune âge, se heurterait aux dispositions relatives à l'instruction obligatoire. Cette analyse est certainement très loin d'être exhaustive; pour autant que les arguments des uns et des autres aient été compris, et qu'ils soient sincères, elle montre cependant combien les points de vue sont éloignés et, par conséquent, combien il est difficile de trouver une solution acceptable par tous. 

* D'après Pékin, fin 2007, la Chine comptait 155 zones ethniques autonomes: 5 régions, 30 préfectures et 120 districts; quarante quatre des cinquante cinq minorités nationales de Chine avaient leurs zones autonomes, représentant 75% du total de la population des-dites minorités. 



Année 2009 

Janvier 2009: La visite d'un groupe de touristes français, à l'occasion des cérémonies du nouvel an en Amdo, est annulée par suite des restrictions imposées par les autorités chinoises qui refusent l'accès à Labrang. 

Mars 2009: Un jeune moine a tenté de s'immoler par le feu à Aba, dans le Sichuan. Ce jeune homme, du nom de Tapey, serait un élève du monastère de Kirti. Il aurait tenté de mettre fin à ses jours en s'aspergeant de liquide inflammable tout en brandissant un portrait du Dalaï lama et un drapeau tibétain à l'effigie du lion des neiges. Les informations concernant cet événement restent confuses; certains évoquent une manifestation de religieux que d'autres passent sous silence; des témoins disent avoir entendu trois coups de feu mais ignorent sur qui ils ont été tirés; des exilés accusent les policiers d'avoir abattu le jeune moine. Les autorités chinoises reconnaissent la tentative de suicide mais affirment que la police est intervenue pour éteindre le feu et transporter le jeune homme à l'hôpital, où il se trouverait dans une situation stable; une enquête serait en cours. 

On reparle du Karmapa comme possible successeur du Dalaï lama en mettant l'accent sur sa modernité et sa connaissance du chinois qui pourraient faciliter le dialogue avec les autorités de Pékin. 

Les autorités chinoises reconnaissent avoir arrêté une centaine de moines à la suite d'une émeute à laquelle auraient pris part plusieurs centaines de personnes qui ont attaqué un poste de police du Qinghai. D'après le site Internet du gouvernement tibétain en exil, les heurts auraient opposé 4000 manifestants indépendantistes à la police après la mort d'un moine du monastère de Ragya nommé Tashi Sangpo (Le Monde - 24 mars). 

Les pressions chinoises portent leurs fruits dans plusieurs pays européens dont les autorités se montrent prudentes en accueillant sans ostentation le Dalaï lama ( Le Monde - 9 juin). 
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L'édition en tibétain du People's Daily
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Une édition en tibétain du People's Daily est désormais disponible dans la Région Autonome du Tibet (RAT) ainsi que dans les régions voisines où vivent des Tibétains (China Daily - 12 août). 

J'ai cru apercevoir Mathieu Ricard à la réunion annuelle du Medef. Était-il là comme moine mendiant ou comme approbateur de la politique suivie par le patronat français? En tout cas, la présence d'un moine tibétain dans un tel lieu m'a semblé tout à fait déplacée! 

On annonce le décès de Ngapoi Ngawang Jigme survenu, à l'âge de 99 ans. Ce Tibétain pro chinois fut l'un des fondateurs de la Région autonome dont il fut également l'un des principaux dirigeants. 



Année 2010 

Janvier 2010 - Les autorités chinoises incitent les compagnies d'aviation locales et étrangères à accroître leur desserte du Tibet. Un nouvel aéroport est en cours de construction. L'afflux des touristes est positif au plan économique, y compris pour les monastères qui voient leurs ressources augmenter notablement. Il en résulte un développement des moyens modernes de communication (Internet) et d'utilisation de l'énergie (fours solaires). Mais ces avantages ont aussi leur contrepartie: les touristes perturbent la vie monastique, les tankas souffrent des violents éclairs des appareils photos et les jeunes moines, attirés par le web, consacrent moins de temps à la méditation. 

Février 2010 - Les négociations entre les représentants du Dalaï lama et ceux de la Chine, interrompues à l'automne 2008, ont repris selon des informations diffusées par la partie chinoise. Au même moment,  le moine Yeshi Jinpa, du district de Sog, province du Kham, la nonne Chodron, et les laïcs Tenzin Dhargey et Norbu Sangpo ont été condamnés à des peines d'emprisonnement de un à trois ans et l'artiste Tashi Dhonup à plus de sept mois de prison pour avoir chanté des chansons politiquement subversives (Courrier international - 11 février). 

Mars 2010 - D'après l'Association Mantra (Mouvement d'Aide à la Nation Tibétaine pour la Restauration de son Autonomie), la justice espagnole, qui s'est proclamée compétente, comme la justice belge, pour juger tous les crimes contre l'humanité, où qu'ils soient commis, a été saisie par un Tibétain en exil à l'encontre des dirigeants chinois. D'autre part, selon des propos du Kashag, rapportés par ladite association, les émissaires tibétains auprès de la Chine ont présenté deux propositions essentielles: 1°)- Réalisation d'une étude objective pour connaître l'état d'esprit de la population tibétaine et son degré d'adhésion à la situation actuelle. 2°)- Renonciation à faire porter au Dalaï lama et à son entourage la responsabilité des émeutes de 2008. 


Année 2011 

Mars - Le dalaï-lama a annoncé qu'il renonçait à son rôle de chef politique tibétain, une décision attendue et visant à moderniser le gouvernement tibétain en exil. Un nouveau Premier ministre laïc va être désigné si l'accord du parlement tibétain en exil est obtenu, ce qui n'est pas encore certain (Capital - 10 mars). 

Avril - Un juriste de 43 ans, diplômé de Harvard, Lobsang Sangay, a été élu nouveau Premier ministre du gouvernement tibétain en exil avec des responsabilités étendues, le Dalaï lama renonçant à son pouvoir temporel. Le nouvel élu, né en Inde, n'a jamais été au Tibet. Il faudra attendre quelque temps avant de mesurer les conséquences de cette évolution et de savoir quel rôle jouera ce nouveau chef du gouvernement en exil dans les difficiles relations de la diaspora tibétaine avec le Tibet, la Chine et le reste du monde. 

Mai - Depuis le soulèvement de 2008, les autorités chinoises transfèrent les moines jugés rebelles vers des centres d'éducation éloignés de leur lieu de résidence habituel où ils subissent une formation de trois mois sanctionnée par des examens avant de les renvoyer dans leur région d'origine où ils sont placés sous surveillance (Le Monde - 12 mai). 



Année 2012 

Mars - Au Qinghai, des maisons en dur sont mises à la disposition des nomades afin de favoriser leur sédentarisation (Quotidien du Peuple, 2 mars). 

Pour Wen Jiabao, réformer est urgent. Le premier ministre chinois se dit bouleversé par les immolations de jeunes Tibétains (Le Monde - 15 mars). 

Le Tibétain qui avait tenté de s'immoler par le feu en Inde voici quelques jours, pour protester contre la venue du président chinois, est décédé. Trente moines auraient essayé de mettre fin à leurs jours de la même manière depuis le début de l'année en Chine (France 2 - 29 mars). 

Mai - Depuis les émeutes de 2008, le pouvoir tente de reprendre en main les monastères. A côté des Comités démocratiques de gestion, organes qui les géraient jusqu'à présent, ont été créés des cellules, dans lesquelles se trouvent des policiers, qui perturbent la vie spirituelle et méditative des moines (Le Monde 5 mai). 
 



Année 2014 

Août - L'étude d'un gène chez les Tibétains lève le voile sur le mystère de leur résistance physiologique face à la survie en haute montagne. Des chercheurs de l'université de l'Utah ont trouvé que la modification d'une simple base de l'ADN, apparue il y a environ 8 000 ans, était responsable de leur formidable adaptation à la vie à plus de 4 000 m d'altitude (Le Figaro santé, 20 août).  


Année 2016 

Septembre - La succession du Dalaï lama, âgé de 81 ans, s'annonce problématique. Le pacifisme et la politique de compromis qu'il a incarnés sont remis en question par la nouvelle génération tibétaine, d'après un religieux exilé aux Indes. Depuis 2011, 144 personnes se seraient immolées par le feu sans que l'on connaisse la répartition entre les suicides qui ont eu lieu en exil, comme celui de Jamphel Yeshi, à New Delhi, le 26 mars 2012, et ceux qui ont eu lieu à l'intérieur du Tibet (Le Monde - 18-19 septembre). 


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