Le 19ème siècle: de la chute de Napoléon Ier à la troisième république

Au cours du 19ème siècle, le château de Travers passe aux mains de plusieurs familles, par suite du mariage des héritières, pour finir par échoir, entre les deux guerres mondiales, aux de Quatrebarbes. Au début de la restauration, il est la propriété d'Antoine-Etienne (ou François-Antoine), marquis de Montaignac de Lignières. Celui-ci meurt sans postérité en 1825, après avoir institué pour héritier le comte Alexandre de Montaignac de Chauvance (2 décembre 1769 - 2 mars 1848), issu d'une autre branche de la famille, chevalier de Saint-Louis, officier au régiment de Maine infanterie, chevalier de Malte, qui devient propriétaire des terres et châteaux de Saint-Sandoux, la Couture et Antraigues; Alexandre de Montaignac de Chauvance épouse Clarisse de Chaudeseigues de Châteauvieux; de ce mariage naissent six enfants dont Sidonie de Montaignac de Chauvance (1813-1904) qui épouse Alexandre de Malafosse du Couffour (1803-1858), baron du Couffour; de ce mariage naît Marie de Malafosse du Couffour qui épouse de Riolz N.; de ce mariage naît Amable, Marie, "Denyse" de Riolz (1869-1915) laquelle épouse Marcel Pinet de Borde des Forest (1864-1953); de ce mariage naît, en 1905, Marie Pinet de Borde des Forest, doyenne de la commune de Saint-Sandoux (2007); cette dernière épouse le comte Gonzague de Quatrebarbes (1906-1979), de ce mariage est issu François de Quatrebarbes (1932-2007); ce dernier, propriétaire du château, est décédé le 31 juillet 2007. Une grande croix en pierre de Volvic marque l'emplacement de la sépulture du Comte de Montaignac de Chauvance et du baron du Couffour, à proximité du monument aux morts; d'autres membres de la famille reposent dans un caveau situé le long du mur est du cimetière. On notera que Saint Amable, patron de Riom, qui chasse les bêtes venimeuses et le démon, un prêtre du 5ème siècle, fêté en juin et en octobre, serait issu de la famille de Chauvance dont plusieurs hommes portèrent le nom.
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Saint-Sandoux et Mr de Montaignac  
chantés par un poète militaire en demi-solde 
retiré à Monton 
 
LE PANORAMA NATUREL, OU PROMENADE 
AUTOUR DU PUY DE MONTON, 
BOURG DE LA LIMAGNE D'AUVERGNE
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Cherchons, Muse, cherchons un spectacle plus doux, 
Et, pour nous délasser, visitons Saint-Sandoux. 
Là, sur un mont stérile, en domptant la nature, * 
Un grand aux malheureux donna la nourriture. 
Sans le nommer, je dois un éloge en mes vers 
A l'hôte bienfaisant du château de Travers. 
Que j'aime, Saint-Sandoux, ton riant paysage! 
Prés, vignes et moissons, sont ton riche apanage. 
Tu n'es pas une plaine, et tu n'es pas un mont ; 
Au milieu de l'ombrage on voit briller ton front. 
Quel est le nom, dis-moi, de la grande montagne 
Qui près de toi s'élève au sein de la campagne? 
J'admire l'étendue ainsi que la hauteur 
Des rocs audacieux qu'elle offre au voyageur. 
Qui porta sur ces bords cette masse imposante? 
La nature à la fois me plaît et m'épouvante: 
Ici des bois, des prés, des vignes, des ruisseaux, 
Et là des monts tout nus sans verdure et sans eaux. 
... 
* En créant un bois sur une montagne aride
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Jacques Bernard, officier retiré - Landriot - Clermont-Ferrand - 1816
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Avec la restauration de la monarchie, la France fait l'apprentissage du parlementarisme. Après les Cent jours, le marquis de Montaignac s'assoit à nouveau dans le fauteuil du maire. Mais, peu de temps après, son prédécesseur nommé par Napoléon en 1815, le notaire Girard, redevient premier adjoint, son allégeance de circonstance à l'usurpateur étant apparemment oubliée.

Le 4 octobre 1816, le marquis de Montaignac, "riche propriétaire de Saint-Sandoux, ancien émigré", est élu député du grand collège du Puy-de-Dôme, par 159 voix, 227 votants, 280 inscrits. Il siège au côté droit, et, en 1817, à propos de la discussion du budget, prend la parole pour déclarer qu'il partage l'opinion de M. de Bonald sur les Suisses. L'assemblée ayant voté l'impression de cette phrase de son discours, il est le seul à s'y opposer. Il quitte la vie politique en 1821 et meurt quatre ans plus tard. Son épouse lui survit jusqu'en 1832. Le marquis et la marquise sont inhumés dans l'église paroissiale, sous une simple dalle portant les dates de leurs décès. Une plaque de marbre, apposée sur un mur de l'édifice religieux rappelle leur générosité. Le tombeau et la plaque disparaîtront malheureusement lors de la rénovation ultérieure de l'église, à la suite, dit-on, d'un incendie. L'ancienne église romane du bourg aurait alors été reconstruite, sur les plans et sous la direction de Agis Ledru (Mémoires de l'Académie des sciences, belles-lettre et arts de Clermont-Ferrand).

En 1817, la marquise de Montaignac résuscite la Société des Dames de la Charité qui existait avant la Révolution et avait été supprimée depuis.

Le retour du pouvoir royal a restitué à la religion ses prérogatives d'antan. A Saint-Sandoux, le 20 janvier 1822, la commune acquiert un local destiné à devenir le presbytère où logeront le prêtre de la paroisse et son vicaire.

En 1825, le marquis de Montaignac de Lignières, comte de Chauvance, héritier du précédent, se rend propriétaire de l'hôtel qui deviendra plus tard le musée Blaise Pascal à Clermont-Ferrand.

En février-mars 1828, une ordonnance royale de Charles X, autorise la création d'une congrégation de soeurs hospitalières de la Miséricorde à Saint-Sandoux; la maison-mère de cette congrégation est située à Billom (Collection complète des lois, décrets, ordonnances, règlements...). Les religieuses furent logées auprès de la chapelle de la Fontille. Un local qui jouxtera plus tard l'école libre leur servait de pharmacie où elles entreposaient les médicaments dont elles se servaient pour prodiguer leurs soins aux habitants du village. Dans les allées du cimetière, on peut encore voir, sur des pierres tombales, le nom de mère Marie Françoise, supérieure de ces religieuses, décédée en 1890, ainsi que celui de soeur Marie Juilhard, décédée en 1876.
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En 1829, les Annales scientifiques, littéraires et industrielles de l'Auvergne s'intéressent à nouveau aux roches volcaniques de Pereneire. Il y est écrit, qu'au-dessus du château de Saint-Sandoux (lisez château de Travers), et dans ses dépendances, s'élève un rocher formé de beaux prismes basaltiques, divergents en éventail. On y trouve quelquefois de la mésotype dans le basalte, et des prismes basaltiques très petits.

En 1836, Antoine-François Magaud-Daubusson, lieutenant de vaisseau, né en 1801 à Saint-Sandoux, change de nom (Dictionnaire des familles qui ont fait modifier leurs noms depuis 1803 jusqu'en 1865 - H. Delaroque - Paris - 1877).

En 1843, Marguerite Morel, veuve de François Monestier, lègue la terre où est située la chapelle Notre-Dame des Prés, ainsi que 50 francs pour faire réparer la-dite chapelle, à Marguerite Bernard, épouse de Blaise Brionnet. L'entretien de la chapelle sera à la charge des nouveaux propriétaires, la famille Brionnet; ils s'engagent à en permettre l'accès aux Sandoliens pour accomplir leurs dévotions.
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Une guérite des fausses ruines à la fin  
du 20ème siècle
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C'est sans doute au milieu du 19ème siècle que furent édifiées les fausses ruines médiévales que l'on pouvait encore visiter à l'époque de la seconde guerre mondiale au nord du château de Travers, en haut de la falaise qui domine la vallée de La Monne et les villages de Saint-Saturnin et Saint-Amant. Elles comportaient notamment un théâtre de verdure et une tourelle à forme de guérite aujourd'hui démolie; d'après mes souvenirs, la seconde construction disposait de deux petites fenêtres l'une donnant sur le château de Saint-Saturnin et l'autre sur celui de Saint-Amant; elle était parfaitement visible de l'allée des marronniers entre Saint-Saturnin et Saint-Amant. Aujourd'hui, on aperçoit encore le haut de la falaise et sa crête de pierres sèches, mais il est devenu impossible d'identifier des constructions (des photos des ruines prises en octobre 2009 sont ici). 
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D'après un de mes cousins, qui a travaillé jadis au château de Travers, ce serait le baron du Couffour qui aurait eu l'initiative de cette construction. Selon J.-B.-M. Biélawski, auteur des Récits d'un touriste auvergnat, ces fausses ruines auraient été édifiées en 1848. Voici, ce qu'il écrit:  "De l'autre côté de Saint-Sandoux, sur le bord septentrional de la falaise du Puy de Peyronaire qui domine Saint-Saturnin, le Marand et Saint-Amand-Tallende, on remarque un long cordon de constructions en pierre sèche. Cela représente un ensemble singulier de fortifications avec bastions, courtines, redans, guérites, tourelles, chemin de ronde; on a même reproduit une sorte d'amphithéâtre avec gradins qui regardent la piste d'un cirque. Ces ouvrages sont dus au marquis de Montagnac qui les fit exécuter en 1848 pour occuper les ouvriers. tout cela croule un peu chaque jour, et certains archéologues de l'avenir ne manqueront pas d'y venir exercer leur imagination." Il est toutefois peu vraisemblable que ce soit un Montaignac qui ait fait réaliser ces travaux, le dernier étant décédé en mars 1848. C'est donc probablement le baron du Couffour qui doit en être l'auteur, ainsi que le pense mon cousin.
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Les vestiges du théâtre de verdure en octobre 2009
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Au milieu du siècle, une épidémie de croup, une infection virale de la gorge et des cordes vocales, qui décime les enfants, sévit à Saint-Sandoux. Elle est signalée par le docteur Henri Dourif, information reprise dans un mémoire de A. Babu lu à la Société médicale de Clermont-Ferrand en 1857. C'est vers cette époque qu'aurait été également érigée la croix du Puy en souvenir de la mort d'un berger de Pressat tombé dans le Creux de l'Oulle après avoir dévalé une côte du Telly alors sans arbres. Mais la date est douteuse car la croix ne se voit pas sur une carte postale de 1909, ce qui laisse supposer qu'elle a été érigée plus tard.

Le hameau de Saint-Georges est encore habité et, toujours vers le milieu du siècle, un dernier enfant y voit le jour. C'est un Courtial.

A titre d'anecdotes, signalons que, dans son ouvrage "La Maison Blanche", le romancier populaire Paul de Kock (1791-1871) a choisi Saint-Sandoux comme cadre d'une naissance clandestine. On trouve aussi un écho de la butte de Saint-Sandoux dans "La chanson de Jeanne et Nicolas", de Lesguillon, qui met en scène la famille de Saint-Saturnin (La Chanson illustrée - 1869). Enfin, Exupère Limoneux, commis de deuxième classe des Poids et Mesures de Saint-Sandoux, est le héros d'un article humoristique de Robert Francheville (Le Pêle-Mêle - 1911).

Cet intermède littéraire terminé, passons à un fait divers tragique. Le 4 août 1896, à Saint-Sandoux, une vieille fille de 79 ans, Marie Magaud, est assassinée, dans sa maison, entre seize et dix-sept heures. Le crime est découvert par des voisins qui, vers dix-huit heures, étonnés de ne pas la voir sortir, comme elle en avait l'habitude,  pénètrent dans sa chambre. La malheureuse a été étranglée. Son visage est couvert du sang qui a coulé par son nez et par sa bouche; ses yeux ont gardé une expression terrifiante; elle est couchée sur le dos, les jambes nues, presque entièrement écartées, les bras repliés vers la poitrine, comme si elle avait eu, avant de mourir, un geste désespéré, et avait voulu joindre ses mains pour implorer son meurtrier en un geste de suprême objurgation. Le parquet de Clermont se transporte sur les lieux du crime dont le mobile est clairement établi: c'est le vol. En effet, les enquêteurs constatent que l'assassin a emporté des pièces d'or, des obligations au porteur et des titres de rente, en tout pour une douzaine de milliers de francs. Le 11 septembre, Hippolyte Magaud, neveu de la victime, est arrêté. Malgré les accusations de plusieurs témoins,  le suspect refuse avec fermeté de reconnaître sa culpabilité. Le parquet estime cependant les charges suffisantes et le renvoie devant la Chambre des mises en accusation sous l'inculpation d'assassinat. Les magistrats de la Cour, estimant que les preuves formelles font défaut, rendent pourtant une ordonnance de non-lieu qui entraîne la mise en liberté du prévenu. Une dizaine d'années plus tard, l'abbé Belin, desservant de Saint-Amant-Tallende, se présente à la succursale de la Société Générale de Clermont, pour y vendre des obligations et des titres de rente dont les coupons n'ont pas été touchés depuis longtemps. Ces titres sont frappés d'opposition; ce sont ceux qui ont été volés à Marie Magaud. L'abbé Belin est interrogé; il explique les avoir trouvés, au mois de mai précédent, sur la statue de Saint-Antoine de Padoue, dans l'église de Saint-Amant-Tallende, avec un papier portant cette précision: "A M. le curé pour ses oeuvres." Ce rebondissement de l'affaire Magaud donne l'occasion aux anticléricaux de dauber sur les turpitudes des prêtres et sur la robustesse du dos de Saint Antoine (Le Libre Penseur du Centre - 26 août 1906).

De la chute de Napoléon Ier  jusqu'à la guerre de 1870, qui voit l'avènement de l'empire allemand, sous l'égide de la Prusse, s'élever au détriment de la puissance française, amputée de l'Alsace et de la Lorraine, plusieurs régimes politiques se succèdent. La branche aînée des Bourbons doit céder en 1830 la couronne à la branche cadette des Orléans en la personne de Louis-Philippe Ier, non plus roi de France, mais roi des Français. Ce dernier est renversé à son tour par la révolution de 1848 qui instaure l'éphémère seconde république, dont la constitution s'inspirait peu judicieusement de celle des États-Unis d'Amérique. Un neveu de Napoléon Ier, le prince Louis-Napoléon, est élu président et, en décembre 1852, un coup d'État restaure l'Empire à son profit. Le nouvel empereur, Napoléon III, avait promis la paix. Son règne ne sera qu'une longue suite de guerres qui s'achèvera par le désastre de Sedan. On trouve quelques échos affaiblis de ces conflits dans les délibérations du Conseil municipal lequel fournit les attestations de soutien de famille aux enfants des militaires tués ou blessés en Italie ou en Crimée, afin de leur permettre d'échapper au service militaire. En 1870, les armées prussiennes envahissent la France. Une révolution éclate à Paris le 4 septembre. La république est proclamée. Cette fois, après bien des hésitations, elle va s'installer durablement. Mais, en attendant, la patrie est menacée; les mânes de ses illustres défenseurs sont invoquées; une souscription est lancée par les Auvergnats de Paris pour offrir à la Défense nationale deux canons dont l'un portera le nom de Vercingétorix; deux Parisiens originaires de Saint-Sandoux apportent leur obole, les dénommés Mars et Rives. Un rapport de la Société de secours aux blessés nous apprend aussi qu'un enfant du village, Jacques Condat, né en 1848, soldat au 3ème zouaves, a été touché par des éclats d'obus à l'épaule gauche et au sacrum, au cours de la bataille de Froeschwiller, et qu'il en reste ankylosé (voir ici).

En 1866 sous le second empire, le bâtiment qui abritera l'école publique et la mairie est construit sur la place, pendant le mandat du maire Mauliat. L'école est pourvue d'une cloche pour appeler les élèves. Cette cloche était encore en place lorsque je fréquentais l'établissement, mais elle n'était plus utilisée. Elle a disparu au cours du 20ème siècle et il n'en reste plus que la potence à laquelle elle était suspendue. On a vu que les petits sandoliens pouvaient déjà apprendre à lire et à écrire et peut-être aussi à compter vers la fin de l'Ancien Régime. La Révolution, Napoléon 1er, puis Louis-Philippe (loi Guizot) s'efforcèrent de développer l'enseignement primaire sous l'égide de l'État quitte à s'appuyer, si nécessaire, sur le clergé. Mais tous les régimes se montraient conscients de l'influence politique que l'enseignement était susceptible d'exercer. Aussi, dès les débuts du 19ème siècle, l'école devint-elle l'otage de la lutte qui opposa les tenants du conservatisme, attachés à l'enseignement religieux privé, aux partisans des idées nouvelles, favorables à l'enseignement public laïc. Les différentes législations qui se succédèrent témoignent de ce débat qui s'est prolongé jusqu'à nos jours. Au début du règne de Louis-Philippe, Guizot jette les bases de l'enseignement primaire pour les garçons. Les filles sont ignorées car le ministre reconnaît son manque de compétence en la matière; lorsqu'il existe des écoles pour elles, ces écoles sont généralement tenues par des religieuses qui n'ont pas toujours la formation requise pour enseigner; les filles ne sont généralement pas mélangées avec les garçons, pour des raisons de décence, mais aussi parce que les rôles respectifs de l'homme et de la femme dans la société sont nettement différenciés; à lui revient de ramener à la maison de quoi faire bouillir la marmite, à elle d'élever les enfants dans le droit chemin et de préserver l'intégrité du foyer familial; cette séparation, malgré les deux guerres mondiales, qui favoriseront l'insertion des femmes dans le monde professionnel, demeurera peu ou prou vivace jusqu'au milieu du 20ème siècle. La loi prévoit l'implication du curé dans l'enseignement primaire afin d'éviter la rivalité entre école publique et école privée. Cet enseignement n'est gratuit que pour les enfants des familles les moins fortunées. Il n'est pas obligatoire et l'on peut donc supposer que, dans les campagnes, pendant la belle saison, les travaux des champs éloignent de l'école une partie des enfants en âge de la fréquenter. Au début du second empire, l'instituteur public, lorsqu'il y en a un, est encore placé sous l'étroite tutelle du curé de la paroisse, mais il s'en émancipe peu à peu. Entre 1879 et 1883, les républicains triomphants instituent enfin par étapes l'école primaire laïque, républicaine, gratuite et obligatoire (lois Jules Ferry), le caractère obligatoire impliquant naturellement la gratuité.
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Une canne-épée: la lame se dissimulait dans un fourreau de bois qui prolongeait la poignée sculptée. Cet accessoire a disparu, brisé par les enfants
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Après la guerre de 1870, pour oublier la défaite et la perte d'une partie de son territoire, la France se lance dans des conquêtes coloniales déjà amorcées par celles de l'Algérie, de la Cochinchine et du Cambodge. Cette oeuvre accomplie au nom de la civilisation, s'accompagne de l'évangélisation des populations. Des missionnaires partent pour l'Afrique et pour l'Asie. C'est le cas de trois enfants de Saint-Sandoux, les pères Pierre Andrieux (1855-1926), qui exerce son apostolat aux Indes et en France, François Gauthier (1857-1888), qui officie au Congo et en Angola*, et Jean-Baptiste Bernard (1876-1906), qui est envoyé au Gabon. Ces pères appartiennent à la Congrégation du Saint-Esprit fondée par Claude-François Poullart des Places, le 28 mai 1703, à Paris, sous le nom de Séminaire du Saint-Esprit, avec pour but l'évangélisation des pauvres sur tous les continents. En 1848, la Congrégation absorbe la Société du Saint Coeur de Marie qui poursuivait des buts voisins. Grâce à l'obligeance de la Congrégation, j'ai pu me procurer les notices concernants ces trois pères; elles sont accessibles en cliquant leurs noms.

* François Gauthier fut guidé vers la vie de missionnaire par une apparition qui s'offrit à ses yeux alors qu'il travaillait une vigne, d'après des renseignements provenant de sa famille.

Ces événements doivent paraître bien lointain aux jeunes gens d'aujourd'hui. Qu'ils se détrompent. Ils étaient familiers aux générations précédentes. Pendant la seconde guerre mondiale, on pouvait encore croiser dans Saint-Sandoux de vieilles femmes, tout de noir vêtues, qui se souvenaient de la guerre de 1870, celle de leur enfance, et pour qui les Allemands étaient toujours des Prussiens. A la Libération, en 1944, la clique des clairons était conduite par un vieil homme, Hélias, qui avait participé à la conquête du Tonkin.
 

Types d'Auvergnats du 19ème siècle - Bibliothèque Nationale
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Pendant cette période agitée, les changements n'interviennent que progressivement dans la vie rurale. En feuilletant les papiers de famille, on mesure la grande diversité des corps de métiers présents alors à Saint-Sandoux. Citons, par ordre alphabétique, sans prétendre à l'exhaustivité: aubergiste, berger, boucher, boulanger, charron, charpentier, cordonnier, épicier, forgeron, horloger*, laboureur, maçon, maréchal-ferrant, menuisier, notaire, plâtrier-peintre, rétameur, sabotier, serrurier, vigneron, couturière, repasseuse...  Cette énumération est révélatrice à la fois de l'importance du village, du type d'agriculture qui y était pratiqué et aussi de la tendance d'alors à se replier sur soi même et à vivre en quasi autarcie en raison principalement de la rareté du numéraire et des difficultés de communications.

*  Je me souviens avoir vu autrefois dans une maison du village une horloge ancienne dont le cadran blanc portait en lettres noires la marque du fabricant : Maugue, horloger à Saint-Sandoux.
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Évolution démographique: Au cours du 19ème siècle, la population de Saint-Sandoux commence à décroître. Elle passe de 1584 habitants en 1806 à 1379 en 1820, 1012 en 1876 et 1878, 994 en 1881 et 1883, 1037 en 1891, 1893 et 1895 et, enfin, 1026 en 1896. On notera la forte hémorragie qui intervient entre 1806 et 1820 (205 habitants de moins, soit une perte de 14 à 15 unités par an!), c'est-à-dire pendant la période qui couvre la majeure partie de l'Empire et les premières années de la Restauration. Quelles sont les causes d'un tel déficit? Les interminables guerres, la baisse de natalité qu'elles induisent, les événements politiques, des épidémies...? Entre 1820 et 1876 (Restauration, Louis-Philippe, Napoléon III), le recul est moins net (367 personnes, soit une perte de 6 à 7 unités par an); sans doute commence-t-on à assister à un baisse de la natalité. Pendant le dernier quart du siècle, la population tend au contraire à se stabiliser un peu au-dessus de 1000 habitants (14 habitants de plus entre 1876 et 1896, soit un gain de moins d'une unité par an). Cette stabilisation coïncide avec l'avènement de la Troisième République qui inaugure une ère de paix civile favorable à la prospérité économique et sociale d'un monde rural dans lequel se développe un fort esprit de revanche contre la défaite de 1870. Le nombre d'enfants qui fréquentent l'école communale des garçons devient si élevé (60) que l'instituteur ne suffit plus à la tâche et que le Conseil municipal demande la création d'un poste d'instituteur-adjoint. Au cours du siècle, l'espérance de vie moyenne de la population française ne cesse de croître pour approcher de la cinquantaine (sauf en 1870 où elle rechute à la trentaine).
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La polyculture est la règle: céréales, vignes, vergers... On trouve même probablement, comme sur les autres terroirs de la région, des cultures textiles, chanvre et lin, pour compléter l'apport animal (laine des brebis). Tous les ans, les vendanges continuent d'être organisées par l'autorité communale; cette pratique sera encore en vigueur pendant les premières années de la troisième république. Quelques exemples de règlements de ban de vendanges pris par le Conseil municipal sont ici et, à titre d'illustration, le règlement du ban des vendanges de 1862, sous le Second Empire, est donné ci-après en respectant l'orthographe du document original.
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Règlement des bans des vendanges 

L'an mil huit cent soixante deux le Conseil municipal de la Commune de Saint-Sandoux, canton de Saint-Amant-Tallende département du Puy-de-Dôme étant réuni en la salle de la mairie, lieu ordinaire de ces séances pour fixer l'ouverture des règlements des bans des vendanges conformément à la loi du six octobre 1791 après avoir délibéré le Conseil municipal est d'avis de régler les bans des vendanges de la manière qui suit 

Article 1er- le mercredi 8 octobre sera vendangé Pissara et Bachol donné par la section de Tallende 

Article 2   - le jeudi 9 octobre sera vendangé tout le Grand Pan 

Article 3   - le vendredi 10 octobre sera vendangé le Bournezet donné par la commune de Plauzat 

Article 4  - le samedi 11 octobre sera vendangé tout Courziliat et Cotefrenot 

Article 5  - le lundi 13 octobre il sera vendangé tout le restant à volonté 

il est exprésemment défendu aux grapilleurs, bergers et bergerons (?) et autres de s'introduire dans les vignes chaprières* et prés vergers avant que l'autorité locale leur en donne avis ceux qui serons pris en contravention serons punis conformément à la loi; fait et délibéré en mairie de Saint-Sandoux les jours, mois et an que dessus. 
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* Le chapre était une plante fourragère.
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L'argent étant rare, les denrées ne sont pas chères mais les achats se limitent au strict nécessaire. On s'efforce de se suffire à soi-même. On quitte rarement le village, sauf pour aller à la guerre, et on se marie presque toujours sur place. On doit d'ailleurs se souvenir, qu'au début du siècle tout au moins, la liberté de circulation est restreinte par des règlements de police. Les déplacements, peu fréquents, s'effectuent le plus souvent à pied. Comme les chemins ne sont pas toujours sûrs, quelques  piétons s'aident d'une canne avec une lame cachée dans son bois: la canne-épée. S'il faut en croire Ambroise Tardieu, il est tout de même possible de faire le trajet Clermont-Ferrand-Saint-Sandoux en voiture publique à la fin du siècle (vers 1886), grâce à l'entreprise Chognon, située place de Jaude; le départ s'effectue après 5 h de l'après-midi (Ambroise Tardieu: L'Auvergne - Puy-de-Dôme - Guide complet illustré, chez l'auteur à Herment).
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Une maquette du "Pourquoi Pas" de Charcot
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Je viens de dire que les Sandoliens de cette époque étaient plutôt casaniers. Outre les missionnaires, dont il a déjà été question, ceci n'excluait cependant pas quelques expatriations. C'est ainsi que l'une de mes ancêtres se rendit à Paris, le lendemain de son mariage. Elle en revint définitivement, une fois gagnée  la somme nécessaire à l'établissement de son ménage. Plus tard, un autre personnage de la famille, Antonin Andrieux, accompagnera le commandant Charcot au Groenland, comme cuisinier du "Pourquoi Pas". Il achèvera sa vie à Nice, d'où il écrivait à mon arrière grand-mère des lettres pleines de verve dans lesquelles il comparait à des diamants les clous de ses sabots. Enfin, un voisin de mes grands-parents, Rives-Amblard, dit Gadan, que je n'ai pas connu, gagnait sa vie en louant saisonnièrement ses bras comme débardeur (docker) dans nos ports maritimes; un de ses enfants avait émigré aux États-Unis. Mais ces quelques exemples étaient exceptionnels.
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Fer à repasser, chenets pour recevoir les bûches dans la cheminée, soufflet pour attiser le feu Chaufferette que l'on remplissait de braises pour se chauffer les pieds en hiver
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Le soir venu, on se couchait tôt, harassé de fatigue ou bien, à la morte saison, on se rendait à la veillée chez les voisins en s'éclairant à la lanterne. Les hommes devisaient des difficultés du moment, de la pluie et du beau temps, jouaient aux cartes (mais la manille, jeu d'origine espagnole, ne fera son apparition qu'à la fin du siècle) ou cassaient les noix. Les femmes, les pieds posés sur des chaufferettes, sortes de boîtes en fonte, au couvercle ajouré, que l'on garnissait de braises, les femmes, donc, brodaient chemises et draps de toile à la parcimonieuse lumière d'un lumignon, d'un quinquet à l'huile, d'une lampe à pétrole, à celle d'une bougie fabriquée à la maison, ou bien encore à celle de l'âtre rougeoyant où se consumaient de grosses bûches, dans de vastes cheminées de pierre de taille dont subsistent de nombreux exemplaires relégués aujourd'hui au rang d'élément décoratif. Parfois, on savourait les petites châtaignes locales, accompagnées de vin doux. Elles étaient grillées sur la flamme de la cheminée, dans de vastes padelles (poêles) trouées, munies d'un manche interminable. La plume des volailles tuées pour se nourrir étaient conservée dans une bauge (sac à grains) pour garnir ultérieurement les édredons. Comme on se chauffait au bois, on tamisait la cendre pour en retirer les charbons, on la stockait dans des barils sous les hangars et on s'en servait pour la lessive, bouillie à l'époque de la grande bujade, une ou deux fois l'an, dans d'immenses chaudrons de fonte, sur un feu de bûches. Il paraît que la potasse qu'elle contenait conférait aux draps une blancheur inimitable. Ensuite, on mettait le linge à sécher à même l'herbe de la prairie, sur les buissons, ou sur un écartage de fortune: un fil de fer tendu entre deux piquets de bois. Le repassage s'effectuait avec de pesants fers de fonte, mis à chauffer sur un coin du fourneau à bois. Les jours de fêtes ou pour les noces, on dansait allègrement au son d'une cabrette (cornemuse auvergnate), d'un de ces violoneux populaires, nombreux en Auvergne au cours de ce siècle, ou tout simplement sur l'air d'une chanson folklorique interprétée par un gars du village improvisé artiste d'occasion.
 
Bougeoir, quinquet à huile, lampe à pétrole Une padelle à griller les châtaignes
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Depuis que la chasse n'était plus seulement réservée à la noblesse, quelques villageois s'y adonnaient avec de pesants fusils, à poudre noire et amorce, qui se chargeaient à la baguette par la gueule, comme ceux des soldats de l'an II, et dont le percuteur était un chien qu'il fallait relever pour amorcer. La fouille des greniers fournissait encore, au milieu du 20ème siècle, de précieuses indications sur les us et coutumes du siècle précédent. Lanternes et lampes de cuivre y reposaient, à côté des moules à bougies, des cannes-épées, des vieux fusils, des padelles à longue queue et des bauges emplies de plumes. Malheureusement, la fureur iconoclastes des contempteurs de vieilleries et autres amateurs d'objets en matière plastique, avec la propension naturelle des enfants à tout briser, ont considérablement réduit ces témoignages du passé. La démocratisation du droit de chasse ne fit pas disparaître le braconnage. Cette entorse aux lois était réprimée par la maréchaussée. Mais dans les bas fonds encore marécageux, du côté de Paulagnat et de Saint-Georges, les malins poseurs de collets pouvaient échapper facilement à leurs poursuivants. Ils savaient où trouver les passages secs que les gendarmes ignoraient.Ces derniers, chaussés de lourdes bottes de cuir, s'enlissaient dans les bourbiers cachés sous les herbes vers lesquels les avaient habileùent entraînés  les malicieux contrevenants.

Comme le travail des champs était essentiellement manuel, les outils: fessous (binette), boucauds, bêches, haches, fléaux pour battre le grain, faux, râteaux pour ramasser les foins, fourches pour les tourner, cueille-fruits ou "badayo" faits d'une gaule fendue en quatre... restaient, sauf les faux, rudimentaires et faciles à fabriquer. Ceux qui étaient en fer provenaient souvent de l'atelier du forgeron. Si j'en crois les dires de mon aïeul, cet artisan remplissait également le rôle d'arracheur de dents. Il attachait la dent douloureuse avec un mince fil de fer, faisait chauffer un fer au feu, puis le présentait sous le nez de son patient. Ce dernier reculait brusquement et la dent extraite brutalement suivait le fil, tenu d'une main ferme par le dentiste improvisé, ou bien le nez était brûlé! Bien des traits de cette économie rudimentaire subsisteront jusqu'à la seconde guerre mondiale.
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Deux illustrations caractéristiques de la vie rurale au 19ème siècle tirées d'une histoire de l'Auvergne
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Un berger et son troupeau Un attelage de vaches
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Il y avait toujours des toits de chaume à Saint-Sandoux au 19ème siècle comme l'atteste un jugement rendu en 1810 par la justice de paix de Saint-Amant dans un litige opposant le propriétaire d'une grange à celui d'un jardin jouxtant la grange. Le propriétaire du jardin, qui avait "miné et fouillé son terrain", pour reprendre les mots du recours, avait accumulé les pierres contre le mur de la grange, gênant l'entrée de celle-ci et empêchant l'écoulement des eaux de pluie ce qui avait causé la pourriture du chaume. Il fut condamné à retirer les pierres sous huitaine faute de quoi son adversaire serait autorisé à les faire enlever à ses dépens. Sous Louis-Philippe, un testament faisait encore état, en 1843, d'une "maison couverte de paille composée d'une cuisine à plein pied, d'un cuvage non voûté sur le derrière, d'un galetas au-dessus de ces deux pièces et d'une loge à pourceau au devant de ladite cuisine et à droite de la porte d'entrée, sise quartier du Théron".
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On l'a vu, sous l'Ancien Régime, la vigne était déjà cultivée à Saint-Sandoux, si les vergers y étaient alors inexistants, selon les dires des rédacteurs du cahier de doléances de la bourgade. Ce n'était pas une singularité en Auvergne. On sait que Henry IV appréciait le vin de Châteaugay et que, jusqu'à la chute de la monarchie, le vin du sacre provenait de Saint-Pourçain. Mais, au 19ème siècle, on assiste à une expansion du vignoble auvergnat à tel point que le Puy-de-Dôme prend la tête des départements viticoles français. Pendant le second Empire, les vignerons auvergnats jouissent d'une indéniable prospérité qui se traduit par l'édification de belles demeures; on peut dire à juste titre que les caves qui en constituent les soubassements portent ces demeures sur leur dos voûté! Les chaumières cèdent peu à peu la place à des maisons couvertes de tuiles romaines. Plus tard, le vignoble auvergnat bénéficie un temps de la destruction des vignobles du midi par le phylloxéra. Mais la terrible maladie finit par atteindre notre région et le vignoble auvergnat est à son tour décimé. Il faudra le reconstituer en greffant les cépages traditionnels, notamment le gamay noir à jus blanc, sur des plans américains plus résistants.

En guise de conclusion à cette page, voici maintenant quelques événements notables de cette époque:

Par délibération du Conseil municipal en date du 27 août 1871, une compagnie de sapeurs-pompiers est créée à Saint-Sandoux. On peut accéder à cette délibération en cliquant  ici.

En 1872, à l'initiative du curé Rodde, est reprise la tradition, interrompue à la Révolution, de la cérémonie de transfert en procession de la statue de la Visitation de la Chapelle Notre-Dame des Prés jusqu'à l'église, pour la fête du village, le samedi soir qui précède le premier dimanche à compter du 2 juillet. La Vierge reste une semaine dans l'église avant d'être ramenée à la chapelle.

En 1874, le Conseil municipal, considérant que la commune de Saint-Sandoux est l'une des plus imposées de France; que l'état de ses chemins, longtemps négligé faute de ressources, est si déplorable que leur réparation obérera pendant des années le budget communal; que les moyens de la commune sont dans un état de pénurie totale et qu'un emprunt de 15000 francs qu'elle vient d'obtenir constituera une charge importante pendant plusieurs années, estime que la commune ne saurait participer à la réfection de l'église et de son clocher. Il observe qu'une souscription réalisée, jointe à la somme précédemment en possession de la fabrique, rend cette dernière détentrice d'un montant de 27000 francs, selon les déclarations du Conseil de la-dite fabrique. En conséquence, le Conseil municipal décide à l'unanimité que la commune ne contribuera en rien aux réparations de l'église et qu'il y a lieu de demander à l'État un secours pour le surplus de la dépense occasionné par ces travaux. L'État ayant accordé une subvention de six mille francs, une autre délibération du Conseil municipal enjoint à la fabrique d'utiliser les ressources à sa disposition dans les meilleurs délais, pour refaire le clocher, dans le respect des exigences du Conseil municipal. Les autres projets, portant en particulier sur les voûtes de l'église, sont renvoyés jusqu'au moment où la fabrique sera en mesure de justifier avoir les ressources nécessaires, tant pour les dépenses prévues qu'imprévues; ils ne pourront être entrepris qu'après nouvel avis du Conseil municipal. L'attribution des travaux s'effectuera par voie d'adjudication.

En 1875, le 12 décembre, le Conseil municipal se réunit pour prendre la décision d'adresser au préfet une demande de création d'un nouveau bureau de Poste dans le canton. Il n'en existe en effet qu'un seul, à Saint-Amant Tallende, lequel dessert mal Saint-Sandoux et les autres communes du canton, surtout les plus éloignées, situées dans la montagne et difficilement accessibles en hiver. La commune de Saint-Sandoux se porte candidate pour l'ouverture de ce second bureau, comme étant la plus imposée, la plus commerçante et la plus peuplée du canton, et aussi la mieux placée, à 7 km de la gare des Martres et à 20 km de Clermont-Ferrand (par le plateau de la Serre). La création du bureau de Poste à Saint-Sandoux réduirait de 8 km, aller retour, la distance pour se rendre dans les communes les plus distantes et rendrait la tournée du facteur moins pénible; il accomplit en effet actuellement, pour desservir le village, le trajet suivant: de Saint-Amant à Olloix (11 km), d'Olloix à Riberolles (3 km), de Riberolles au moulin de Chabannes et à Chabannes (4 km), de Chabannes à Randol (3 km), de Randol à Granchamp (8 km), de Grandchamp à Saint-Sandoux (11 km), de Saint-Sandoux au château (2 km, aller-retour). Malgré l'appui du Conseil général, la requête d'ouverture d'un bureau de Poste à Saint-Sandoux est laissée sans suite par l'Administration. Cette carence motive plusieurs rappels de la commune, laquelle s'impatiente et observe que le facteur, en dépit de son indéniable dévouement, se trouve dans l'incapacité d'accomplir la tâche qu'on lui impose dans des délais raisonnables, ce qui lèse les intérêts des habitants, dont plusieurs sont abonnés à des journaux, qu'ils reçoivent avec beaucoup de retard. Enfin, le 24 octobre 1892, le directeur des Postes et Télégraphes (on ne parle pas encore de téléphone) reconnaît l'urgence d'ouvrir un nouveau bureau dans le canton, celui de Saint-Amant s'avérant notoirement insuffisant. Il admet que Saint-Sandoux, est la résidence de négociants ou commerçants, que les denrées agricoles qui s'y produisent: vins, fruits, céréales, légumes... donnent à ce bourg une grande importance et que les occasions d'échange de courrier s'en trouvent multipliées. Il ajoute enfin que cette commune est la mieux placée pour desservir les communes voisines et, qu'en conséquence, c'est elle qui devrait accueillir le nouveau bureau. Le 12 décembre suivant, après lecture par le maire de cette lettre, le Conseil municipal émet à l'unanimité le voeu qu'un bureau de Poste soit rapidement créé à Saint-Sandoux.

En 1884, une société de musique est créée à Saint-Sandoux. Elle va former et exercer plusieurs musiciens, soumis à une discipline stricte, qui vont bientôt s'illustrer et qui, en attendant, animeront les fêtes du village jusqu'après la seconde guerre mondiale .

En 1889, à l'occasion du 1er janvier, le sieur Juilhard, agriculteur à Saint-Sandoux, reçoit la décoration de chevalier du Mérite agricole (Gazette du Village).

En 1893 est publié à Clermont-Ferrand, par le pensionnat des Ecoles chrétiennes, un ouvrage sur Les diatonnées d'Auvergne où la présence de plusieurs variétés de ces bacillariophyta est signalée dans l'étang du Puy de Saint-Sandoux. Il s'agit bien évidemment du lac. Les diatomées sont des microalgues unicellulaires planctoniques présentes dans tous les milieux aquatiques, avec une préférence pour les eaux froides. Elles sont enveloppées par un squelette externe siliceux et peuvent vivre isolées ou en colonie, être libres ou fixées.
 
En 1894, une trombe d'eau inonde le village. Cet incident mémorable est relaté dans le journal de classe en 1949* dans les termes ci-après:
 

Ma grand-mère se souvient d'une trombe qui s'est abattue sur Saint-Sandoux en 1894. Elle avait douze ans. C'était le 19 mai. Elle gardait sa vache, sa chèvre et ses deux ou trois moutons. 

Des coups de tonnerre très violents éclatèrent. Elle attendit un peu. La pluie tombait à torrents. Son frère Jules vint la chercher. Ils passèrent au pied du Puy. 

Derrière eux, dans un bruit effrayant, des rochers, des arbres cassés, des décombres, entraînés par l'eau sur la pente de la colline, creusaient des tranchées, coupaient les chemins. C'était difficile de marcher dans l'eau boueuse. Les bêtes affolées couraient devant eux. Les grêlons, gros comme des noix, perçaient la toile de leurs parapluies. 

Enfin, voici le village. Les femmes chassaient l'eau des maisons avec leurs balais. Les hommes sortaient l'eau des caves avec des seaux. Plus bas, dans la plaine vers Polagnat, on aurait dit un lac. 

Michel Robert - 12 ans-
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*  A partir de 1946, un journal sera publié pendant plusieurs années par les enfants de l'école laïque. La création de ce périodique sera rapportée en son temps.

En décembre 1895, à l'occasion d'une mission, la croix du Théron est érigée, Imbert étant curé et Nicolas maire, comme l'atteste l'inscription gravée sur le socle. Enfin, une vieille pierre tombale du cimetière nous apprend que naquit à Saint-Sandoux, le 12 septembre 1803, c'est-à-dire sous Napoléon Ier, Joseph Richard, chanoine titulaire de la cathédrale de Clermont et bienfaiteur de la paroisse, où il fut inhumé, après son décès, survenu le 15 mai 1875, sous la Troisième République.
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Le 19ème siècle fut l'âge d'or de la construction des fontaines à Saint-Sandoux.

En 1823, la fontaine du Marmelet, à la Fontille, fait à nouveau parler d'elle. Le préfet doit contraindre les propriétaires des arbres dont les racines détournent l'eau à les arracher à leurs frais.

Entre 1843 et 1850 fut construite la fontaine de l'Oradou. La date est imprécise mais l'on sait qu'elle était en service en 1850 et que le maire s'appelait Mège à l'époque de sa construction, comme le précise une inscription de son fronton. Or deux Mège furent maires de Saint-Sandoux:  Michel en  1843-1846, Antoine en 1846-1847 et 1849-1852. Oradou est un nom occitan qui signifie Oratoire. Cette fontaine serait donc probablement située à l'emplacement d'un ancien lieu sacré et la croix qui la domine pourrait être un rappel de cette origine.  Le 25 mai 1856, le conseil municipal décide de faire réparer le canal de la fontaine endommagé afin que le trop plein s'y écoule sans difficulté, le déversement à même la rue d'une eau qui gèle en hiver causant de fréquents accidents. Une bouche d'incendie sera adjointe à la fontaine en 1926.

En 1856, nouveau problème avec la fontaine du Marmelet. Des éboulements provoqués par des trombes d'eau endommagent son alimentation en eau et nécessitent plusieurs mois de travaux.

En 1875, sous l'administration du maire Martin Courtial, une fontaine en pierres de Volvic est édifiée, à l'angle de la rue de Saint-Roch et du chemin du Puy, par le maçon Paquet, comme le rappelle l'inscription portée au fronton de la construction. Son bac servira jusque après la seconde guerre mondiale de lavoir et d'abreuvoir aux animaux. La commune étant impécunieuse, ce sont les habitants du village futurs utilisateurs de la fontaine qui exécutent les travaux en prenant sur leurs prestations (survivances de la corvée). Ils effectuent les fouilles, utilisent les tuyaux en poterie déjà existants, et recouvrent les conduites depuis la source de la Cheire. L'inscription sur le bac: "JE SUIS LA PAR LA VOLONTE DES HABITANTS DU QUARTIER" rappelle l'origine citoyenne de cette fontaine.

Le 28 février 1877, le conseil municipal constate que les habitants du quartier des Fossés (probable allusion aux anciennes douves du château), le plus populeux du village, sont dépourvus d'eau et se trouvent éloignés des fontaines existantes. Ceux-ci ont effectués une souscription importante et ont demandé que les deux tiers de leurs journées de prestations soient employées aux fouilles et recouvrement des tuyaux de la conduite et au transport de la pierre. La commune n'aura ainsi à engager aucune dépense. Une réclamation voisine avait été déjà formulée, pour la construction de deux fontaines, en 1844. Cette fois, elle est prise en considération et la nouvelle fontaine à l'emplacement d'un jardin.

La fontaine des Orneufs est érigée en 1879. Orneufs signifie jardins. Là encore, ce sont les habitants du quartiers qui réaliseront les travaux. Cette fontaine, outre les divers usages habituels déjà cités, servira également à l'arrosage des nombreux jardins environnants.

Toujours en 1879, le 10 août, le conseil municipal déclare qu'il y a urgence à construire une nouvelle fontaine au Pédats, à l'angle de la Côte Léon, car la population est importante et les troupeaux ont augmenté. Les habitants du quartier ont participé à une souscription qui permet la réalisation des travaux de canalisation en échange de l'abandon de l'eau du trop-plein pour leurs usages domestiques ils ont creusé jusqu'à quatre mètres de profondeur, où ils ont trouvé l'eau et une couche de glaise. Après quoi, ils ont remis la rue en bon état.  Cette fontaine a la particularité d'être enfoncée dans une sorte de grotte peu profonde. Le mot Pédats vient du latin "peda", vestige et empreinte de pied, ce qui laisse supposer que la quartier pourrait avoir une origine gallo-romaine comme on l'a déjà remarqué plus haut. .

Le 15 mai 1881, le conseil municipal constate que l'école des garçons se trouve dépourvue d'eau, ce qui présente un inconvénient majeur pour l'instituteur qui contrôle, lors de l'entrée en classe, la propreté des mais des élèves. Celle-ci laissant souvent à désirer, il est quotidiennement amener à envoyer plusieurs d'entre eux se débarbouiller et se laver les mains à une fontaine éloignée, ce qui cause du désordre et une perte de temps pour les autres. Il est donc décidé d'élever une fontaine à l'extérieur de la cour de l'école, contre le mur qui l'enclos, avec un robinet dans la cour. Cette fontaine, en forme de grotte tapissée intérieurement de moellons apparents, est mise en eau le 15 avril 1882. Elle sera utilisée par l'école mais aussi par les habitants du voisinage.

Cette construction sera la dernière avant celle du château d'eau au siècle suivant. Cependant, des initiatives individuelles auront encore lieu pour rapprocher le précieux liquide de ses consommateurs, opération périlleuse lorsque le sol est gelé et que la fontaine est loin. C'est ainsi qu'une borne fontaine sera érigée par ma famille et leurs voisins, à leurs fais, à l'angle nord-ouest de la rue des Fontes et de la rue de la Cheire, à la fin du 19ème siècle ou au début du 20ème siècle. Devenue sans objet après les années 1950, l'eau étant désormais amenée jusqu'aux éviers des maisons, elle disparaîtra du paysage au milieu du 20ème siècle. Les fontaines dont on a rappelé plus haut la construction ne sont pas les seules qui existent sur le territoire de notre village. Il ne faut pas oublier plusieurs fontaines privées. Citons celles du château de Travers et celle dite de Sidoine, située tout en haut du village. Il existait également des fontaines réparties au milieu des champs. J'en ai connu au moins trois: une au-dessus de la route de Plauzat, en allant vers Valaison, une autre au milieu d'un bosquet de peupliers, sur le chemin du Grand Pan, et une autre encore sur la route de Saint-Saturnin, en dessous du carrefour de La Boule. Ces fontaines rendaient de grands services pour les traitements des vignobles et des vergers avant l'arrivée des tracteurs. Signalons enfin, pour en terminer avec les fontaines, que celles du Marmelet et des Pédats ont été sérieusement réduites pour élargir les voies qui les longeaient.

Vers la fin du siècle, la chapelle de Saint-Georges était toujours debout puisque le promeneur Bielawski, déjà cité, la rencontra en venant du Liodieu (Lieu-dieu), tout proche, pour se rendre à Saint-Sandoux.

Voir les photos sur les fontaines ici
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Liste des notaires de Saint-Sandoux de la Révolution au 20ème siècle d'après des papiers de famille 

Sous la Révolution, l'Empire et  la Restauration: Antoine Girard (an IX*-1821) et François Tourres (?)** 
Sous la fin de la Restauration, sous Louis Philippe: Jean Baptiste Girard (1822-1843 - en faillite en 1844) 
Sous Napoléon III: Barthélémy Jules Cohadon (1850-1867), Joseph Hippolyte Noguier (1867-1874) 
Sous la IIIème République: Joseph Hippolyte Noguier (1867-1874), Hugues Courtial (1875-1882), Francisque Bordel (1884-1909) 

On note la présence d'un autre notaire antérieurement à la Révolution, sous Louis XIV: Delachenal (1669-1672) 

La présence d'un notaire à Saint-Sandoux témoigne de l'importance du bourg et aussi du rôle joué par cette profession au moment de la constitution de la propriété paysanne favorisée par les réformes consécutives à la Révolution. Dans sa séance du 10 février 1909, le Conseil municipal de Saint-Sandoux s'opposera à la suppression de l'office notarial du village demandée par le Garde des Sceaux de l'époque, demande transmise par le Procureur de la République près le tribunal de 1ère instance de Clermont-Ferrand. Les édiles municipaux, après avoir rappelé l'ancienneté de la charge et les éminents services rendus par elle à la commune, font remarquer que la reconstitution du vignoble amènera un surcroît d'activité à l'étude. 

* 1800-1801. 
** On retrouve François Tourres dans les papiers de famille, mais pas dans les Archives du Puy-de-Dôme comme notaire à Saint-Sandoux. Peut-être ne résidait-il pas à Saint-Sandoux.

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A titre d'illustration sonore, voici une chanson très populaire de la fin du siècle, "Les Blés d'Or". Vous pouvez l'écouter en cliquant  ici  et lire son texte en cliquant  ici .
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Le livre de caisse Maugue-Lhéritier - (source: Maurice Robert)
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Le dépouillement d'un registre de caisse, tenu sous le nom de Maugue-Lhéritier, où les dépenses sont minutieusement notées jour par jour, permet de se faire une idée de la valeurs des choses, à la fin du 19ème siècle, tout en fournissant des éléments intéressants sur le mode de vie des Sandoliens à cette époque. Le salaire versé aux journaliers varie en fonction de la nature du travail, de la durée de la prestation et aussi de l'âge de celui qui la fournit, les jeunes étant payés deux fois moins que les adultes. Pour retourner la terre à la bêche, le tarif varie de 1,5 à 2,25 francs par jour pour un adulte, tombe à 1 franc pour son fils ou si le travail est interrompu par la pluie. Pour enterrer le fumier, il en coûte 2,25 francs par jour, pour arracher les arbres ou la vigne, de 1,5 à 1,75 francs; pour tailler la vigne, de 1,5 à 2,25 francs, pour l'échalasser de 2 à 2,75 francs (pour 2 francs on mentionne que la journée a duré 12 heures, de 5 heures du matin à 5 heures du soir!); pour semer le grain ou les pommes de terre, de 1,75 à 2,25 francs; pour fossoyer (biner), de 2 à 2,5 francs (2,25 quand la pluie interrompt le travail); pour boucoder (piocher), de 1,75 à 2,5 francs; pour bigoner (travailler avec un bigot, outil à deux dents?), 1,75 francs; pour faucher, 3 francs; pour lier le foin ou rentrer le fourrage de 1 à 2,5 francs; pour moissonner, 2,5 francs en général; pour battre au fléau les céréales ou les plantes fourragères (vesa), de 1,5 à 2,5 francs, voire 3 francs avec la précision qu'il s'agit de battre des gerbes; pour gauler les noix, 3 francs (2 francs si le journalier s'arrête à 3 heures); pour vendanger, de 1,75 à 2,5 francs. L'aide au pressoir se paie 0,75 à 1 franc pour une durée certainement voisine de la demie journée, et la location du pressoir s'élève de 2,75 à 3,45 francs. La fabrication du cidre est payée, selon l'année, 3,5 ou 7,5 ou 8,75 francs, sans précision de volumes ni de durées. La pesée du marc au poids de ville revient à 0,5 fr. L'eau-de-vie produite par l'alambic revient à 30 centimes le litre. Pour faire moudre deux setiers* de blé à Tallende, il en coûte 76 francs. Le journalier gagne 2,5 francs pour tirer le vin et 2 francs pour le transvaser. Les gages d'un commis payé à l'année s'élèvent à 225 francs.

* Ancienne mesure de volume remontant à l'Antiquité romaine: 1 setier romain = 54 centilitres. Mais le setier ou septier dont il s'agit ici devrait représenter 7 à 8 mesures, 8 quartons et à peu près autant de quintaux comme on le verra plus loin.

La rémunération du berger pour garder les brebis semble être payée tous les quinze jours pour une somme variable qui s'élève à 25 centimes pour progresser ensuite à 30, 45, 50, 60, 65 puis 80 centimes voire 1 fr. probablement selon le nombre de brebis confiées ou peut-être aussi parce que le versement devient moins régulier. Le cardage de la laine est payé 1,12 ou 1,7 franc, le lavage 0,75 francs et le filage 0,6 à 2,50 francs suivant la quantité. Le passage du tambour de ville, pour affermer une pièce (foudre) de 70 pots (1050 litres), coûte 10 centimes en 1892 (en 1893, le tambour de ville s'appelle Ribouleyre). La tuerie du porc revient à 1 franc. L'expédition des produits de la ferme exige un accompagnateur qui est rémunéré 25 et 50 centimes pour conduire un tonneau, 40 centimes pour un sac de pommes de terre et jusqu'à 1 franc si les tubercules sont destinés à Clermont et même 1,26 francs pour le transport d'un tonneau de 3 pots (45 litres) dans la même ville; en plus, il faut acquitter l'octroi. Le cantonnier reçoit 1 franc pour une prestation non précisée.

Les travaux des champs nécessitent l'acquisition d'outils et de produits pour protéger les récoltes. Voici quelques achats effectués: des glieus de paille de seigle pour attacher la vigne: 2 fr.; deux bondes (bouchons) pour fûts: 0,10 fr.; 100 bouchons en deux fois 50 : 0,75 et 1 fr.; deux tonneaux: 4 et 4,5 fr. ; un entonnoir: 0,4 fr.; une berte (hotte): 4 fr.; un greffoir: 1,5 fr.; une serpette: 2,5 fr.; trois paniers: 0,9 et 1,5 et 4,5 fr.; un lien de fléau: 0,3 fr.; une chaînette pour rincer les bouteilles: 0,25 fr.; un tamis: 2,3 fr.; un arrosoir: 2,2 fr.; un seau: 1,25 fr.; une paire de tenailles: 1,25 fr.; un manche de faux: 1,5 fr.; une faux: 4,25 fr.; un sabot pour bêcher: 0,75 fr.; une étrille et une brosse pour nettoyer les bêtes: 1 fr.;  une chaîne pour attacher un veau: 0,75 fr.; une petite corde: 0,75 fr.; une laisse: 0,35 fr.; une barsalle (barcelle: tombereau à deux roues) à deux vaches: 80 fr.; un banc de menuisier avec ses outils (d'occasion): 10 fr.; un vilebrequin: 1,45 fr.; 3 mèches: 1 fr.; un pinceau: 0,15 fr.; un centimètre: 0,10 fr. Une échelle, fabriquée localement par Michel Morel, pour monter dans les greniers et les fenils, revient à 1,65 francs. Suivant l'année, le sulfate coûte 32 centimes, 35 centimes ou 80 centimes la livre, mais ce n'est peut-être pas le même produit; le soufre est payé 15 centimes la livre; le vaccin (?) pour la vigne coûte 5,5 fr. le litre, la livre de vitriol 30 centimes. On se procure aussi de l'acide tartrique et de la cochenille pour 3 francs. Quant aux bouteilles qui s'achètent par dizaines, elles se vendent 3 ou 4 sous l'unité c'est-à-dire 1,5 à 2 francs les dix. Enfin, la réparation d'un barrot occasionne la sortie de 14 francs.

Une poule s'achète 3 francs, une brebis 34,5 francs, un porc à engraisser de 37 à 40 francs, à Champeix, pour se revendre, bon à tuer, 90,4 francs; une vache s'achète 200 francs, sa saillie coûte 1 franc et le veau se vend de 70,5 à 79,80 francs. Pour nourrir les bêtes, le quintal de fourrage s'échange à 2,5 francs et la coupe* de maïs à 1 franc. Qu'il s'agisse de nourriture pour le bétail ou de semences, le commerce des graines s'effectue localement ou sur les foires des villages voisins (Saint Amant et Champeix). Le setier* de blé s'échange à 25 francs et la mesure* aux alentours de 3,5 francs, ce qui laisse supposer qu'un setier équivaut à 7 à 8 mesures. Le chapre, une plante fourragère, vaut de 1,9 à 2,4 francs la mesure ou 2,1 francs le quintal, ce qui laisse supposer que la mesure est voisine du quintal; le double-décalitre de vessa, autre plante fourragère, 3,9 francs; la livre de trèfle de 0,5 à 0,75 franc. Le quintal de pommes de terre s'achète 1,5 francs; le setier d'orge 17 francs et la mesure 2,11 francs, ce qui confirme la relation setier-mesure estimée plus haut; le double-décalitre de seigle 3 francs et la coupe 60 centimes, ce qui laisse supposer que la coupe avoisine 4 litres. Quatre paquets de choux coûtent 1 franc et 1000 maillots (plants de vigne) 10 francs. Dix quintaux de marc se négocient à 2 francs le quintal.

* Le setier, la mesure, la coupe étaient des mesures de l'Ancien Régime dont la contenance variaient suivant les localités.

Les dépenses d'habillement constituent le poste le plus nombreux et le plus coûteux de la comptabilité. On achète vêtements, chapeaux et chaussures ou encore on les fait confectionner sur mesure: les petites mains ne chôment pas. Tailleurs, couturières, sabotiers, modistes, cordonniers, lavandières, repasseuses... plus ou moins improvisées ont du pain sur la planche. Voici quelques dépenses effectuées sous ce chapitre de 1892 à 1899. Le prix des chapeaux varie de 1,5 à 10 francs, un chapeau de paille coûte de 1,9 à 2,75 francs, un chapeau melon 6 francs, un chapeau de crêpe 6,5 francs; la fabrication sur mesure d'un chapeau est payée 6 francs, son rafraîchissement 1,95 francs et une épingle à chapeau vaut 10 centimes. Une casquette coûte de 1,25 à 3 francs, un bonnet de coton 45 centimes et le bonnet de nuit 1 franc,  une cravate de 1,25 à 1,5 francs, une paire de gants de 3 à 3,4 francs et leur nettoyage revient à 50 centimes. Un fichu coûte de 0,5 à 1,75 francs selon sa taille et sa qualité, un foulard 1,2 francs, une demie douzaine de mouchoirs 2,4 francs et une douzaine 4,4 francs,  une paire de bas de 0,63 à 2 francs, une paire de chaussettes de 0,65 à 0,90 francs. Une blouse est payée 5,25 ou 5,7 francs et son crochet 5 centimes, une robe 6,3 francs, une autre de satinette 6,9, une de mérinos 16,95 et enfin une autre encore 23 francs, un gilet de travail 2,4 ou 2,5 francs et un gilet du dimanche 2,75 francs, un tablier de 0,9 à 2 francs, une paire de pantalons de 6 à 9 francs et la ceinture pour la tenir 1,4 francs si elle est en caoutchouc et 1,75 francs si elle est en cuir, un corset 5 francs et son lacet 10 centimes, un corsage 3,3 francs, des jarretières 15 centimes, une chemise 5 francs, un habit 60 francs, une capote 12 francs et son rafraîchissement 4,75 francs, une basque 30 francs, un parapluie 4,75 francs et son changement de couverture 3,5 francs. Pour confectionner soi même ses vêtements ou les faire tailler sur mesure, on achète beaucoup de tissus (toile pour les draps à 1,56 francs le mètre, cretonne à 0,5 franc le mètre, percaline de 0,5 à 0,8 franc le mètre, flanelle à 0,65 le mètre ou coutil pour les pantalons, tissus pour corsage ou chemises à 0,8 franc le mètre...), beaucoup de pelotes de fil (de 10 à 20 centimes la pelote), des boutons par douzaines (de 25 centimes à 3,6 francs la douzaine), de la dentelle (60 centimes le mètre). Une paire de ciseaux est payée 1 franc et un dé à coudre 10 centimes. On achète aussi force écheveaux de laine (10 à 15 centimes l'écheveau) et de coton (5 centimes l'écheveau) ainsi que des aiguilles à tricoter (10 centimes). La façon d'un pantalon revient entre 1,75 et 2 francs, sa réparation 1,5 francs; la piqûre d'un drap est payée 20 centimes, celle d'une taie d'oreiller et de 2 cols de chemises 25 centimes, la façon d'une robe 5 francs, celle d'un corsage 40 ou 75 centimes ou encore 1,5, 1,75 ou  3,5 francs, celle d'une jacquette 4,2 francs,  la confection d'une blouse 75 centimes. La teinture d'un tricot revient à 2,5 francs, celle d'une robe 5 et 9 francs. La lessive est payée un franc; une brosse pour frotter le linge coûte 30 centimes; le savon se vend de 25 à 55 centimes, le plus souvent à 30 centimes l'unité, mais aussi au kilo (55 centimes) ou à la livre (35 à 40 centimes); une bouteille d'eau de javel est achetée 0,9 francs; pour faire la bugeade, on utilise les cendres qui se négocient entre gens du village (de 25 à 50 centimes la mesure ou 30 centimes le double décalitre) et les boules de bleu (65 centimes la demi-livre). Le repassage d'une chemise coûte 10 centimes et l'on n'oublie pas d'amidonner le col. Tous ces travaux sont effectués par des personnes du village (Mélanie Bournier, Mariette Rives, Jennie Conche...).

Une paire de pantoufles ordinaires vaut de 1,35 à 1,75 francs et 4 francs si elles sont en cuir. Une paire de sabots coûte de 1,75 à 2 francs tout compris pour un adulte et à 1,6 francs pour un enfant; si le bois est fourni au sabotier, la paire revient à  1,5 francs; si les alcoles (coulavires ou brides) sont fournies, la paire revient à 0,75 pour un enfant et à 0,25 francs pour la pose des alcoles. Une paire de galoches coûte de 1,70 à 3,9 francs pour un adulte et 1,25 francs pour un enfant. Une paire de bottines s'achète de 8,25 à 14 francs, une paire de souliers de 8 à 13 francs et de 10 à 16 francs s'ils sont fabriqué par le cordonnier sur mesure. Les réparations et ressemelages sont plus nombreux que les achats de chaussures neuves; voici quelques prix: ressemelage de bottines: de 1,5 à 2,75 fr.; ressemelage de souliers: de 2 à 5 fr.; réparation de souliers: 50 centimes; pose de patins à des souliers: 3 fr.; ressemelage de galoches: 1 fr.; remonte d'une paire de galoches: 1 et 1,05 fr.; changement d'alcoles aux sabots: 90 centimes. La boîte de cirage se paie 5 ou 10 centimes et la brosse à cirage 20 centimes.

Les dépenses alimentaires ne sont pas aussi importantes que celles de l'habillement. Les plus nombreuses concernent les postes du pain, de la fourme, de la viande et du sucre, encore sont-elles loin d'être quotidiennes. La livre de pain s'achète de  13,18 centimes à 20 centimes; le prix est d'autant plus faible que la quantité achetée est élevée; un pain blanc coûte de 15 à 25 centimes suivant le poids et la date d'achat (on croit percevoir une hausse sur la période), une miche coûte 10 centimes et une tourte de 11 livres 1,45 francs; on note la cuisson d'une pompe* au four du boulanger pour 90 centimes et le règlement de la croche au boulanger Favier pour 96,6 francs (cette croche consiste en une baguette de bois fendue en deux qui permet de tenir la comptabilité des consommations en pratiquant des entailles au couteau sur les deux moitiés rapprochées, l'une étant celle du commerçant et l'autre celle du client). La livre de fourme est payée de 60 centimes à 85 centimes; on note l'achat de seulement deux fromages pour 1,6 francs et une livre et demi de beurre également pour 1,6 francs sur la période, ce qui laisse supposer une fabrication maison de ces produits. La viande est achetée de 63 à 97 centimes la livre, probablement en fonction de la qualité; on note l'achat d'un pâté 70 centimes. Le prix du sucre varie suivant la quantité achetée, à la livre ou moins, il revient généralement à 70 centimes la livre mais on note un achat de 70 kilos pour 36 francs, ce qui le ramène à 25,7 centimes la livre. Les achats de poisson sont très peu nombreux: une boîte de sardines: 55 centimes, deux harengs: 90 centimes, une morue probablement salée: 1,2 francs. Le café est acheté avec parcimonie, à plusieurs reprises pour 25 centimes; la livre se paye 3 francs et 125 grammes 35 centimes. Le sel, en revanche, est acquis en lots importants: une demie balle** pour 7,5 francs, deux et quatre livres à 10 centimes la livre; il est possible qu'une partie soit utilisée pour saler le fourrage. Pour ce qui est des fruits frais, les achats sont très peu nombreux: cent kilos de pommes Canada pour 5 francs et le même poids de poires pour 4 francs, deux cents châtaignes pour 60 centimes, une livre de cerises pour 20 centimes, une demie livre de raisins pour 40 centimes; comme par ailleurs on note la vente de 21 kilos de pommes pour 5,05 francs ainsi que la fabrication de cidre, on peut supposer que l'achat de pommes et poires bon marché en grande quantité concerne des fruits de basse qualité promis au pressoir. Les seuls fruits exotiques frais achetés sont des oranges qui se vendent à l'unité de 5 à 15 centimes pièce suivant l'époque; on se contente souvent de l'achat d'une seule orange. Pour ce qui concerne les fruits secs et la confiture, on trouve les achats suivants:  un kilo de fruits confits pour 4 francs, 500 grammes de pruneaux pour 25 centimes, deux livres de figues et de pruneaux pour 80 centimes, une livre de figues pour 20 centimes et une autre pour 50 centimes, deux livres de confiture pour 1,4 franc; il semble que le prix des fruits exotiques (oranges et figues) ait augmenté sensiblement entre 1892 et 1899. La même remarque vaut pour le chocolat dont la demi-livre (ou 500 grammes?***) est payée de 80 à 95 centimes et la tablette de 10 à 20 centimes suivant la date. Voici quelques autres achats au caractère anecdotique: un demi litre de vinaigre blanc pour 20 centimes, un pot de moutarde pour 75 centimes, une salade pour 5 centimes, un kilo de haricot pour 1 franc, du riz en plusieurs fois à raison de 15 à 27,5 centimes la livre, des macaronis (2 achats) à 20 centimes la demi-livre, une livre de miel pour 80 centimes, une demi-livre de biscuits pour 90 centimes, une bouteille de limonade et un petit verre pour 60 centimes, 17 bouteilles de bon vin pour 5,1 franc et enfin pour un sou de cannelle!
 
* La pompe est une tarte aux pommes en forme de chausson traditionnelle en Auvergne.
** La balle était une unité de mesure de l'Ancien Régime pour le sel.
*** Les montants et les quantités relevés pour le chocolat paraissent incohérents.
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Des timbres à 15 centimes
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Voici maintenant quelques dépenses domestiques effectuées au cours de la période. Achats d'une serrure (3 fr.) et d'un cadenas pour une malle (30 centimes), d'un couvre-pieds (12,5 fr.), d'une chaise double (10 fr.), d'une canne (1,95 fr.),  de trois pots de fleurs (90 centimes), d'une cuvette (45 centimes),  de deux cuillères ( 9,5 fr.), d'un tire-bouchon (25 centimes), de dix petits verres en 2 fois (1,5 fr. soit 15 centimes pièce), d'une éponge (10 centimes), d'un bocal (61 centimes), d'une soupière (40 centimes), d'une passoire et d'un couvercle de casserole (25 centimes), d'une cassette* en terre (45 centimes), d'un baquet (50 centimes), de quatre balais en plusieurs fois (1,95 fr. le prix des balais variant de 20 à 60 centimes). Papeterie: trois carnets en plusieurs fois à raison de 2,25 francs pièce, une feuille de papier à écrire (5 centimes), cent cartes de visites (2 fr.), cent enveloppes (1 fr.), timbres à 15 centimes, sauf un à 10 centimes. Éclairage: deux demies douzaines d'allumettes à 20 centimes la demie douzaine, des bougies à raison de 15 à 20 centimes la bougie, de l'essence à raison de 40 à 50 centimes le litre et à 1 franc le bidon, une lanterne pour 2 francs. Produits pharmaceutiques et assimilés: deux boîtes de pommade à 10 centimes la boîte, une demi-livre de farine de lin** à 20 centimes, une purge pour enfant à 30 centimes, la confection d'une bouteille de quinquina (1,5 fr.), une bouteille de vin Durant (?) à 4,5 francs, de la pâte à rasoir pour 60 centimes, une savonnette à 25 centimes. Divers: une boîte de tripolie (sans doute un produit d'entretien?): 10 centimes; 6 livres de régras (?): 4,5 francs.

* La cassette était une sorte de terrine pour faire cailler le lait ou faire cuire les pommes boulangères.
** On utilisait la farine de lin comme laxatif et pour la fabrication de cataplasmes.

Le propriétaire du registre étant pieux, il acquitte chaque année un droit de 2 à 3,25 francs pour l'obtention d'une place régulière à l'église. Suivant son humeur, et sans doute aussi le contenu de son porte-monnaie, ses offrandes au curé varient de 5 à 20 centimes; il consent un don de 15 centimes pour l'entretien de la chapelle (Notre-Dame des Prés ou Notre-Dame du Bon Secours?)  Il fait prononcer un office (obit) pour le repos de l'âme de son père à l'anniversaire de son décès pour une somme de 1 à 3 francs. Il achète un chapelet (70 centimes) et un livre de cantiques (5 centimes).

Les dépenses d'agréments ne sont pas omises. Notre homme fume; il s'achète une tabatière (65 centimes), le plus souvent du tabac à rouler (10 centimes), quelquefois des cigarettes (30 centimes le paquet) et même des cigares (9 à 10 centimes pièce). Il lui arrive de prendre un verre ou deux au bistrot (25 centimes le verre) ou de siroter un café à Champeix (35 centimes); il achète même pour 2 francs de bière de conservation. Il fête comme il se doit l'année nouvelle (dépense de 1,15 à 1,4 francs suivant l'année) et achète même un jeu de dominos sans doute pour l'offrir comme étrennes (95 centimes). La fête du village est l'occasion de nouvelles agapes (coût de 2,5 à 2,75 francs) sans compter les dons aux conscrits (50 centimes ou 1 franc suivant l'année). Il participe au banquet du 14 juillet (75 centimes). Il est abonné au journal (1,5 francs) et l'achète parfois aussi à l'unité (5 centimes). Il se procure l'almanach annuel (20 à 50 centimes). Il lui arrive de tenter sa chance en achetant un billet de loterie (30 centimes). Ses proches ne sont pas oubliés, comme le montre l'achat de broches (de 25 à 35 centimes); les bijoux doivent être entretenus: réparation d'une broche en or (1 fr.), réparation d'une montre (3 fr.),  réparation d'une chaîne de montre et d'un bracelet (7 fr.), pose d'un verre de montre (50 centimes), achat d'un boîtier de montre (50 centimes), décrassage d'une montre (3,5 fr.). A Saint-Sandoux, les occasions d'aller au spectacle sont sans doute rares. Mais notre homme se rend dans les foires à Saint-Amant et Champeix ainsi qu'une fois par an à Clermont où une jeune fille de la famille, Éléonore, a été confiée aux soeurs de la Providence moyennant une pension trimestrielle de 45 francs. Ces déplacements durent plus d'une journée et obligent à prendre les repas à l'extérieur; à Saint-Amant, on déjeune pour 1 franc, ailleurs la somme peut être plus élevée (1,5 fr.). Le déplacement à Clermont dure plus longtemps et il est plus dispendieux; il faut compter au moins 3 francs et parfois jusqu'à 7 ou 7,5 francs; en 1898, il se prolonge pendant 28 jours et coûte 50 francs! Et on en profite peut-être pour se rendre au théâtre (40 centimes), au cirque (3 fr.) et à la ménagerie (1,5 fr.).

Au cours de la période sous revue, des travaux d'entretien et d'amélioration des bâtiments sont entrepris. Voici les prix consignés sur le registre: trois quarts de chaux pour 9 francs, 300 tuiles pour 9 francs également, trois toises de planches pour 14,25 francs (mais un peu plus tard, en compensation, quatre toises seront vendues pour 20 francs), deux sacs de ciment pour 4,5 francs, deux paires de buses (tuyaux), une paire pour 15 centimes et l'autre pour 20 centimes, 4 mètres de rideaux pour 4,25 francs. Pour la réalisation d'un balcon, probablement en fer forgé, les sommes de 8 et 3,5 francs sont versées à deux artisans dont le forgeron du village, Léon Mallet. Les constructions et terrains sont sources de revenus (55 francs par an pour un bâtiment, 32,5 francs pour une grange aux Pedats, 6,65 francs pour une bâtisse, 5 francs pour un jardin aux Chartres...). Mais leur possession entraîne des frais, l'assurance d'abord (22,15 francs), des contentieux (2,9 francs de frais de justice), des frais de papiers timbrés (0,6 et 1,2 fr.) et de notaire (3,5 francs). Un vigne est achetée à Conro pour 100 francs. La vente de noyers, dont le bois est apprécié, rapporte de l'argent (18 francs pour l'un et 200 francs pour huit autres).

Quelles conclusions tirer de ce survol? Le travail est encore très largement manuel, on l'a déjà dit.  Les échanges avec l'extérieur ne sont pas négligeables mais l'essentiel s'effectue à l'intérieur du village où l'on utilise les produits locaux (laine, cendres pour la lessive) et où les artisans ne chôment pas. La monarchie de juillet a rendu l'emploi du système métrique obligatoire, mais les habitudes ne se perdent pas si vite et l'on continue à utiliser les unités de mesures en vigueur sous l'Ancien Régime, lesquelles présentent l'inconvénient d'être différentes d'un lieu à l'autre, inconvénient mineur tant que le commerce demeure cantonné. Les prix fluctuent mais aucune tendance inflationniste n'est perceptible sur la période, à preuve le timbre poste qui demeure imperturbablement fixé à 15 centimes, même si les produits exotiques (oranges, figues, chocolat), et peut-être aussi le pain, semblent augmenter. Le franc germinal est solide et il faudra attendre la première guerre mondiale pour le voir défaillir. En mettant la journée de travail à 2 francs, une journée permet à un ouvrier agricole de se procurer environ 8 kilos de pain, 4 à 5 kilos de riz, 2,5 kilos de macaronis, 1 kilo et quart de viande, un peu plus de 2 harengs, entre 3 et 4 boîtes de sardines, moins de 2 morues salées, 2,5 fromages, entre 1 kilo et 1 kilo et demi de fourme, 1 kilo et demi de sucre au détail, 330 grammes de café, entre 2 et 3 pots de moutarde, 10 bouteilles de vinaigre blanc, 8 kilos de pommes au couteau, 5 kilos de cerises, 1 kilo et quart de raisins, une vingtaine d'oranges, 4 kilos de pruneaux, entre 2 et 3 kilos de figues sèches, 500 grammes de fruits confits, entre 6 et 7 bouteilles de bon vin, entre 6 et 7 paquets de cigarettes, 20 cigares, 4 litres d'essence, 11 bougies, 8 savonnettes, une paire de sabots et il lui faut travailler au moins trois jours pour se procurer une paire de pantalons et au moins quatre jours pour se payer une paire de souliers.

Sources écrites

Biélawski (J.-B.-M.) : Récits d'un touriste auvergnat - Illustrations de Louis Bouton - Issoire: Claudius Gaffard - Fin 19ème siècle
 



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