Chronologie de l'histoire du Sinkiang
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Cette page a été compilée en consultant plusieurs sources pour me forger une opinion personnelle (dont l'article de Rémi Castets: "Opposition politique, nationalisme et islam chez les Ouïghours du Xinjiang", publié dans le N° 110 d'octobre 2004 des É t u d e s d u C E R I ). Toutes ces sources ne sont sans doute pas fiables à cent pour cent; il n'est évidemment pas possible d'en vérifier l'exactitude. On doit donc considérer cette chronologie comme un instrument de travail destiné à fournir des repères et rien de plus. De plus, comme j'ai eu souvent recours à des documents chinois, les noms de lieux peuvent être différents de ceux qui sont habituellement utilisés dans la littérature occidentale; afin d'éviter les confusions, chaque fois que cela a été possible, j'ai fait figurer une appellation alternative entre parenthèse.  

Mes plus vifs remerciements vont à Serge Papillon qui a bien voulu me fournir de précieux renseignements notamment sur les Tokhariens et la période pré islamique. Les personnes intéressées par le sujet auront avantage à consulter les textes qu'il a rédigés et qui figurent sur Internet (en particulier  ici  et  ici ). 

Une carte des sites archéologiques du Sinkiang, en connexion avec les Routes de la Soie, est  ici 

Enfin, le blog d'une étudiante ouïgoure en France est  ici 



Préhistoire 

-18000: des traces révèlent une présence humaine au Sinkiang à l'époque paléolithique. L'arc et la flèche sont introduits en Chine; des pointes de silex améliorent la force de pénétration des armes de jet. 

-8000: apparition d'une industrie de la pierre de type Asie orientale (néolithique). La culture de Gobi, qui s'étend de la Mandchourie au Sinkiang, est caractérisée par ses outils de pierre taillée microlithiques et sa poterie brune, grossière, à motifs géométriques incisés. 
 

Le peuplement indo-européen (âge du bronze) 

-2000: cimetière du royaume tokharien de Qäwrighul près du Lop Nor (tombes entourées de pieux et comportant des statuettes féminines); Qäwrighul est le nom turc donné à ce cimetière. Les Tokhariens sont des Indo-Européens provenant peut-être du nord de la Mer Noire (peuples de la culture des kourganes ou des tumulus) via la Sibérie méridionale; ils sont, dès cette époque, établis dans l'oasis de Loulan. Quelques auteurs pensent qu'ils pourraient être d'origine celte, mais cette hypothèse n'est pas vérifiée*; Tokhariens et Celtes sont des peuples distincts apparentés par la langue et la culture en raison de leur appartenance commune à la famille indo-européenne; ils ont de plus la caractéristique d'avoir conservé des classes de prêtres qui auraient pu jouer un rôle de gardiens des traditions. Les Tokhariens adorent le soleil et vénèrent la couleur blanche, qui est aussi pour eux celle du ciel. 

* Cependant, on a trouvé, dans des sépultures tokhariennes, des tissus dont les dessins et la technique de tissage évoquent les tartans écossais.  

On ignore s'il existait, dès cette époque, des entités politiques que l'on pourrait désigner sous le nom de "royaumes". Les Indo-Européens connaissaient originellement une division en tribus et clans. Les chefs avaient un pouvoir plutôt symbolique. Certains auteurs (comme Bernard Sergent) pensent que les ancêtres des Grecs et des Tokhariens ont pu hériter d'une conception non indo-européenne du roi. Guerriers, les Tokhariens auraient procédé à de fréquentes incursions dans la Chine des Shang, à qui ils auraient apporté non seulement le char de guerre mais aussi des éléments de leur mythologie. 

La culture Agaersheng, apparentée à celle d'Andeluonuowo (Andronovo?), laisse de nombreux objets en bronze au nord-ouest du Sinkiang (préfecture Ili Kazakh). La culture Andronovo serait d'origine indo-européenne (peut-être iranienne). 

-1800: date des plus anciens vestiges d'objets en bois découverts au Sinkiang. 

La seconde moitié du 2ème millénaire et la première moitié du 1er millénaire est la période de gloire des Quanrong (Rong-chiens), barbares occidentaux du bassin du Tarim, redoutables guerriers et grands éleveurs d'animaux, à peau blanche, probablement des Tokhariens ancêtres des Koutchéens. Leur expansion a sans doute été permise par l'adoption du char de guerre. Les Quanrong seraient issus d'un chien blanc hermaphrodite, ou d'un couple de chiens de même couleur. 

-1000: apparition du royaume tokharien du Kroraina sur le même territoire que celui de Qäwrighul? La date de fondation de ce royaume est cependant imprécise, le premier document attestant son existence remontant à l'an -176 (voir ci-après). 

Durant la première moitié du 1er millénaire, les Saces, d'origine iranienne, s'installent à l'ouest du bassin du Tarim. On les trouve notamment à Khotan et à Kashgar. Il n'auront de cesse d'influencer les Tokhariens, comme le montre le vocabulaire iranien emprunté par le tokharien durant plus d'un millénaire. 

L'oasis de Niya, dans le désert du Taklamakan, est un centre commercial actif, probablement lui aussi peuplé d'une tribu d'origine indo-européenne. 

Les Quanrong (Rong-chiens) sont attaqués par le roi chinois Mu (dynastie Zhou) qui ramène 5 rois prisonniers (les Quanrong n'étaient pas unifiés). Parmi les trophées rapportés par le roi Mu figurent également quatre loups et quatre cerfs, tous ces animaux étant blancs. 

-800: apparition de la poterie noire au Sinkiang. 

Vers cette époque, des Tokhariens auraient pu émigrer en direction de la Chine du Sud. Au Yunnan, une ethnie, celle des Baï, aime la couleur blanche, considérée comme noble; les Baï appellent leur ancêtre le roi blanc; le mot baï signifie blanc; leur langue est la langue blanche; la couleur blanche domine dans leur habillement, allié au rouge dans le vêtement féminin traditionnel. Le chien joue, en outre, un rôle très important dans la mythologie d'une autre ethnie de la même région, celle des Lisu.  

-500: Djoumboulak Koum se trouve à l'ouest du désert du Taklamakan, sur un delta asséché de la rivière Keriya, c'est-à-dire à l'endroit où cette rivière se divise et se perd dans les sables. C'est sur ce site que, pour la première fois, ont été mis à jour plus que des cimetières: une imposante forteresse, des habitations, un système d'irrigation... Ces vestiges témoignent que des États dotés d'une administration étaient déjà constitués à cette époque. Aucun document écrit n'y a cependant été découvert (voir ci-après). 

-327: Alexandre le Grand pénètre en Asie. La civilisation grecque entre en contact avec la civilisation chinoise à proximité de ce qui sera le Sinkiang. Les Grecs appellent les Chinois des Seres d'où le nom donné à la région: la Sérinde de Seres (Chinois) et Inde. Plusieurs vestiges découverts en Chine témoignent d'une influence grecque, en peinture, en architecture et en sculpture; les guerriers de Xian, d'une facture différente de la statuaire chinoise antique, auraient ainsi pu être inspirés de l'art grec. 

-300: un bol gravé de mystérieux caractères accompagne "l'Homme d'Or" d'Issik dans sa sépulture, à 50 km à l'est d'Almaty. On y a vu du sace écrit avec une écriture d'origine indienne, la kharoshthi. 

Y a-t-il déjà des bouddhistes dans le bassin du Tarim? Selon une curieuse "légende" racontée par Xuan Zang, le royaume de Khotan aurait été fondé par des Indiens déportés par l'empereur Asoka (un propagateur du bouddhisme). Les plus anciennes maisons de Niya, non loin de Khotan, semblent avoir été influencées par l'architecture indienne archaïque, ce qui laisse supposer que cette "légende" n'est pas totalement dépourvue de fondement.  

-250 (environ): les Yuezhi, des Indo-Européens, parlant des langues tokhariennes, sont établis sur une zone qui va de l'Ouzbékistan actuel à l'ouest du Gansu (Dunhuang) en passant par le bassin du Tarim. Les Dingling nomades vivent au nord des Montagnes Célestes (Tian Shan) et le long des fleuves Selenga et Orkhan, sur les steppes mongoles. 
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Voici une liste des complexes culturels de l'âge du bronze au Sinkiang (Xinjiang). Elle a été établie par Zhang Zhimin, un archéologue de l'Académie des Sciences Sociales de Pékin (Beijing). Il n'a pas mentionné le site d'Agaersheng peut-être parce qu'il ne peut pas être rattaché à une culture du Sinkiang. Cette liste m'a aimablement été communiquée par Serge Papillon.  

1. La partie orientale du bassin du Tarim, est représentée par le cimetière de Qäwrighul et celui, plus récent, de la rivière Töwän. Cette culture s'étend presque sur les deux millénaires avant notre ère.  

2. Le bassin de Hami, avec les cimetières de Yanbulaq et de Qaradöwä (de -1750 à -750).  

3. Le bassin de Turfan, avec les cimetières du lac Ayding, de Subeshi ou de Yanghe (de -1300 à -300).  

4. Le bassin de Karashahr, avec les cimetières de Chawrighul ou de Chong Bagh (Luntai) (de -1200 au début de notre ère).  

5. Les vallées moyennes des Tian Shan, avec les cimetières d'Alwighul et d'Yewirghul près d'Ürümqi, (de -700 au début de notre ère).  

6. La région du Barköl, avec les sites de Tört Erik ou de Penjighul  (de -1500 au début de notre ère).  

7. La culture de Keremchi au nord de la Dzoungarie (non datée).  

8. La vallée de l'Ili, avec les cimetière de Shota, de Sodunbulaq ou de Qaratöpä. Large gamme d'armes et de vaisselle en bronze (de -200 au début de notre ère et correspondant donc à l'époque sace).  

9. Les contreforts des Pamirs, avec le cimetière de Shambabay et le site d'Aqtala (environ -500).  

10. Les contreforts des Kunlun, avec le cimetière de Sampul (de -1000 au début de notre ère).  

Toutes les dates sont très imprécises, la marge d'erreur des méthodes de datation atteignant souvent quatre siècles.

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Première tentative de colonisation chinoise en réaction contre les Xiongnu: les tutian 

-200: les Xiongnu commencent à dominer les steppes d'Asie centrale. Le rattachement ethnique de ce peuple a suscité plusieurs hypothèses et reste encore flou aujourd'hui. Les Xiongnu pourraient être apparentés soit aux Turcs, soit aux Mongols, ou encore aux Ostiaks ou aux Kets de Sibérie. Certains y voient aussi les ancêtres des Huns et des Khirgizes. Les Xiongnu étaient des nomades à demi-sédentaires qui pratiquaient un peu de cultures, outre l'élevage, et paraissent avoir commercé avec les peuples voisins, comme le montrent les objets trouvés dans leurs sépultures. 

-176: le Kroraina est cité dans une lettre envoyée en Chine par le shanyu Modu. Il est ainsi le royaume du bassin du Tarim dont l'existence est la plus anciennement attestée. Sous la dynastie chinoise des Han, ce royaume portera le nom de Loulan et, dans les annales des Han antérieurs, sa capitale sera appelée Wuni. 
 
-150 (environ): reflux des Indo-Européens; des Yuezhi, vaincus par les Xiongnu, émigrent vers le sud et l'ouest, notamment dans le nord de l'Afghanistan; ils fonderont plus tard l'empire kouchan, en Bactriane et en Inde du Nord, tandis que d'autres Yuezhi créeront le royaume d'Agni, au nord du bassin du Tarim. Les Xiongnu dominent le bassin du Tarim. La Chine ne va pas tarder à contester leur puissance menaçante. 
  
Fondation de la ville de Jiaohe par les Gushi dans le bassin de Turfan.  

Sous les Han de l'ouest: apparition de charrues en fer au Sinkiang. 

-139: l'empereur Han Wudi envoie son émissaire Zhang Qian négocier une alliance avec les Yuezhi pour combattre les Xiongnu. Le royaume du Gushi est cité dans la correspondance de Zhang Qian, ce qui atteste son existence à cette date. 

-108: Jiaohe devient la capitale des Gushi. 

-104: le général chinois Li Guangli attaque Da Wan dans le bassin du Ferghana (Asie centrale). 

Les expéditions de Zhang Qian et de Li Guangli marquent un tournant dans l'histoire du bassin du Tarim. Cette région entre dans l'orbite chinoise et les textes chinois commencent à parler d'elle. On apprend qu'elle est divisée en un certain nombre de royaumes dont les dates de fondation sont le plus souvent inconnues. Le plus peuplé et le plus puissant est le royaume tokharien de Koutcha (Kuqa). Parmi ses vassaux, il y a des Saces de la région de Tumshuq. Vient ensuite le royaume d'Agni, apparemment créé au 2ème siècle avant notre ère par des Yuezhi. Dans la région du Lop Nor, se trouve le Kroraina, une puissance régionale tokharienne, dont le nom, prononcé à la manière chinoise, est devenu Loulan; ce royaume semble avoir été composé de sédentaires et de nomades.  

-100: le bassin du Tarim est divisé en petits royaumes jouissant d'une technologie relativement évoluée: irrigation, fonte du fer... On remarquera que le caractère désertique de la région et le morcellement des lieux habitables en oasis séparées les unes des autres expliquent en grande partie la multiplicité des États. Certains de ces petits États nouent des relations avec la Chine pour renforcer leur puissance vis-à-vis des autres.  

-86 à -74: règne de l'empereur chinois Shao qui fonde la première colonie chinoise à Luntai, entre Koutcha et Karashahr. C'est le début d'une tentative de colonisation militaire chinoise (les tuntian) qui finira par échouer, mais sera reprise ultérieurement.  

-77: les Chinois placent à la tête du Kroraina (Loulan) un roi qui leur est soumis et baptisent son royaume le Shanshan. 

-68: la colonie du Quli, près de Koutcha, est dirigée par Zheng Ji; ce dernier attaque le royaume du Gushi pour en chasser les Xiongnu; il prend d'assaut Jiahoe. 

-62: fondation de la colonie de Liurong, près de Turfan (Turpan); selon certains auteurs chinois, des soldats rescapés de l'expédition de Li Guangli seraient à l'origine de la création de cette colonie qui deviendra ultérieurement Gaochang.  

-60: le Jushi (ou Gushi) se divise en Jushi antérieur, dans le bassin de Turfan, Jushi postérieur et six petits royaumes. Ces petits royaumes, comme le Jushi postérieur, étaient nomades et situés en Dzoungarie méridionale. Ils ne comportaient qu'une dizaine de milliers d'habitants. Tant qu'ils existèrent, les Jushi rassemblèrent des sédentaires du bassin de Turfan et des nomades vivant de l'autre côté des "Bodg Uul" ("Monts Divins" en mongol). S'agissait-il de peuples différents unis sous une même autorité? On n'en sait rien. Les termes Gushi et Jushi sont deux transcriptions chinoises d'un même mot étranger, la première étant plus ancienne que la seconde. 

-59: Zheng Ji, qui a expulsé les Xiongnu du bassin du Tarim, se voit attribuer le nom de "Protecteur général des régions occidentales". Il s'installe à Wulei, à l'est de Koutcha. La domination chinoise est, pour un temps, solidement établie dans la région. 

-48: la colonie de Liurong est réorganisée; son siège est appelé Gaochangbi, le "Mur de la Grande Prospérité". 

9 à 24: l'usurpation de Wang Mang (voir l'histoire de Chine) attise les velléités d'indépendance dans la région.  

13: les Agnéens tuent le Protecteur général Dan Qin. Le nouveau Protecteur général, Li Chong, vaincu par les Agnéens, se réfugie chez les Koutchéens. Rappelons qu'Agnéens et Koutchéens sont des Tokhariens. 

Les Xiongnu reprennent possession du bassin du Tarim, sauf de Yarkand, qui leur résiste. Son roi Yan a deux fils, Kang (18-34), et Xian (34-61), auxquels il a fait jurer de rester fidèle à la Chine. 

41: Xian, fils de Yan, demande à l'empereur de Chine la nomination d'un Protecteur général; il postule à ce poste. L'empereur Guangwu accède à sa requête, mais le gouverneur de Dunhuang, Pei Zuan, le fait changer d'avis, estimant qu'une telle charge ne peut pas être confiée à un Barbare. Ulcéré, Xian, avec la puissante armée qu'il a utilisée pour contrer les Xiongnu, s'emploie à dominer tout le bassin du Tarim. C'est l'époque de l'hégémonie de Yarkand; elle durera 15 ans pendant lesquels Xian nommera, destituera ou assassinera les souverains à sa guise. Les Koutchéens et les Agnéens se placent alors sous la protection des Xiongnu. 

61: Xian est capturé par Guangde, roi de Khotan, grâce à la complicité de hauts dignitaires de Yarkand "excédés par son arrogance et sa cruauté". Il est exécuté un an plus tard. 

59-76: l'oasis de Niya, devenu le royaume jingjue, est passé sous la domination du royaume de Shanshan (Loulan). 

65: première apparition du bouddhisme en Chine orientale, très probablement venu en passant par le bassin du Tarim. 

73-94: le général chinois Ban Chao (32-102) s'empare du bassin du Tarim et des oasis de Sérinde sur les Xiongnu. Les Han postérieurs n'ont, jusqu'alors, pas eu les moyens d'intervenir. Ils s'y décident sous l'empereur Ming (58-75), excédés par les razzias que les Xiongnu effectuent au Gansu avec leurs vassaux tokhariens. 

74: début des conquêtes de Ban Chao. 

75: les Agnéens tuent le Protecteur général Chen Mu, nouvellement nommé, et massacrent en même temps 2000 soldats et officiers chinois. 

78: création, par Kujula Kadphisès, du puissant royaume des Guishang (Kouchans ou Kouchanes, Yuezhi de Bactriane apparentés aux Tokhariens). 

91: la résistance des Koutchéens est définitivement vaincue par Ban Chao. 

94: c'est au tour des Agnéens de succomber; ils ont résisté plus longtemps que les Koutchéens en raison de la configuration du territoire qu'ils occupent; l'Agni, protégé par les montagnes, est une forteresse naturelle difficile à conquérir. Ban Chao venge Chen Mu en exécutant le roi des Agnéens à l'endroit même où celui-ci a tué le Protecteur général; il massacre 5000 Agnéens et livre le pays au pillage. 

102: retour de Ban Chao en Chine; ses conquêtes sont remises en cause. Les Han vont s'efforcer avec beaucoup de difficultés de maintenir dans la région une présence chinoise. 

114 (environ): le roi de Kashgar exile son oncle maternel, Chen Pan, chez les Kouchan (Kouchanes). 

124: Ban Yong, fils de Ban Chao, reprend le flambeau de son père et obtient la soumission des Koutchéens. 

127: soumission des Agnéens à Ban Yong. 

130: soumission de Kashgar à Ban Yong.  

170: les Chinois s'appuyent sur les Koutchéens, les Agnéens et les Turfanais pour tenter une nouvelle intervention dans la région. Ce sera la dernière, la présence des Han s'estompe ensuite mais elle perdure néanmoins dans certains endroits, comme il sera vu plus loin. 
 

Regain de la civilisation indo-européenne et expansion du bouddhisme 

150 (environ): après la mort du souverain de Kashgar, les Kouchanes interviennent pour placer sur le trône son oncle maternel exilé chez eux, Chen Pan, a une date  qui reste imprécise; Kashgar va devenir un royaume puissant et le bouddhisme va se propager.  

La date d'arrivée du bouddhisme dans le bassin du Tarim est inconnue; les plus anciens sanctuaires bouddhiques connus sont datés de 200 à 250; ils sont situés au sud du bassin; il est probable que cette religion est apparue beaucoup plus tôt puisqu'elle est notée en Chine orientale dès 65. La conversion des Tokhariens au bouddhisme n'aurait pas suivi celle de leur classe sacerdotale mais ce serait au contraire effectuée contre elle; les anciens prêtres ont en effet subsisté jusqu'à l'extinction de ce peuple. Il est donc probable que cette conversion s'est étalée sur plusieurs siècles. 

Au début de notre ère, le bouddhisme est enseigné en gandhari, un prâkrit (sanskrit vulgaire) de la région du Gandhara, au nord-ouest de l'Inde. Cette langue, notée avec l'écriture kharoshthi, a aussi connu un usage administratif. Sur le territoire du Kroraina (Shanshan), on a trouvé des documents qui livrent des renseignements inestimables sur la civilisation de ce pays. Ils sont datés de 250 à 350 environ. La plupart d'entre eux proviennent d'une oasis située au nord de Niya, siège d'un petit royaume appelé le Chadota dans ces documents; ce royaume correspondrait au Jingjue des textes chinois, annexé par le Kroraina (Shanshan). 

224: la Chine est toujours présente à Turfan qui dépend du royaume des Wei (220-265). Le royaume tokharien de Kuqa (Koutcha), le Kroraina (Shanshan) et Khotan payent un tribut aux Wei. 

265: Turfan passe sous l'influence des Jin de l'ouest (265-316). 

285: Le roi de Koutcha envoie son fils à la cour des Jin de l'ouest. 

300: Le royaume de Kuqa (Koutcha) a été converti au bouddhisme (petit véhicule), probablement sous l'influence de Khotan; Le bouddhisme y est déjà florissant; des divinités de l'ancien panthéon ont été intégrées à la nouvelle religion. Les influences grecques, persanes, indiennes et chinoises se combinent pour donner naissance à l'art sérindien qui trouvera son aboutissement dans l'art des grottes. Selon les archéologues chinois, le sanctuaire rupestre de Kyzyl a été fondé à cette date. 

Vers la même époque, le roi de Koutcha est vaincu par Hui, roi des Agnéens. Hui s'installe chez les Koutchéens et envoie son fils Xi régner sur l'Agni. Hui, qui a l'étoffe d'un grand conquérant, s'efforce de dominer le bassin du Tarim, mais il est assassiné par un noble koutchéen. Son fils Xi règne sur l'Agni au moins jusqu'en 345. 

314: la famille chinoise des Zhang fonde le royaume des Liang antérieurs au Gansu. 

327: création du comté de Gaochang par Zhang Jun (Zhang Zhun, 324-345), de la dynastie  chinoise des Liang antérieurs (Période des Seize Royaumes). 

345: Xi, roi des Agnéens, se soumet aux Liang antérieurs. 

357-385: règne de Fu Jian, de la dynastie chinoise des Qin du sud, qui annexe le royaume des Liang antérieurs. 

381: les rois du Kroraina (Shanshan) et de Turfan (Turpan) se rendent auprès de Fu Jian. 

383: une armée chinoise, commandée par le général Lü Guang, est envoyée par Fu Jian au royaume d'Agni; elle y pénètre sans combat. Le Koutcha est pris par la force et Lü Guang fait prisonnier l'un de ses plus illustres moines, Kumarâjîva; il le traite sans égards, l'obligeant même à avoir des relations sexuelles avec une princesse koutchéenne! Il l'emmène ensuite au Gansu, où il le garde jusqu'en 401. Puis, Kumarâjîva est convoqué à Chang'an par les Qin antérieurs, où il effectue un très important travail de traduction de textes bouddhiques, jusqu'à sa mort en 413. 

397: des Xiongnu, de la famille Ju Qu, créent le royaume des Liang postérieurs au Gansu. Ju Qu Mensum (363-433), souverain bouddhiste conquérant, soumet Turfan et Kuqa (Koutcha). 

400: l'oasis de Niya est définitivement abandonnée.  

Un voyageur chinois, Zhimeng, qui passe par Kuqa, s'émerveille de la richesse de ce petit royaume du Tarim où les pavillons sont décorés d'or et d'argent; une sorte de jade rouge provenant de ce royaume est alors très prisé en Chine. 

Le sanskrit, noté avec une écriture appelée la brahmi, va supplanter le gandhari. Les Saces et des Tokhariens utiliseront cette écriture, avec quelques modifications, pour noter leurs langues. 

Les futurs Ouïgours s'appellent alors Tieli. Les Tieli sont un peuple ancien du nord de la Chine d'origine turque. Les sources littéraires et historiques laissent supposer que leurs ancêtres sont les Dingling, peuple nomade qui vivait avant l'ère chrétienne sur les steppes mongoles, comme on l'a dit plus haut. 

441: Ju Qu Shi (Juqu Wuhui), de la dynastie des Liang du nord, vaincu par les Wei du nord, s'enfuit au Kroraina avec 10000 familles. 

442: Ju Qu Shi s'installe avec son peuple à Gaochang. Le petit royaume de Gaochang voit le jour; il s'affrontera à Jiaohe où règne encore le roi de Turfan. 

445: les Wei du nord imposent leur autorité au Kroraina (Shanshan). Quelques années plus tard, ils envoient le général Wan Dugui à Koutcha. Mais la soumission du bassin du Tarim reste tout de même très lâche. 

448: le roi de Turfan est renversé par Juqu Anzhou, un frère de Juqu Wuhui (Ju Qu Shi). Jiaohe tombe sous la domination de Gaochang. Mais Juqu Anzhou est tué par les Avars (Ruanruan ou Rou Ran). 

460: Les Rou Ran imposent le Chinois Kan Bo Zhou comme roi de Gaochang. Ce dernier devient le vassal de son protecteur. Une période agitée s'en suit marquée par une succession rapide de plusieurs monarques. 

477: Kan Bo Zhou tombe sous les coups des Gaoju Dingling, ennemis des Ruanruan. 
 

Entrée en scène des peuplades turques 

Fin du 5ème siècle: arrivée dans la région de peuplades turques (Gaoche, Tujue ou Turcs bleus de Mongolie...)  qui se font mutuellement la guerre. On fait l'hypothèse que les Xiongnu n'étaient pas d'origine turque, puisque ce point est controversé (voir ci-dessus), autrement les Turcs devraient être considérés comme étant dans la région depuis longtemps. 

Loulan est désertée. 

497: le pouvoir à Gaochang échoie à un général chinois du Gansu, Qu Jia, qui doit bientôt s'enfuir. 

502: Qu Jia, de retour, fonde une dynastie qui durera jusqu'en 640. 

Quatre royaumes se côtoient dans le bassin de Turfan, dont celui des Qu (Gaochang) qui est inféodé tour à tour à ses voisins les plus puissants. 

522: le bassin de Turfan tombe aux mains des Hephtalites, ou Huns blancs, des nomades des environs, dont on dit qu'ils pratiquaient la polyandrie, étaient turcophones mais dont l'origine turque n'est pas certaine. 

552: les Tujue, ou Turcs bleus*, fondent un empire en détruisant les Avars (Ruanruan) puis les Hephthalites (Huns blancs). Cet évènement très important marque le début de l'expansion des peuples turcs en Asie centrale. 
 
* Notons que le bleu est la couleur du ciel chez les Turcs, comme le blanc l'est chez les Tokhariens. 
 

Seconde tentative de colonisation chinoise sous les Tang 

618: Suvarnapushpa, (Fleur d'Or), règne au Kuqa (Koutcha). 

624: Suvarnadeva, (Dieu d'Or), règne au Kuqa. 

640: Gaochang est annexée par la dynastie chinoise des Tang (618-907); la ville est promue capitale de la province du Xi Zhou (bassin de Turfan); son autorité s'étend sur 21 bourgades; une garnison chinoise l'occupe. Jiaohe devient la capitale du comté du même nom sous la coupe des Tang.  

646: Haripushpa, (Fleur Divine), règne au Kuqa; il prend le parti des Tujue (Turcs) contre les Chinois. 

648: victoire chinoise sur le Kuqa; cinq villes sont brûlées et leurs habitants massacrés. Le Kuqa est sinisé.  

Le bouddhisme se propage vigoureusement enrichissant la région de constructions et d'oeuvres d'art. Le moine bouddhiste chinois Xuan Zang, en route pour les Indes (662-664), passe par Gaochang. La ville jouit d'une grande prospérité. 

Des gouverneurs militaires chinois sont installés à Karachahr (entre Turfan et Kuqa), Kuqa, Kashgar et Khotan; c'est la seconde tentative de domination chinoise de la région. 
 

La domination tibétaine et l'entrée en scène des Ouïgours, de l'islam et du manichéisme 

665-666: les Tibétains soumettent  Khotan, Kucha (Kuqa), Karachahr et Kashgar. 

670: les Tibétains dominent le bassin du Tarim et contrôlent la Route de la Soie 

692: Les Chinois reprennent Kucha, Kashgar, Yarkand et Khotan aux Tibétains. La Chine recouvre le contrôle de la Route de la Soie.  

744: fondation d'un khanat tieli (ouïgour) sur les bords du fleuve Orkhan (Mongolie).  

751: arrivée de l'islam: les Arabes défont les Chinois sur les bords de la rivière Talas (Tarâz) et conquièrent le bassin du Tarim; les bouddhistes commencent à fuir au Tibet.  

755-761: la rébellion d'An Lushan affaiblit les Tang qui doivent abandonner ce qui leur reste des régions de l'ouest.  

762: le khan Bögü des futurs Ouïgours, allié aux Tibétains, s'empare de Xi'an (ex Chang'an), alors capitale de la Chine. 

763: le manichéisme devient la religion officielle du khanat ouïgour. Dans le bassin du Tarim, les Tibétains, profitant de l'affaiblissement de la Chine, prennent Turfan et Hami.  

788: le khanat ouïgour est connu sous le nom de royaume ouïgour. Les futurs Ouïgours sont nommés Huihe.  

789-790: les Tibétains s'emparent de Beshbalik et de Khotan, dans le bassin du Tarim.  

791: conquête de la région qui est aujourd'hui le Sinkiang par les Tibétains. Ils y resteront jusqu'au milieu du siècle suivant. 

840: les Xiajiasi (Kirghizes) infligent une sévère défaite au royaume Huihe (ouïgour); ses habitants, chassés de leur territoire, se réfugient dans le bassin de Turfan (Turpan) où ils fondent le khanat de Gaochang; la ville est un centre important sur la Route de la Soie. Les populations présentes autour du bassin du Tarim (Yutian, Shule, Qiuci) sont assimilées. S'y adjoindront des Han, des Tubu (Tibétains?), des Qidan et des Mongols dont le mélange contribuera à créer les Ouïgours modernes.  

Au cours du 9ème siècle, Jiaohe tombe sous la domination du khanat ouïgour de Gaochang et y restera jusqu'en 1216. Kuqa est également conquise par les Ouïgours; ils absorbent les Tokhariens qui les initient au bouddhisme. Les Ouïgours, renonçant au nomadisme, se sédentarisent et leur langue se substitue progressivement aux anciens langages indo-européens; mais la suprématie ouïgoure n'est pas acceptée par les autres ethnies qui ne cessent de la contester. 

860: les Tibétains sont définitivement chassés du territoire qui sera plus tard le Sinkiang. 
  
875-925: Le bouddhisme devient de plus en plus populaire parmi les Ouïgours. Le khan de Gaochang s'y convertit. Les grottes de Bezekelike sont aménagées et décorées. Le manichéisme, ancien culte des Oïgours, et le nestorianisme sont aussi pratiqués, ainsi que le confucianisme et le taoïsme, à Gaochang. Turfan deviendra la seconde capitale de cet État où se développe la brillante civilisation de Kocho (Qoco). 
 

La propagation de l'islam 

996-1212: L'Islam se propage à partir de Kashgar, sous l'influence des Qarakhanides, dont l'empire est à cheval sur l'Ouzbékistan et la Kashgarie. Ils conquièrent progressivement les royaumes bouddhistes voisins. 

1000 (environ): disparition des Tokhariens fondus parmi les Ouïgours. 

1069: Yusuf Khass Hajib publie un poème décrivant la monarchie idéale: le Qutadku bilik. 

1074: Mahmud al-Kashgari publie un dictionnaire encyclopédique: le Diwan Lughat al-Turk. 
 

Le retour du bouddhisme 

1137: les Khitaï, d'origine mongole, défont Mahmoud khan, prince du Turkestan transoxanien (à cheval sur l'Ouzbékistan et le Kazakhstan). 

1141: les Khitaï battent le sultan seldjoukide de Transoxiane et du Khorassan (nord-est de l'Iran). Ils prennent le nom de Karakhitaï (Khitans), contestent les Qarakhanides et défont le khanat musulman de Kashgar; l'islam est refoulé au profit du bouddhisme et du nestorianisme, mais sa diffusion se poursuit néanmoins par l'intermédiaire des commerçants venus du Moyen Orient et aussi par le prosélytisme des confréries soufies. Le titre des princes kharakitaï, Gurkhan, en arabe Yuhanan, se traduit en latin Johannes, c'est-à-dire Jean; il n'en faut pas plus pour que certains auteurs y voient l'origine du mythe du royaume du prêtre Jean. 

13ème siècle: la région est qualifiée de Turkestan (pays des Turcs), ce qui ne signifie nullement que l'ethnie turque y prédomine mais plutôt que les habitants sont devenus turcophones. La communauté "Wei-wu-er" se forme; elle est à l'origine du peuple ouïgour actuel. Les descendants "purs" des anciens Ouïgours seraient les quelques milliers de Sarigh Yugur (Yugur noirs ou occidentaux), de langue turque et de religion bouddhiste, du Gansu. 
 

La soumission aux Mongols 

1209: soumission du Kocho (Gaochang et Turfan) à Gengis khan; les Ouïgours fournissent aux Mongols leur alphabet et des administrateurs pour l'empire, après avoir assassiné un gouverneur karakhitaï. 

1253: de Rubruquis, envoyé du roi de France Saint-Louis auprès du khan des Mongols, traverse le pays des Jugures (Ouïgours). Il constate que les religions y sont mêlées et que le nestorianisme et le bouddhisme y ont de nombreux adeptes. Voici quelle description il donne de ce peuple réputé, dit-il, pour sa musique: il y a là des nestoriens qui emploient la langue du pays; ils sont mêlés à des idolâtres et à des sarrasins (musulmans); certains idolâtres portent des croix mais paraissent ignorer leur signification; les portes des temples des sarrasins sont au nord et celles des autres idolâtres au sud; il y a de très grandes idoles (des bouddhas); les prêtres des Jugures ont la tête rasée et portent une robe jaune; ils sont coiffés d'une mitre; ils sont chastes; ils lisent en silence des livres assis sur des bancs dans leurs temples; ils portent des cordes enfilées de grains comme des chapelets et marmonnent sans cesse Ou mam bactavi, ce qui signifie: Seigneur, tu le connais; ils pensent obtenir une récompense de la répétition de cette phrase; devant leur temple, au midi, s'étend un parvis entouré d'une muraille où ils discutent; ils y dressent une perche dont le sommet peut être vu de loin; c'est assez fidèlement décrire le bouddhisme tibétain sans le connaître!  

1275: des princes mongols, à la tête de 120000 hommes, s'emparent de Gaochang, après 6 mois de combats; le roi de la ville s'enfuit au Gansu. 

1287: le khan mongol de Perse, Arghoun, envoie un moine nestorien ouïgour, Rabban Sauma (ou Cauma), en ambassade auprès du pape, du roi de France, Philippe le Bel, et du roi d'Angleterre, Edouard 1er, pour tenter de contrer l'essor de l'islam. 

1300 (environ): Gaochang est reprise par son roi, mais elle ne retrouvera jamais sa prospérité d'antan. 
 

Le triomphe de l'islam 

La région fait partie de l'empire mongol. Elle achève de se convertir à l'Islam sous l'influence de cheiks soufis et surtout parce que cette religion est celle des Mongols d'Asie centrale (Chagataïdes, du nom du fils de Gengis khan, Chagataï, qui domine cette région). Mais un évêché nestorien est toujours présent à Kashgar. 

1383: les successeurs de Chagataï déclarent la guerre sainte contre Turfan. L'influence ouïgoure va se fondre dans l'islam. 

1390 (environ): destruction de Jiaohe à la suite d'une longue guerre. 

1420 (environ): la guerre de 40 ans entre les Mongols d'Asie centrale et Turfan entraîne la destruction de Gaochang qui est brûlée. 

1442: construction de la mosquée Idkha à Kashgar. 

1513: annexion de Hami par Mansur khan (Djaghataï de l'est); on n'entend plus parler des Ouïgours dont le nom se perd dans l'oubli. Hami (ou Yiwu), à l'est des Montagnes Célestes (Tian Chan), était un des passages donnant accès aux contrées occidentales; les caravanes de Zhang Qian et de Ban Chao, se rendant en mission dans les contrées de l'ouest sous les Han, Xuan Zang et sa suite, allant en Inde à la recherche des canons bouddhiques sous les Tang, ainsi que d'innombrables envoyés et marchands y laissèrent leurs traces.  

Les Khodjas, descendants du prophète, s'allient aux Djaghataïs et finissent par les supplanter. Deux clans de Khodjas, celui de Yarkand (ou la Montagne noire) et celui de Kashgar (ou de la Montagne blanche), luttent pour s'assurer la prédominance régionale. 

1678: conquête de Kashgar par les Mongols occidentaux (Dzungar, Jungar ou Oïrat ou Torgût ou Ölööt), de religion lamaïste, qui contrôlent alors le Tibet et que le clan de Yarkand a appelé à son aide.  

Les querelles entre clans vont faciliter l'intervention d'une Chine à nouveau menacée par l'expansion mongole. 

1680: Âfâq Khwâja, monte sur le trône de Yarkand et instaure un régime fondé sur les principes du soufisme. Ses successeurs mettront en oeuvre une utopie politique et religieuse favorable à l'émancipation des sujets, appelés à devenir compagnons, et à la sélection des saints pour l'accession à la royauté. Ce courant de pensée original développait, dans le cadre de l'orthodoxie religieuse, un idéal porté à s'interroger sur le monde et ses souffrances. Il résista à la pénétration mandchoue jusqu'au 19ème siècle. 
 

La colonisation chinoise contestée 

1754: Qianlong, qui s'inquiète pour la sécurité de la Chine, se lance à la conquête de la région. Pour triompher des Mongols occidentaux, l'empereur mandchou s'allie d'abord à l'un des clans, qui a tenté d'établir un État musulman à Kashgar; une fois les Mongols vaincus, il élimine à leur tour ses alliés. La répression des soulèvements consécutifs à cette politique entraîne la mort de plus de 10000 personnes. Qianlong rencontre alors la concubine parfumée Iparhan, épouse d'un chef musulman opposé aux Chinois; il l'enlève pour tenter de la séduire, mais celle-ci lui résiste et aurait même comploté de le tuer, avant d'être assassinée par l'impératrice douairière. 

1759: annexion de la région par la Chine. La colonisation de l'ouest commence. La conquête est administrée selon les normes du droit colonial chinois; elle est placée sous le contrôle du Lifayuan (Cour des affaires coloniales); sur place, la haute autorité repose entre les mains de líadministration militaire qui encadre, à líéchelon local, les fonctionnaires indigènes (beg) maintenus dans leur charge par le nouveau pouvoir. Les colons han, autrefois interdits de séjour dans la région pour ménager les susceptibilités des autochtones, vont pouvoir affluer. La corruption des fonctionnaires et la multiplication des taxes, liée à l'entretien des garnisons chinoises, exacerbent le mécontentement des populations qui voient d'un mauvais oeil l'installation d'étrangers sur leur territoire. Les Khodjas, appuyés par des interventions extérieures et forts du soutien des milieux religieux, vont s'efforcer d'exploiter ce mécontentement.  

1768 : Qianlong qualifie de Nouvelle Frontière de l'Ouest le territoire annexé 9 ans plus tôt. 

1815: premier soulèvement des Khodjas contre l'occupation chinoise; il y en aura d'autres en 1820, 1826, 1830, 1847, 1855, 1856, 1857, 1862... Au cours des 19ème et 20ème siècle, à la suite d'une quarantaine de mouvements de rébellion, conduites sous la bannière de l'Islam, des dizaines de milliers de fugitifs se réfugieront en Russie, où ils donneront naissance à une diaspora ouïgoure. 

Pendant le 19ème siècle, une série d'événements (guerres de l'opium: 1839 puis 1857-1860, révoltes intérieures, dont celle des T'ai-p'ing: 1850-1868 et celle des Hui: 1862...) affaiblissent l'empire mandchou et encouragent les mouvements de rébellion au Sinkiang avec, en arrière plan, des tentatives d'ingérences anglaises et russes. La Russie intervient notamment dans la vallée de l'Ili qui échappe au contrôle d'une Chine minée par les interventions étrangères et les dissensions internes. 

1864: un aventurier, Yakub bey, proche des réseaux soufis, fonde l'émirat shariatique de Kashgar et noue des relations avec l'Angleterre, la Russie et la Sublime Porte. Il conquiert les oasis du bassin de Turfan, entre 1865 et 1869, et fait allégeance à la Turquie. 

1877-1878: le général chinois Zuo Zongtang reconquiert la région; l'émirat de Kashgar s'effondre. 

1880: création, en Asie centrale, d'un mouvement pan-turc d'émancipation islamiste réformiste: le jadid; ce mouvement vise à remettre en cause la domination coloniale sur les populations turques dans le contexte de la création des grands empires coloniaux russe et anglais; bien que ne rejetant pas la religion, il se veut ouvert sur une modernité inspirée de l'Occident; au Sinkiang, il va prendre le relais des réseaux soufis comme ciment de la contestation. 
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La création du Sinkiang (Xinjiang) intégré à l'empire de Chine 
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1884: pour mettre un terme aux visées étrangères, Pékin négocie un traité frontalier avec la Russie et crée la région chinoise du Xinjiang (Sinkiang). Avant cette date, cette région n'a jamais eu d'unité ethnique, linguistique, géographique ou politique. La politique coloniale précédente est abandonnée au profit d'une politique d'assimilation; la région est directement administrée comme une province chinoise, l'installation de colons han est encouragée et des mesures visant à réduire l'influence de la religion musulmane sont mises en oeuvre. En réaction, le développement du  jadid va s'en trouver facilité, d'abord au sein des élites commerçantes; dans un pays dépourvu d'écoles, il s'incarnera à travers la presse et l'éducation, notamment par l'envoi de jeunes gens se former à l'étranger; il s'efforcera de transcender les différences ethniques pour faire naître une conscience nationale. 

1892: Sabder Ali Khan, prince du Kandjout, un brigand descendant d'Alexandre le Grand, qui s'est enfui de son pays après avoir défié les Anglais, est ramené à Kashgar par les Chinois qui se sont emparés de lui; ils vont lui faire payer la perte d'une région qu'ils considéraient comme leur appartenant et dont ils lui avaient confié la garde. Vers la même époque, un Anglais tente d'opposer les Kirghizes du sud du Sinkiang aux Chinois en s'efforçant de leur démontrer qu'ils sont sujets d'un empire britannique disposé à améliorer leur sort; la Chine met rapidement fin à ces manoeuvres, construit un fortin et place une pancarte en haut d'un col pour appuyer ses revendications territoriales. L'explorateur français Grenard, qui rapporte ces événements, révèle également la vénalité de l'administration chinoise à travers le cas du préfet de Khotan rappelé pour s'être enrichi plus qu'il ne convenait à quelqu'un de son grade; cet homme avait converti la préfecture en manufacture d'objets de jade dont il ne payait pas les ouvriers; il percevait à son profit plus d'impôts que ses administrés n'en devaient, imposait des corvées aux pauvres et des dons volontaires aux riches et s'intéressait davantage à sa fortune qu'au bien de l'État, qu'il négligeait. 

1893-1895: l'établissement de la ligne Durand sépare les zones d'influence russe et britannique en Afghanistan faisant tomber quelque peu la tension entre les deux puissances rivales européennes en Asie centrale (le Grand Jeu). 

1898: Aurel Stein explore Karadong, dans le désert du Taklamakan. Il y découvre une petite station fortifiée et porte une appréciation négative sur la valeur archéologique du site qui sera démentie ultérieurement. 

1899: Sven Hedin découvre Loulan où il exhume des tablettes kharosti et des manuscrits han. 

Fin du 19ème siècle: Dutreuil de Rhins et Grenard mettent en lumière l'hétérogénéité de la population composée d'éléments indo-européens et turcs. Les Chinois y sont très minoritaires.  

L'idée de la reconstitution d'un empire mongol, aux limites imprécises, mais qui comprendrait la Mongolie intérieure et extérieure, le Tibet et une partie de l'Asie centrale, dont le Sinkiang, commence à germer dans certains esprits russes (Semenov, Dja-lama, Ungern).   

1906-1914: Aurel Stein explore Loulan. 

1911: la dynastie mandchoue est renversée par une révolution; la région entre dans une période troublée; elle est secouée par des révoltes locales et tombe sous la coupe de seigneurs de la guerre chinois; les puissance étrangères intriguent, la Russie impériale, puis plus tard l'Union soviétique, en tête. 
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Le règne des seigneurs de la guerre et les interventions extérieures 
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1921: au premier congrès des nationalités, à Tashkent, en Union soviétique, on utilise officiellement, pour la première fois depuis longtemps, le terme ouïgour. Les Ouïgours vont être reconnus comme minorité nationale de l'Union soviétique. 

1928: assassinat du seigneur de la guerre Yang Zhengxin qui dirigeait le Sinkiang. Un autre seigneur de la guerre, Jin Shuren, lui succède. Il favorise l'implantation de colons han et multiplie les initiatives malheureuses sur fond d'ingérences soviétiques, anglaises et japonaises. 

1930: le terme ouïgour (qui signifie unité) refait surface, sous l'influence des partisans de l'indépendance, et devient populaire dans la région; mais les individus continuent de s'identifier aux oasis qu'ils habitent et les différences politiques et culturelles continuent de les diviser. Peut-on parler d'une prise de conscience nationale? La question demeure posée. 

Révolte des Ouïgours de Komul (est du Sinkiang), menés par Khodja Niaz et Yulbar Khan, contre Jin Shuren, qui les a privés de leur autonomie. Elle est épaulée par le seigneur de la guerre hui Ma Zhongying, venu du Gansu. 

1931: les équipages de la Croisière Jaune, lancés à travers l'Asie par André Citroën, sont arrêtés par Jin Shuren qui rêve de réquisitionner leur matériel, notamment les véhicules à chenilles, pour son armée et prend prétexte de la guerre civile pour les garder quatre mois en otages à Urumqi. 

1932-1933: révolte des oasis du bassin du Tarim et de l'émir de Khotan, Mehmet Emin Bughra. Les rebelles, conservateurs et modernistes (jidad), s'entendent pour créer une République islamique du Turkestan oriental, à Kashgar; cette république est fondée sur l'application de la sharia.  Elle est écrasée par Ma Zhongying, avec l'aide des soviétiques. Sheng Shicai remplace Jin Shuren qui a pris la fuite; proche de Tchang Kai-shek, il s'allie aux soviétiques. La répression du nationalisme musulman est d'autant plus vive que Staline redoute ses conséquences dans les républiques d'Asie centrale et qu'il craint les menées du Japon qui flattent les musulmans pour les dresser contre la Chine. La renaissance ouïgoure est encouragée par les soviétiques, comme celle des autres minorités, en application du principe des nationalités; des nationalistes perçoivent le danger de cet encouragement des particularismes qui menace l'unité nationale naissante; conservateurs et réformistes se séparent. L'U.R.S.S. prend pied dans la région, en exploite les ressources et forme de jeunes Ouïgours dans ses universités; ces derniers, de retour dans leur patrie, y propagent l'idéologie communiste. 

1941-1943: les opposants à la mainmise soviétiques sur le Sinkiang profitent de la seconde guerre mondiale, et des difficultés rencontrées par l'Union soviétique, pour rétablir l'influence nationaliste chinoise. Sheng Shicai adhère à ce projet. Une répression anticommuniste s'abat sur la région que fuient les élites pro-soviétiques pour se réfugier en U.R.S.S. 

1943: en réaction à la politique de Sheng Shicai, création à Almaty, par les soviétiques, d'un Comité de libération nationale des peuples turcs du Sinkiang. 

1944: fondation d'une nouvelle République du Turkestan oriental, sous influence soviétique, dans le nord de la région, autour de l'Ili; cette appellation sera ultérieurement utilisée par les partisans de l'indépendance. La nouvelle république est présidée par un religieux ouzbek, Ali Khan Tore, qui jouit de l'appui des populations locales. 

1945: signature d'un traité d'amitié entre l'Union soviétique et la République de Chine (nationaliste). Moscou incite la République du Turkestan oriental à entrer en pourparlers avec la Chine de Tchang Kai-chek. 

1946: signature d'un accord entre la République du Turkestan oriental et le gouvernement nationaliste chinois, sous l'égide du général Zhang Zhizhong. Le Sinkiang se réunifie et une politique d'autonomie est mise en oeuvre avec promesse d'élections libres. 

1947: démission de Zhang Zhizhong remplacé par un Ouïgour anticommuniste, Masud Sabri, nommé par Tchang Kai-chek; la politique d'autonomie est remise en cause. La république du nord fait à nouveau sécession. 

1949: les dirigeants de la république du nord périssent dans un accident d'avion, au-dessus de la Mongolie, alors qu'ils se rendaient auprès de Mao Tsé Toung, sur les conseils de Staline. 
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La République populaire 
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1950: retour de Pékin dans la région, avec la bénédiction de Moscou, Mao venant de triompher en Chine. La politique des nationalités est remise en vigueur; elle reconnaît les particularismes des minorités. L'émigration est autorisée, ce qui va contribuer à accroître la diaspora. De nombreux dirigeants ouïgours se rallient à la Chine communiste; ces ralliements comblent opportunément un vide, le Parti communiste chinois n'ayant pratiquement pas de base politique au Sinkiang. D'autres dirigeants refusent de se soumettre et s'enfuient ou prennent le maquis (Osman Batur, par exemple). 

1950-1952: abrogation de la loi islamique, collectivisation des biens du clergé et suppression des taxes prélevées au profit de ce dernier, pour affaiblir l'influence des religieux; ces mesures, favorablement accueillies par les paysans pauvres, suscitent des réticences parmi les notables; Des poches de résistance se forment dans les régions de Kumul et d'Urumqi. Le chef kazakh rebelle Osman Batur, fait prisonnier, est exécuté; des campagnes de purge sont entreprises pour éradiquer l'influence du  mouvement nationaliste. 

1954: tentative de soulèvement musulman dans la région de Khotan, rapidement réprimée. 
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L'autonomie contrôlée - Les expériences nucléaires - La Révolution culturelle 
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1955: création de la Région Autonome du Sinkiang Ouïgour; une ancienne revendication est ainsi satisfaite, mais l'autonomie reste relative, Pékin gardant le dernier mot sur toutes les affaires importantes. Par ailleurs, une rectification de frontières a amputé le Sinkiang d'un peu moins de 200000 km2 au profit du Qinghai et du Gansu; la région représente toutefois encore le sixième de la superficie totale de la Chine (1626000 km2). Les Ouïgours y sont largement majoritaires (80% environ); mais l'afflux des Chinois va bientôt modifier la donne, notamment par l'envoi de corps de paysans-soldats, les bingtuan, chargés de la mise en valeur de la région. La mosquée Idkha, à Kashgar, est rénovée aux frais de l'État: la politique antireligieuse du nouveau régime a ses limites. 

1956-1957: vagues de critiques contre la politique chinoise dans le cadre de la politique des "Cent Fleurs". 

12 décembre 1959: inauguration du Musée de la Région Autonome du Sinkiang Ouïgour. 

1961-1962: incidents frontaliers entre l'Union soviétique et la Chine au Sinkiang, dans une zone qui fait l'objet de contentieux entre les deux puissances communistes. 

1962: la campagne de collectivisation et la rupture avec l'Union soviétique, amènent nombre d'opposants à se réfugier dans les républiques soviétiques d'Asie centrale. Les autorités chinoises durcissent leur politique d'émigration et de délivrance de visas. L'opposition anti-chinoise se structure en deux tendances antagonistes, héritage de l'histoire régionale: une tendance communiste pro-soviétique et une tendance regroupant les mouvements religieux et pan-turc plus ou moins inspiré du jadid. Une nouvelle campagne de purge vise à éliminer les éléments droitiers (pro-soviétiques). Le gouvernement régional place la mosquée Idkha de Kashgar sous sa protection comme vestige du patrimoine national. 

1964: début des expériences nucléaires chinoises dans la zone du Lop Nor, avec des conséquences écologiques certainement graves, mais dont il est difficile d'évaluer l'ampleur.  

Le Sinkiang est devenu un lieu de déportation des condamnés chinois qui sont contraints de s'y fixer une fois leur peine purgée, comme c'était autrefois le cas en Guyane. 

1966: comme ailleurs en Chine, la Révolution culturelle oppose au Sinkiang les gardes rouges contre la vieille garde conservatrice incarnée par Wang Enmao, un ancien général de l'Armée populaire de libération. Au nom de la lutte contre les "quatre vieilleries", l'Islam et les cultures traditionnelles sont violemment prises à partie; de nombreuses exactions sont commises; prisons et camps se remplissent. 

1968: création d'un Parti révolutionnaire populaire du Turkestan oriental, dans la clandestinité, par d'anciens cadres de la République du nord qui réactivent des cellules dormantes depuis 1949; il se livre à des actes de sabotage et à une tentative d'insurrection avortée, d'où il ressort décapité. On parle aussi de l'existence d'un Parti du peuple et d'un Parti de l'islam. 

Août 1969: incidents de frontière sino-soviétiques au Sinkiang. 

Pendant les décennies 1950 et 1960, les séparatistes sont présentés par la propagande chinoise comme des nationalistes partisans du féodalisme. 

A la mort de Mao Tsé Toung, en 1976, les Han représentent 41,5% de la population du Sinkiang (contre 6% environ en 1949). 
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La période d'ouverture agitée 
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A la fin des années 70, le nouveau cours pris par la politique chinoise inaugure une période d'ouverture au Sinkiang. L'Association islamique du Xinjiang, dissoute pendant la Révolution culturelle, est à nouveau autorisée; les publications et traductions de textes étrangers relatifs à l'Islam se multiplient; des mosquées sont rénovées ou construites; l'enseignement religieux se développe. Ces réformes ne semblent pas avoir désarmé les opposants à la présence chinoise; les plus radicaux en profitent au contraire pour réactiver le mouvement de résistance religieux. Elles favorisent aussi la floraison, dans les milieux étudiants, d'associations visant à réhabiliter la culture locale; ces associations  participeront aux manifestations qui ponctueront les années 80. 

1980: émeutes à Kashgar et Aksu. 

1981: émeute à Kashgar. Déplacement de Deng Xiao Ping à Turfan et Urumqi; nomination d'un nouveau secrétaire général du Parti régional ayant de bons contacts avec les représentants locaux. 

1982: émeute à Yecheng. Hu Yaobang fustige le chauvinisme grand-Han. 

1983: des fonds publics sont octroyés pour la construction d'une salle de bain et d'une salle d'ablution à la mosquée Idkha de Kashgar afin de mettre à la disposition des fidèles des moyens modernes leur permettant de se livrer, dans les meilleures conditions, à leurs activités religieuses. 

1985: création du mouvement du 12 décembre réclamant l'arrêt des expériences nucléaires dans la région du Lop Nor. 

1988: marche de la jeunesse du Turkestan oriental à Urumqi; les manifestants se réclament du mouvement du 12 décembre. 

1989: nouvelle marche des jeunes pour protester contre la parution d'un ouvrage "Us et coutumes sexuelles musulmanes" jugé insultant pour l'islam. Wuer Kaixi, un des étudiants du printemps de Pékin chargés des négociations avec Li Peng, le Premier ministre chinois, est d'origine ouïgoure (voir  ici). 

Pendant la période d'ouverture, la proportion des Han dans la population du Sinkiang a légèrement régressé pour s'établir à 37,5% à la fin des années 80. La période d'ouverture semble alors se clore; elle a cependant facilité les relations de l'intérieur avec la diaspora qui vit dans des pays limitrophes, où le fondamentalisme religieux ne va pas tarder à pénétrer; elle a permis à de jeunes Ouïgours de se rendre au Pakistan, pour étudier dans des madrasas, pépinières de formation des Talibans. Certes, l'Islam du Sinkiang paraît peu propice à la diffusion d'un fondamentalisme inspiré par le wahabisme et le salafisme, mouvements traditionnellement hostiles au soufisme; mais on ne saurait pourtant nier toute pénétration de l'Islam radical dans la région, surtout à proximité des frontières sud; il suffit de se promener dans les rues de Kashgar pour rencontrer des femmes voilées comme en Afghanistan; elles sont certes très minoritaires, mais une minorité suffit pour fomenter des troubles graves et commettre des attentats. Après la répression du printemps de Pékin, des étudiants ouïgours émigrent à l'étranger et l'opposition se radicalise. 

Pendant les décennies 1970 et 1980, les séparatistes sont présentés par la propagande chinoise comme des éléments contre-révolutionnaires.  
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L'entrée en scène du fondamentalisme musulman - Les attentats 
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1990: lancement, par Yusuf Zeydin, d'un jihad inspiré de la lutte des Talibans contre les soviétiques en Afghanistan, dans la région de Barin, propice à la guérilla, au sud de Kashgar. Les rebelles, pourchassés dans les montagnes, sont anéantis. L'opposition violente s'exprimera par la suite au moyen d'attentats terroristes souvent fomentés par des groupuscules à durée de vie éphémère. Selon certains auteurs, cette insurrection avortée ne devrait pas être rattachée à la mouvance islamiste mais s'inscrirait plutôt dans la tradition du mouvement pan-turc. Quoi qu'il en soit, elle est analysée comme un avertissement sérieux par les autorités de Pékin qui renforcent leur emprise sur la région. 

1991: la décomposition de l'Union soviétique et l'accession à l'indépendance des peuples turcophones d'Asie centrale, soupçonnés d'être complaisants envers le séparatisme ouïgour, font craindre aux autorités chinoises que l'opposition au régime ne soit galvanisée. Une politique d'intégration à marches forcées est élaborée pour contrer cette menace; en dépit des avantages économiques qui en résultent pour la région, cette politique indispose les Ouïgours qui estiment que ce sont les Han qui en retirent les principaux bénéfices. 

Des fouilles archéologiques sont entreprises sur le site de Karadong, dans le désert du Taklamakan; elles dureront jusqu'en 1994 et permettront de mettre à jour plusieurs vestiges intéressants. Capitale du delta antique, ce site fut occupé au début de notre ère avant d'être abandonné vers la fin du 3ème siècle; halte pour les caravanes et poste de contrôle sur la route de Kucha, au nord du désert, il recèle les restes d'une colonie agricole implantée autour de la station fortifiée découverte par Aurel Stein. 

1992: en février, à l'occasion du nouvel an chinois, un attentat attribué à la brigade de choc du Parti réformiste islamique tue trois personnes dans un bus à Urumqi. La Chine ferme sa frontière avec le Pakistan pendant deux ans probablement pour mettre un terme aux déplacements de prédicateurs intégristes à travers le Sinkiang.   

1993: plusieurs manifestations antichinoises ont lieu dans la région. Le Parti islamique démocratique du Turkestan oriental aurait procédé à des attaques à la bombe dans le sud du Sinkiang ayant fait quatre victimes entre juin et septembre. 

Tenue à Munich de la 4ème assemblée du Comité allié des peuples du Sinkiang, de Mongolie, de Mandchourie et du Tibet qui contestent la présence chinoise. 

L'organisation de la diaspora du Sinkiang est relativement complexe. Elle est le reflet des diverses émigrations qui se sont succédées au cours du temps telles qu'elles ont été sommairement présentées ci-dessus. On peut y distinguer trois grandes tendances. 1°) La tendance pro-soviétique active aujourd'hui principalement dans les ex-républiques soviétiques d'Asie centrale; elle recouvre des organisations socialistes et laïques dont certaines prônent la lutte armée; plusieurs de leurs dirigeants sont morts assassinés. 2°) La tendance pro-occidentale, plus ou moins proche de Radio Liberté et des États-Unis, dont les membres sont domiciliés dans des pays occidentaux (dont l'Allemagne, l'Australie et l'Angleterre, où est basé le Parti de la Libération qui prône l'instauration d'un Califat en Asie centrale). 3°) La tendance pan-turque dont les principaux représentants résident en Turquie. Ces différentes tendances ont été souvent instrumentalisées pour servir les buts politiques de leurs pays d'accueil. Les profondes divergences qui les opposaient a rendu longtemps illusoire toute tentative de coordination de leurs efforts vers un but commun stérilisant ainsi en grande partie leur action. La chute de l'Union soviétique a permis un rapprochement des points de vues sans faire disparaître totalement les différences. De plus, leurs relations avec l'opposition intérieure, bien que probables, sont extrêmement réduites, sauf peut-être pour ce qui concerne la mouvance socialiste et laïque, héritière de l'éphémère République du nord (Turkestan oriental). En fait, ces diverses organisations jouent essentiellement un rôle de propagandistes pour populariser la cause ouïgoure auprès de l'opinion publique mondiale, action rendue difficile par la faiblesse de leurs moyens financiers. Les tentatives d'unification les plus efficaces seront le fait des organisations de jeunesse moins marquées par les luttes anciennes. 

1994: début du mouvement des meshrep ou réunions villageoises pour la défense de la culture et des traditions nationales. Peu de temps après la réouverture de la frontière avec le Pakistan, 450 ressortissants de ce pays sont arrêtés au Sinkiang où ils se livraient à des actions qualifiées d'illégales par les autorités chinoises. Une subvention est allouée par l'État chinois pour une nouvelle rénovation de la mosquée Idkha de Kashgar: 23 pièces et 53 magasins sont bâtis pour l'administration de la-dite mosquée. 

Une mission franco-chinoise découvre la cité ensevelie de Djoumboulak Koum (ou Djumbulak Kum, "Les sables ronds"), dans le désert du Taklamakan. Cette cité, qui remonterait au milieu du 1er millénaire avant notre ère, était un établissement fortifié d'une dizaine d'hectares qui s'inscrivait dans une zone de peuplement assez dense, dans la vallée du fleuve Keryia qui se perd aujourd'hui dans les sables. On y a trouvé des vestiges d'une activité agricole sédentaire ainsi que de riches nécropoles. Le rempart, plusieurs fois remanié, était une construction massive de 2 à 4 m de hauteur et de 4 à 5 m d'épaisseur; constitué d'argile armée et d'un parement de grandes briques crues, il était renforcé au sommet par des piquets de bois enserrant des fascines de tamaris et délimitant par endroits un chemin de ronde; son édification a certainement  mobilisé d'énormes moyens; le mode de construction est  différent des techniques chinoises de la terre damée et laisse supposer une influence centrasiatique. La porte sud de la cité, qui occupait l'extrémité d'une butte de 1160 m, est le point culminant du site. Un passage couvert flanqué d'un bastion traversait le rempart. Il était fermé par un vantail dont subsistait le battant en bois. Des silos à grains maçonnés en terre crue ont également été mis à jour. Les gravures d'animaux remarquées sur des objets (loups, cerfs...) laissent supposer la présence dans les environs à cette époque d'une flore et d'une faune relativement abondante. On pense que l'endroit était déjà peuplé avant l'existence de la cité (des images relatives à ces découvertes sont  ici ). 
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Les tentatives d'unification de l'opposition 
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1995: manifestation à Khotan, à la suite d'arrestations d'imams charismatiques. Interdiction des meshrep. En octobre, tenue à Alma-Ata (Almaty) des journées culturelles de la jeunesse ouïgoure; cette manifestation est interrompue par les autorités du Kazakhstan qui ne tiennent pas à indisposer leurs voisins chinois.  

1996: lancement d'une campagne "frapper fort" contre la criminalité et les activités religieuses illégales qui entraîne de nombreuses perquisitions et des arrestations. Un document secret interne du Parti communiste chinois insiste sur la nécessité d'épurer le Parti et l'administration locale de leurs éléments les moins fiables, de renforcer la propagande contre le séparatisme ainsi que le contrôle sur les populations du Sinkiang, d'amener les pays voisins à collaborer avec la Chine dans sa lutte contre le séparatisme ouïgour et l'Islam radical, d'encourager l'installation de cadres et de colons han dans la région et de contrôler étroitement l'enseignement et les activités religieuses; l'Organisation de Coopération de Shanghai (qui réunit la Chine, le Kazakhstan, le Kirghizstan, la Russie et le Tadjikistan) est créée pour lutter contre le terrorisme; les départs des jeunes gens pour aller étudier à l'étranger sont étroitement contrôlés. En novembre, un Congrès mondial de la jeunesse ouïgoure se réunit à Munich; il donne naissance à l'Union mondiale des jeunesses ouïgoures basée dans la capitale bavaroise. 

Dans la seconde moitié des années 1990, les réfugiés ouïgours dans les républiques d'Asie centrale, souvent dépourvus de titres de séjour, vivent une situation de plus en plus précaire, en butte aux tracasseries des autorités, qui ne souhaitent pas se brouiller avec la Chine et qui sont également inquiètes pour la stabilité de leurs pays. Nombre d'entre eux sont ainsi amenés à s'affilier aux mouvements d'opposition radicale clandestins où ils trouvent une sorte de refuge. 

1997: les 5 et 6 février, des émeutes antichinoises éclatent à Yining (Ghuldja), à la suite d'arrestations d'individus accusés d'activités religieuses illégales; on compte plusieurs morts (9?) et blessés (200?). Le 25 février, jour des funérailles de Deng Xiaoping, un attentat, attribué à l'Alliance pour l'unité du Turkestan oriental, cause de nombreuses victimes à Urumqi; quatre bombes, placées sur différentes lignes de bus, tuent 9 personnes et en blessent 74 autres. En mars, Rebiya Kadeer, une femme d'affaire ouïgoure richissime, députée à l'Assemblée nationale populaire chinoise, prend la parole devant cette instance politique pour dénoncer le sort fait au peuple ouïgour et la violence de la répression; elle est applaudie pour la forme mais les tracas vont se multiplier dès son retour au Sinkiang; elle est surveillée par la police et ses affaires périclitent. Les leaders d'une douzaine d'organisations d'Asie centrale et d'Occident mettent en place à Ankara le Centre national du Turkestan oriental. 

1998: le Kazakhstan devenu indépendant règle ses problèmes de frontière avec la Chine. En août, des prisons sont attaquées, à Kashgar et Yining, par les rebelles qui tuent plusieurs gardiens et font s'échapper quelques détenus. En octobre, des mesures sont prises pour renforcer le contrôle de l'État sur l'enseignement religieux et s'assurer de l'allégeance des imams. 

1999: une campagne de cent jours "frapper fort" est lancée pour venir à bout des opposants, à partir de janvier; 29 militants islamistes sont arrêtés, deux seront exécutés. Le 12 février, une manifestation indépendantiste a lieu à Urumqi: 5 blessés et 150 arrestations. En août, Mme Kadeer, tente de faire parvenir à son mari, réfugié aux États-Unis, la documentation qu'elle a rassemblée sur la situation au Sinkiang par le truchement d'une délégation parlementaire américaine; cet acte motive son arrestation et sa condamnation à huit ans de prison. En octobre, le Centre national du Turkestan oriental se dissout, à Munich, lors de son deuxième congrès; un nouvel organisme voit le jour: le Congrès national du Turkestan oriental qui ne parviendra pas à rallier l'Union mondiale des jeunesses ouïgoures. De nouveaux travaux de grande envergure sont menés à bien, sur des fonds d'État, à la mosquée Idkha de Kashgar.  

Les investissements consentis au Sinkiang par la République populaire de Chine, notamment au plan des infrastructures routières et ferroviaires sont considérables. Autrefois dépourvue d'industrie, la région en a été dotée et son niveau de vie se compare favorablement à celui des autres régions de l'ouest; cependant, il demeure encore faible par rapport à celui des régions de l'est, ce qui est source de frustrations et amène les mécontents à penser que  l'exploitation des ressources régionales profite surtout aux Han, sentiment renforcé par le fait que la majeure partie des investissements a été dirigée hors des zones peuplées principalement d'Ouïgours. Par ailleurs, dans un environnement économique dominé par la Chine, il est vitale de parler correctement le mandarin pour tirer son épingle du jeu; ce n'est évidemment pas à la portée de tout le monde et, même pour ceux qui le peuvent, l'apprentissage de cette langue étrangère est sans doute vécu comme une humiliante perte d'identité culturelle. Il n'est donc pas étonnant que les stratifications sociales se révèlent défavorables aux anciens habitants de la région, lesquels se situent majoritairement dans les basses classes, ce qui ne peut manquer de  renforcer leur sentiment d'être des laissés pour compte de la croissance. Certes, des mesures de discrimination positive ont été prises par le gouvernement central en faveur des minorités, afin de faciliter leur intégration dans l'ensemble chinois (politique familiale moins restrictive, examens moins sévères pour l'accès aux études...), mais leur impact psychologique est faible. Il convient aussi d'observer que la politique de limitation des naissances, bien que moins contraignante pour les minorités que pour les Han, comme on vient de le dire, froisse les traditions de ces populations; sa suppression est d'ailleurs une de leurs revendications. Autre point de référence, l'espérance de vie des Ouïgours, indicateur du bien être relatif des populations, serait d'une dizaine d'année inférieure à celle des Han établis dans la région. Enfin, le passage à l'économie de marché, et la disparition des protections offertes par le communisme, a été mal vécu par les plus défavorisés. 

A partir des années 1990, les séparatistes sont qualifiés de terroristes par les autorités chinoises. Plus d'un million et demi de Han s'établissent à nouveau au Sinkiang pour porter leur pourcentage dans la population à 40%.  
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L'après 11 septembre et la lutte contre le terrorisme 
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2000: les membres musulmans du Parti sont l'objet d'une attention plus rigoureuse; en principe, seul l'athéisme est compatible avec l'affiliation au PC, mais il semble exister des exceptions; bien sûr, toute condamnation pour activité illégale entraîne l'exclusion.  

2001: publication par le gouvernement chinois d'un livre blanc relatif aux activités terroristes au Sinkiang destiné à déconsidérer le séparatisme ouïgour auprès d'une opinion publique internationale sensibilisée à la lutte contre le terrorisme; en juillet, des mesures sont prises pour renforcer la tutelle sur les activités religieuses: l'enseignement de la religion est soumis à une approbation préalable, une campagne de rééducation des imams est mise en oeuvre, les lieux du culte sont contrôlés et des mosquées clandestines sont fermées, les mineurs, faciles à endoctriner, n'ont plus le droit de fréquenter les mosquées*; cependant, le 25 juillet, la mosquée Idkha de Kashgar est inscrite sur la liste du patrimoine national chinois: les mesures prises pour contrôler les activités religieuses ne semblent donc pas systématiquement hostiles au culte musulman, d'ailleurs d'autres témoignages montrent que les mosquées hui n'ont pas été affectées par elles; en novembre, les Nations Unies sont saisies de la question des relations entre les rebelles du Sinkiang et les réseaux islamistes terroristes. De nouvelles campagnes "frapper fort" et contre le séparatisme se développent; L'Ouzbékistan rejoint les pays de l'Organisation de Coopération de Shanghai (Chine, Kazakhstan, Kirghizstan, Russie et Tadjikistan); cette organisation a mis en place un centre de coordination antiterroriste à Bichkek, capitale du Kirghizstan; l'adhésion différée de l'Ouzbékistan s'explique pas les hésitations de son dirigeant entre les États-Unis et ses voisins; les États-Unis semblant davantage enclins à lui susciter des adversaires qu'à le soutenir, il finit par choisir son camp! La Chine peut ainsi compter sur la vigilance de ses voisins, et leur rendre la pareille; même le Népal lui livrera un rebelle ouïgour qui sera exécuté.  

* Ces mesures auraient été prises à la suite d'incidents au cours desquels des musulmans intégristes auraient molesté leurs coreligionnaires plus modérés. 

2002: en janvier, le Bureau d'information du Conseil des affaires d'État de Chine publie un rapport comptabilisant au cours des années 1990 plus de 200 incidents qui se sont soldés par 162 victimes et plus de 440 blessés au Sinkiang; il n'est cependant pas facile de démêler ce qui ressort du terrorisme des actes de banditisme ou de vengeance. D'après un autre document, 166 terroristes et autres criminels auraient été arrêtés de septembre à novembre 2001. Le Conseil des affaires d'État insiste par ailleurs sur les liens existant entre certaines organisations ouïgoures nationalistes, regroupées sous le terme de Dongtu, et Al-Qaida; on pense néanmoins que l'influence de l'Islam radical, qui s'est exprimé à travers la création de groupuscules rapidement démantelés (Parti réformiste islamique du Turkestan oriental, Parti islamique démocratique du Turkestan oriental, Parti d'Allah du Turkestan oriental islamique...), n'a jamais représenté une menace sérieuse même si des attentats ont pu lui être imputés. En août, les États-Unis, inscriront cependant le Mouvement islamique du Turkestan oriental sur la liste des organisations dépendant de Ben Laden, après l'arrestation d'un de ses membres influents, Ismail Kadir, en Afghanistan; des membres de cette organisation auraient préparé un attentat contre l'ambassade US au Kirghizstan. 

L'usage de la langue ouïgoure est proscrit à l'université*. L'éducation religieuse a été retirée aux mosquées et est désormais étroitement surveillée par l'État. Vingt-deux ressortissants du Sinkiang ont été arrêtés par les troupes de l'OTAN dans les camps d'entraînement talibans en Afghanistan**; d'autres fréquenteraient des écoles coraniques au Pakistan. Avant que les États-Unis ne déclarent leur guerre globale contre le terrorisme, la Chine avait déclenché une guerre régionale contre l'islamisme radical à travers la création de l'Organisation de Coopération de Shanghai, on l'a vu. La frontière avec le Pakistan est à nouveau placée sous un contrôle renforcé. Si les différentes mesures prises pour endiguer le mouvement séparatiste ont donné lieu à de nombreux abus, dénoncés par les organisations internationales de défense des droits de l'homme***, il semble qu'elles se sont montrées relativement efficaces et que le mouvement séparatiste est en perte de vitesse dans la région. 

* Les études primaires et secondaires sont a contrario toujours dispensées dans la langue des minorités et assumées par l'État. 
** Plusieurs d'entre eux auraient cependant été depuis reconnus non coupables d'avoir menacé les États-Unis par les autorités américaines, ce qui ne prouve évidemment pas leur non appartenance à un mouvement terroriste. D'après le secrétaire général du Parti communiste du Sinkiang, 300 Ouïghours auraient été capturés par les forces américaines en Afghanistan, 20 auraient été tués, 600 auraient fui au Pakistan et 110, de retour en Chine, auraient été faits prisonniers; ces chiffres sont évidemment invérifiables.  
*** Voir notamment le rapport de Human Rights Watch: "Devastating Blows - Religious Repression of Uighurs in Xinjiang". L'irréalisme de certaines préconisations de cette ONG et leur décalage par rapport à ce qui se passe dans beaucoup de pays à travers le monde, y compris les États-Unis, depuis le 11 septembre, laisse toutefois rêveur. 

2003: en mai, publication par les autorités chinoises d'un livre blanc relatif à l'histoire et au développement du Sinkiang; rappelons que, d'après la constitution et les lois, les pratiques religieuses sont autorisées en Chine, pour les religions reconnues par l'État, dont l'Islam, à conditions de respecter un certain nombre de principes (pas d'allégeance envers l'étranger, pas de signes extérieurs ou de prosélytisme dans les lieux publics, pas d'interférence entre la politique et la religion qui doit rester une affaire privée, pas de remise en cause de l'unité nationale...). En octobre, Hasan Makhsum, chef du Mouvement islamique du Turkestan oriental, est tué lors d'une opération conjointe menée par les forces de sécurité pakistanaises et des agents chinois dans le Sud Waziristan, une zone proche de l'Afghanistan infestée de Talibans; nouvelle campagne de 100 jours "frapper fort". En décembre, les autorités chinoises transmettent à Interpol une liste de quatre organisations et de onze personnes qualifiées de terroristes parmi lesquelles on note la présence de L'Union mondiale des jeunesses ouïgoures, implantée en Occident, à côté de mouvements se livrant effectivement à la lutte armée. Pékin souhaite évidemment réduire l'influence de la diaspora après avoir rétabli le calme à l'intérieur du Sinkiang; mais il est douteux que les puissances occidentales, qui peuvent espérer utiliser un jour les Ouïgours de l'extérieur contre la Chine, avalisent les amalgames sommaires de cette dernière*. En décembre 2003, les États-Unis refusent de porter l'Organisation de Libération du Turkestan oriental sur la liste des mouvements terroristes.  

* L'instrumentalisation de la guerre contre le terrorisme par la Chine n'est pas une exception. L'invasion de l'Irak par les États-Unis et leurs alliés en fournit une preuve suffisante.  

2004: le 18 avril, au cours d'un congrès, à Munich, l'Union mondiale des jeunesses ouïgoures fusionne avec le Congrès national du Turkestan oriental pour donner naissance au Congrès mondial ouïgour; la nouvelle organisation porte à sa tête Erkin Altptekin, un militant de la première heure, proche du Dalaï lama et ancien directeur du service ouïgour de Radio Liberté; les promoteurs de cette réunification en attendent un surcroît d'influence de la diaspora auprès des réseaux politico-médiatiques occidentaux. Nouvelle campagne "frapper fort" contre le séparatisme, l'extrémisme religieux et le terrorisme. Le 21 juillet, deux personnes sont exécutées, pour atteinte à la sûreté de l'État; des arrestations, pour activités religieuses illégales, ont lieu dans les environs de Khotan. Le 6 août, des troupes chinoises et pakistanaises sont envoyées vers la frontière avec le Pakistan, pour lutter conjointement contre la menace terroriste. En septembre, le Premier secrétaire du Parti communiste du Sinkiang reconnaît que 22 cas de groupes ou d'individus accusés de menées séparatistes sont venus devant les tribunaux et que 50 personnes ont été condamnées, dont un nombre inconnu à la peine de mort, durant les huit premiers mois de l'année. Depuis 1997, 200 condamnations à mort auraient été prononcées. 

Signe des temps: Xinjiang Chalkis, le géant mondial de la tomate et du ketchup, rachète l'entreprise française Conserves de Provence-Le Cabanon. Cette firme du Sinkiang est dirigée par un ancien professeur d'histoire de l'art dont les parents étaient cadres des bingtuan. 

Une momie est découverte dans un tombeau de Xiaohe. Cette momie vieille de 3500 à 3800 ans,  de type caucasien, était âgée de 40 à 50 ans lors de son décès et mesurait 1,5 mètres. 
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La Belle de Xiaohe - Source: Quotidien du Peuple
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2005: 1er mars: entrée en vigueur des dispositions réglementaires élaborées en novembre 2004 visant à assurer le libre exercice des religions sous le contrôle de l'État.  

1er octobre: ouverture du nouveau Musée de la Région Autonome du Sinkiang Ouïgour à Urumqi. La China Petroleum Corporation rachète la Petro Kazakhstan. 

Dans le courant de l'année, Mme Kadeer, libérée pour raisons médicales, quitte le Sinkiang pour les États-Unis.  

2006: ouverture d'un oléoduc entre le centre du Kazakhstan et la Chine. Il sera prolongé jusqu'à la Caspienne en 2009. Mme Kadeer, dissidente ouïgoure, ancienne femme d'affaires du Sinkiang, réfugiée aux États-Unis, prend la tête de l'Association ouïgoure américaine avant d'être élue, en novembre, présidente du Congrès mondial ouïgour. 

Janvier 2007: Pékin annonce le démantèlement d'un camp terroriste dans les environs d'Akto, au sud de Kashgar, non loin des frontières de l'Afghanistan, du Kirghizstan et du Pakistan. D'après les informations parues dans la presse (Le Monde du 11 janvier), un policier serait mort et un autre aurait été blessé lors de l'affrontement; dix-huit rebelles auraient péri, dix-sept auraient été arrêtés et d'autres, en nombre indéterminé, se seraient enfuis; de nombreux engins explosifs auraient été saisis; les rebelles appartiendraient au Mouvement islamique du Turkestan, groupuscule indépendantiste listé parmi les mouvements terroristes liés à Al-Qaida, comme il a été dit plus haut. 

8 février 2007: exécution d'Ismaël Semed (supplément du journal Le Monde n° 19481 du 15/9/2007). 

Septembre 2007: des milliers de Chinois du Sichuan se rendent au Sinkiang pour participer à la récolte du coton (Le Monde - 9 octobre). 

Octobre 2007: les provinces orientales de la Russie et les pays d'Asie centrale, peu peuplés mais riches de ressources naturelles, minérales ou énergétiques, attirent en masse les migrants chinois venus des régions voisines, pauvres et en plein essor démographique. Le commerce transfrontalier explose et les entreprises chinoises investissent dans la construction et l'exploitation pétrolière. Malgré les réticences russes, la coopération avec la Chine, illustrée par un forum économique qui s'est tenu à Khabarovsk les 18 et 19 septembre, permet de mettre en valeur ces zones stratégiques. La Chine revitalise ainsi une nouvelle Route de la Soie ou plutôt une route du pétrole et des matières premières (pétrole et uranium au Kazakhstan, métaux rares au Kirghizstan, gaz au Turkménistan) sur laquelle les échanges ne cessent d'augmenter; les voies de communications, peu nombreuses et en mauvais état, sont multipliées et améliorées grâce aux investissements chinois. En établissant une zone de coprospérité avec ses voisins turcophones, Pékin espère calmer les velléités séparatistes des Ouïgours qui sont de même origine ethnique (Le Monde - 9 octobre). 

Décembre 2007: la famille de Mme Kadeer est la cible de représailles, d'après Le Monde qui cite une ONG basée à Washington: Uyghur Human Rights Project (UHRP). La vie d'un de ses fils emprisonné serait en danger, faute de soins médicaux appropriés. Mme Kadeer, dirigeante d'entreprise milliardaire dont il a déjà été parlé, tombée en disgrâce après avoir dénoncé la situation au Sinkiang, et les agissements de l'armée chinoise lors de la répression des manifestations de Ghuldja (Yining), réfugiée aux États-Unis, a été nommée à la tête de l'Association ouïgoure américaine, avant d'être élue présidente du Congrès mondial ouïgour. Ces promotions seraient à l'origine d'une série d'actions contre ses enfants restés au Sinkiang; deux ont été condamnés pour crimes économiques et un autre pour activités subversives en avril 2007 (Le Monde - 16/17 décembre). 

Janvier 2008: la police démantèle à Urumqi un groupe séparatiste lié au Mouvement islamique du Turkestan oriental (ETIM) qui, d'après les autorités, préparait un attentat contre les Jeux Olympiques de Pékin. 

Mars 2008: des séparatistes tués en début d'année auraient préparé des attentats contre les Jeux olympiques; Le 7 mars, un autre attentat, contre l'avion Urumqi-Pékin de la China Southern Airlines, a été déjoué; une femme ouïgoure aurait tenté de le faire exploser (Le Monde - 11 mars). 

Avril 2008: à la suite des événements du Tibet, deux manifestations auraient eu lieu au centre de Khotan et dans une petite ville voisine, sous le double prétexte de protester contre les restrictions au port du voile sur les lieux de travail et de la mort en détention d'un négociant de jade (Le Monde - 4 avril). La manifestation de Khotan, qui a eu lieu le 23 mars, est confirmée par des sources chinoises. 

Juin 2008: la flamme olympique a traversé le Sinkiang sous haute surveillance. Depuis le printemps, surtout à Kashgar, les activités religieuses étaient soumises à un contrôle encore plus strict qu'à l'ordinaire. Les grandes processions de mariages, les pèlerinages et les réunions publiques, où l'on danse et joue de la musique, seraient interdites. La répression accrue, du fait de la proximité des J.O., est dénoncée par le Congrès mondial ouïgour en exil (Le Monde - 19 juin). 

Juillet 2008: d'après les autorités chinoises, des membres du Mouvement islamique du Turkestan oriental prépareraient des attentats contre les Jeux Olympiques. A Kashgar une douzaine de cellules de cette organisation transnationale auraient été démantelées cette année. Au cours du mois écoulé, 82 personnes complotant contre les Jeux auraient été arrêtées à Urumqi. Enfin, la police aurait détruit 41 bases d'entraînement de militants islamiques. 

Un groupe islamique ouïgour revendique les attentats commis récemment à Shanghai et à Kunming et profère de nouvelles menaces contre les J.O. de Pékin (Le Monde 27-28 juillet). 

Août 2008: deux hommes au volant d'un camion foncent sur un groupe de policiers des frontières faisant leur jogging matinal à Kashgar, puis jettent sur eux des engins explosifs. On compterait 16 morts et autant de blessés (La Montagne - 5 août). 

Plusieurs attaques à l'explosif, impliquant une quinzaine de personnes, ont eu lieu dans le comté de Kuqa; elles visaient des bâtiments publics et étaient effectuées avec des bombes artisanales confectionnées avec des bonbonnes de gaz. Deux policiers ont été tués, deux autres policiers et un civils ont été blessés. Plusieurs poseurs de bombes ont péri victimes des ripostes de la police et des dangereux instruments qu'ils manipulaient. Peu de personnes étaient visibles dans les rues quasi désertes de Kuqa où les magasins étaient prudemment fermés (China Daily - 10 août). 

Les derniers attentats de Kuqa auraient entraîné la mort de 11 personnes (10 agresseurs et un garde de sécurité). Depuis 2007, on assisterait à une recrudescence des actes de violence au Sinkiang (Le Monde - 12 août). 

Trois personnes ont été arrêtées et six autres tuées vendredi 29 août, dans la région de Kashgar, par la police qui tentait de les arrêter, à la suite d'un attentat perpétré le 12 août (Le Monde - 31 août/1er septembre). 

Janvier 2009: le Sinkiang vient de ravir au Shandong (est) la place de second producteur de pétrole en Chine. La première place est toujours tenue par les champs pétrolifères de Daqing, dans la province du Heilongjiang (Mandchourie). Les réserves de la région ouïgoure sont estimées à 20,9 milliards de tonnes pour le pétrole et à 10800 milliards de mètres cubes pour le gaz. 

Février 2009: trois membres d'une même famille d'origine ouïgoure tentent de s'immoler par le feu à Pékin où elles étaient venues porter devant les autorités centrales leurs doléances, à l'encontre du gouvernement du Sinkiang, dans une affaire d'expropriation pour cause d'utilité publique. Les trois personnes, empêchées de se suicider, ont été renvoyées dans le Sinkiang, la demande d'indemnisation de leur famille ayant été jugée déraisonnable. D'après les autorités, cette famille serait composée de quatre personnes, dont trois seraient physiquement ou mentalement handicapées. 

Avril 2009: selon Radio Asie Libre, une trentaine de personnes ont été arrêtées par la police à Ghuldja (Yining en chinois), pour une raison mystérieuse. Ces personnes étaient réunies chez l'une d'entre elles pour une soirée traditionnelle. Trois d'entre elles resteront un mois en prison, une autre, enceinte, sera libérée au bout de 12 à 13 jours, sept autres seront condamnées à des travaux d'utilité publique (cueillette de légumes) (voir  ici). 

Mai 2009: les scientifiques de l'Institut d'Écologie et de Géographie du Sinkiang (EGI) de l'Académie des Sciences, ont récemment cultivé une nouvelle espèce de blé tolérante au sel avec une production de plus de 400 kg par mu (666,67 mètres carrés) (Synergy). 

Juin 2009: quatre détenus ouïgours de Guantanamo, reconnus innocents de l'accusation de terrorisme, ont été accueillis aux Bermudes afin d'éviter d'avoir des comptes à rendre à la justice chinoise (Le Monde - 13 juin). La Chine exige cependant des États-Unis qu'ils lui rendent les 17 Ouïgours détenus à Guantanamo membres du Mouvement islamique du Turkestan oriental qui est inscrit sur la liste des organisations terroristes. 

Juillet 2009: à la suite d'une rixe sanglante initiée par des Chinois contre des ouvriers ouïgours, accusés d'abus sexuels sur des Chinoises, dans la région de Canton, une manifestation étudiante de protestation s'est déroulée, le 5 juillet, à Urumqi, pour demander justice et protester contre la politique gouvernementale de migration des travailleurs ouïgours. Des troubles violents ont éclaté mettant aux prises Han et Oïgours. Réprimés par les forces de l'ordre, ils ont entraîné des arrestations et causé la mort de plusieurs personnes (140 à 156) et fait plus de 800 à 1080 blessés. D'autres rassemblements auraient eu lieu à Kashgar, à Aksu, dans la préfecture kazakh de Yili et à Dawan, dans le district des Tianshan (sources chinoises et ouïgoures de la diaspora - 5 et 6 juillet). 

D'après la dissidence ouïgoure à l'étranger, ces manifestations ont été précédées par plusieurs incidents: viols de fillettes par un instituteur ultérieurement limogé à Yarkand, envoi de jeunes filles ouïgoures de villages du sud travailler en Chine, démolition de parties historiques de la ville de Kashgar destinées à être remplacées par des immeubles modernes, rixe à  Shaoguan, dans la région de Canton, déjà citée, ayant causé deux morts selon les autorités et beaucoup plus d'après les dissidents. Internet se serait fait l'écho de ces événements, beaucoup de sites ouïgours prenant le deuil. La passivité des autorités chinoises à l'encontre des faits préjudiciables aux Ouïgours commis par des Han expliquerait l'explosion de violence; Pékin attribue au contraire celle-ci aux intrigues des opposants de l'extérieur (Mme Kadeer) et la rapproche des émeutes du 14 mars 2008 à Lhassa. 

Mardi 7 juillet des habitants d'Urumqi d'origine han seraient descendus dans la rue pour intimider les Ouïgours. Les autorités ont invité la population à garder son calme et à ne pas tomber dans des affrontements inter ethniques. Le même jour, de nouveaux affrontements se seraient produits notamment à Kashgar où la police aurait dispersé 2 à 300 manifestants devant la mosquée Idkha. L'accès à Internet a été coupé au Sinkiang pour ramener le calme, ce média ayant été utilisé pour propager la contestation. Urumqi, où la tension reste forte entre les ethnies, est quadrillée par l'armée. La situation paraît assez grave pour que le président de la Chine, Hu Jintao, renonce à participer au G8 en Italie (diverses sources chinoises et françaises - 8 juillet). 

Des rumeurs alarmantes circulent parmi les Ouïgours de la diaspora: à Urumqi, les Han seraient passés à l'action et agresseraient les Ouïgours dans les rues; des magasins tenus par des Han auraient été la cible des manifestants le 5 juillet et maintenant des magasins ouigours seraient détruits en nombre encore plus important. D'après la presse chinoise, le couvre-feu aurait été levé à Urumqi, mais la tension resterait perceptible et des journalistes auraient été attaqués en rentrant à leur hôtel; à l'aéroport d'Urumqi, beaucoup de gens chercheraient à fuir la région et les magasins de la ville se videraient par suite de constitution de stocks par les habitants craignant une dégradation de la situation. Par ailleurs, Mme Kadeer, dans un entretien avec la chaîne Al-Jazeera aurait utilisé, pour dénoncer la répression, une photo d'un journal chinois se rapportant à des événements qui se sont déroulés non pas au Sinkiang mais à Shishou dans le Hubei (9 juillet). 

D'après des informations en provenance de la diaspora ouïgoure, le vendredi 10 juillet, malgré une forte présence policière, de nouvelles manifestations auraient eu lieu à Urumqi. La plupart des mosquées étaient fermées par ordre des autorités, mais certaines auraient été rouvertes sous la pression de la foule. 

Le bilan des morts des troubles d'Urumqi, où le calme semble revenir, est revu à la hausse par les autorités chinoises qui annoncent maintenant 184 morts: 137 Han, 46 Ouïgours, l'ethnie majoritaire, musulmane et turcophone, du Sinkiang et un Hui, minorité musulmane chinoise. Les Ouïgours réfugiés à l'étranger estiment, quant à eux, que le nombre des victimes de leur ethnie est beaucoup plus élevé (AFP - 11 juillet). 

Même si la situation tend à se stabiliser et si les commerces rouvrent à Urumqi, de nouveaux incidents y ont eu lieu (attentat contre une station de carburant); la répression par les forces de l'ordre d'une nouvelle manifestation aurait en outre entraîné la mort de deux personnes. Les journalistes sur place font état de dissensions au sein de la communauté ouïgoure (France2 - 13 juillet). D'après la presse chinoise, les deux personnes tuées ne participaient pas à une manifestation mais faisaient partie d'un groupe de trois individus armés de couteaux et de bâtons qui s'en prenaient à un Ouïgour et refusèrent de se laisser désarmer par la police; le troisième membre du groupe, blessé, aurait été hospitalisé. Le nombre des morts pourrait augmenter dans les jours à venir car les blessés sont désormais 1680 parmi lesquels 74 dans un état très grave. 

D'après les autorités chinoises, le Sinkiang figurerait en tête des cinq provinces et régions autonomes du nord-ouest en terme de revenu par habitant rural et la progression du PIB y aurait été plus élevée que dans le reste de la Chine au cours des dernières années. Mais les causes des troubles qui viennent d'avoir lieu ne sont sans doute pas de nature économique et les incidents de Shaoguan, s'ils ont servi de détonateurs, n'ont sans doute fait qu'exacerber un malaise latent. D'après Barry Sautman, un expert en matière de politique ethnique de l'Université de Science et de Technologie de Hong Kong, les difficultés rencontrées au Sinkiang peuvent inclure les disparités économiques entre les ethnies ainsi que les réglementations locales susceptibles d'affecter les pratiques religieuses; il cite notamment l'absence de statistiques sur les différences de revenus entre les ethnies et les restrictions sur l'enseignement religieux dans les écoles. 

Les autorités chinoises évaluent désormais à 192 le nombre des morts des troubles qui se sont déroulés à Urumqi (16 juillet). 

D'après les autorités chinoises, les mosquées d'Urumqi ont été à nouveau toutes ouvertes aux fidèles pour la prière du vendredi. On apprend que la branche algérienne d'Al Qaida menace de s'en prendre aux intérêts chinois à l'étranger pour venger les Ouïgours (17 juillet). 

Les autorités chinoises évaluent désormais à 197 morts et 1700 blessés le bilan des troubles d'Urumqi. Le 5, les forces de l'ordre, après des tirs de sommation sans résultat auraient abattu 12 émeutiers. Un renforcement de la législation contre le séparatisme est à l'étude tandis que les forces armées chinoises et russes vont se livrer dans les jours qui viennent à des manoeuvres pour lutter contre le terrorisme (20 juillet). 

La Chine retire ses films en compétition au festival de Melbourne en raison de l'acceptation par les organisateurs de ce festival d'un film sur Mme Kadeer (25 juillet). 

Sous le titre "Menace sur Kashgar", une journaliste du Monde décrit la rénovation en cours dans cette ville comme offensante pour la religion musulmane (un supermarché et un écran géant ont été édifiés près de la mosquée Idkah) et destructrice de la convivialité que rendait possible l'habitat traditionnel. Un nouvel ancien quartier, aux rues élargies pour laisser passer les voitures, sera construit mais la journaliste brocarde son côté artificiel. La destruction de vestiges du passé est certes attentatoire à la culture d'un peuple, mais la critique serait plus pertinente si elle venait de ressortissants d'un pays qui respecte ses propres reliques. Il suffit de voir ce qui s'est passé à Paris, et ce qui continue de s'y passer, pour s'apercevoir que nous sommes mal placés pour condamner les agissements déplorables d'autrui en la matière. 

Août: les autorités chinoises publient la liste accompagnée de photos de 15 personnes (14 Ouïgours et 1 Han) qui seraient à l'origine des émeutes d'Urumqi en leur enjoignant de se rendre avec promesse d'un jugement clément et en les menaçant de la plus grande sévérité si elles persistent à se cacher. Les Ouïgours en exil observent que les photos laissent supposer que ces personnes sont déjà en prison et elles réclament l'intervention d'une commission d'enquête internationale pour faire la lumière sur ces tragiques événements (2 août). 

La police chinoise a arrêté 319 personnes de plus au Sinkiang. Elle les accuse d'avoir participé aux émeutes du mois de juillet après lesquelles 1600 personnes ont déjà été placées en détention (La Montagne - 4 août). D'après les autorités chinoises, des membres de la famille de Mme Kadeer lui auraient écrit pour l'exhorter à la non violence tout en s'excusant auprès des victimes des émeutes; un seul fils de la dirigeante du Congrès mondial ouïgour serait en prison pour des raisons de droit commun, les autres exerceraient librement leur profession au Sinkiang. 

Septembre: les Han du Sinkiang manifestent contre les menaces et vexations qu'ils subiraient de la part des Ouïgours (France 2 - 3 septembre). 

Le chef du parti et celui de la police du Sinkiang sont limogés. Cinq personnes seraient décédées et quatorze auraient été blessées à la suite des dernières manifestations qui exigeaient une protection accrue et une grande sévérité à l'encontre des partisans de l'indépendance lesquels s'en prendraient maintenant à leurs adversaires en utilisant des seringues hypodermiques emplies de produits dangereux (drogue, anthrax, poison) (China Daily - 6 septembre). D'après des informations en provenance de la diaspora, la tension demeurerait sensible à Urumqi entre Han et Ouïgours qui se regrouperaient dans leurs quartiers respectifs. Beaucoup de Han auraient déjà quitté le Sinkiang. 

D'après un article récent, 50% des Ouïgours du Sinkiang souhaiteraient une autonomie plus large, 30% seraient partisans de l'indépendance, 5 à 10% seraient pour le maintien du statut-quo et les autres n'auraient pas d'opinion. Les Ouïgours penseraient faire l'objet de discriminations dans leur propre région tandis que les Han estimeraient que les avantages dont ils bénéficient déjà en matière d'éducation ou de planning familial sont indus. Le nombre des personnes arrêtées à la suite des troubles fait l'objet d'informations divergentes selon les sources (de 1400 à 10000!); il serait d'au moins 1687 personnes (Revue géopolitique - 15 septembre). 

Le 25 septembre, une explosion détruit un restaurant ouïgour à Pékin. La police attribue cette explosion à une fuite de gaz. Mais, dans les milieux ouïgours de l'extérieur, on parle d'un attentat imputable à de jeunes extrémistes han. 

Un Han a été condamné à mort et sept autres à des peines de prison suite aux événements qui aboutirent à la mort de deux Ouïgours au Guandong en juin dernier. Ces événements servirent de prétexte aux émeutes d'Urumqi, le 5 juillet. Six Ouïgours ont été condamnés à mort et un autre à la prison à vie pour plusieurs meurtres et des pillages à la suite de ces émeutes. 

La justice chinoise a prononcé six nouvelles condamnations à la peine capitale contre des émeutiers d'Urumqi, portant au total à douze le nombre des condamnés à cette peine, dont apparemment un Han accusé d'avoir tué un Ouïgour le lendemain des émeutes. Quelques condamnés bénéficient d'un sursis, ce qui autorise une commutation de peine en cas de bonne conduite. D'autres, plus nombreux, ont été condamnés à des peines de prison (A.F.P. - 15 octobre). 

Cinq autres Ouïgours ont été condamnés à mort en relation avec les émeutes de juillet dernier. Les précédents condamnés auraient été exécutés (China Daily - 4 décembre). 

Trois nouveaux prévenus ont été condamnés à mort au Sinkiang en relation avec les émeutes de juillet dernier, dont, pour le première fois, une femme d'une trentaine d'années. Les condamnations à la peine capitale s'élèveraient maintenant à 17 dont 9 auraient été exécutées (China Daily - 5 décembre). 

D'après des informations de la diaspora, une vingtaine d'Ouïgours, qui s'étaient réfugiés au Cambodge, ont été renvoyés Chine par les autorités de ce pays. Dans le passé, le Pakistan et le Népal ont également remis des dissidents Ouïgours à la Chine. 

La justice chinoise a prononcé cinq nouvelles condamnations à mort en relation avec les émeutes de juillet au Sinkiang, ce qui porte à 22 le nombre des condamnés à la peine capitale en relation avec ces événements (La Montagne 25 décembre). 

Mai 2010 - Un économiste ouïgour de l'Université Centrale des Nationalités de Pékin, Ilham Tohti, qui préconise pourtant la solution du problème posé par le Sinkiang dans le cadre de la législation chinoise, s'est vu opposer un refus de participer, au mépris de la loi chinoise, au deuxième Colloque International des Cultures du Monde Turcophone,  après y avoir été dûment autorisé, comme il l'explique sur son blog. Ce colloque devait avoir lieu à Izmir, en Turquie, entre le 18 et le 24 avril dernier. 

Juillet 2011 - L'attaque d'un poste de police à Khotan se solde par une vintaine de morts. A la fin du mois, à Kashgar, deux incidents causent la mort de 18 personnes; des passants auraient été attaqués à l'arme blanche. Plus de 500 enfants et adolescents originaires du Sinkiang ont été sauvés grâce à la campagne de lutte nationale contre le trafic d'êtres humains lancée en avril par les départements de la sécurité publique à travers la Chine selon le Quotidien du Peuple. 

Juillet 2012 - La dégradation de l'environnement menace gravement l'économie pastorale nomade du Sinkiang. Des restrictions concernant la dimension des troupeaux ont été imposées aux éleveurs pour tenter de ralentir le processus de désertification. Des subventions ont été accordées pour réduire le nombre de bêtes, mais elles sont jugées insuffisantes par les bénéficiaires. Par ailleurs, la diminution du cheptel entraîne un renchérissement des animaux et favorise la criminalité, leur vol devenant de plus en plus lucratif. Des nomades ont été incités à se sédentariser et à cultiver des champignons grâce à un programme de construction de "maisons vertes" assorti d'une formation permettant de s'adapter à ce nouveau mode de vie (China Daily - 12 juillet). 

Mars 2013 - Au Sinkiang, vingt personnes ont été condamnées pour séparatisme à des peines de prison allant jusqu'à la  perpétuité. (Le Monde - 29 mars). 

Avril 2013 - Un violent affrontement s'est produit mardi dernier (23 avril) dans un bourg du district de Bachu de la préfecture de Kashgar, à 1200 km au sud-ouest d'Urumqi. Cet affrontement aurait entraîné la mort de quinze policiers et membres des services sociaux ainsi que de six rebelles. Plusieurs suspects ont été arrêtés (Quotidien du Peuple - 30 avril). 

Octobre 2013 - Un attentat a été commis cette semaine, place Tien An Men, par trois personnes d'origine ouïgoure à bord d'une voiture bourrée d'essence. Pour riposter à cette action, qualifiée de terroriste par les autorités chinoises, celles-ci auraient, selon des sources ouïgoures, arrêté plusieurs dizaines de personnes au Sinkiang (20 minutes - 2 novembre). 

Décembre 2013 - Selon les autorités, le 15 décembre, dans les environs de Kashgar, un groupe de terroristes musulmans aurait attaqué les forces de police et deux officiers auraient été tués ainsi que 14 terroristes,  et 6 autres auraient été arrêtés. Selon Radio Free Asia, ce serait la police qui, en pénétrant dans une maison de musulmans radicaux, qui célébraient une fête familiale, et en soulevant le voile d'une femme, auraient créé l'incident qui dégénéra. Les deux officiers auraient été poignardés et des membres de la famille, sont 6 femmes, auraient perdu la vie. Depuis le début de l'année, d'après les médias chinois, des incidents comparables auraient causé la mort d'une centaine de personnes, 200 selon les Ouïgours en exil. 

Mars 2014 -  Une trentaine de personnes (28 ou 29 selon les sources) ont été tuées à l'arme blanche dans une gare de Kunming, au Yunnan. On compte aussi des dizaines de blessés. Les autorités chinoises accusent les séparatistes ouïgours (20 minutes - 2 mars). Cet attentat a d'ailleurs été revendiqué par un mouvement djihadiste ouïgour tandis que le parti islamique du Turkestan, lié à Al Qaida, menace Pékin de nouvelles actions meurtrières. 

Mai 2014 - Plusieurs bombes jetées par des indépendantistes ouïgours fonçant sur la foule d'un marché ont tué plus de trente personnes (39 d'après les dernières nouvelles) et blessé une centaine d'autres à Urumqi dans la matinée du 22 mai. Pékin réplique en déployant d'importantes forces de maintien de l'ordre dans la capitale du Sinkiang. 

Août 2014 - Cinquante-neuf individus qualifiés de terroristes et 37 civils ont été tués dans les affrontements survenus dans le Sinkiang, les plus meurtriers depuis cinq ans dans cette région musulmane du nord-ouest de la Chine (Le Monde, 3 août). 

Les autorités de Karamay (Sinkiang) ont interdit aux hommes portant de grandes barbes et aux personnes arborant le croissant islamique sur leurs vêtements de monter à bord des autobus municipaux, a rapporté le Quotidien de Karamay, un journal local. De même, les femmes portant un hijab (voile couvrant les cheveux et le cou), un niqab (qui couvre le visage pour n'en montrer que les yeux) ou une burqa (qui cache entièrement le corps) sont bannies des transports en commun (20 minutes, 7 août). 

Avril 2015 - Pékin souhaite obtenir l'appui de l'Afghanistant pour lutter contre le séparatisme ouïgour (Le Monde - 27 avril) . 


Le Sinkiang n'a jamais existé comme nation. Ses populations sont davantage tournées vers l'Asie centrale que vers la Chine; mais cette dernière puissance est présente dans la région depuis très longtemps, même si cette présence a connu des éclipses et si elle n'a représenté qu'une proportion mineure de la population jusqu'au 20ème siècle. Peut-être une identité nationale est-elle en cours de formation, en s'appuyant sur l'exemple de l'accession à l'indépendance des anciennes républiques soviétiques d'Asie centrale; mais cet exemple peut servir d'accélérateur ou de frein, selon la réussite ou l'échec des nouveaux États; en outre, depuis la décomposition de l'Union soviétique, l'influence économique et politique de la Chine n'a cessé de grandir en Asie centrale, au fur et à mesure que celle de la Russie s'affaiblissait, et cet aspect de la question n'est évidemment pas neutre; enfin, l'opposition nationaliste est encore marquée par ses divisions antérieures, entre réformistes et conservateurs, et l'unification récente de la diaspora paraît précaire et peu influente. Si l'identité nationale reste cantonnée aux Ouïgours, sans fédérer les autres ethnies, son avenir est incertain, les Ouïgours étant désormais minoritaires dans une région où les Han représentent plus de 40% de la population(*). Les autorités chinoises peuvent espérer que l'amélioration des conditions de vie, une accession plus large des Ouïgours aux couches sociales aisées et une augmentation significative de leur participation à la direction politique régionale finiront par désarmer une opposition où les éléments radicaux semblaient marginalisés ces dernières années même si les tensions inter ethniques subsistent.  

Il est certain que Pékin ne tolérera, de longtemps, aucune velléité de séparatisme, en raison de l'importance stratégique de la région: son sous-sol renferme d'importantes ressources en hydrocarbures et elle est une voie de  passage vers les gisements pétrolifères d'Asie centrale. Il convient également de se souvenir, qu'au cours de son histoire, même récente, la Chine a connu de tragiques périodes de division; les autorités actuelles sont donc sensibles au danger que représenterait, pour l'unité nationale, une autonomie trop large, et a fortiori l'indépendance, alors que le pays comporte une bonne cinquantaine d'ethnies différentes qui pourraient revendiquer le même statut. Enfin, pour apprécier correctement la situation, il est nécessaire de se rappeler que la République populaire de Chine n'est pas le seul pays d'Asie à rencontrer des difficultés dans ses zones périphériques; sans parler de l'Afghanistan, le Pakistan au Balouchistan, l'Inde au Cachemire et en Assam, Le Sri Lanka dans la région tamoule**, se heurtent à des rébellions armées séparatistes; au Népal, une insurrection d'inspiration maoïste à eu raison de la monarchie qui a été abolie; en Birmanie, la lutte des Karen dure depuis 1948 et, en 2013, la majorité bouddhiste s'en est pris violemment à la minorité musulmane; la stabilité et l'unité de bien d'autres pays (Thaïlande, Indonésie, Philippines...) sont également menacées, même si on en parle peu. 

* Les principales nationalités présentes au Sinkiang sont, par ordre d'importance, les Ouïgours (environ 8,5 millions), les Han (environ 7,3 millions), les Kazakhs (1,3 millions), les Hui, appelés aussi Dounganes (environ 850000), les Kirghizes, peut-être lointains descendants des Xiongnu (environ 170000), les Mongols (environ 160000), les Tadjiks (environ 41000), les Xibe (environ 41000), les Mandchous (environ 23000), les Ouzbeks (environ 13000), les Russes (environ 10000) (ces chiffres, datant du début du 21ème siècle, ne sont pas très récents). Historiquement, ces populations se sont partagées les différentes niches écologiques locales. Les oasis au sud des Tianshan étaient ainsi traditionnellement peuplées de sédentaires ouïgours; la chaîne des Tianshan et les steppes au Nord étaient le domaine des nomades kazakhs et kirghizes; à ces populations turcophones s'ajoutaient des nomades mongols dans le Nord et líEst, une communauté tadjike dans le Pamir chinois et quelques commerçants ouzbeks et tatars dans les grandes oasis. La colonisation chinoise a progressivement modifié cette répartition à partir du 18ème siècle. La religion dominante des nationalités non Han est l'Islam de rite sunnite fortement marqué de soufisme; les Tadjiks du Pamir sont cependant de confession chiite. 

** La rébellion tamoule a été écrasée par les armes en 2009, avec la bénédiction du clergé bouddhiste du Sri Lanka, mais pour combien de temps?


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