Quelques passages glanés au hasard de mes lectures...

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F. Menéndez A. Mounic J.-P. Lassalle J. Joubert Bouscarat - Muffat-Joly - Saimot S. Alié-Daram C. Cailleau J.-C. Villain P. Beaucamps M. Bertoncini
T. Laspalles M. Cosem R. Pochtar E. Chassefière V. Aranda C. Danjou M. Dugardin M. Lac A. Chemin-Bocage P. Badin
J.-M. Tartayre C. Le Penven Y. Namur M. Choukri B. Doucey S. Brest J.-J. Dorio Bas de page
 
Fernando Menéndez: LAGUNE D'AUBES ET DE MERS (extraits)
 .
1

Ce n'est pas ma solitude
qui te domine
ni mes paroles
celles qui t'écrivent
mais ma pensée
celle qui te nomme
dans le parfum des orangers
et des eucalyptus.
...

14

Le rêve enfin nous vient
de papillons
nimbant ce chant
de mort
et de lumière
où la poésie prend
la forme pressentie
encore à naître
de l’amour.

D'autres textes de ce poète sont ici



Anne Mounic: On se demande s'ils sauront

Encres Vives - N° 447
 .
On se demande s'ils sauront

Dans le froid de décembre, qui crispe
et rend pusillanime, le jeune couple qui,
peut-être, se forme à présent, ou vient, - depuis quelques
jours, quelques minutes -, de se déclarer,
a l'air emprunté, chacun à sa façon, l'un et l'autre.

La jeune femme, talons hauts, collants noirs,
trop fins contre le froid, se tient sur la réserve
de la séduction, évitant le faux pas, qui reviendrait
à trop donner ou à cesser de plaire; le jeune homme,
l'air maladroit, tente d'écarter toute violence
de son comportement, se montre tendre, et disposé
à obéir. Se souvient de sa mère.

A les voir si maladroits, on se demande s'ils sauront
tisser entre eux deux le lien invisible qui dans l'ombre
charnelle fonde le lieu fluide de l'amour, une
certitude intérieure émaillée d'exigences, de déceptions,
de naïveté et d'enchantement -
                                                   cette chaleur de la lumière
au coeur de la nuit qui, décembre, envahit le jour.

D'autres textes d'Anne Mounic sont ici



Jean-Pierre Lassalle: Il convient

Encres Vives - N° 448
 .
Hanko Miastik

Tant d'arbres givrés par le grand froid du temps
André Breton Marcel Duchamp René Alleau
Alain Mangin Roger Van Hecke Jean Palou
Sarane Alexandrian Mesens Suquet Rosey
Philippe d'Araucanie et Gérard Legrand
Avec le maître d'Eoux Robert Amadou
Enfin pleuré toi qui nous veilles Gaston Puel
Adrien Dax lisant sans fin les ennéades
            J'ai même accompagné Schuster
            Au cimetière de Pantin
            Lui qui pourtant ne m'aimait guère
Le coeur d'Anne Bédouin ouvert au grand Gurdjieff
            Et Jean-Louis aux athanors
Et vous tous amis de Rimbaud et de Ducasse
            Nous pleurons Jean-Jacques Lefrère
Le compagnon d'errance à Montevideo
            Et Caradec pour l'asado
A Montréal Tokyo Paris Tarbes et Pau
            A Penne aussi Noël Arnaud
Arsène Bonafous-Murat Saint-Antonin
Tant d'arbres givrés par le grand froid du temps
            Papier glacé des amis morts.



Jean Joubert (1928-2015): L'éternité de la rose

Encres Vives - N° 449
 .
Villages

Dans quel beffroi trouverons-nous encore l'orfraie criarde ivre de vin de messe?
Il n'y a plus de prêtre ensoutané pour marmonner matines à l'heure bleue du coq.
Silencieuses sont les arches où ne rôde qu'un chien couleur de pus,
mais sur le mail qu'un franc soleil grillage d'ombres et de rameaux
les filles ont toujours des chevelures d'orge mûre et d'orage
des hanches comme houle sur les blés
et au corsage cette montée de sève dans le fruit.
Elles rient et chuchotent lorsque passent, casqués de sueur, les garçons
et parfois l'une d'elles, soudain rêveuse, séparée,
se détache et se perd dans l'ombre des ruelles.

D'autres poèmes de Jean Joubert sont ici



Fabrice Bouscarat, Martine Muffat-Joly, Andrien Gérard Saimot: Quatorze pour trois - Petit livre à empocher
.



Simone Alié-Daram : Syllabes

Encres Vives - N° 450
 .
A la fois hier et demain
Est-ce que le présent existe
A part dans les conjugaisons?
Il ne faut pas dire aux enfants
Que les étoiles sont mortes depuis longtemps
Mais espérer que l'arbre d'hiver
Oublie son squelette au printemps.



Claude Cailleau : Un parcours littéraire atypique

Encres Vives - N° 451
.

.
D'autres poèmes de C. Cailleau sont ici



Jean-Claude Villain : L'ombre, l'effroi

Encres Vives - N° 452
 .
ici

toute tombe

est vide

ni suaire

ni sang
 

dans les tranchées
des arbres croissent

sans ombre

sans gibet
 

à leurs racines
mille cailloux
en pyramides
 

vestige secret
d'un ossuaire

D'autres poèmes de J.-C. Villain sont ici



Traversées - N° 78 - Décembre 2015

Patrick Beaucamps

Instantané

Vous donnez à boire à votre fils.
Vous le laissez seul cinq minutes,
le temps de passer à la cuisine
rincer le biberon.

Lorsque vous revenez,
il chausse du quarante-trois et discute
au téléphone avec sa petite amie.

Vous soupirez et fermez les yeux
un instant.
Quand vous les rouvrez,
il tient un bébé dans ses bras
et vous appelle papy.



Marilyne Bertoncini : La dernière oeuvre de Phidias

Encres Vives - N° 453
 .
A l'embrunir
l'âme des choses -
comme un halo -
sourd de la matière

Sous le carrare blanc luit l'esquisse
d'un mouvement -
parole ou sourire on ne sait
retenu comme le sinueux
mouvement de la tête penchée

Quelque tremblant fantôme s'accroche encore aux vitres
aux arêtes polies des meubles
qui m'entourent

La candeur du marbre diffuse -
intense et fugitive -
la lumière

remontant de la pierre
du fond des âges d'avant l'homme
d'avant toute chose

toujours en quête d'une forme
soustraite
chaque soir
au néant

Ainsi dans le bloc ébauché
la matière fait signe
au sculpteur
afin qu'il en révèle
la forme qu'elle contient



Thierry Laspalles: Brefs éclats

Encres Vives - N° 454
 .
LA TERRE LASSEE

                                      C'est la terre lassée
                                 des brûlures de l'esprit.

                                                      Saint-John Perse

I

    Mythe d'une perfection qui fut au commencement :
quand l'homme n'était pas encore.

    Songe de poète: la consonance du monde et de
l'homme à l'origine.

    Mais l'homme n'est qu'une saison: le temps d'un jeu
dans la grande cour de l'univers.

    L'homme est une apparition: imprévue, et sans doute
éphémère.
 

II

    L'homme s'est arraché à la nature; c'est depuis lors
qu'il flotte si maladroitement entre terre et ciel.

    Pourquoi précipiter le rendez-vous avant la fin?
L'homme ne serait-il qu'une erreur du hasard?

    Pourquoi éternellement se repaître de violence et de
terreur?

    Il faudra bien, un jour, faire place à l'ordre tendre des
poètes.



Michel Cosem : Le midi des coquelicots

Encres Vives - N° 455
 .
                                           La peau
                                est toute seule
                     et se promène la nuit
                Son regard est immobile
                                     comme fixé
                   sur l'éclat d'une braise
        Sa parole basse est inaudible
Je ne sais le chemin qu'elle prend
       entre les cailloux et les dieux
 Je n'ignore rien de ses offrandes
Le froid laboure la plaine et libère les corbeaux
Sortira-t-il enfin
de ses dents blanches
et de ses étreintes glaciales
qui mordent le temps
arrache l'écorce des arbres et des hommes?
Je reviendrai voir demain

Elle avait le nez piqueté comme un oeuf. Ses seins aussi et elle riait de se savoir convoitée, comme on convoite une colline rouge où poussent des prunes sucrées. Sa main dans ma main ne pesait pas plus lourd qu'un oiseau et elle faisait semblant de tout savoir.
Était-ce un livre? Était-ce hier? Était-ce dans une autre vie et pourquoi pas demain?

J'ai traversé des champs entiers d'orge et de blé tel le vent d'autan, telle la tramontane calligraphiant les nuées et les orages.
Je porterai au loin des nouvelles fraternelles, des crépuscules qui brillent et des déserts qui verdissent.
Je serai au rendez-vous des fleuves et des deltas, de la foudre et de la braise, là où le temps est comme un bijou.
Je donnerai aux mots la beauté et la luisance que nul ne saura oublier dans les temps à venir.

D'autres poèmes de Michel Cosem sont ici



Portail de Poésie (Portal de poesia)

Ricardo Pochtar : Petites perceptions (Pequeñas percepciones)

Amargord, 2016
 .
Livré à lui-même, le présent est une énorme erreur de perspective.

L'ombre, ce que les choses paient du prix de la mort.

Entre cogito et sum, règne le doute.

Le regard de l'autre sait davantage : il sait au moins que l'autre regard bat de la paupière.

Les religions: tant de personnes qui attendent que le monde se meurt.

Dans le sourire de l'instant, l'ironie du temps qui passe.

Si confuse la vérité, si claire l'erreur, si dense le chaos.

La photographie, cette invention prodigieuse qui atrophie la grâce du souvenir.
 

Le site de Portal de Poesia



Eric Chassefière : L'inaccessible ici

Encres Vives - N° 456
 .
Calme des jours qui se succèdent
enfilades des lucarnes
ouvrant sur d'énigmatiques jardins
de lointaines compositions de couleur
s'encadrant dans le noir des salles

tout est loin et proche
nous sommes dans l'entre-nuit
la profondeur qui sépare la lumière
de la réalité des formes éclairées

nous vivons dans l'écoute
de ce feu qui brûle en nous
pleinement conscient de cette mémoire
qu'il érode jour après jour
de cette part qu'il nous ôte
avec la perte nécessaire du rêve

nous voyons bouger dans la fenêtre
les fleurs d'un arbre
rien n'est dit du souffle qui les porte
ce souffle est en nous
le silence du feu est en nous
la flamme qui s'éteint est en nous

D'autres poèmes de cet auteur sont ici



Verónica Aranda  : Tatouage (Tatuaje)

Encres Vives - N° 457

Salon de thé La Española
 .
C'est une ville où le désir
a fait son nid dans les ancres.
Il y a une ancienne faute que nous expions
dans les salons de thé où il est possible
de construire des territoires de silence et béryl.

Le ferry de l'après-midi est parti,
mais la fumée bleuâtre ouvre à des souvenirs
que cimente le geste de faire des mots croisés.
Mémoire fuyante, fragile
des hommes qui viennent pour oublier.

Ici la peur entoure les marcs de thé.
Latitudes atlantiques
où nous ne renonçons pas à l'abîme.

Verónica Aranda est une poète espagnole, prix international de poésie Miguel Hernandez 2016. Les poèmes de ce recueil ont été traduits par Rémy Durand.



Chantal Danjou  : Inutilité de voir venir

Encres Vives - N° 458

Récits du Feu

D25
 .
Une certitude. On ne jette pas les couleurs. Comme les brindilles dans le feu. Autre certitude: la neige. Accumulation. Pellicule. Objets hétéroclites. Clairs-obscurs.
Terre. Révolue terre. De minuscules architectures. De grotesques jardins. Maçons, bâtisseurs et. Charpentiers, couvreurs, peintres. Pas plus hauts que des soldats de plomb. Ils disent: gagner du terrain. L'été vient. Ni eau. Ni feu. Ni tremblement.

D'autres textes de Chantal Danjou sont ici



Marc Dugardin  : Tenir parole - Gravures et monotypes de Marie Alloy

Ce qui reste - 2017
 
Marc Dugardin est un poète belge.



Michel Lac  : Une autre forme d'amour

Encres Vives - N° 459

Les mots
se mélangent
à l'encre.
Il peut commencer

                             Il écrit l'amour
                             de la nuit,
                             le refus du
                             sens donné
                             amour.

L'oeil s'est posé
sur la main.
Un trait
noir couvre
l'étendue
blanche.

                             Elle va
                             partir
                             la jeune fille.

suivre l'absente

                             Les amants
                             sont séparés.

Un autre texte de cet auteur figure ci-après



Arnaud Chemin-Bocage  : EPOS

Encres Vives - N° 460
 .
Mes chevaux rétifs galopent
le long d'un gouffre de silence
syllabes lancées dans le vide
un pont vers l'incommunicable.
...

Murs couverts de glyphes
tu tatoues mon nom par envoûtement
l'encre capture l'être.
...

L'arbre du monde abattu
ampute mon coeur privé d'espoir
mon cri déchire le vent.
...



Paul Badin  : Poèmes à l'étroit

Encres Vives - N° 461

NUIT ET LAMENTATIONS

Celle,  celui,  ceux  qui  pleurent,  là, entre
une  bougie,  un   bouquet  de  roses  et  la
flaque de  sang, le long du mur maculé, ne
mêlent  pas   leur    peur  à  la  douleur  du
monde.

Ils psalmodient l'effroi, ils veulent laver la
haine,  ils  mêlent   leur  humble  don,  aux
prières  affligées, ils tissent les liens de la
fraternité dans les coeurs déchirés.

Leurs  corps  trop  submergés  par tant de
barbarie, offrent leurs larmes, leur colère,
la  sueur  de  leur  courage,  à  l'espérance
hébétée,  qu'il  faut  à  nouveau   implorer,
recommencer.

Ils  lèvent,  face   à  la  barbarie,  l'éternel
visage  des libertés chèrement  conquises,
jamais acquises.



Jean-Michel Tartayre  : Poudre de jour

Encres Vives - N° 462

Pénombre

L'air  comme  poudreux,     où  filtre  une lumière grise,     sans soleil -
impulse un rythme lent à l'écriture.

Par  les  sens  cherchant  les  mots qui pourraient donner une réalité à
cela.
            Mais c'est là...

... un regard posé dans la pénombre de la chambre, qui semble vouloir
éclairer par bribes une zone incertaine -
                                                                     à midi passé.
 

Les  secondes  s'égrènent  au  passage  de  l'aiguille  sur  le  cadran de
l'horloge,      signes du réel qui se succède sans cesse à lui-même - tels
que conférant au corps et à sa mémoire une fonction de sablier.

La  parole  en  germe  dedans      portée  par  l'enfance  renouvelée de
l'esprit -
             ou mots ouverts sur le jour,
                                                               la liberté.

D'autres poèmes de Jean-Michel Tartayre sont ici



Anne Mounic  : Tout l'à-propos de ces merveilles

Encres Vives - N° 463

utopie qui respire

La paix vaste et féconde, synonyme
de plénitude, s'atteint sur l'axe vertical
de l'utopie qui respire, puisant
comme un arbre en nous son souffle,
sa sève, tandis que s'étire
le fleuve, lisse sous le soleil
et apprivoisant le ciel sur le défi
de sa lenteur.
                                       Durant les dernières journées
de l'été, il faut savoir rassembler
les raisons cachées de la joie -
l'infatigable énergie où s'enracine
l'arbre du souffle.
 
D'autres textes d'Anne Mounic sont ici



Cédric Le Penven  : Variations autour d'un geste -2-

Encres Vives - N° 464

Cet espace rouge
à l'intérieur du ventre
nos angoisse
en gestation
la peur de ne savoir
garder la main ouverte
lorsque monte la colère
de laisser éclater
l'injure qui salit
celui qui la profère

...

et puis toi
si attentive
tu le vois lui
dans ce monde clos
de ton ventre
sais qu'il ne sait
pas jusqu'où
étirer ses bras
ses jambes
ni porter son regard
qui jamais n'a vu

...

Main posée
sur l'agitation invisible
de celui qui déjà
n'est plus nous
devient lui
dans nos regards
échangés
l'étonnement
d'offrir la vie
sans la comprendre
 
D'autres textes de Cédric Le Penven sont ici



Yves Namur  : Nous marchons (2001)

Nous marchons,

Nous marchons avec la solitude,
Avec la neige et les branches des arbres.

Nous marchons avec les errants,
Avec la parole perdue, les obscurs
Et les poèmes défaits.

Nous marchons,
Comme si marcher c’était se tenir debout,
Loin de soi et au-devant de soi-même.

Nous marchons,

Nous marchons depuis toujours
Dans une forêt de cristal et dans les arbres,
Dans le bec de l’oiseau et sous l’anneau d’or.

Nous marchons,
Nous marchons dans l’immense.

Yves Namur est un poète belge.



Mohamed Choukri (1935-2003)

Tinjis

On dit de toi, terre de salut,
Que Noé bénéficia de ta paix.
Une colombe ou une huppe,
Un corbeau
Et entre deux vagues,
Tanger s'est reproduite comme l'écume des océans.

Sur ton hymen se sont succédé
Les scalpels de la lubricité et des conquérants,
Les rites de la réincarnation, de la métempsycose,
Et la fête de Bacchus déchaînait la frénésie des reines,
Le délire dans les jérémiades de la mer.
L'on aurait dit Troie, échue en partage au cheval.
L'on aurait dit une mariée écroulée,
Assommée, et ranimée par Zeus.

Mohamed Choukri était un poète marocain. Extrait de "Tinjis", Le Temps des erreurs, traduit de l'arabe par Mohamed El Ghoulabzouri - Seuil, 1994.



Bruno Doucey  : Ceux qui se taisent

Editions Bruno Doucey

Chroniques d'un village en temps de crise

1

Elles sont assises sous le mûrier
et conversent sans bavardage

Le soleil n'est jamais aussi beau
que dans son ombre

La parole n'est jamais aussi forte
que dans le silence

2
 
Une femme vêtue de noir
rit de toutes les dents
qu'elle a perdues

Son visage de pomme tavelée
dit une chose
et en raconte une autre

...

Les poèmes de Douce Ybroun
...

13

Quand il était enfant
les mots roulaient entre nos mains
comme des coquillages

Je disais Chien, il disait Niche
Ange? - Nage
Rose? - Oser
Vélo? - Volé

Et nous partions ensemble d'un  grand éclat de rire

Il nageait dans les nuages avec les anges
jallais en Chine avec le chien
nous rêvions de nous envoler en vélo
la fleur avait osé devenir rose

Mon enfant aimait alors la magie de l'image

Aujourd'hui
les jeux ne le font plus sourire

L'ivresse des mots est interdite
la parole est celle du Prophète
et qui écoute de la musique
court le risque d'être transformé
en singe ou en cochon

Quand il a dit Coran
j'ai répondu Narco

mais son regard m'a toisée

et j'ai vu sur ses lèvres
le poison des trafiquants du jour

...



Michel Lac  : Spécial Michel Lac

Encres Vives - N° 465

Chagrin d'un jour

Je regarde la plaine froissée par ses démons. La blancheur pesante d'un matin apeuré. Elle dit le froid et son chagrin du jour. Devant-elle des hommes appellent les couleurs de la région. Le blanc se dilue dans les ajoncs. Le vent se lève et couche tous nos rêves. J'ai du mal à écrire proprement. Jamais personne n'a su pleurer plus que nous. Des larmes sèches et nos yeux terreux sondent la peur du monde. A perte de vue, la plénitude du temps: la grisaille s'époussette et laisse son dépôt de cendre sur le sol. Les pleurs s'allongent sans lendemain. Le sombre et l'obscur se pressent aux portes de l'ombre. Pas une fille n'ose franchir la grille. Elles regardent de loin le lent ballet du clair obscur. Elles ne veulent pas tenter l'aventure. Tout semble aller trop vite. Les gares ne sont plus sûres. Les rues se diluent dans la boue du temps. Même le soleil est sale. L'éden est fait de détritus; ses jardins sont de véritables décharges. "La madone des ordures" trône face à des pèlerins incrédules.

Extrait de Carnets du destin - à paraître.



Simon Brest  : Des étésiens

Encres Vives - N° 466

Les portes cèdent
à la provende
des mots trempés
ruissellent à l'évier.

Je n'oublie pas
le meubles d'angles
les migrations d'hiver
la grenaille des souvenirs.

Nous allons souffler les quinquets, nous perdre en nous-mêmes. Le froid, la fête, autant d'occasions d'être réunis. L'haleine a réchauffé l'oeuf du coucou qui va naître. Mais viendra sur le tard l'odeur âcre des lampes.

Qui osera le premier mot?

Dans la sueur frétille la différence. A coups d'erreurs. Pour des réponse qui oscillent de la ferveur à la furie.



Jean-Jacques Dorio  : La nostalgie du présent

Encres Vives - N° 467

D'autres textes du même auteur sont ici



La revue  Incertain Regard  publie des notes de lectures. On peut les lire en cliquant   ici


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