Quelques passages glanés au hasard de mes lectures...

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F. Menéndez I. Hernández González M. Aguilar Carrillo J. Castillo Fan A. Sutzkever C. Ernesto Garcia A. Herrera Duarte Bas de page
 
Fernando Menéndez: Trente neuf haïkus
 .

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D'autres textes de cet auteur sont  ici
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Cañasanta

Ihosvany Hernández González

Dans l'attente d'une saison sous ce portique

                                               Je ne mourrai pas sans voir la neige
                                                                                                       Nelson Simón

nous avons cru qu'une île était un pays vaincu par le soleil et le salpêtre qui assoupissait nos visages pendant des années de fête. en guettant les premières cartes postales nous arborâmes le rêve de nager vers d'autres îles où éteindre la soif. Paris et Philadelphie furent des paysages parfaits en couleur, et  les yeux fermés nous percevions un port, une eau de roses, un savon de toilette. A contrario s'en allait la griffe de l'ami ébloui par la neige, la nuit du vingt-quatre décembre, la nuit où la mère dormait à La Havane après avoir béni le fils et suivi
le rêve.

Paris et Philadelphie ont planté les visages de l'étrange,
les drapeaux de l'incertain.

Nous avons cru que l'île était la mère candide disposée à lécher les blessures. nous avons été des créatures qui se réduisaient à perdre leur peu de valeur pendant de longues années de résidence au sein de la famille, favorisant la loyauté pour ne pas courir après les premières chimères. Plus tard, la mère à la porte leva la main et dit retourne avec cette poignée dont nous parlâmes tant et hissa mon rêve inachevé, cela calmera la fièvre de ce jeu perdu dans l'attente d'une saison sous ce portique.
de nouvelles cartes postales arrivent aujourd'hui à l'île, la mère réclame d'aborder à la nouvelle patrie de son fils, de dépouiller la misère de la table, et le pardon de ces années
qui nous ramènent à toute la famille.
paroles  inutiles
trouant les chansons de la troupe décimée
jeunes bottés aux longs cheveux qui déambulent par les rues
à la recherche d'un endroit pour l'amour, de paroles
citadines et qui ne savent pas
rien de ce jeu des apparences, de ce hasard
étincelant des villes qu'ils attendent
de cet automne pareil à une caresse.
ils s'ouvrent au vice et nous percevons seulement le parfum/ la couleur/ la rose
d'un autre jeune déloyal qui convoite et dans sa négligence
oublie la fièvre qui nous rend muets.

Paris et Philadelphie ont planté les visages de l'étrange,
les drapeaux de l'incertain.

Ihosvany Hernández González est un poète cubain qui vit à Montréal (Québec)
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Miguel Aguilar Carrillo

Théorie de la connaissance

Je l'ai su|J'ai palpé la surface et la ride presque
en silence|J'ai pénétré jusqu'au guano où le liquide
sacré s'amasse doucement|où le vent
vieillit pour voyager et grisonner
au plus profond
dans la grotte où nage la sirène avec ce hurlement
de remous nécessiteux|où la mauve exhale
son arôme
à quatre bras|à corps enflammé déconfit
et presque brin|Je l'ai su|Je l'ai connu sans rancoeur
et sans oubli ce fragment qui unit à ses fragments
cette vétille|ce vide tellement profond et si plein
cette île
pareille à la musique sans voix|avec l'haleine rude
qui est celle de la mort quand elle nous aime.

Miguel Aguilar Carrillo est un poète mexicain, couronné en 2009 par le prix Desiderio Macías Silva
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Jorge Castillo Fan

(De écho du feu)

Tu sais que je n'ai jamais eu d'âge seulement des battements
pour annoncer toute la rosée
que verse ton corps
sur le dernier iris du désir
Seulement ce chant qui à fleur de soif croissante
souligne mon destin
Seulement ce navire insomniaque qui échoue en toi
sans que tu le saches.
 

(De revolver de l'amour)

                      Tandis que je continue à t'aimer
                                                                      Juan Gabriel

Que Dieu entre dans ta poitrine
avec une lampe sans temps
et que fleurissent les enfants
comme un jardin d'étonnements couleur lilas
Que le pollen de ton rêve

adoucisse ton regard
et que tout le rêvé te couronne
(Tandis que je pleure dans l'obscurité
et que je continue de t'aimer).

Jorge Castillo Fan est un poète péruvien
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Carlos Ernesto Garcia

Amour interdit

Le néon frappe un corps dénudé
qui tourne harmonieusement
autour d'une barre.

Les regards lascifs
le poursuivent
en voulant l'atteindre
et le dévorer.

Le rhum et la bière coulent à flots.
On écoute Luis Miguel et Ricky Martin.
Le porte-jarretelles de la danseuse
déborde de dollars.

Elle sourit et pense:
au lait de ses fils
au loyer qui n'est pas payé
et qu'il est déjà très tard
et qu'elle a sommeil.
 

L'embuscade

Une poignée d'hommes
se dirigent sans le savoir
vers le néant.

A moitié ivre l'homme frémit.
La goutte de sueur au front.
Le regard fixé
sur les chronomètres
qui annoncent en silence
le surprenant point de départ.

Carlos Ernesto Garcia est un poète salvadorien qui vit à Barcelone
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Alcides Herrera Duarte

Dans le passé, avant cinq heures

Je crains de m'arrêter en face d'elle,
de marcher à son côté, de durer
dans le siège du passager.

Je crains de me montrer à des étoiles
que j'ai déjà vu mourir
dans cinq mondes, cinq avant les cinq heures.

Je chemine vers une nouvelle mort:
par un fil d'argent,
par la nouvelle relation.

Avec la foi de ces anges.
Je crains le nombre
et ses couleurs ennemies

et la cage d'or d'un instant
avec le feu. Dans ce monde, dans celui-ci.
Face à l'eau avec le sel.

Je crains son parfum semblable à ses mots.
Je crains qu'on parvienne à me voir,
Je voudrais être inconnu, quelqu'un par moi-même,

et que ces anges s'alarment
et se retirent.
Jusqu'à la grève de toutes les visions,

en un lit étranger, énumérant
des places, des dieux de boue,
je vais suivant la musique interdite.



Avrom Sutzkever (Smorgon 1913 - Tel-Aviv 2010)

Étendu dans une bière
Comme en un habit de bois
Étendu
Disons que c'est un vaisseau
Sur les vagues de l'orage
Disons que c'est un berceau

(Ces vers se réfèrent à une nuit entière passée caché dans un cercueil pour échapper aux rafles allemandes pendant la seconde guerre mondiale en Lituanie)

Là-bas (en Europe), je voulais par mon chant donner la vie aux vivants. Maintenant, je veux donner vie aux morts. (En Israël, 1953-1954)

Le soleil est à tout le monde, mais plus qu'à tous
Il est mien
Les racines des ténèbres
Je n'en ai nul besoin.
Je suis un enfant du soleil
Je suis la vie même
Et la trace d'un renard argenté sur la neige
Est ma mémoire.

(Ces vers font allusion à l'expérience du poète réfugié en Sibérie, pendant la première guerre mondiale, pour échapper aux pogroms)

Avrom Sutzkever était un poète Yiddish (source: Le Monde - 29 janvier 2010)

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