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| F. Menéndez | I. Hernández González | M. Aguilar Carrillo | J. Castillo Fan | A. Sutzkever | C. Ernesto Garcia | A. Herrera Duarte | Bas de page |
Cañasanta
Dans l'attente d'une saison sous ce portique
Je ne mourrai pas sans voir
la neige
Nelson Simón
nous avons cru qu'une
île était un pays vaincu par le soleil et le salpêtre
qui assoupissait nos visages pendant des années de fête. en
guettant les premières cartes postales nous arborâmes le rêve
de nager vers d'autres îles où éteindre la soif. Paris
et Philadelphie furent des paysages parfaits en couleur, et les yeux
fermés nous percevions un port, une eau de roses, un savon de toilette.
A contrario s'en allait la griffe de l'ami ébloui par la neige,
la nuit du vingt-quatre décembre, la nuit où la mère
dormait à La Havane après avoir béni le fils et suivi
le rêve.
Paris et Philadelphie
ont planté les visages de l'étrange,
les drapeaux
de l'incertain.
Nous avons cru que
l'île était la mère candide disposée à
lécher les blessures. nous avons été des créatures
qui se réduisaient à perdre leur peu de valeur pendant de
longues années de résidence au sein de la famille, favorisant
la loyauté pour ne pas courir après les premières
chimères. Plus tard, la mère à la porte leva la main
et dit retourne avec cette poignée dont nous parlâmes tant
et hissa mon rêve inachevé, cela calmera la fièvre
de ce jeu perdu dans l'attente d'une saison sous ce portique.
de nouvelles cartes
postales arrivent aujourd'hui à l'île, la mère réclame
d'aborder à la nouvelle patrie de son fils, de dépouiller
la misère de la table, et le pardon de ces années
qui nous ramènent
à toute la famille.
paroles inutiles
trouant les chansons
de la troupe décimée
jeunes bottés
aux longs cheveux qui déambulent par les rues
à la recherche
d'un endroit pour l'amour, de paroles
citadines et qui
ne savent pas
rien de ce jeu des
apparences, de ce hasard
étincelant
des villes qu'ils attendent
de cet automne pareil
à une caresse.
ils s'ouvrent au
vice et nous percevons seulement le parfum/ la couleur/ la rose
d'un autre jeune
déloyal qui convoite et dans sa négligence
oublie la fièvre
qui nous rend muets.
Paris et Philadelphie
ont planté les visages de l'étrange,
les drapeaux
de l'incertain.
Ihosvany
Hernández González est un poète cubain qui vit à
Montréal (Québec)
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Miguel
Aguilar Carrillo
Théorie de la connaissance
Je l'ai su|J'ai palpé
la surface et la ride presque
en silence|J'ai
pénétré jusqu'au guano où le liquide
sacré s'amasse
doucement|où le vent
vieillit pour voyager
et grisonner
au plus profond
dans la grotte où
nage la sirène avec ce hurlement
de remous nécessiteux|où
la mauve exhale
son arôme
à quatre
bras|à corps enflammé déconfit
et presque brin|Je
l'ai su|Je l'ai connu sans rancoeur
et sans oubli ce
fragment qui unit à ses fragments
cette vétille|ce
vide tellement profond et si plein
cette île
pareille à
la musique sans voix|avec l'haleine rude
qui est celle de
la mort quand elle nous aime.
Miguel
Aguilar Carrillo est un poète mexicain, couronné en 2009
par le prix Desiderio Macías Silva
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Jorge
Castillo Fan
(De écho du feu)
Tu sais que je n'ai
jamais eu d'âge seulement des battements
pour annoncer toute
la rosée
que verse ton corps
sur le dernier iris
du désir
Seulement ce chant
qui à fleur de soif croissante
souligne mon destin
Seulement ce navire
insomniaque qui échoue en toi
sans que tu le saches.
(De revolver de l'amour)
Tandis que je continue
à t'aimer
Juan Gabriel
Que Dieu entre dans
ta poitrine
avec une lampe sans
temps
et que fleurissent
les enfants
comme un jardin
d'étonnements couleur lilas
Que le pollen de
ton rêve
adoucisse ton regard
et que tout le rêvé
te couronne
(Tandis que je pleure
dans l'obscurité
et que je continue
de t'aimer).
Jorge
Castillo Fan est un poète péruvien
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Carlos
Ernesto Garcia
Amour interdit
Le néon frappe
un corps dénudé
qui tourne harmonieusement
autour d'une barre.
Les regards lascifs
le poursuivent
en voulant l'atteindre
et le dévorer.
Le rhum et la bière
coulent à flots.
On écoute
Luis Miguel et Ricky Martin.
Le porte-jarretelles
de la danseuse
déborde de
dollars.
Elle sourit et pense:
au lait de ses fils
au loyer qui n'est
pas payé
et qu'il est déjà
très tard
et qu'elle a sommeil.
L'embuscade
Une poignée
d'hommes
se dirigent sans
le savoir
vers le néant.
A moitié ivre
l'homme frémit.
La goutte de sueur
au front.
Le regard fixé
sur les chronomètres
qui annoncent en
silence
le surprenant point
de départ.
Carlos
Ernesto Garcia est un poète salvadorien qui vit à Barcelone
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Alcides
Herrera Duarte
Dans le passé, avant cinq heures
Je crains de m'arrêter
en face d'elle,
de marcher à
son côté, de durer
dans le siège
du passager.
Je crains de me montrer
à des étoiles
que j'ai déjà
vu mourir
dans cinq mondes,
cinq avant les cinq heures.
Je chemine vers une
nouvelle mort:
par un fil d'argent,
par la nouvelle
relation.
Avec la foi de ces
anges.
Je crains le nombre
et ses couleurs
ennemies
et la cage d'or d'un
instant
avec le feu. Dans
ce monde, dans celui-ci.
Face à l'eau
avec le sel.
Je crains son parfum
semblable à ses mots.
Je crains qu'on
parvienne à me voir,
Je voudrais être
inconnu, quelqu'un par moi-même,
et que ces anges
s'alarment
et se retirent.
Jusqu'à la
grève de toutes les visions,
en un lit étranger,
énumérant
des places, des
dieux de boue,
je vais suivant
la musique interdite.
Étendu dans
une bière
Comme en un habit
de bois
Étendu
Disons que c'est
un vaisseau
Sur les vagues de
l'orage
Disons que c'est
un berceau
(Ces vers se réfèrent à une nuit entière passée caché dans un cercueil pour échapper aux rafles allemandes pendant la seconde guerre mondiale en Lituanie)
Là-bas (en Europe), je voulais par mon chant donner la vie aux vivants. Maintenant, je veux donner vie aux morts. (En Israël, 1953-1954)
Le soleil est à
tout le monde, mais plus qu'à tous
Il est mien
Les racines des
ténèbres
Je n'en ai nul besoin.
Je suis un enfant
du soleil
Je suis la vie même
Et la trace d'un
renard argenté sur la neige
Est ma mémoire.
(Ces vers font allusion à l'expérience du poète réfugié en Sibérie, pendant la première guerre mondiale, pour échapper aux pogroms)
Avrom Sutzkever était un poète Yiddish (source: Le Monde - 29 janvier 2010)
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