Chronologie de l'histoire de la Russie
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Cette chronologie relativement détaillée est assez longue à charger. Je l'ai établie d'abord pour moi, en consultant plusieurs sources. Elle peut comporter des imprécisions ou des erreurs involontaires que je m'efforcerai de corriger chaque fois que je les découvrirai.
 
Une définition de l'âme russe:  

Sourire avec la larme à l'oeil, prendre les choses avec fatalisme et faire face quoi qu'il arrive, afficher une grande joie de vivre tout en étant pessimiste, être généreux, notamment de son temps, et faire toujours preuve d'hospitalité, se montrer sentimental envers et contre tout... 

Catherine Alexeïev - Dictionnaire insolite de la Russie - Cosmopole - 2014


La préhistoire 

A l'époque néolithique, un établissement humain existe à l'emplacement du Kremlin de Moscou. 

Au 2ème millénaire avant notre ère, une civilisation du bronze très évoluée, celle d'Andronovo, se développe en Sibérie. Les îles Solovki, dans la mer Blanche, sont habitées. 

Au 7ème avant notre ère: des peuplades nomades, d'origine indo-européenne, les Scythes, vivent sur les steppes eurasiennes; elles vont progressivement s'étendre au sud de la Russie actuelle. 
Du 4ème au début du 2ème millénaire avant notre ère, le monde des steppes, qui s'étend aujourd'hui au sud de la Russie, est occupé par des communautés d'agriculteurs sédentaires (culture de Tripoljé). 
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Source: Culture Guides Russie - Puf - Clio
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Au 2ème millénaire avant notre ère, le développement de l'élevage et la généralisation de l'emploi de la roue entraîne une évolution de l'agriculture vers le pastoralisme. Les progrès dans la domestication du cheval favorisent l'évolution vers le nomadisme équestre et guerrier au Kouban. 
Au 9ème siècle avant notre ère, les Cimmériens, des guerriers nomades prennent le contrôle de la région au nord de la mer Noire. Ils vont en être chassés par les Scythes qui les poussent vers le Sud. 

Aux 5ème et 4ème siècles avant notre ère, les Scythes sont établis en Ukraine et en Crimée; il sont en contact avec la civilisation grecque dont ils s'imprègnent peu à peu sans abandonner toutefois certaines de leur coutumes, notamment l'inhumation des morts, accompagnés de chevaux, de serviteurs, de bijoux et d'objets usuels divers, sous de vastes tumulus, les kourganes (la reconstitution d'une tombe scythe est ici). Les Scythes ne parviendront cependant jamais à constituer un État unifié et leurs différents clans se contenteront de liens souples de type féodal. 

En 514, Darius 1er entreprend une campagne contre les nomades du Nord pour les empêcher de fournir en blé les Grecs ennemis des Perses. C'est un échec car les Scythes, refusant le combat, entraînent les envahisseurs à l'intérieur de leurs terres et, plus rapides qu'eux grâce à leurs chevaux et à leur armement léger, les harcèlent et les démoralisent, d'autant qu'ils ont la réputation de redoutables et cruels guerriers. 
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Les rites funéraires des princes scythes 
Les tombes de leurs rois sont dans le pays des Gerrhiens (une tribu scythe), où le Borysthène (nom du Dniepr dans l'Antiquité) cesse d'être navigable. A la mort du roi, ils creusent là-bas une grande fosse carrée; quand elle est prête, ils prennent le cadavre qui a été recouvert de cire et dont le ventre a été ouvert, vidé, rempli de souchet broyé, d'aromates, de graines de persil et d'anis, et recousu ensuite; ils le placent sur un chariot et l'emmènent dans une autre de leurs tribus. Le peuple qui accueille le corps sur son territoire se livre aux mêmes manifestations que les Scythes royaux: ils se coupent un bout de l'oreille, se rasent le crâne, se tailladent les bras, se déchirent le front et le nez, se transpercent de flèches la main gauche. Puis le corps du roi, toujours sur son chariot, passe chez un autre peuple de l'Empire, accompagné de ceux qui l'ont reçu d'abord. Lorsque le mort et son cortège sont passés chez tous leurs peuples, ils se trouvent chez les Gerrhiens aux confins de leur empire et au lieu de la sépulture; alors, après avoir déposé le corps dans sa tombe sur un lit de verdure, ils plantent des piquets autour de lui, fixent des ais par-dessus et les recouvrent d'une natte de roseaux; dans l'espace demeuré libre, ils ensevelissent, après les avoir étranglés, l'une de ses concubines, son échanson, un écuyer, un cuisinier, un serviteur, un messager, des chevaux, avec les prémices prélevés sur les restes de ses biens et des coupes d'or, mais ni argent, ni cuivre; après quoi tous rivalisent d'ardeur pour combler la fosse et la recouvrir d'un tertre aussi haut que possible. Lorsqu'un an s'est écoulé, ils font une nouvelle cérémonie: ils prennent dans la maison du roi ses serviteurs les plus utiles - tous de race scythe car le Roi désigne lui-même qui le servira; il n'y a pas d'esclaves achetés en ce pays -; ils en étranglent cinquante ainsi que les cinquante chevaux les plus beaux, en vident et en nettoient le ventre, les bourrent de paille et les recousent. Puis ils fixent sur des pieux la moitié d'une roue, la jante tournée vers le sol; ils font la même chose pour l'autre moitié et enfoncent en terre un grand nombre de ces supports. Ensuite, ils passent une perche solide dans le corps de chacun des chevaux, en long, jusqu'à la nuque, et posent les extrémités sur les roues: l'une soutient la bête à la hauteur des épaules, l'autre supporte le ventre, à la hauteur des cuisses; les pattes restent pendantes et ne touchent pas le sol. Ils mettent aux chevaux un mors et une bride qu'ils tirent en avant de la bête et fixent à des piquets. Chacun des cinquante jeunes gens étranglés est alors placé sur son cheval; pour cela, chaque corps est transpercé verticalement par un pieu, le long de la colonne vertébrale, jusqu'à la nuque; l'extrémité inférieure du pieu dépasse le corps et s'emboîte dans une cavité ménagée dans l'autre pièce de bois, celle qui traverse le cheval. Ils installent ces cavaliers en cercle autour du tombeau, puis ils s'en vont. 
Hérodote
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Au 3ème siècle avant notre ère, les Scythes subissent la pression des Sarmates installés à l'est de Don. Leur puissance va se concentrer en Crimée. La ville de Néapolis, près de Simféropol, dirigée un temps par Silkour, centre d'échange important entre les contrées du Nord et le monde grec, connaît une grande prospérité; les Scythes, de pasteurs nomades sont devenus des commerçants. 
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Source: Culture Guides Russie - Puf - Clio
Une page d'objets scythes du musée de l'Ermitage est ici
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Dans l'Antiquité, on peut supposer que les Baltes et les Slaves constituaient une unité linguistique balto-slave. 
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L'époque historique 

Au 1er siècle de notre ère, les Sarmates succèdent aux Scythes, du Danube au Kouban. A la fin du siècle, Tacite note l'existence d'un peuple intermédiaire entre les Germains et les Sarmates, les Vénètes, ancêtres des Slaves. Les Vénètes sont sédentaires et se battent à pied comme les Germains mais sont pillards comme les Sarmates. 
Au 2ème siècle de notre ère,  les Scythes disparaissent balayés par les Sarmates. Les Scythes, installés sur des terres fertiles, échangeaient aux Grecs leur production vivrière contre des produits plus élaborés (vin, orfèvrerie, oeuvres d'art...); disposant de métaux probablement tirés de l'Oural, ils se révélèrent de remarquables métallurgistes et orfèvres. Les Scythes pratiquaient probablement le chamanisme et se livraient à des sacrifices humains selon des coutumes qui s'apparentent à celles des Celtes. La culture des Sarmates était voisine de celle des Scythes; une de leurs tribus, celle des Alains, serait à l'origine des Ossètes. 
Du 3ème au 8ème siècle de notre ère, les tribus slaves indo-européennes peuplent progressivement la moitié orientale du continent européen; on continue de les appeler les Vénètes; ils laissent des traces de leur existence dans la région du Haut Dniepr (civilisation de Kiev), en Biélorussie, sur le cours supérieur de l'Oka, en Russie centrale; sédentaires, il n'en font pas moins preuve d'une grande mobilité et mènent des raids lointains; ils incinèrent leurs morts. Ces peuples, relativement hétérogènes, regroupent des éléments celtiques et germaniques d'Europe centrale avec d'autres populations de la zone forestière d'Europe orientale. Les Slaves orientaux (futurs Russes, Ukrainiens et Biélorusses) se regroupent dans la région de Novgorod et le bassin du Dniepr moyen; les premiers au contact des populations baltes, les seconds à celui de Varègues. 
Du 3ème au 4ème siècle, les Goths, venus du Nord, une peuplade germanique, s'étendent le long du Dniepr, de la Baltique à la mer Noire, sur un espace mal défini. Les Goths atteignent leur apogée sous le règne d'Ermanaric (Hermanaric). Les Vénètes, plus au nord, restent d'abord relativement à l'écart des Goths mais finissent par être subjugués par Ermanaric. 
374: les Huns, venus d'Asie, apparaissent sur la Volga, au cours de leur migration vers l'Europe. Ils libèrent les Vénètes (futurs Slaves) du joug des Goths et certains Vénètes s'allient aux Huns; on les appelle les Antes (alliés en langue hunnite).  
376: Ermanaric, effrayé par l'intrusion des Huns, se suicide. 
Vers la fin du 4ème siècle, le roi ostrogoth Vinitharius (le massacreur de Vénètes), qui tentait de soumettre à nouveau les Vénètes, est écrasé par les Huns. Les événements conduisent les Antes à se doter d'une organisation militaire plus rigoureuse et à se soumettre à un roi: Boz. 
Durant la seconde moitié du 5ème siècle, les Slaves, profitant du déplacement des Goths vers l'ouest, quittent les régions forestières pour occuper les zones fertiles d'Ukraine et de Moldavie. 
6ème siècle de notre ère: des agriculteurs et des éleveurs s'établissent au bord des fleuves. Les Slaves continuent leur migration vers l'ouest en occupant les espaces cultivables abandonnés par les Germains au nord du Danube (actuelle Roumanie) et dans les Carpathes; ils se détachent ainsi de l'ancienne communauté forestière balto-slave. Ces peuples, qui se différencieront plus tard en  Slaves occidentaux (Tchèques, Slovaques, Polonais), en Slaves orientaux (Russes, Biélorusses, Ukrainiens) et en Slaves méridionaux (Bulgares, Serbes, Croates, Bosniaques, Macédoniens, Slovènes), sont alors culturellement homogènes et parlent la même langue.  
520: une série de guerres et d'incursions commence à opposer les Sclavènes (Slaves de l'ouest) à l'empire byzantin sur le Danube. 
530-560: les invasions slaves de l'empire byzantin se reproduisent périodiquement. 
555-590: les Turcs s'étendent vers l'ouest et viennent jusqu'à la Caspienne. Ils nouent des relations avec Byzance et contrôlent une partie de la Route de la Soie. 
567-568: les Avars, venus d'Asie, dominent la région qui s'étend du Danube à la Volga. 
580: les Avars soumettent une partie des Sclavènes. 
584: Avars et Sclavènes atteignent la Grèce. 

Les Slaves, par leur contact avec le monde byzantin, entrent dans l'histoire. Ils commencent à être appelés par ce nom dont l'origine étymologique reste obscure (peuple des marais, peuple de la parole, par opposition aux muets germaniques? Probablement pas esclaves, les Slaves ne pratiquant pas l'esclavage). Ces peuples commencent à se différencier en deux groupes: les Sclavènes à l'ouest et les Antes en Moldavie, en Ukraine et probablement en Biélorussie et dans les régions forestières du nord. Leur parenté culturelle et linguistique est encore très forte. Les Slaves sont des peuples sédentaires vivant de l'agriculture, dans des habitats sommaires éparpillés au coeur de la forêt et dans les marais. Ce sont des hommes libres qui prennent leurs décisions lors de réunions tribales. Ils n'en sont pas moins soumis à des chefs militaires pour diriger leurs entreprises contre leurs voisins. 
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Les moeurs des Slaves d'après un musulman 
... Lorsque l'un d'entre eux meurt, ils brûlent son corps. Quand un membre de la famille meurt, les femmes se lacèrent les mains et le visage avec un couteau. Le lendemain du jour où on a brûlé le corps, on dépose les cendres dans une urne qu'on place sur une colline. Un an plus tard, ils remplissent de miel vingt pots, parfois plus, parfois moins, ils les portent sur cette colline où la famille du mort se rassemble, mange et boit, puis se sépare. Si le mort a trois femmes et que l'une d'entre elles affirme qu'elle l'aime beaucoup, alors on apporte près du corps deux pieux, on les plante en terre et on place un troisième à plat sur ceux-ci. Au milieu, on attache une corde; la femme monte sur un banc et attache le bout de la corde autour de son cou; alors on retire le banc, elle reste pendue et elle meurt par étouffement; on la jette ensuite sur un bûcher où son corps est consumé. Ils sont tous païens... 
Ibn Rusta
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7ème siècle: les Khazars, venus du nord du Caucase, refoulent les Avars vers l'Ouest et dispersent les Bulgares qui s'établissent au confluent de la Volga et de la Kama, où ils fondent la Grande Bulgarie, et dans les Balkans d'où ils menacent Byzance. Les Khazars développent une brillante civilisation qui accepte toutes les religions malgré leur hostilité marquée contre les Arabes; ils favorisent les échanges commerciaux avec leurs voisins; ils sont dirigés par un kagan. 
626: Constantinople est assiégée sans succès par les Avars et les Slaves. 
La guerre pousse les peuples slaves à se hiérarchiser tandis qu'ils se différencient. On commence à parler de Serbes, de Severs, de Croates, de Draguvites... 
8ème siècle: le territoire russe est habité par diverses peuplades (Varègues, Khazars, Tchoudes, Slaves...), pour la plupart nomades, vivant en tribus. Si la situation est relativement stable à l'ouest de l'Ukraine, à l'est du Dniepr on assiste à d'importantes modifications du peuplement impliquant parfois des peuples non slaves. Des Slaves venus des régions danubiennes s'installent en Russie, parmi les populations balto-slaves, qui les assimilent facilement. Les Slaves se déplacent vers le nord jusqu'au lac Ladoga. Les Varègues prennent progressivement le contrôle des fleuves, voies de communication entre la Scandinavie et le monde méditerranéen, tandis qu'une nouvelle puissance steppique, la Khazarie, s'impose sur les marches sud-est du monde slave. 
9ème siècle: le kagan des Khazars et son aristocratie se convertissent au judaïsme. La langue et la culture iranienne s'installent en Russie méridionale et contribuent à la formation identitaire des premières sociétés slaves. L'invention, en Bulgarie, de l'écriture cyrillique marque la naissance d'une véritable civilisation slave. Un premier noyau russe se développe entre les lacs Ladoga et Ilmen. 
856 (ou 862): les Slaves Polianes de la région de Kiev font appel au chef scandinave Askold pour qu'il vienne les aider à repousser les Khazars qui leur imposent le paiement d'un tribut. 
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La poussée des Varègues venus de Suède en Russie peut être rapprochée des invasions normandes en France. Mais  ces peuples venus du nord traversaient déjà ce qui sera plus tard  l’empire russe par les routes commerciales fluviales qui mènent à Contantinople (Byzance). Cette opulente cité,  aux produits variés, aux transactions nombreuses et lucratives, aux imposantes maisons de pierre ceinturées de remparts, attire et étonne ces commerçants encore  frustes venus d’endroits où les habitations sont en bois. Au passage, ils enlèvent des autochtones, notamment des enfants, pour les vendre comme esclaves dans la florissante cité grecque. ils sont donc redoutes, mais peuvent aussi servir de protecteurs contre d'autres menaces. C’est dans ce contexte que les Slaves font appel aux Varègues pour les défendre et se soumettent à eux dans l'espoir de mettre fin au désordre qui les divise. Les Varègues se fondront progressivement dans l'ensemble slave de sorte qu'il serait très exagéré de considérer la civilisation russe comme d'origine exclusivement nordique. Par ailleurs, l'apport à cette civilisation des peuples nomades du sud-est ne saurait être non plus négligé.  
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L'expansion des Varègues - Source: Les origines de la Russie
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Les Rurikides 

Au 9ème siècle, apparaissent des principautés dont la plus importante sera un temps celle de Kiev, la Rus', dont l'origine étymologique est incertaine; on a pensé autrefois que ce nom était celui d'une tribu varègue, appelée aussi parfois Ruthénie, mais ce point de vue est aujourd'hui contesté. On dit aussi que Rus' viendrait de la couleur rousse de la chevelure des Vikings et le mot drakkar (dragon en langue nordique) du fait que leurs bateaux étaient ornés en proue de la représentation d'un dragon. La principauté de Kiev est gouvernée par la dynastie des Rurikides, d'origine varègue ou slave, selon les sources, dans le cadre d'un régime de type féodal. C'est là que naîtront, au 10ème siècles, les bylines, sortes de chansons de geste russes, mi légendaires, mi historiques, qui seront compilées et mises par écrit au 17ème siècle, et disparaîtront au début du 20ème siècle.  

La Russie de Kiev   

860 (871ou 862)-879 (ou 874): règne de Rurik, prince de Novgorod 
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A. Vasnetsov (1856-1933): Arrivée de Rurik au lac Ladoga - Source: Wikipédia
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Il existe plusieurs versions de la vie de Rurik (Riourik ou Riurik), personnage historique à demi légendaire, dont les origines sont incertaines. Avant de s'établir sur les bords de la Baltique, on dit qu'il aurait monté des expéditions de piraterie contre la France et l'Angleterre. Installé au pouvoir à Novgorod, en 862, à la demande, dit-on des habitants, pour lutter contre les Tchoudes, les Slovènes et les Krivitches qui les menaçaient, Rurik entreprend l'unification des populations russes du nord et de l'est. Mais il doit briser une insurrection de ceux qui l'ont appelé quatre ans après son arrivée. Il meurt à Novgorod où son corps est brûlé selon les rites païens. Pendant l'enfance de son fils Igor, âgé de 9 ans lors de son décès, le régent Oleg achève l'unification de la Rus' de Kiev.  

879-912: règne d'Oleg le Sage, grand-prince de Kiev 

882-980: période de formation de la puissance de Kiev 

882: Oleg, prince de Novgorod, descend le Dniepr et s'empare de Smolensk; il continue jusqu'à Kiev où, déguisé en marchand, il attire à l'extérieur les seigneurs de la cité, Askold et Dir, et les tue sous le prétexte qu'ils ne sont pas des princes, consommant ainsi les premiers meurtres fondateurs de l'État russe. Les Slaves de l'ouest conquis, après la soumission de ceux du nord et de l'est, Kiev devient la capitale de la nouvelle entité politique formée par les marchands scandinaves pour contrôler la fameuse route fluviale des Varègues aux Grecs. Le premier noyau de l'Etat russe vient d'être créé, et Kiev restera jusqu'à nos jours, dans l'imaginaire russe, la "mère" de toutes les villes russes.  
907: Oleg monte une expédition contre Byzance où il tue de nombreux soldats grecs, brûle des palais, incendie des églises, massacre les captifs après les avoir torturés et impose un tribut à l'empereur Léon VI.  
911 (ou 912): le traité de paix autorise les Rus' à commercer avec Byzance; ils ouvrent un comptoir dans les faubourgs de la ville. Ce traité fait entrer la Rus' de Kiev dans le concert des nations. 

Oleg est un personnage historique: son nom et ses actions sont relatés dans les archives byzantines. 

Les princes de Kiev instaurent des relations fructueuses avec Byzance et élargissent leur empire au détriment de leurs voisins Bulgares, Khazars et Pétchénègues, qui se livrent à des incursions meurtrières contre leurs possessions. Les règles de succession de ces princes ne sont pas bien établies; elles obéissent à la coutume plus qu'à un droit clairement défini. Souvent, le frère cadet succède à son aîné, le neveu à l'oncle ou le cousin au cousin. Il arrive aussi que les fils se partagent les terres du prince défunt. De ces imprécisions résultent de fréquentes querelles dynastiques. 

912-945: règne d'Igor II, grand-prince de Kiev 

Igor serait le fils de Rurik et le gendre d'Oleg le Sage, mais ces informations ne sont pas certaines. Il poursuit la politique d'Oleg et tente d'agrandir ses possessions en direction de la Caspienne, mais il essuie un échec contre les Khazars, un peuple turc semi-nomade d'Asie centrale. 

915: apparition sur la steppe de guerriers turcs à cheval qui molestent et pillent leurs voisins; ce sont les Petchénègues, qui menacent la route des Varègues aux Grecs. 

941: Igor s'en prend à nouveau à Byzance; sa flotte est repoussée. 
944: un second traité est signé et Igor s'engage à aider Byzance à défendre ses colonies de Crimée. 

945: Igor signe la paix avec les Petchénègues. Il lève tribut par trois fois sur les Drevlianes, un peuple slave voisin de Kiev; la troisième fois est de trop: les Drevlianes sortent furieux de leur cité et massacrent Igor et sa troupe. 
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Cérémonie funéraire en l'honneur d'un chef varègue sur les bords de la Volga 
J'arrivai auprès du fleuve où se trouvait le bateau du mort. Mais il avait déjà été mis à sec. On avait dressé debout quatre étais aux quatre coins, et de grandes statues en bois, à forme humaine, formaient un cercle. On y amena le bateau et on le plaça entre les étais. Les hommes allaient et venaient au milieu d'eux et prononçaient des paroles que je ne compris point. Le mort était encore couché à l'écart, dans un coffre dont on ne l'avait pas encore retiré. Alors on prit un banc, on l'installa sur le bateau et on le recouvrit de coussins rembourrés, avec du brocart de soie grec et un oreiller de même étoffe. On mit ensuite au mort une culotte, des chaussettes, des bottes, un manteau et un caftan de tissu broché d'or, avec des boutons d'or et un bonnet en brocart de soie, garni de peaux de martre. On l'étendit ensuite dans la tente sur le bateau, on l'assit sur les coussins et on lui apporta des boissons enivrantes, des fruits et des plantes aromatiques, puis on plaça le tout à côté de lui. On mit aussi devant lui du pain, de la viande et des oignons... Ils mirent ensuite à côté du mort toutes ses armes, lui amenèrent deux chevaux qu'ils avaient si longtemps poursuivis qu'ils dégouttaient de sueur, les mirent en pièces à coups d'épée et jetèrent leur viande sur le bateau. Ils amenèrent ensuite deux boeufs, les mirent également en pièces et jetèrent celles-ci dans le bateau... Quand l'homme que l'on vient de mentionner fut mort, on demanda à ses femmes esclaves: "Qui veut mourir avec lui?" L'une d'entre elles répondit: "Moi..." Le jour des funérailles, les hommes lui rendirent visite à la file dans sa tente, on la conduisit à un tréteau cultuel en forme de bâti et les hommes l'élevèrent trois fois dans leurs mains pendant que l'interprète s'écriait: "Regardez, je vois ici mon père et ma mère." Puis: "Regardez, je vois maintenant tous mes parents morts assis ensemble." Et la troisième fois: "Regardez, je vois mon seigneur assis dans le royaume de l'au-delà, et c'est si beau, si vert! Près de lui sont des hommes et des serviteurs. Il m'appelle. Laisse-moi aller à lui." On la conduisit au bateau. Elle enleva ses deux bracelets et les donna à la femme que l'on appelle l'Ange de la Mort et par laquelle elle devait être tuée. Elle enleva aussi les deux anneaux de ses pieds et les donna aux deux filles qui étaient à côté d'elle, les filles de l'Ange de la Mort. Alors, on la monta sur le bateau mais on ne la laissa pas encore entrer dans la tente. Vinrent à ce moment des hommes avec des boucliers et des bâtons. Ils lui tendirent une coupe remplie d'une boisson enivrante. Elle la prit, chanta et la vida. Puis on lui tendit encore une autre coupe. Elle la prit et exécuta un long chant. Alors la vieille lui ordonna de se hâter de vider la coupe et de rentrer dans la tente du seigneur mort. Mais elle avait peur et devenait indécise. Elle voulait bien entrer dans la tente, mais elle se contenta d'y passer la tête. Aussitôt la vieille femme lui saisit la tête et la fit entrer à côté d'elle dans la tente. Les hommes se dépêchèrent de l'abattre à coups de bâton et de bouclier pour qu'on ne puisse pas l'entendre crier car, autrement, les autres femmes eussent eu peur et n'eussent plus voulu elles-mêmes mourir avec leur seigneur... Alors six hommes entrèrent dans la tente et eurent avec elle des rapports, les uns à la suite des autres. Puis elle fut couchée à côté de son seigneur. Deux hommes lui saisirent les pieds, deux autres les mains et la vieille femme appelée l'Ange de la Mort lui mit un lacet autour du cou, en passa  les extrémités à deux hommes pour qu'ils tirent, s'approcha elle-même avec un grand et large couteau, la frappa entre les côtes et ressortit le couteau. Les deux hommes l'étranglèrent avec le lacet jusqu'à ce qu'elle fût morte. Puis arriva le plus proche parent du mort; il prit un morceau de bois, l'alluma et revint au bateau, avec le bois dans une main et l'autre main sur son derrière car il était nu, jusqu'à ce que le bois brûlât sous le bateau. Ensuite les autres vinrent avec des morceaux de bois brûlant déjà du bout et les jetèrent sur le bûcher. Bientôt tout fut en feu, d'abord le bateau puis la tente, l'homme et la jeune fille et tout ce qui était sur le bateau... Le bateau, le bois, la jeune fille et le mort eurent vite fait d'être réduits en cendres. A l'endroit où le bateau tiré du fleuve avait été placé, ils dressèrent une colline ronde et érigèrent au milieu un poteau de bois de hêtre sur lequel ils écrivirent le nom du mort et celui du roi des Rus'. Puis ils s'en allèrent...  
Ibn Fadlan (922)
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945-964: règne d'Olga, régente pour son fils Sviatoslav 

Olga, veuve d'Igor, devient régente et venge la mort de son mari. 

955-957: Olga est demandée en mariage par Constantin VII Porphyrogénète lors d'une visite à Byzance. Elle se fait d'abord baptiser par Polyeucte en prenant l'empereur pour parrain, puis décline sa demande en arguant de sa parenté spirituelle pour refuser le mariage. Olga engage son fils Sviatoslav à se convertir, mais celui-ci refuse par crainte de se ridiculiser. Olga deviendra la première sainte de son pays. Les Rus' sont chargés de protéger la route commerciale contre les incursions des nomades de la steppe.  
959: Olga demande à Otton 1er le Grand, empereur romain germanique, de lui envoyer des missionnaires catholiques. La mission échouera probablement expulsée par Sviatoslav resté païen. 

964-972: règne de Sviatoslav 1er, grand-prince de Kiev 

964: guerre contre les Khazars dont les activités commerciales concurrençaient celles de Kiev. 
965: conquête du cours inférieur de la Volga et destruction de l'État khazar. La steppe est désormais dominée par les Petchénègues. 
967-968: campagne du Danube à la demande de l'empereur Nicéphore Phocas: les Bulgares sont défaits et leur roi tué. 
Les Petchénègues assiègent Kiev mais sont repoussés. Sviatoslav avance jusqu'à Andrinople et menace Byzance. 
971: siège de Dristra. Les Byzantins chassent Sviatoslav de Zimicès et rétablissent les rois Bulgares. Un nouveau traité d'échange d'État à État est signé; Kiev fournit à Constantinople des fourrures, de la cire, du miel et des esclaves et importe en retour des brocarts, des bijoux et les produits de luxe de l'artisanat byzantin. 
972: Sviatoslav meurt dans une embuscade tendue par les Petchénègues. Kurya, son vainqueur, fabrique un hanap avec son crâne; il boit dedans au cours de ses festins pour s'approprier la force de l'ennemi dont il s'est débarrassé. 

Les deux fils légitimes de Sviatoslav se partagent la principauté: Iarolpok l'aîné reçoit Kiev et son cadet Oleg obtient les territoires conquis sur les Drevlianes. Vladimir, un bâtard conçu avec une suivante, Maloucha, se voit attribuer Novgorod, à la demande de ses habitants formulée en 970. 

972-980 (ou 976) : règne de Iaropolk 1er, grand-prince de Kiev 

Iarolpok 1er ne règne pas longtemps. Valdimir, après avoir pris connaissance de l'assassinat d'Oleg, le fait tuer à son tour et devient grand-prince de Kiev, après avoir obligé Rogneda, la fiancée de Iaropolk, à l'épouser. 

Les princes de Kiev se convertissent au christianisme en 988. 

980-1054: période d'apogée de la puissance de Kiev 

980-1015: règne de Vladimir 1er le Grand ou Soleil Rouge (Beau), prince de Novgorod puis grand-prince de Kiev 
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Vladimir le Grand - Source: Internet
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L'arrivée au pouvoir de Vladimir 1er est donc le résultat d'un violent conflit intérieur qui l'oppose à son demi-frère Iarolpok. En l'absence d'un ordre successoral clair, les changements de règne débouchent sur des guerres civiles. Le nouveau prince combat les Viatitches, des Slaves des bassins de l'Oka et de la Moskova, les Polonais, les Lituaniens et les Bulgares de la Volga (musulmans). 

Vladimir s'adonna d'abord à une vie de plaisir. Aimant les femmes, on prétend qu'il en posséda près de 800 de différents peuples et tribus. Il organisait à Kiev de grands festins. 

981: Vladimir assoit son pouvoir sur des conquêtes militaires. Il porte d'abord la guerre à l'ouest contre les Polonais et les Prussiens. Il entreprend d'unifier sous son sceptre les tribus slaves en mettant en avant le culte de Peroun, une divinité commune au monde slave; c'est un échec, car les autres chefs de tribus peuvent aussi se réclamer de la même divinité. 
987: l'empereur Basile II de Byzance demande son aide pour lutter contre la révolte de Bardas Sklèros. En échange, de son aide, Vladimir demande la main de la princesse Anne Porphyrogénète. Il essuie d'abord un refus car ce mariage ferait entrer un prince barbare parmi les héritiers du trône impérial. Mais, devant la gravité de la situation, l'empereur finit par se résigner, à condition que Vladimir se convertisse. 
988: Vladimir est baptisé et convertit ses sujets au christianisme. Il triomphe des troupes de Bardas Sklèros à Chrysopolis. 
989: nouvelle victoire de Vladimir à Abydos. Il s'empare de la ville de Chersonèse, en Crimée, d'où il chasse les partisans de Bardas Sklèros.  
990: Vladimir renonce au paganisme, adopte l'orthodoxie et épouse la princesse Anne. La nouvelle religion, qu'il impose à son peuple, lui offre l'opportunité de relancer l'unification des tribus slaves, sous la bannière d'une divinité dont ne peuvent pas se réclamer les autres chefs. Cette conversion fait l'objet de plusieurs récits différents; elle est suivie par celle de nombreux habitants de la principauté. Dans les poèmes épiques russes et les bylines, Vladimir 1er, le Beau Soleil, tient le même rôle que le roi Arthur dans les légendes celtes. Il est considéré comme le fondateur de la Sainte Russie et sera canonisé, malgré son penchant pour la luxure, mais il est vrai que la conversion l'assagit. Au moment de l'invasion mongole, il deviendra le symbole de l'unité de la Russie. Catherine II instituera en son honneur l'ordre de Saint-Vladimir. 
997: Vladimir s'emploie à mettre en place à Kiev une société chrétienne. Il fait construire la cathédrale de la Dîme dédiée à la mère de Dieu. Conscient des dangers que représente la présence des Petchenègues, il fortifie Kiev, ainsi que le cours des rivières. Mais il n'établit pas de règles de succession précises et se contente de placer ses nombreux fils à la tête des principales villes du pays: Novgorod, Polotsk, Turov, Rostov, Tmutorokan. 

Son fils Iaroslav de Novgorod ayant décidé de devenir indépendant, Vladimir marcha contre lui. Il mourut à Berestov, le 15 juillet 1015. 

1015-1016 puis 1017-1019: règne de Sviatopolk 1er le Maudit, grand-prince de Kiev 
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Source: Culture Guides Russie - Puf - Clio
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Sviatopolk est le fils d'Iaropolk 1er. A la disparition de Vladimir 1er, il tente de récupère l'héritage de son père en faisant mettre à mort ses cousins, Boris et Gleb, les fils de Vladimir, qui seront canonisés, en 1072, et deviendront des symboles du Souffre-passion qui accepte de subir un destin tragique pour son salut et le bien de tous.  

1016: vaincu, par Iarolsav le Sage, prince de Novgorod, un autre fils de Vladimir, Sviatopolk se réfugie en Pologne auprès de son beau-père, Boleslav le Vaillant. 
1017: Boleslav le Vaillant reconquiert la principauté de Kiev et replace Sviatopolk 1er sur son trône. 
1019: Sviatopolk 1er est définitivement chassé du pouvoir par Iaroslav le Sage; il meurt pendant sa fuite. 
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Source: Culture Guides Russie - Puf - Clio
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1016-1017 puis 1019-1054: règne de Iaroslav 1er le Sage, prince de Novgorod puis grand-prince de Kiev 

1032: début de la construction de Sainte-Sophie (voir ci-après). 
1036: une grande victoire russe élimine définitivement la menace des Petchénègues qui vont céder la place aux Polovtses turcophones (Coumans-Kiptchaks). 
1039: consécration de l'église de la sainte Mère de Dieu, une construction de Vladimir 1er, par le métropolite Théopompte. 
1038-1040: Iaroslav 1er marche contre les Latvigues de Lituanie. 
1041: Iaroslav 1er s'en prend au Mazoviens (Pologne et Lituanie). 
1043: Vladimir, fils de Iaroslav 1er, est sévèrement battu par les Byzantins qui détruisent la flotte russe grâce au feu grégeois. Le rêve de voir un prince russe accéder au trône impérial est anéanti. 
1047: nouvelle guerre contre les Mazoviens, qui se sont soumis à Casimir 1er, le Restaurateur, roi de Pologne, après la mort au combat de leur prince Moïslav. 
1051: fondation du premier monastère russe, celui des Grottes de Kiev, par Antoine sur les lieux où il vivait en ermite dans une grotte. 
1054: Iaroslav le Sage tente de régler sa succession en établissant chacun de ses fils dans une ville, comme l'avait fait Vladimir 1e Grand. 

Sous Vladimir le Grand et Iaroslav le Sage, la principauté de Kiev atteint son apogée. Grand bâtisseur et législateur, Iaroslav le Sage porte la principauté de Kiev à son plus haut degré de prospérité et de puissance. Il protège les lettres et les arts et fait construire Sainte-Sophie, une cathédrale aux multiples coupoles, qui ne devait pas avoir de rivale, où le jour tombait de hautes fenêtres percées dans le tambour des coupoles, innovation technique découlant de l'idée selon laquelle la lumière divine envahissant le sanctuaire transfigure les croyants (théologie orthodoxe de la lumière). Sainte-Sophie de Kiev, inspirée de son homonyme de Constantinople, devint le modèle des églises orthodoxes, la "mère" de toutes les églises russes, comme Kiev est la "mère" de toutes les villes russes. L'édifice est conçu selon un plan carré qui symbolise la terre, surmonté d'une coupole ronde, représentant le ciel, soutenu par quatre piliers pour les quatre coins du monde. Les coupoles à bulbes ou à heaume ont les significations suivantes: une seule symbolise Dieu, trois la Trinité, cinq le Christ et les quatre évangélistes, sept les sacrements de l'Eglise, treize Jésus et les douze apôtres. Les couleurs ont également une signification précise: l'or symbolise la gloire de Dieu; il est réservé aux édifices dédiés au Christ et aux douze grandes fêtes - le bleu étoilé revient aux édifices consacrés à la Vierge, et le vert à ceux du Saint-Esprit.L'intérieur, dépourvu de statues, est décoré de mosaïques et d'icônes. Le décor, conçu comme un livre, se lit de haut en bas. La partie est de l'église (choeur et abside) symbolise le Christ lumière du monde et la Terre sainte. L'ouest symbolise le crépuscule: c'est le lieu du narthex où se tiennent repentants et catéchumènes. La coupole comporte en son centre un Christ Pantocrator (tout-puissant). L'iconostase, porte d'entrée vers le monde divin cloison de pierre ou de bois, sépare les fidèles du clergé célébrant et comprend généralement cinq rangées d'icônes, les deux premières consacrées à l'Ancien Testament, la troisième aux douze fêtes liturgiques, la quatrième à une Déisis dans laquelle le Christ, la Vierge et Saint-Jean Baptiste sont entourés d'anges, d'apôtre, de martyrs, la cinquième est consacrée aux saints auxquels est consacrée l'église. La croix orthodoxe possède huit branches. Son axe vertical est barré de trois branches; la plus longues, celle du milieu, est réservée aux bras étendus du crucifié; celle du haut porte l'inscription du motif de la peine imposée par Ponce Pilate; la branche du bas sert d'appui aux pieds qui ne sont pas cloués, l'une de ses extrémités est surélevée pour indiquer le ciel où est le bon larron. Un crâne se trouve parfois sous la croix; c'est celui d'Adam, supposé avoir été enterré à l'endroit de la crucifixion. Certaines croix ont aussi à leur base une demi-lune qui représent l'ancre de la Foi dans un monde païen. 

Iaroslav le Sage promeut  un code de lois : "la vérité russe" qui substitue à la loi du talion une amende pécuniaire dont le montant varie en fonction du statut social de la victime ou de son maître. Il obtient de Byzance que Kiev devienne le siège d'un métropolite ruthène. Il entreprend de mener une politique matrimoniale active en alliant ses enfants aux principales familles d'Europe; sa fille Anne, épouse le roi de France Henri 1er, sa seconde fille épouse le roi de Hongrie et la troisième le roi de Norvège; lui-même a épousé la fille du roi de Suède, ce qui lui a valu en dot la Carélie, sans parler des autres membres de la famille qui se sont alliés à des familles princières européennes. Les monarques recherchent l'alliance avec la puissante principauté de Kiev. Mais son chef laisse douze fils qui vont se disputer la succession et morceler l'héritage. 
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.Source: Culture Guides Russie - Puf - Clio
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1054-1169: période de déclin de la puissance de Kiev 

1054-1068 puis 1069-1073: règne d'Iziaslav 1er, grand-prince de Kiev 

1054: l'Église de Constantinople rompt avec celle de Rome: l'orthodoxie voit le jour.  

Au cours des années 1060, les Coumans, des Turcs kipchaks venus de Sibérie et du Kazakhstan, participent aux querelles qui divisent les princes de la Rus', menacent Kiev et ravagent la partie méridionale du pays. En 1067, commence la guerre civile qui oppose le petit-fils de Vladimir le Beau Soleil aux fils de Iaroslav le Sage. 

Iziaslav 1er est le fils de Iaroslav le Sage et D'Ingeborg de Suède. En 1068, il est chassé du pouvoir par les Kiévains mécontents qui portent au pouvoir Vseslas un petit-fils de Iaroslav le Sage et d'une autre de ses épouses. L'année suivante, Iziaslav remonte sur le trône qu'il perd à nouveau en 1073, à l'issue d'une guerre malheureuse contre ses frères Sviatoslav II et Vsevolod 1er. Il se réfugie en Pologne, puis dans le Saint-Empire romain germanique d'où, n'obtenant pas l'appui de l'empereur Henri IV, il se tourne vers le pape qui écrits deux brefs d'admonestation au roi de Pologne et à Sviatoslav de Kiev. 

C'est l'époque du morcellement féodal. Le pouvoir de Kiev s'effrite pour ne plus devenir que nominal sur des pricipautés qui s'émancipent. 

1073-1076: règne de Sviatoslav II, prince de Tchernigov puis grand-prince de Kiev 

Sviatoslav II est fils de Iaroslav le Sage et d'Ingeborg de Suède. Il monte sur le trône de Kiev après la seconde déposition de son frère Iziaslav et meurt deux ans plus tard d'un ulcère "qui se déchire". 

1076-1078: nouveau règne d'Iziaslav 1er, grand-prince de Kiev 

Sviatoslav II étant décédé,  Vsevolod 1er aide Iziaslav 1er à remonter sur le trône. Il meurt au combat en 1078. 

1078-1093: règne de Vsevolod 1er, prince de Pereiaslav, Rostov et Souzdal puis grand-prince de Kiev 

Frère des deux précédents princes de Kiev, Vsevolod, prince de Pereiaslav, rencontre à plusieurs reprises des difficultés avec les Polovtses, un peuple nomade turc et païen. En 1046, il épouse Anna dite Zoé ou Irène, fille de l'empereur Constantin IX Monomaque, avec qui il a un fils: Vladimir Monomaque. En 1073, il se soulève contre son frère Iziaslav 1er en alliance avec son autre frère Sviatoslav II qu'il aide à monter sur le trône de Kiev. En compensation, ce dernier lui cède sa principauté de Tchernigov. A la mort de Sviatoslav II, Vsevolod se réconcilie avec Iziaslav qui retrouve son trône. A la mort de ce dernier, Vsevolod lui succède. 

Le déclin de Kiev s'amorce en raison des menaces que font peser les nomades de l'est et du sud-est sur l'axe commercial qui relie la Baltique à la mer Noire. De plus, l'immensité du territoire russe favorise l'émergence de centres de pouvoir autonomes. 

Au cours du 11ème siècle est introduite, dans le monastère des grottes de Kiev, puis par Saint Serge de Radonège, la doctrine de l'hésychasme, venue des ermites du désert, qui prône le silence, la méditation et la prière pour percevoir la présence sensible de Dieu. Cette doctrine réapparaîtra au cours des siècles en Russie et on en retrouve une expression littéraire dans le starets (sorte de guide spirituel) Zosime des Frères Karamazov de Dostoïevski. Serge de Radonège est l'un des saints les plus vénérés de la Russie. 
  
1093-1113: règne de Sviatopolk II, grand-prince de Kiev 

Sviatopolk II est un fils d'Iziaslav 1er et d'une inconnue (Gertrude de Pologne ou une esclave?). Il est baptisé du nom chrétien de Michel. Il étouffe les discordes intestines et repousse les Turcs. 

1093: au Congrès de Ljubetch, les princes adoptent le principe de la succession dynastique de père en fils qui remplace l'ancien principe de frère aîné à frère cadet, lequel reste toutefois en vigueur pour le trône de Kiev, bien commun de tous. 
1094: Sviatopolk conclut la paix avec les Polovtses (Coumans) et épouse la fille de leur prince Tugorkan. 
1103: une coalition de princes russes, dirigée par Vladimir Monomaque, inflige une sévère défaite aux Polovtses; vingt khans trouvent la mort et les vainqueurs reviennent chargés de butin. 
1108: Vladimir Monomaque fonde la ville de Vladimir, sur la Kliazma, à 180 km à l'est de Moscou. 

1113-1125: règne de Vladimir II Monomaque, prince de Tchernigov puis grand-prince de Kiev 

Vladimir II est le fils de Vsevolod 1er et d'Anna, fille de l'empereur de Byzance Constantin IX. Il reçoit de son grand-père une partie du costume impérial, notamment la fameuse chapka de Monomaque. Organisateur, administrateur, soldat et négociateur remarquable il joue un rôle important, avant de monter sur le trône de Kiev, pour mettre fin aux luttes intestines et pour défendre les principautés russes contre les peuples de la steppe d'origine turque (Petchenègues et Coumans). Il succède à son cousin Sviatopolk. L'empereur byzantin Alexis Comnène recherche son amitié et lui envoie les insignes impériaux de Constantin IX, son grand-père. Son nom de baptême chrétien est Vassili ou Basileios. Vladimir Monomaque laisse à ses successeurs un ouvrage dans lequel il a réuni des conseils politiques et moraux: Les Enseignements de Monomaque et il leur lègue une grande réputation. Mais cela ne suffira pas à enrayer le déclin de Kiev. 

1125-1132: règne de Mstislav 1er Harald, prince de Novgorod puis grand-prince de Kiev 

Mstislav 1er est le fils de Vladimir II et de Gytha (Edith), fille du roi saxon Harold II d'Angleterre. C'est pourquoi on le surnomma Harald. 

1132-1139: règne de Iaropolk II le Bienfaisant, grand-prince de Kiev 

Quatrième fils de Vladimir II et de Gytha d'Angleterre, Iaropolk II accède au trône sans contestation. Il tente d'imposer son pouvoir à Novgorod mais, fait prisonnier au cours d'une partie de chasse par un noble polonais, il est emprisonné à Cracovie. Libéré après versement d'une rançon, il doit lutter contre les princes de Tchernigov et est contraint de leur abandonner la principauté de Pereiaslav. En 1135, il résiste à une tentative des Coumans sur Kiev. En 1136, Novgorod profite de l'état d'anarchie dans lequel est plongé la Rus' pour imposer à son prince les conditions fixées par une assemblée populaire, la vetche. 

1139, puis 1149-1154: règne de Viatcheslav 1er, grand-prince de Kiev 

Cinquième fils de Vladimir II et de Gytha d'Angleterre, Viatcheslav 1er, un homme faible et mou, est chassé de Kiev au bout de quelques semaines par Vsevolod II Olegovitch. En 1149, son neveu Iziaslav II, fils de Mstislav 1er, lui demande de régner conjointement avec lui comme étant le plus ancien de ses oncles issus de Vladimir II. En 1154, il partage encore le trône avec Rostislav 1er, un frère de Iziaslav 1er, prince de Smolensk. Après sa mort, en 1154, les Kiévains offrent le trône à Iziaslav Davidovitch descendant de Sviatoslav II, une dynastie rivale de celle de Vladimir II Monomaque. 

Une période de troubles internes précipite le déclin de la principauté de Kiev dont la prédominance est contestée par l'émergence de principautés rivales dont les plus importantes seront celles de Vladimir, de Novogorod, de Moscou, de Rostov, de Souzdal, de Iaroslav, de Pereslavl-Zalesski, d'Ouglitch... Sur les fertiles terres noires du nord-est de Moscou, entre la Volga et la Kliazma, vont se développer, du 12ème au 17ème siècle, des cités princières brillantes qui se couvriront de riches édifices religieux. L'essor de ce que l'on appellera l'Anneau d'Or de Russie sera facilité par le fait que les envahisseurs mongols ne séjourneront pas longtemps sur son territoire privé de steppe. 

1139-1146: règne de Vsevolod II Olgovitch, prince de Tchernigov puis grand-prince de Kiev 

Vsevolod II est le fils du prince Oleg Sviatoslavitch, prince de Novgorod, petit-fils de Iaroslav le Sage. 

Igor II, troisième fils d'Oleg Sviatoslavitch, succède à son frère Vsevolod et est détrôné six semaines plus tard par Iziaslav II qui règne à Kiev de 1146 à 1154 (conjointement avec son oncle de 1149 à 1154), non sans être chassé par trois fois du trône et s'y faire rétablir par les Polonais et les Hongrois.  

1149-1150 puis 1155-1157: règne de Iouri Dolgorouki, Long Bras (ainsi nommé en raison de sa propension à s'emparer des terres des autres) 

Iouri Dolgorouki, fils de Vladimir II Monomaque, prince de Rostov-Souzdal, oncle de Iziaslav II, mène une politique active de renforcement de sa principauté en la protégeant contre ses voisins par la construction d'un réseau de forteresses qui préfigure l'Anneau d'Or. En 1147, il tue le boyard Stepan Koutchka, dont les terres, à l'emplacement de Moscou lui plaisent, avant de marier sa fille au fils de la victime; il ordonne en 1156 la construction d'une ville à l'endroit acquis par le meurtre. Il règne par conquête sur Kiev de 1149 à 1151, date à laquelle il en est chassé; en 1154, il occupe à nouveau Kiev, avec l'accord de Rostislav 1er, fils de Mstislav 1er, et de Christine de Suède, qui a succédé à son frère Iziaslav II et a été aussitôt détrôné par son petit neveu, Iziaslav III, fils du prince David de Smolensk. Iouri Dolgorouki règne sur Kiev de 1155 à 1157, époque à laquelle il meurt d'indigestion à la suite d'une gigantesque beuverie; il reste dans l'histoire comme le fondateur de Moscou qui n'est encore, au 12ème siècle, qu'une modeste bourgade où se rencontrent les princes Dolgorouki et Olgovitch (de Novgorod) pour festoyer; Moscou s'élève au confluent des rivières Moskova et Neglinnaïa et ses cinq hectares de superficie sont protégés par une simple enceinte de bois.  

1157-1168: règne de Rostislav 1er, puis 1168-1169: Mstislav II le Brave, puis 1169-1174: André 1er Bogolioubski 

La principauté de Kiev échoie à Mstislav II le Brave qui, préférant vivre à Vladimir, la donne à son oncle Rostislav 1er, puis la gouverne avec lui, avant de la gouverner seul à la mort de celui-ci, et d'être exilé en Volhynie, après 1169, date à laquelle les troupes d'André Bogolioubski (ou Bogolioubov), prince de Vladimir, Rostov et Souzdal, fils de Iouri Dolgorouki, s'emparent de Kiev et la saccagent. En 1157, André Bogolioubski, qui guignait déjà Kiev, s'était consolé de la préférence accordée à Mstislav en prenant le titre de grand-prince de la Russie Blanche, sans perdre l'espoir de placer un jour sous son sceptre la Russie Rouge, celle de Kiev; c'est désormais chose faite. André 1er Bogolioubski meurt assassiné par le boyard Iakim Koutchkov en 1174. 

Sa conquête par André Bogolioubski, en 1169, met fin à la suprématie de la principauté de Kiev. Mais Kiev n'en demeure pas moins, dans l'imaginaire collectif, la mère des cités russes et son souvenir sera récupéré au cours du temps aussi bien par les nationalistes ukrainiens que par les nationalistes russes. 

La Russie de Vladimir 

Vladimir devient la principale principauté de Russie et gagne en puissance au détriment des autres. André Bogolioubski y entreprend un vaste programme architectural. La construction de la cathédrale de la Dormition y est réalisée de 1158 à 1161; elle est destinée à abriter l'icône de la Mère de Dieu de Vladimir, supposée peinte pendant la vie de la Vierge, sur un morceau de la table où Marie, Joseph et le Christ prenaient leur repas; cette icône légendaire accomplit des miracles et les princes partant guerroyer l'emportent avec eux pour galvaniser leurs troupes. 

1175: Iaropolk, puis 1175-1176: Michel 1er, puis 1176-1212: Vsevolod III Grand Nid 

Vsevolod III, exilé avec sa mère à Constantinople, par son frère, André Bogolioubski, rentre à la mort de ce dernier; il aide son autre frère Michel 1er Iourevitch à triompher de son neveu, l'usurpateur Iaropolk Vladimirski. Michel 1er Iourevitch, règne sur Vladimir en 1175-1176 et laisse le souvenir d'une grande moralité. Vesevolod III Vladimirski, surnommé le Grand Nid, en raison de ses nombreux enfants, succède à son frère Michel avec le titre de grand-prince de Vladimir consacrant ainsi la perte de prédominance de la grande principauté de Kiev; il combat la principauté de Riazan et les Bulgares de la Volga et règne jusqu'en 1212.  

1199: l'union des principautés de Galicie et de Volhynie consacre l'émergence d'un nouvel État slave puissant au sud-ouest de la Russie. 

La disparition de Vsevolod III inaugure une période de troubles de 5 ans en raison des querelles opposant ses enfants. Constantin Vladimirski, fils aîné de Vsevolod III, avec l'appui des boyards, exile à Rostov son frère Iouri II, qui avait été choisi par leur père pour régner. A la mort de Constantin, Iouri II revient; il bat définitivement les Bulgares de la Volga et installe son frère Iaroslav à Novgorod; mais les nuages s'accumulent à l'horizon; il faut lutter contre les Lituaniens, faire face à des guerres civiles et aux famines et, surtout, les Mongols arrivent à l'est. 

Les dissenssions qui agitent la Russie favorisent la pénétration mongole sur les terres russes.  

L'invasion mongole 

1219: les Mongols pénètrent en Asie centrale où ils détruisent les cités de Boukhara, Samarcande, Hérat et Ghazni avant de suivre le pourtour de la Caspienne en direction du Caucase. 
1220: naissance d'Alexandre Nevsky, fils de Iaroslav II de Vladimir. 
1222-1223: Gengis khan lance la cavalerie mongole, sous Subutaï et Djebe, en Russie méridionale. Le Shah du Kharezm est en fuite. L'Arménie et la Géorgie sont conquises. Les Alains, ancêtres des Ossètes, sont détruits. Les Polovtses, chassés par les envahisseurs, sollicitent l'aide des Russes. Les princes russes rassemblent une armée puissante. 
31 mai 1223: victoire mongole de Kalka (vallée du Don) sur les Russes et les Coumans (Polovtses) à la suite d'une bataille très meurtrière; les vainqueurs célèbrent leur triomphe par un grand festin assis sur les prisonniers russes blessés; après cet exploit, les troupes mongoles se dirigent vers le nord-est pour affronter les Bulgares de la Volga qui leur opposent une vigoureuse résistance au point que les envahisseurs tournent bride et rentrent en Mongolie. Les princes russes ne tirent pas la leçon des événements et restent désunis. 
1227: mort de Gengis khan puis de son fils Jochi, khan du Kipchak, en Russie méridionale. 

A la mort de Gengis khan, l'empire mongol se divise en principautés (oulous) attribuées à ses héritiers. L'unité de l'ensemble est apparemment maintenu par l'appartenance à une même famille mais, en fait, les principautés évoluent vers des khanats indépendants. 

1236: Alexandre Nevsky est prince de Novgorod. Novgorod est une grande cité commerçante indépendante régie par une assemblée des habitants (sauf les femmes, les mineurs et les serfs), le vetché, qui débat des questions politiques, déclare la guerre, signe la paix, élit le magistrat de la ville qui exerce les pouvoirs administratif et judiciaire; le magistrat est aidé par un chef de la milice élu; les affaires extérieures et la caisse du Trésor sont entre les mains d'un archevêque également élu par le vetché. Novgorod gagne en puissance parallèlement à l'affaiblissement de Kiev. Son artisanat est réputé et sa population cultivée, comme l'attestent les nombreux manuscrits en écorce de bouleau découverts sur le site de la ville . 
1231-1239: les Mongols conquièrent l'Azerbaïdjan et la Transcaucasie. 
1232: la Galicie passe sous domination hongroise. 
1234: le prince de Novgorod bat les chevaliers Porte-Glaive germaniques. 
1235: Ogödai, successeur de Gengis khan, décide d'envahir à nouveau la Russie. L'expédition, confiée à Batu khan, est minutieusement préparée. 
1236: Batu khan (1204-1255), petit-fils de Gengis khan, lance 150000 guerriers, sous les ordres de Subutaï, contre la Russie. L'aile du nord détruit le royaume des Bulgares de la Volga; celle du sud, sous Möngke (Mangu khan), un autre petit-fils de Gengis khan, soumet les Coumans (Polovtses), établis entre la Volga et le Dniepr, et oblige les récalcitrants à émigrer en Hongrie; celle du centre, dirigée par Batu, occupe la Russie du Nord, sauf Novgorod, puis descend vers le midi pour rejoindre Möngke. Les Mongols sont attirés par les steppes russes et hongroises susceptibles de fournir de bons pâturages pour leurs chevaux. Ils rançonnent les Russes et réduisent en esclavage ceux qui ne peuvent pas payer. Même Novgorod sera contrainte de verser un tribut. 
1237: les chevaliers teutoniques, qui ont absorbé les chevaliers Porte-Glaive, s'installent dans les pays baltes. Ils rêvent d'envahir le territoire russe pour convertir les populations au catholicisme. Les principautés russes sont menacées sur deux fronts: au sud par les Mongols, au nord par les chevaliers teutoniques et les Suédois. 

En décembre 1237, les Mongols sont sur la frontière de la principauté de Riazan. Ils réclament au prince sa soeur, ses filles et son épouse, pour peupler le harem de Batu. Le fils du prince, Fédor, envoyé comme émissaire auprès du chef mongol, répond à ce dernier qu'il n'a qu'à prendre la principauté et qu'il aura alors les femmes à sa merci. Irrité, Batu fait mettre à mort Fédor et jette son cadavre en pâture aux bêtes sauvages. En apprenant la mort de son mari, la veuve de Fédor se précipite dans le vide du haut d'une fenêtre du château avec son enfant dans ses bras. Les troupes de Riazan se battent avec acharnement contre les Mongols mais elles n'en sont pas moins défaites. Batu emporte la cité au bout de six jours de siège, grâce aux troupes d'élite chinoises de son armée. Riazan est complètement détruite. 

Les Mongols se dirigent ensuite sur Kolomna, qui subit le même sort; puis c'est au tour de Moscou, qui est brûlée et dont la population est déportée. Les Mongols passent devant Vladimir, vont détruire Souzdal, et reviennent devant Vladimir qu'ils prennent d'assaut, le 7 février 1238. Après Vladimir, ils détruisent toutes les villes du nord-est de la Rus': Rostov, Ouglitch, Iaroslav, Kachin, Tver, Volokolamsk, Gorodets, Kostroma, Galitch... 

Le 4 mars 1238, les troupes de Iouri II, grand-prince de Vladimir, rencontrent les Mongols sur les bords de la Sita, à la limite de la principauté de Novgorod; c'est la défaite, le grand-prince et sa famille sont massacrés après le combat. Les Mongols, dédaignant Novgorod, se dirigent alors vers le sud où ils détruisent Smolensk et Tchernigov, avant d'aller refaire leur armée sur les steppes au bord de la mer Noire.  

Les envahisseurs, qui ne trouvent pas les ressources nécessaires pour leur cavalerie dans les régions forestières, les quittent, après les avoir pillées, et retournent vers les steppes du sud offrant ainsi une chance d'émerger aux cités du nord. Dans l'imaginaire russe, la forêt, espace fermé, est protectrice, alors que la steppe, espace ouvert, facilite les incursions des peuples nomades au détriment des populations sédentaires. Les régions forestières vont attirer vers elles les populations qui fuient les exactions des conquérants. L'invasion mongole va entraîner des déplacements de population qui favoriseront le défrichage, l'assainissement des marais et le développement économique du nord.    

Désormais, Moscou va monter en puissance et reprendre le flambeau, bien que Vladimir, pendant un temps, continue de jouer un rôle important.  

La Russie de Vladimir et de Moscou 

Au 13ème siècle, Moscou possède une église dédiée à Saint-Jean Baptiste, bâtie sur un temple païen. 
  
1239: les Mongols s'intéressent surtout à la Russie du sud. Ils conquièrent la Crimée. 
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Alexandre Nevsky vu par Eisenstein
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15 juillet 1240: Alexandre Nevsky (Novgorod) triomphe des Suédois à la bataille de la Neva (c'est de cette victoire qu'il tient son nom). On connaît mal les objectifs poursuivis par cette tentative d'invasion suédoise; la présence de deux évêques suggère des motivations religieuses, mais rien n'est sûr. 
6 décembre 1240: Batu et Möngke saccagent Kiev qui a osé résister, portant ainsi le coup de grâce à l'ancienne principauté dominante. L'émissaire du pape près des Mongols, Jean du Plan Carpin, qui passe par Kiev, donne une image désolée de la ville.   
5 avril 1242: Alexandre Nevsky bat les chevaliers teutoniques et les chevaliers porte-glaive sur les eaux gelées du lac Peïpous (bataille de la Glace), à la frontière de l'Estonie actuelle. Cette victoire, un modèle d'encerclement et de destruction d'une armée plus forte, consacre la supériorité des fantassins russes sur les cavaliers allemands. Alexandre Nevsky devient un héros de la Russie et un saint de l'orthodoxie. 
1242: la mort d'Ogödai arrête la progression des Mongols vers l'ouest; Batu doit se rendre à Karakorum pour l'élection du nouveau kaghan. 

L'expansion mongole vers l'ouest étant provisoirement stoppée, la Russie occupée se trouve coupée de l'Europe occidentale pendant plus de deux siècles. Les Russes deviennent tributaires des conquérants et doivent soumettre l'investiture de leurs princes au khan du Kipchak puis de la Horde d'Or, héritiers de la partie occidentale de l'empire de Gengis khan. Les chefs mongols sont les arbitres des querelles qui opposent les princes russes. 

L'historiographie russe est partagée sur les conséquences pour la Russie de l'occupation mongole. Celle-ci est d'abord vue comme une catastrophe. Certes une grande partie de la population a péri au cours de la conquête. De plus, conformément à leurs habitudes, les Mongols ont déporté vers leur pays tous les artisans habiles de la Russie. Mais peut-on en conclure qu'ils sont responsables du retard pris ensuite sur l'Europe occidentale? Certains auteurs pensent que la Rus' des principautés avait peu de chance de parvenir à un État unifié sans les Mongols qui favorisèrent la montée en puissance des princes de Moscou. D'autres, au contraire, soutiennent que l'unité s'est réalisée contre les Mongols, plutôt que grâce à eux, et que, malheureusement, les princes russes s'inspirèrent davantage des khans tatars que du modèle impérial byzantin. La question reste ouverte. Notons que les Mongols ont respecté et même protégé l'Église orthodoxe qui a continué à prospérer sous leur joug.  

1243: le khanat Kipchak devient la Horde d'Or sous l'impulsion de Batu. Ce dernier exige des princes russes qu'ils se rendent auprès de lui et y accomplissent une série de rites témoignant de leur soumission et de leur fidélité. Iaroslav Vsevolodovitch est le premier prince russe à avoir reçu son titre de grand-prince de Vladimir (yarlik) de Batu. Les princes russes doivent également verser un tribut au khan, le dan'; cet impôt, d'abord prélevé par un système de fermage, frappe lourdement la population russe qui le conteste assez fréquemment. 
1245: le prince Michel Vsevolodovitch refuse d'accomplir le rite de soumission (passage entre des feux). Il est précipité à terre par des guerriers qui le molestent et le piétinent avant qu'un chrétien au service du khan ne lui coupe la tête. 
1249: Alexandre Nevsky est le dernier prince investi par Batu, khan de la Horde d'Or, à la tête de la principauté de Kiev. 

1252-1263: Alexandre Nevsky, prince de Novgorod, de Pereisval, grand-prince de Kiev, grand-prince de Vladimir  

1255: mort de Batu remplacé par son fils, Sartag, à la tête de la Horde d'Or mongole. Alexandre Nevsky est investi par le khan Sartag grand-prince de Vladimir jusqu'à sa mort. Le pape Innocent IV lui propose une alliance pour monter une croisade contre les Mongols. Sagement, le grand-prince s'en tient à sa soumission. 
1257: mort de Sartag, remplacé par Berke, frère de Batu, à la tête de la Horde d'Or. Novgorod se soulève contre la dan'. Début de la conversion des Mongols de l'ouest à l'islam. 

L'ancien khanat de Kiptchak, fondé à partir de l'oulous de Djutchi (Jochi), fils de Gengis khan, devenu sous Batu la Horde d'Or, recouvre deux entités: la Horde bleue à l'ouest et la Horde blanche à l'est; la Horde d'Or, dont la capitale est située à Saraï, sur le cours inférieur de la Volga, noyée dans des populations slaves et turques plus nombreuses, perd peu à peu son caractère mongol pour s'assimiler à elles. La puissance mongole se dissout progressivement.  

1262: révolte du nord-est de l'ancienne Rus' contre les impôts prélevés pour la Horde. 
1266: mort de Berke. Möngke-Timur, petit-fils de Batu, lui succède à la tête de la Horde d'Or et revient au chamanisme. La Horde d'Or accède à l'indépendance sous le règne de Möngke-Timur. 

La Lituanie devient une puissance majeure susceptible de revendiquer l'héritage de Kiev. Pendant des siècles, l'ouest de la Rus' médiévale va être disputé à la Russie par la Pologne et la Lituanie.  

1276–1303: règne de Daniel Moskovski, prince de Moscou 

Daniel de Moscou, Saint Daniel, est le fils cadet d'Alexandre Nevsky et de la grande-duchesse Bassa. Il hérite de la petite principauté de Moscou à la mort de son père, alors qu'il n'est encore qu'âgé de deux ans. Prince de Moscou, il déjoue les tensions et évite la guerre à plusieurs reprises. Il fonde le monastère Danilov, aujourd'hui siège du patriarcat de Moscou, qu'il place sous la protection de saint Daniel le Stylite. Il est canonisé par l'Église orthodoxe.  

1280: Töde Möngke, frère de Möngke Timur, devient khan de la Horde d'Or. 
1282: de violents conflits internes, consécutifs à la disparition de Möngke-Timour, agitent la Horde d'Or. Les couches urbaines islamisées vont finir par imposer sur le trône un petit-fils de Möngke-Timur, Özbek (1313-1342); sous le règne de ce dernier la Horde d'Or atteint son plus grand développement; elle devient un État turcophone et adopte définitivement l'islam pour religion. 
1299: le métropolite Cyrille transfère le siège de la chaire métropolitaine de Kiev à Vladimir; l'Église orthodoxe entérine le déclin de Kiev.  
1301: la principauté de Moscou s'étend à Kolomna. 
1302: la principauté de Moscou gagne Pereislav. 

Les successions à la tête de la Horde d'Or sont l'occasion de violents affrontements qui favorisent l'éclatement de l'ensemble en khanats indépendants. Cette évolution facilitera les entreprises des princes russes pour libérer et rassembler la population des territoires russes. Tous les princes russes souhaitent prendre la tête d'un mouvement pour s'émanciper du joug mongol et réunir l'ensemble sous leur sceptre. Rivaux entre eux, ils ne sont pourtant pas sur un pied d'égalité. Quatre principautés s'affrontent dans la Russie du nord-est: Riazan, Souzdal-Novgorod, Tver et Moscou. Parallèlement, les Mongols, conscients des difficultés qu'ils rencontrent pour prélever la dan' se montrent enclins à sous-traiter sa perception à un prince russe; l'heureux élu bénéficiera évidemment d'un énorme avantage par rapport aux autres, ce qui excite les convoitises et va entraîner un conflit durable entre Moscou et Tver.  
 
1303-1325: règne de Iouri III Moskovski, prince de Moscou et grand-prince de Vladimir 

Fils de Daniel de Moscou, Iouri III naît à Pereislav dont il devient prince en 1302. En 1303, il annexe Mojaïsk; désormais tout le cours de la Moskova, importante artère fluviale, est sous le contrôle de Moscou. À partir de 1313, après s'être emparé de Riazan, il dispute le trône de Vladimir à Michel III Vladimirski, prince de Tver. Étant allé demander de l'aide à la Horde d'Or, il épouse la princesse mongole Kontchaka, baptisée sous le nom d'Agafia (Agathe), sœur du khan Özbeg, qui lui confère le titre de grand-prince, en 1316. Cependant, il est défait ainsi que son allié mongol par le prince de Tver, Michel Iaroslavitch, qui n'a pas accepté la décision du khan. Emprisonnée à Tver, la princesse de Moscou meurt en captivité. Iouri III s'enfuit à Novgorod dont les habitants sont disposés à l'aider pour enlever le trône à Michel III, dit Michel le Saint, grand-prince de Vladimir de 1304 à 1318. Michel III, prince débonnaire, lui propose un arrangement de paix. Mais, accusé par Iouri d'avoir empoisonné son épouse, Michel est convoqué au camp du chef mongol qui le condamne à mort et l'exécute, en 1319; Iouri est confirmé comme grand-prince. En 1322, Iouri est destitué de son titre de grand-prince que le khan attribue à Dimitri aux yeux de foudre, fils de Michel exécuté trois ans plus tôt. Le 21 novembre 1325, Iouri et Dimitri se rencontrent à la Horde; Iouri III est assassiné par Dimitri II Vladimirski qui lui reproche la mort de son père. 

1311: un concile condamne un prêtre de Novgorod qui conteste le monachisme. 
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Serge de Radonège -  Saint patron de la Russie 
1312?: naissance, dans une famille de boyards, de Bartolomé, qui deviendra moine sous le nom de Serge. De nombreux disciples vont affluer vers lui. 
1340: le grand-prince de Moscou autorise Serge à fonder un monastère sur le site de Radonège. La Russie est divisée en plusieurs principautés qui ne s'entendent pas entre elles et la plupart de ces principautés sont sous le joug mongol. Serge pense que seule une renaissance spirituelle pourra réaliser l'unité de son pays nécessaire pour affranchir les Russes de la tutelle mongole. 
1380: Serge bénit les troupes du grand-prince de Moscou Dimitri qui vaincra les Mongols à Koulikovo. 
1392: mort de Serge qui a exercé une grande influence morale mais a toujours refusé le titre de métropolite. Il deviendra le saint patron de la Russie. Sergueïev Possad (le bourg de Serge selon l'appelation de Catherine II) ou Zagorsk (du nom d'un dirigeant communiste assassiné) est aujourd'hui visité par un grand nombre de touristes et de pèlerins. Il est vrai que s'y dresse l'un des plus beaux monastères de Russie, la laure de la Trinité-Saint-Serge, édifiée à l'emplacement du monastère fondé par Serge. Cette laure (monastère), située en haut d'une colline, est entourée de murailles fortifiées datant d'Ivan le Terrible. Elle fut déclarée ville-musée par le gouvernement soviétique en 1920. En 1946, elle retrouva son caractère religieux pour devenir le siège de l'Eglise orthodoxe russe. 
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1325–1341: règne d'Ivan 1er Kalita, prince de Moscou et grand-prince de Vladimir 

Ivan 1er est le fils cadet de Daniel Moskovski. 

1325 (ou 1326): Ivan 1er gagne les faveurs du clergé; le métropolite déplace son siège de Vladimir à Moscou qui supplante ainsi manifestement sa rivale.  
1327: le khan Özbeg envoie son cousin Tcholkan réduire Tver qui s'est soulevée contre les collecteurs d'impôts. Tcholkan est tué et un contingent mongol est anéanti. Ivan 1er se précipite à la Horde d'Or et obtient de celle-ci la mission de punir les rebelles. A la tête de 50000 hommes, il ravage la cité rivale de Moscou. Özbeg déchoit Alexandre II Vladimirski, frère de Dimitri II, grand-duc de Tver, de son titre de prince de Vladimir, pour le punir de s'être soulevé contre le joug mongol. Il lui pardonne cependant et lui laisse le titre de prince de Pskov.  
1328: Ivan 1er devient grand prince de Vladimir avec l'investiture du khan de la Horde d'Or, qui le nomme grand-prince de Moscou et de Vladimir.  

Ivan 1er persuade les Mongols de lui laisser le soin de percevoir les impôts à leur profit d'où son surnom de kalita (l'escarcelle); il en prélève une partie pour lui et s'en sert également pour payer la rançon et obtenir la libération de Russes prisonniers!  

1330: une chapelle est construite à Moscou, dans l'enceinte du Kremlin, à l'emplacement de la cathédrale de la Dormition actuelle, pour marquer l'accession de la cité au statut de siège de l'Église orthodoxe russe.  
1339: Alexandre II Vladimirski est convoqué à la Horde d'Or, à la demande d'Ivan 1er. Il y est coupé en morceaux et Ivan 1er devient le grand-prince de toute la Russie. 
1340:  le grand-prince de Moscou autorise Serge à fonder un monastère sur le site de Radonège (voir ci-dessus Serge de Radonège).  

Au 14ème siècle, la présence d'un Kremlin à Moscou est signalée pour la première fois. C'est un talus de terre palissadé de huit mètres de haut que le prince Ivan Kalita fait entourer d'une enceinte de pieux de chêne.  

Ivan 1er rassemble les terres russes autour de la principauté de Moscou en s'appuyant sur le clergé et les Mongols. A sa mort, il est enterré dans la chapelle de la Dormition et les 96 villes qu'il a réunies, sont partagées entre ses héritiers. 

La Grande-Principauté de Moscou ou Moscovie 

1341–1353: règne de Siméon 1er de Russie, le Fier, le Superbe, grand-prince de Moscou et de Vladimir 

Siméon 1er est le fils aîné d'Ivan Kalita. 

1341: Siméon est couronné à Vladimir. Il poursuit la politique de soumission à la Horde d'Or de son père et se rend à plusieurs reprises auprès du khan Djanibeg, fils d'Özbeg, dont il devient un familier. 
1345: Serge de Radonège construit sa cellule au milieu des forêts du nord-est de Moscou, à l'endroit où va s'édifier le monastère de la Trinité. 
1348: fondation de la République de Pskov. 
1352: une épidémie de peste, venue des Indes, la peste noire, se répand à travers la Moscovie où elle exerce des ravages. 
1353: Siméon, qui s'est fait moine, meurt de la peste ainsi que ses deux fils. Il est inhumé dans l'enceinte du Kremlin, dans un sanctuaire bâti à l'endroit où se trouve aujourd'hui la cathédrale de l'Archange-Saint-Michel.  

1353–1359: règne d'Ivan II, le Débonnaire ou le Beau, grand-prince de Moscou et de Vladimir 

Ivan II est le troisième fils d'Ivan Kalita. Il se fait reconnaître grand-prince de Moscou et de Vladimir par la Horde d'Or au décès de son frère Siméon et de ses fils. Moins habile que Siméon, il se fait aider par le métropolite de Moscou, Alexis, qui prend en mains les affaires de la principauté.  

Le règne d'Ivan II est marqué par le début de la lutte de la Lituanie, alliée à la Pologne, contre la Moscovie. C'est à cette époque aussi que Moscou commence à battre monnaie. 

A sa mort, Ivan II est inhumé aux côtés de son frère Siméon. 

1359-1363: règne de Dimitri III Constantinovitch, l'Usurpateur, grand-prince de Moscou et de Vladimir 

Fils de Constantin Vassilievitch, prince de Souzdal, Dimitri III, usurpe le pouvoir de l'héritier légitime Dimitri IV, en obtenant le yarlyk de la Horde. Il est chassé du pouvoir quatre ans plus tard et doit céder le trône à son cousin et futur gendre Dimitri IV Donskoï. Le métropolite Alexis, fils d'une famille de boyards de Tchernigov, les Bakontov, est alors le véritable maître de la principauté.  

1363–1389: règne de Dimitri IV Donskoï, grand-prince de Moscou 

Dimitri IV est le fils d'Ivan II. 
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Dimitri Donskoï à la bataille de Koulikovo - Source: Wikipédia
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1365: l'enceinte de bois du Kremlin de Moscou est incendiée. Plusieurs fois brûlée, elle sera reconstruite en pierres blanches vers la fin du siècle.  
1366: les boyards moscovites obtiennent enfin que le yarlyk grand-princier revienne à leur ville.  
1367: Dimitri IV épouse Eudoxie, fille de Dimitri III. Il fait la guerre aux princes de Tver et de Riazan et fortifie le Kremlin. 
1368: une première campagne de la Lituanie, avec la complicité de Tver, contre Moscou échoue: les murailles tiennent bon! 
1369: un nouveau danger apparaît dans le sud où Tamerlan prend le pouvoir à Samarcande. 
1360 à 1370 (ou 1390): naissance d'Andreï Roublev, qui portera à son apogée l'art de l'icône. 
1370: arrivée à Smolensk de Théophane le Grec qui renouvelle l'art de la fresque. Une seconde campagne de la Lituanie contre Moscou n'a pas plus de succès que la première. 
1371: le prince de Tver obtient le yarlyk grand-princier de la Horde. Dimitri IV refuse de le reconnaître et lui ferme le passage sur ses terres; Vladimir et d'autres villes russes manifestent leur fidélité à Moscou. Le prince de Tver réclame l'aide de la Horde mais le khan, devant la levée de boucliers des cités russes, retire le yarlyk au prince de Tver pour l'attribuer à nouveau à celui de Moscou. 
1372: une troisième campagne de la Lituanie contre Moscou obtient le même résultat que les deux autres. 
1373: les Russes ayant profité de l'anarchie qui règne dans la Horde d'Or, pour négliger de lui verser son tribut, une première tentative de représailles est repoussée. Les Mongols ne paraissent plus en mesure d'imposer leur loi, ce qui accroît la confiance des Russes. 
1375: une nouvelle attribution du yarlyk à Tver entraîne une guerre entre les deux cités rivales. Dimitri IV, à la tête d'une armée comprenant 17 princes alliés, oblige le prince de Tver, abandonné par les habitants, à reconnaître sa défaite et à cesser de briguer le yarlyk 
1377: les troupes de l'usurpateur Mamaï (Horde d'Or) prennent Novgorod. 
1378: Dimitri IV, qui a placé son fils, futur Vassili 1er, sous la tutelle du boyard Fédor Souiblo, avant de partir en guerre, défait une première fois Mamaï à la Voja. 
1380: Dimitri IV récidive et bat à nouveau les Mongols de Mamaï à Koulikovo, près du Don (d'où son surnom de Donskoï). Les Mongols auraient dû recevoir le renfort des troupes de Lituanie et de la principauté de Riazan, mais celles-ci, devant l'importance des forces russes, ont préféré rester à l'écart; Dimitri IV a en effet réussi à fédérer contre les Mongols la majeure partie des princes russes (à l'exception notable de ceux de Tver et de Novgorod). C'est une armée de 100 à 120000 hommes, bénie et conseillée par Serge de Radonège, qui dispute avec succès le champ de bataille à la Horde mongole. Le prestige de Moscou s'en trouve accru auprès des Russes. Dimitri IV en profite pour réduire le tribut payé aux Mongols, pour renforcer son pouvoir à Moscou et pour augmenter sa principauté de nouvelles possessions (Dmitrov, Starodoub, Ouglitch, Kostroma). Alexandre Nevsky est canonisé.  

L'invasion mongole de la Russie aurait entraîné la mort de la moitié de la population (Koubilaï khan parlera aussi de 18 millions de morts en Chine sur une population d'une trentaine de millions!). Mais la lutte contre leur domination a favorisé l'unification des anciennes principautés et aussi l'essor de l'orthodoxie qui symbolise cette unité.  

1381: l'énergique Tougtamich profite des dissensions qui agitent la Horde d'Or pour s'emparer de sa partie sud-est tandis que l'ouest est dominé par Mamaï.  
1382: Tougtamich bat Mamaï sur la rivière Kalka. Il réunifie la Horde bleue et la Horde blanche, puis exige la soumission des Russes. Devant le refus de Dimitri IV, il entre en campagne, saccage la Souzdalie et s'empare de Vladimir. Les cavaliers de Tougtamich, allié à Tamerlan, détruisent à nouveau Moscou. L'enceinte du Kremlin, qui a résisté aux assauts des princes de Tver et du grand-duc de Lituanie, est tombée sous les coups des Mongols, lesquels ont promis la vie sauve à ses défenseurs, qui n'en sont pas moins passés au fil de l'épée. Dimitri IV est contraint de payer tribut et de laisser en otage son héritier (Vassili 1er). 
1385: le prince Vassili s'évade de la Horde d'Or et se réfugie en Lituanie, chez le grand-duc Vytautas le Grand. Tougtamich, se retourne contre Tamerlan et envahit l'Azerbaïdjan. 
1387: le prince Vassili rentre à Moscou. 
1389: Dimitri fait son testament, cosigné par Serge de Radonège. Il partage ses terres entre ses fils, cède le trône de Vladimir à son aîné, le prince Vassili, sans consulter le khan, et il engage son fils à agir de même, quand le moment sera venu. Une règle de succession nationale est ainsi instaurée. Il meurt et est enterré aux côté de son père. 

Dimitri Donskoï a tenu tête aux Mongols. Il n'a pas totalement réussi à secouer leur joug, mais il n'en est pas moins canonisé par l'Église orthodoxe. 

Au 14ème siècle, se constituent d'importants patrimoines fonciers, ceux des princes, des boyards et surtout des monastères. La propriété est conditionnelle, et la jouissance de la terre est liée à certaines conditions, notamment le service militaire. Les serviteurs des princes reçoivent des propriétés cultivées par des paysans qui s'estiment privés de leurs biens et de leur liberté, ce qui suscite des révoltes. Le besoin d'un pouvoir fort, capable de maîtriser les tensions qui se font jour dans la société, milite pour la formation d'un État centralisé qui s'affirmera au cours des deux siècles suivants. Dans la seconde moitié de 14ème siècle, à Novgorod, la secte des Strigolniki refuse de reconnaître la hiérarchie ecclésiastique et prône le retour à l'Église primitive; les membres de la secte sont persécutés par l'Église orthodoxe et par la population. A la même époque, l'expansion turque bouscule les Slaves du sud dont certains se réfugient au nord, sur les terres russes; ces immigrants introduisent en Russie un nouveau style littéraire, plus pompeux et jugé décadent par certains critiques.   

1389–1425: règne de Vassili 1er, grand-prince de Moscou et de Vladimir 
  
1391: Vassili 1er épouse Sophie, fille de Vytautas le Grand (Vitovt) de Lituanie et normalise les relations de Moscou avec ce pays. La puissance acquise par Tougtamich inquiète Tamerlan qui vise à contrôler le commerce de la Route de la Soie et à unifier l'Asie centrale. Il entre en guerre contre son ancien allié devenu son rival. 
1392: mort de Serge de Radonège. Il a contribué à rapprocher les uns des autres les princes russes, notamment en ramenant la paix entre Dimitri IV et Oleg de Riazan. Grande figure de l'Église orthodoxe russe, son nom est donné au monastère de la Trinité-Saint-Serge qui accède au rang de laure (établissement monastique où les moines vivent la semaine en ermites) et devient le principal centre culturel et religieux de Russie.  
1395: à la bataille de la rivière Kur (Terek), Tamerlan triomphe de Tougtamich. La Horde d'Or va se dissoudre. 

Plusieurs khanats vont voir le jour, au cours du temps, du démembrement de la Horde d'Or: Kazan, Astrakan, Sibérie, Crimée, Nogaï, Grande Horde, Ouzbeks nomades. L'affaiblissement de la Horde d'Or se traduit, dès le 15ème siècle, par la prolifération de bandes se livrant au brigandage et louant leurs services à la Lituanie ou à la Moscovie; ces sociétés guerrières sont dirigés par une assemblée, la Rada, où tout le monde peut s'exprimer; elles valorisent le courage et choisissent leur chef, l'ataman, par élection; elles mettent en commun l'ensemble de leurs biens qui font l'objet de répartitions périodiques; cette organisation de type anarchique se retrouve en Ukraine et dans les régions de steppes, c'est celle des Cosaques (terme d'origine polovtsienne). 

1396: Tamerlan détruit Saraï, capitale de la Horde d'Or, mais il renonce à s'emparer de Moscou. On dit que la ville a été sauvée grâce à l'intervention de la Mère de Dieu de Vladimir et les Moscovites construisent le monastère Sretensky pour abriter son icône. 
1399: Tamerlan défait les Lituaniens ce qui bloque l'expansion de la Lituanie vers l'est. 
1403: Tamerlan envahit la Géorgie, massacre ses habitants et détruit les églises de Tiflis. 
1408: par la paix d'Ugra, Vassili 1er s'entend avec Vytautas (Vitovt) de Lituanie pour fixer la frontière sur l'Ougra. Plusieurs princes lituaniens transfèrent leur allégeance du grand-duc de Lituanie au grand-prince de Moscou. Edigu, chef des Tatars de la Horde Nogaï exige tribut des Russes, incendie Nijni Novgorod et Gorodets, puis marche sur Moscou; de vagues promesses d'obédience l'amènent à se retirer mais Vassili est contraint de payer le tribut imposé autrefois à son père. Un texte d'Edigu tend à prouver que Moscou disposait à cette époque de puissants moyens de défense, particulièrement en artillerie. 
1408-1410: Andreï Roublev décore la cathédrale de la Dormition de Vladimir. 

Vassili 1er poursuit la politique de rassemblement de la terre russe, plutôt par la diplomatie que par la guerre. Il échoue dans sa tentative de limiter l'indépendance de Novgorod, mais accroît néanmoins l'influence de Moscou. A sa mort, cette principauté a rassemblé autour d'elle la majeure partie des autres principautés qui sont devenues des régions administratives gouvernées par des princes serviteurs de celui de Moscou. Ces derniers sont pourvus de pouvoirs importants et ils sont en mesure de se comporter en potentats locaux; ils risquent donc, tôt ou tard, d'entrer en conflit avec le pouvoir central qui devra les remettre au pas. Vassili 1er est enterré aux côtés de son père. La présence à la même époque de Serge de Radonège et d'Andréï Roublev témoigne de l'essor culturel et religieux de la Russie. 

1425–1462: règne de Vassili II l'Aveugle, grand-prince de Moscou 

Vassili II est le fils de Vassili 1er et de Sophie de Lituanie. Lorsque qu'il  accède au trône, sous la régence de sa mère, il n'est âgé que de 10 ans. Cette circonstance amène son oncle, Youri de Zvenigorod, prince de Galitch-Mersky, à revendiquer la couronne; il y est d'autant plus encouragé que les règles de succession de la principauté de Moscou sont mal définies et que Dimitri IV l'a désigné comme successeur de Vassili 1er, il est vrai avant la naissance de Vassili II. La prétention de Youri n'est pas du goût du grand-père de Vassili II, le grand-duc Vitautas (Vitovt) de Lituanie, aussi Youri, qui ne se sent pas de force à lutter contre la Lituanie, reconnaît la légitimité de Vassili II tant que son grand-père est vivant. 

1427 à 1430: mort d'Andreï Roublev, le grand peintre d'icônes. 
1430 Vitautas, mort, Youri obtient de la Horde d'Or son accord pour s'emparer du trône de Moscou. Ce conflit dynastique va en fait prendre un tour politique et opposer les partisans de la centralisation moscovite à ceux qui lui sont hostiles. Les Tatars de Crimée se détachent de la Horde d'Or.  
1433: Vassili II, trahi par le boyard moscovite Vsevoljsky, prince de Smolensk, est battu et fait prisonnier par Youri qui l'envoie régner sur la ville de Kolomna. Là, il complote et Youri, ne se sentant pas en sécurité, abdique et retourne dans ses terres. De retour à Moscou, Vassili II fait crever les yeux à Vsevolsky. Cependant, les fils de Youri reprennent à leur compte les revendications de leur père. Ils battent Vassili II qui est contraint de se réfugier auprès de la Horde d'Or. 
1434: Vassili le Loucheur, fils de Youri, entre au Kremlin et se fait proclamer grand-prince. 
1435: Dimitri Chemyaka, un autre fils de Youri, jaloux du Loucheur, s'allie à Vassili II. Le Loucheur, banni du Kremlin, est capturé et rendu aveugle, pour l'empêcher de revendiquer le trône à nouveau. 
1438: naissance du khanat de Kazan, issu du démembrement de la Horde d'Or, sur le territoire de l'ancienne Bulgarie de la Volga. 
1439: Oloug Moxammat, khan de Kazan, assiège Moscou d'où Vassili II est contraint de fuir. Fait prisonnier, il ne sera libéré que contre paiement d'une énorme rançon. 
1440: mise en place de la Cour d'État (Gosudarev dvor) constituant un début d'Administration. La Douma des boyards, qui joue un rôle de conseil auprès du prince, fournit une partie importante de la nouvelle institution. A la base de la Cour d'État se trouvent deux structures: le Palais et le Trésor; le Palais gère les terres et le Trésor conserve l'argent, les objets précieux et le sceau de l'État. Les décisions judiciaires sont retirées aux propriétaires terriens pour revenir aux représentants du prince. 
1446: Dimitri Chemyaka, qui a profité des ennuis de Vassili II pour occuper le trône de Moscou, exile ce dernier à Ouglitch, non sans avoir eu la précaution de lui crever les yeux au préalable. Mais, comme Vassili II conserve des partisans à Moscou, il le fait revenir d'exil et lui donne Vologda en apanage. Vassili, malgré son infirmité, rassemble des partisans et remonte sur le trône tandis que Dimitri Chemyaka s'enfuit à Novgorod. 

Des tremblements de terre et un terrible incendie détruisent à nouveau Moscou et son kremlin. 

1448-1449: le métropolite de Moscou s'étant rendu au concile de Florence pour réunir l'Église orthodoxe russe à l'Église catholique, Vassili  le traite de "fils de Satan" et le dépose, mais l'autorise à s'enfuir en Occident où il est fait cardinal. Il nomme métropolite de Russie à sa place Jonas, évêque de Riazan, qui a joué un rôle important dans l'éviction de Dimitri Chemyaka. Le nouveau métropolite ne sollicite  pas la confirmation du patriarche de Constantinople ce qui est une manière d'anticiper l'émancipation de l'Église orthodoxe russe. En représailles, le patriarche de Constantinople crée à Kiev une nouvelle métropole indépendante rattachée à la Lituanie. Vassili II, qui vient de voir son pouvoir renforcé, n'est certainement pas disposé à le placer sous la tutelle du Saint-Siège! L'Église russe se replie sur elle-même et va développer son propre rituel, qui deviendra un marqueur identitaire, parallèlement à la montée en puissance de l'État russe.  

1450: Vassili II s'empare de Galitch-Mersky. La lutte civile prend fin et Vassili en profite pour éliminer la plupart des petits apanages de Moscovie. Les républiques de Novgorod, Pskov et Viatka sont contraintes de le reconnaître comme seigneur. 
1453: Dimitri Chemyaka meurt, probablement empoisonné par Vassili II. La prise de Constantinople par les Turcs consacre l'indépendance de l'orthodoxie russe.  
1458: la métropole religieuse de Kiev rompt avec celle de Moscou. 
1460: Mäxmüd crée le khanat d'Astrakan par démembrement de la Horde d'Or. 

Le règne de Vassili II est troublé par la guerre civile. La querelle dynastique a réintroduit les Mongols dans le jeu russe. Mais le grand-prince de Moscou n'en parvient pas moins à rassembler encore un peu plus la terre russe tandis que l'Église orthodoxe s'affranchit de la tutelle de Constantinople. Les adversaires de la centralisation ont été vaincus parce que les Moscovites n'ont pas accepté le retour au morcellement féodal. Les règles de succession sortent clarifiées du conflit et le pouvoir moscovite est renforcé. Pendant ce règne troublé, la Horde d'Or s'affaiblit en perdant trois nouveaux importants khanats (Crimée, Kazan, Astrakan). 

1462–1505: règne d'Ivan III le Grand (1440-1505), grand-prince de Moscou 

A l'époque de l'accession au trône d'Ivan III, fils de Vassili II, La Russie est divisée en deux grandes régions: le sud-ouest, sous domination polono-lituanienne, et le nord-est, qui paie toujours tribut à la Horde d'Or. Ivan III, prince de Moscou, partage le pouvoir avec ses quatre frères qui dirigent les principautés patrimoniales de Riazan, Tver, Rostov et Iaroslav; il va rassembler la Russie, au détriment de ses voisins et en éliminant ses frères, qui sont emprisonnés ou assassinés, avant de s'émanciper des Mongols.  

1460-1469: la principauté de Iaroslave rejoint celle de Moscou. 
1469: naissance du fol-en-Christ, Basile le Bienheureux, qui vécut nu et d'aumônes. Le fol-en-Christ, souvent en rupture avec la société, avec le starets et le Souffre-passion, font partie des traits caractéristiques de l'orthodoxie russe. 
1471: Novgorod, qui s'était alliée à la Lituanie, est sévèrement battue par Ivan III. Les boyards de Novgorod, farouchement attachés à leur indépendance, doivent accepter la suzeraineté de Moscou. 
1472: après la mort de sa première femme, Maria Borissovna Tverskaïa, dont la rumeur populaire répand qu'elle a été empoisonnée,  Ivan III épouse la princesse Zoé (Sophie) Paléologue qui lui apporte le blason byzantin: l'aigle à deux têtes qui sera le symbole de la Russie jusqu'en 1917 et deviendra celui de la Fédération de Russie après la chute de l'Union soviétique. La princesse, nièce du dernier empereur, Constantin XI, tué lors de la prise de Constantinople par les Turcs, en 1453, se convertit à l'orthodoxie russe, sous la pression du métropolite Philippe, qui refusait l'entrée de Moscou à une hérétique. Elle vivait jusqu'alors réfugiée à Rome et le Saint-Siège voit dans ce mariage une occasion de rapprochement avec une puissance susceptible de participer à une coalition contre les Turcs. Quant à Ivan III, c'est évidemment un moyen de rehausser son prestige; Moscou, siège de l'église orthodoxe russe, prétend succéder à Constantinople, et devenir la troisième Rome, son grand-prince étant, en quelque sorte, l'héritier des empereurs romains d'Orient. La religion et la politique vont agir plus que jamais en étroite symbiose; mais beaucoup de princes précédents n'ont-ils pas déjà été canonisés? 

Au cours du 15ème siècle, le Kremlin souffre des tremblements de terre et des incendies avant d'être reconstruit par des architectes italiens, dont l'influence est favorisée par la princesse Sophie, laquelle a vécu en Italie. C'est à cette époque qu'est construite, par l'architecte Fioravanti, la cathédrale de la Dormition, où seront couronnés les tsars et enterrés les chefs de l'Église orthodoxe, ainsi que la cathédrale de l'Annonciation et le Palais à facettes, tous édifices situés à l'intérieur de l'enceinte castrale.   

1474: la principauté de Rostov est incorporée à celle de Moscou. 
1476: Moscou cesse de verser la dan' aux Mongols. 
1478: une révolte de Novgorod est durement réprimée mais, dans un premier temps, la principauté, privée de ses cloches symbole de liberté, conserve toutefois une partie de son autonomie.  
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Ivan III déchirant le traité du khan par A. D. Kivshenko (1851-96) 
Source: Wikipédia
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1480: Ivan III a, on l'a vu, profité de l'éclatement de la Horde d'Or pour cesser de payer tribut. Le khan Ahmed, allié au roi polono-lituanien Casimir IV, réclame le retour au paiement du tribut. Ivan III déchire le traité de soumission des Russes aux Mongols sur les marches de la cathédrale de la Dormition. Le khan Ahmed décide une expédition punitive contre lui. Ivan III s'allie au khan de Crimée pour lui barrer la route. Ahmed rencontre ses adversaires sur l'Ougra et, après plusieurs jours d'observation mutuelle et l'échec d'une tentative de franchissement de la rivière, il décide de battre en retraite sans combattre, avant l'arrivée des troupes de Casimir IV. Cet événement, qualifié de "Grande Halte" marque l'affranchissement des terres russes du joug mongol. 
1484-1499: les boyards de Novgorod sont chassés de chez eux et installés dans les régions du centre de la Russie. 72000 personnes auraient été déportées. C'en est terminé avec l'autonomie de la principauté. 
1485: Tver, soutenue par la Lituanie, tombe au pouvoir d'Ivan III. 
1487: Ivan III s'empare du khanat de Kazan et nomme à sa tête un de ses protégés. 
1489: la région de Viatka est à son tour réunie à la principauté de Moscou. 

Les dernières acquisitions font entrer des populations non russes dans l'État moscovite qui devient ainsi multiethnique dès son origine. 

1493: Ivan III reconstruit le Kremlin et interdit l'édification de bâtiments en bois, pour éviter l'incendie, sur l'espace voisin qui deviendra la Place Rouge. 
1494: Ivan III est reconnu comme souverain de toute la Russie par le grand-duc de Lituanie affaibli par la séparation d'avec la Pologne. Le grand-duc, en compensation, reçoit la main d'Elena, la fille d'Ivan. Cette dernière fournit un prétexte de guerre à son père: l'entourage de son mari veut la forcer à renier sa foi orthodoxe! 
1495: construction de la tour Troïtskaïa (Trinité) du Kremlin qui servit de prison aux 15ème et 16ème siècles.  
1497: publication du code Soudiebniki (Justicier), le premier code de lois russe, compilé par le scribe Vladimir Goussev (une paternité cependant contestée), qui formera la base de l'autocratie tsariste. Ce code vise à renforcer l'organisation centralisée de l 'État et à unifier les règles juridiques en précisant les attributions des différents niveaux de justice ainsi que les peines à appliquer sans supprimer toutefois les tribunaux ecclésiastiques ni ceux de première instance. L'article le plus connu de ce code est celui qui restreint les possibilités des paysans de passer d'un maître à l'autre, en les limitant à une semaine avant  la Saint-George, et moyennant le paiement d'une taxe d'un rouble maximum; on y a vu le début de l'asservissement de la paysannerie russe, mais ce point de vue paraît exagéré. 

Au 15ème siècle est mis en place un système qui fixe la hiérarchie sociale en fonction de l'origine familiale. Au sommet de l'édifice se trouvent les boyards au service des princes de Moscou depuis longtemps qui font partie de la Douma et se partagent les hautes responsabilités de l'État. 

1498: Dimitri, fils d'Ivan Ivanovitch le Jeune (1458-1490) né du premier mariage d'Ivan  III, est sacré grand prince avec remise de la toque et de la cape de Monomaque, insignes du pouvoir des grands princes, dans la cathédrale de la Dormition au Kremlin. C'est la première fois que cette cérémonie de préparation de la succesion est mise en oeuvre.   
1500-1503: guerre russo-lituanienne. Les Russes, aidés par les Tatars de Crimée et de Kazan, triomphent des Lituaniens et obtiennent des territoires (haute Oka, Desna, basse Soja, cours du Dniepr, Tchernigov et Briansk...) 
1502: les intriques de Sophie Paléologue portent leurs fruits: Ivan III interdit que le nom de son petit-fils Dimitri soit cité dans les prières liturgiques et il fait sacrer grand prince le fils aîné des enfants qu'il a eu de son second mariage, Vassili Ivanovitch. Ce dernier prend la place de son neveu comme héritier de la couronne. Dimitri mourra opportunément, dans des circonstances mystérieuses, à l'âge de 32 ans. 
1503: un concile tranche en faveur des possédants (stjajateli) le conflit qui les oppose aux non-possédants (nestjajateli). Les premiers estiment que l'Église doit posséder des biens, être puissante et riche, afin de bien seconder l'État; les seconds condamnent la propriété ecclésiastique, en particulier celle des grands monastères. La place de la religion dans la société est ainsi nettement posée. Les non-possédants se réclament de la tradition des ermites, proches de l'hésychasme, et les possédants de celle de l'Église byzantine auxiliaire de l'État, deux courants qui divisent toutes les sociétés chrétiennes. La condamnation n'entraîne aucune conséquence pour le moine Nil Sorsky, principal représentant des non-possédants; il sera canonisé comme son adversaire, Joseph Volotsky, higoumène du monastère de Volokolamsk. 
1504: à Novgorod, la secte des judaïsants, qui refusent le Nouveau Testament et nient l'institution ecclésiastique, est condamnée par un concile et Ivan III fait brûler ses partisans sur un bûcher.  

Ivan III était de haute taille, élancé et maigre; à cause de son dos voûté, il reçut le surnom de "Bossu". Les traits de son visage étaient beaux, mais son regard était terrifiant à un point tel qu'il faisait s'évanouir des femmes lorsqu'il les regardait. Il terminait tout ce qu'il commençait et était insensible à la pitié. A sa mort, en 1505, devenu  grand prince de toute la Russie, il laisse une Moscovie cinq fois plus grande qu'au moment de son accession au trône. Il a donné à Vassili 66 villes et réparti le reste entre ses quatre autres fils, mais en leur défendant de battre monnaie et de nouer des relations diplomatiques avec des pays étrangers.  

La mort d'Ivan III entraîne une succession de tentatives des Tatars de Crimée contre la puissance moscovite, en 1517, en 1521 (avec les Tatars de Kazan), en 1537 (avec les Turcs, les Tatars de Kazan et les Lituaniens), en 1552, en 1555, en 1570-72 (avec les Polonais et les Lituaniens), en 1589, en 1593, en 1640, en 1666-67 et en 1688; dans le contexte de l'époque, les Tatars sont utilisés  aussi bien par la Russie que par ses ennemis pour affaiblir leurs adversaires.  
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Moscou au 16ème siècle 
Moscou ne se trouve pas en Asie, elle se trouve du moins à la limite extrême de l'Europe, là où les deux continents sont soudés l'un à l'autre. La ville elle-même est de bois; elle est assez étendue et, de loin, elle paraît même plus grande qu'elle ne l'est en réalité car les jardins et les cours spacieuses de chaque maison contribuent à augmenter sa superficie; les maisons des forgerons et des autres artisans qui se servent du feu l'accroissent considérablement car ces constructions, séparées les unes des autres par des prés et des champs, s'étendent en longues files aux confins de la cité... Non loin d'elle, il y a quelques monastères dont le moindre, de loin, pourrait paraître une petite ville. En outre, vu sa taille, la cité n'a pas de limite très nette, n'est pas commodément défendue par un mur, des fossés ou des remparts. Il y a toutefois, en certains endroits, des places fermées par des poutres mises en travers et où l'on installe des veilleurs dès la tombée de la nuit; de la sorte, le soir, personne ne peut les franchir après une heure déterminée; et passé cette heure, tous ceux qui pourraient être pris par ces veilleurs sont ou dérobés et battus, ou jetés en prison, sauf s'il s'agit de gens connus ou respectables, auquel cas ils sont habituellement reconduits chez eux par les veilleurs; les postes de ce genre sont établis de préférence là où tout le monde pourrait entrer en ville; il y a en effet un côté qui est bordé par la Moskova, laquelle reçoit au pied même de la cité la rivière lausa, dont les rives sont tellement escarpée qu'il n'y est guère possible d'y passer à gué. Sur cette lausa ont été construits de nombreux moulins à usage public. La ville semble assez bien défendue par les deux fleuves. A part quelques rares maisons, églises ou monastères de pierre, elle est entièrement en bois... Cette ville est si vaste, si étendue et surtout si sale que, ça et là, des passerelles ont été lancées dans les rues, places et autres lieux très fréquentés. Il y a dans la ville une citadelle construite en briques cuites, bordée d'un côté par la Moskova, de l'autre par la Neglima... Cette forteresse est si grande que, outre l'immense palais du prince, des grands et de nombreux autres personnages, elle contient aussi beaucoup d'églises si bien que, à voir sa taille, on pourrait la prendre pour une ville; cette citadelle, au début, était entourée d'une palissade de chêne et, jusqu'à l'époque du grand-duc Ivan Kalita, resta petite et d'aspect mesquin. C'est ce prince en effet qui, sur le conseil du métropolite Pierre, fut le premier à y transporter le siège de l'Empire. Les remparts et les créneaux de cette forteresse, ainsi que le palais du prince, furent construits en briques dans le style italien, par des Italiens que le prince avait fait venir de leur pays en les alléchant par des salaires somptueux... 
Sigismond de Herberstein
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1505–1533: règne de Vassili III Ivanovitch ou le Grand, grand-prince de Moscou 

Fils d'Ivan III le Grand et de Sophie Paléologue, Vassili III épouse Solomonia Iourevnia Sabourova l'année de son arrivée au pouvoir. Dès l'accession au trône du nouveau grand-prince, le khanat de Crimée, jusqu'alors allié à Moscou, prend prétexte de l'intervention des Russes à Kazan, en 1487, pour s'allier à la Lituanie et effectuer des raids contre les territoires russes obligeant Vassili III à renforcer les troupes de sa frontière sud et à construire des forteresses (Zaraïsk, Toula, Kalouga). 

1505-1508: construction par l'architecte Alosius le Jeune de la cathédrale de l'Archange Saint-Michel dans l'enceinte du Kremlin à l'emplacement de sanctuaires plus anciens.  
1507: la guerre reprend avec la Lituanie, Vassili III venant au secours d'un seigneur lituanien, Michel Glinski, en délicatesse avec Sigismond 1er. 
1508: une paix éternelle (?!) est signée avec la Lituanie après la défaite de Glinski. 
1510: la république de Pskov est rattachée à la Moscovie. Trois cent mille personnes suspectées d'être opposées à cette mesure sont chassées de leurs maisons et déportées vers l'Oural (comme les révoltés de Novgorod un peu plus tôt). 
1512: la paix éternelle de 1510 est rompue. La guerre reprend dans les environs de Smolensk. 
1514: les Moscovites conquièrent Smolensk. L'armée polono-lituanienne triomphe à Orsza mais ne parvient pas à reprendre Smolensk. 
1521: la principauté de Riazan est annexée à son tour. 

La Moscovie, que l'on commence à désigner sous le nom de Russie, devient l'État le plus puissant d'Europe orientale. A sa tête se trouve le grand-prince, qui, depuis Ivan III, porte le titre de souverain de toute la Russie. Ses relations avec les couches sociales sont fondées sur la base du service dû. L'aristocratie lui reconnaît ce service; le souverain a pratiquement tous les pouvoirs sur elle.  

1522: une trêve de cinq ans est signée avec la Pologne-Lituanie; elle sera prolongée en 1526 et 1532. 
1524: construction du monastère de Novodievitchi, à Moscou, pour commémorer la conquête de Smolensk. 
1525: resté sans enfants après 20 ans de mariage, Vassili III fait mettre en prison ses frères jusqu'à ce qu'il ait un héritier pour les empêcher de lui succéder. Ce faisant, il prépare l'extinction de la dynastie des Rurikides et la crise de succession connue sous le nom de Temps des troubles. Il divorce, avec l'accord du métropolite de Moscou, mais sans celui des startsy (aînés d'un monastère, maîtres spirituels) de la Trans-Volga qui considèrent que le divorce est interdit. Sa première épouse est contrainte de prendre le voile sous le nom de  Sophia. 
1526: Vassili III épouse Héléna Glinska (parente de Michel Glinski), qu'il avait déjà remarquée. La cérémonie est accompagnée de rites de caractère païen. Le couple est aspergé de houblon, présage de fécondité et éventé par des fourrures de zibeline, gage de longue vie; les deux époux se couchent ensuite sur des gerbes de seigle, puis une femme s'avance, portant deux manteaux de fourrure, dont l'un à l'envers, et elle les asperge à nouveau de houblon. 
1530: les aspersion de houblon n'ayant pas suffi, le moine Paphnouti prie pour demander à Dieu de faire un miracle. Celui-ci s'accomplit avec la naissance d'un fils qui sera Ivan le Terrible. 
1530-1540: la Livonie (pays baltes) s'entend avec la Suède et la Pologne pour fermer la Baltique à la Russie qui en a besoin pour commercer avec l'Occident. 

Vassili III poursuit la politique de rassemblement des terres russes et de renforcement des pouvoirs du souverain qui fut celle de son père. Brutal et sévère, il méprise les boyards. Il ne les persécute pas massivement mais les tient à l'écart, ne réunissant plus leur douma que pour la forme, et ne tolérant aucune objection. Ceux qui osent élever des plaintes sont exécutés. Le métropolite Féodor Jareny est déchu de ses titres et envoyé dans un monastère ce qui rend, Daniel, son successeur, plus docile sur la question du divorce. Vassili III respecte cependant la tradition en laissant aux représentants de la caste des boyards les hauts postes de l'armée et de l'administration. Mais il gouverne en autocrate en s'appuyant sur ses secrétaires et quelques personnes de confiance. Il est entouré d'un premier cercle de dignitaires qui le servent et à qui sont concédées des terres libre de l'État qui sont inaliénables, non héréditaires, lesquelles doivent permettre à leurs bénéficiaires d'assumer leurs hautes responsabilités; ces terres ne peuvent être ni vendues, ni données. Ainsi s'élabore une hiérarchie de serviteurs, en fonction de la naissance, de la proximité du souverain et du service à accomplir qui n'est pas de type féodal classique dans la mesure où il n'y a pas d'obligation réciproque entre le donateur et le bénéficiaire. Au début du 16ème siècle, le terme Rossia commence à apparaître, bien que celui de Rus' continue toujours d'être employé. La Russie est encore peu peuplée et sa population est concentrée dans la région de l'Anneau d'Or; elle va, au cours des siècles suivants, augmenter et se déplacer en direction de la périphérie, vers de nouvelles terres à défricher et aussi pour échapper à la main de plus en plus ferme du pouvoir central. 

1533–1584: règne d'Ivan IV le Terrible (Sévère ou Redoutable en russe), grand-prince de Moscou puis tsar de Russie 
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Ivan IV le Terrible vu par Eisenstein
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1533: Ivan IV, fils aîné de Vassili III et d'Hélène Glinska, devient grand-prince de Vladimir et de Moscou, sous la régence de sa mère et d'un Conseil de vingt boyards. Hélène élimine le Conseil, gouverne avec son favori Telepnev-Obolenski et continue la politique de son défunt mari vis-à-vis des boyards. Elle augmente les taxes pesant sur l'Église et place sous le contrôle de l'État l'extension de la propriété monastique. Elle interdit aux gens de service l'achat de terres afin qu'ils ne soient pas tentés de s'affranchir de leurs obligations. Elle renforce les défenses du pays par la construction de forteresses. Elle entreprend une réforme du système monétaire et de l'administration locale. 
1538: la régente meurt, probablement empoisonnée par les familles princières qui rêvent de monter sur le trône. La régence est alors exercé par la Douma des boyards, une assemblée consultative de nobles, sorte de Conseil privé. Le pouvoir est partagé entre des familles (Chouïski, Glinski, Bielski) qui se déchirent entre elles. Ivan IV, un jeune homme intelligent, mais coléreux, vit dans la hantise permanente de l'assassinat, tandis que la violence désole le pays. Il partage son temps entre la torture des animaux, la chasse et la razzia des villages voisins; autodidacte, il s'intéresse aux Saintes écritures, passe beaucoup de temps dans la bibliothèque du métropolite, et se prosterne si souvent devant les icônes que son front se couvre de callosité. 
1542: le métropolite Joseph est assassiné dans le cadre des luttes fratricides qui divisent les boyards, lesquels ne reculent pas devant le meurtre, pas plus que devant le pillage de l'État ou la guerre civile, pour accéder ou conserver un pouvoir qui change par trois fois de mains. 
1543: la chute de Constantinople déplace vers la Russie le centre de gravité de l'orthodoxie. 
1546: Ivan IV, âgé de 16 ans, rejoint l'armée à Kolomna, où elle vient de vaincre les Tatars. Il fait exécuter cinquante arquebusiers de Novgorod qui se plaignaient des vexations qu'ils avaient subies. 
1547: à l'initiative du nouveau métropolite, Macaire,  et pour tenter de tirer la Russie des difficultés dans lesquelles elle se débat, Ivan IV est sacré tsar (césar) de toutes les Russies dans la cathédrale de la Dormition au Kremlin de Moscou (où l'on peut voir encore son trône), le 16 janvier. Le titre de césar rattache Ivan à la lignée des empereurs romains et on en attend pour lui un surcroît de prestige. 

On marie Ivan IV à Anastasia Romanovna Zakharine (une Romanov), la fille d'un boyard des premiers cercles, le 3 février. Des incendies à Moscou provoquent des milliers de morts. La foule cherche des responsables et se déchaîne contre les Glinski dont on brûle les palais et massacre les gens. Le tsar, se croyant abandonné de Dieu, fait amende honorable sur la Place Rouge et décide de convoquer une assemblée des représentants de toutes les régions de la Russie.  

Les villes de Kolomna, Velikij Oustioug et Moscou se soulèvent, comme conséquence du conflit qui oppose les boyards; Ivan IV est profondément affecté par cette situation. 

1547-1550: une série de campagnes contre le khanat de Kazan se solde par un échec.  
1548 (ou 1549) : Ivan IV réunit le premier zemski sobor, une assemblée territoriale qui est en fait le premier parlement russe comprenant la noblesse, les hiérarques de l'Église orthodoxe et les représentants de la bourgeoisie des villes; ce parlement russe féodal sera consulté lors des grandes décisions.  
1550: l'assemblée des représentants des régions se réunit et Ivan s'engage devant elle à défendre le peuple contre ses oppresseurs et à combattre les injustices. Il fait adopter un nouveau code, tsarski soudiebnik, pour remplacer celui de son grand-père Ivan III; des diplômes impériaux (oustavnie, otkoupnie gramot) permettent d'associer des délégués paysans à la procédure judiciaire locale. Une réforme territoriale vise à réduire la corruption par une large autonomie locale. Une réforme des impôts, en réduisant les coûts de perception, multiplie leur rendement par quatre; l'impôt foncier est rénové et des terriers sont constitués pour en faciliter la levée. Un corps d'infanterie spéciale est créé pour former la garde personnelle du tsar, les streltsy (arquebusiers). 

La Russie se modernise et la monarchie passe d'une conception patrimoniale à une conception souveraine du pouvoir.  

La première presse à imprimer est introduite dans le pays. Ivan IV place aux postes clés des petites gens plutôt que des boyards dont il se méfie. Il s'efforce de rétablir l'ordre en Russie. 

Apparition de la secte religieuse des buveurs de lait (Molokanes) qui ne reconnaissent pas le dogme de la Trinité. 

1551: le clergé est réorganisé, lors d'un concile qui canonise une quarantaine de nouveaux saints et entérine les réformes. Une base militaire russe est créée, sur la Volga, à proximité de Kazan. 
1552: mort de Basile le Bienheureux qui est enterré à Moscou; Ivan le Terrible fait édifier une première église en bois à côté de sa tombe qui sera ultérieurement recouverte d'une chapelle. Conquête du khanat de Kazan par les Russes, à la suite d'un intense bombardement de la ville et de l'explosion d'une mine qui a détruit une partie des remparts; la mosquée du kremlin de Kazan est détruite et remplacée par une église en bois édifiée en trois jours. La conquête du khanat de Kazan repousse jusqu'à l'Oural les frontières de la Moscovie. 
1553: l'arrivée du marin anglais Chancellor sur les côtes de la mer Blanche débouche sur la construction d'Arkangelsk et par la création d'une route commerciale dominée par la Grande-Bretagne à la recherche d'une route continentale vers les Indes. Le développement de cette route va faire la fortune de Iaroslavl qui sera brièvement, pendant le temps des troubles, au début du 17ème siècle, la capitale de la Russie. L'activité commerciale se développe en Russie où les marchands les plus importants jouissent de chartes et de privilèges. Les Anglais vont être suivis par les Hollandais et les Suédois; des quartiers réservés aux étrangers vont apparaître à Moscou et dans d'autres villes russes. 
1554: les Russes conquièrent le khanat d'Astrakan et y installent un khan fantoche. 
1555-1556: adoption d'un code administratif. 
1555-1560: construction de la cathédrale en briques de l'Intercession-de-la-Vierge (Saint-Basile) pour célébrer la prise de Kazan. Cet édifice doit représenter sur terre la Jérusalem céleste. On dit, qu'à l'issue des travaux, son architecte, Postnik Barma Yakovlevn, a eu les yeux crevés afin qu'il ne puisse jamais construire un autre monument aussi beau (d'après Custine, un melon cantaloup à côtes brodées !) Cependant, cet architecte participera plus tard aux travaux du kremlin de Kazan ce qui rend cette légende suspecte. 
1556: une réforme uniformise le service militaire de la noblesse; les bases d'une armée permanente et régulière, dont les streltsy seront le noyau, sont élaborées. Une révolte du khanat d'Astrakan est réprimée et le khanat est purement et simplement incorporé à la Russie. Le khan de Sibérie sollicite l'aide de la Russie contre les entreprises d'un descendant de Gengis khan, Kutchum, et accepte de payer tribut à  Ivan le Terrible.  
1557: la Bachkirie et la Tchouvachie sont à leur tour annexées à la Russie et Murza Ismaïl, chef de la Horde du Nogaï, prête serment au tsar.. 

Maîtres de Kazan et d'Astrakan, les Russes contrôlent le cours de la Volga. La voie d'invasion des nomades de l'est est désormais coupée. Pour lutter contre le nouveau péril, représenté par la Crimée et l'Empire ottoman, la Russie fortifie sa frontière sud et se lance dans des alliances avec les peuples du Caucase. Au milieu du 16ème siècle, un bureau d'enregistrement est créé pour répertorier sur un livre les services de chacun et déterminer un ordre de préséance; une hiérarchie administrative et militaire de type oligarchique se met en place avec son statut et ses privilèges. Dans la seconde moitié du siècle, les Cosaques du Don sont chargés de la surveillance des frontières, mission pour laquelle ils reçoivent de l'argent, des terres et des vivres, sans renoncer à leur autonomie. 
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La salle centrale du Palais aux Facettes du Kremlin où Ivan IV le Terrible recevait les ambassadeurs - Source: Les Tsars russes - Boris Antonov - Zenovi Spetchinski
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1558-1583: Guerre de Livonie 

Ce conflit oppose d'abord la Russie à la seule Livonie, puis au Danemark, à la Suède, au Grand-duché de Lituanie et à la Pologne. Il a pour objet le contrôle de la Confédération livonienne (Esthonie et Lettonie) et s'inscrit dans le contexte de la fermeture de la Baltique à la Russie par la coalition. Il donne lieu pour la Russie à une succession de succès et de revers qui s'achèvent sur un échec. 

1558: les troupes russes s'emparent de Narva et contrôlent l'Estonie. Un commerçant, Stroganov, obtient du tsar une charte l'autorisant à coloniser l'Oural, à importer à Moscou le sel de Perm et à lever une armée privée. 
1559: les troupes russes arrivent à Riga et occupent la rive gauche de la Dvina occidentale.  

Le khanat de Crimée tente en vain d'envahir celui d'Astrakhan.  

Outre leurs divisions et leur assimilation progressive au monde slave, l'affaiblissement des Mongols pourrait être la conséquence d'une période de sécheresse qui aurait décimé leur cavalerie privée de nourriture.  

1560: les troupes russes s'emparent des forteresses de Marienbourg et de Fellin. Les conquêtes russes en Livonie alarment les pays voisins (Suède, Danemark, Pologne) qui décident de se partager la Livonie. L'armée russe se heurte désormais à une puissante coalition et l'opposition à la guerre monte dans la classe dirigeante russe.  

Le régime se durcit brusquement, les changements n'intervenant pas assez vite au goût du tsar qui ne supporte pas l'existence du moindre pouvoir autonome, surtout à un moment où les choses se gâtent en Livonie. Ivan IV se lance dans un régime de terreur contre les boyards qu'il craint et déteste depuis sa jeunesse; il soupçonne d'ailleurs certains d'entre eux d'être responsables de la mort de son épouse Anastasia Romanova; mais on le soupçonne également de l'avoir empoisonnée! On dit qu'il assiste, depuis une tour du Kremlin, aux exécutions capitales qui ont lieu sur la Place Rouge. 

1561: Ivan IV épouse, en secondes noces, Temrjuka, fille du prince Kabardin, qui prend pour nom Marie. Elle mourra huit ans plus tard, peut-être empoisonnée par son mari.  

Dissolution de l'Ordre des Porte-Glaive, ou des Frères de l'Epée, un ordre de moines germaniques créé pour christianiser les populations baltes. La Livonie reconnaît la suprématie de la Pologne. La Courlande se constitue en duché vassal de la Pologne. L'Estonie passe sous le contrôle de la Suède. 

Le patriarche grec de Constantinople, Ioasaphe II, consacre par un rescrit Ivan IV tsar. 
 
1561-1562: construction à Kazan de la cathédrale de L'Annonciation qui remplace dans le kremlin l'église de bois; le nouveau maître s'efforce de convertir à l'orthodoxie les survivants des massacres consécutifs à la conquête. 
1563: Polotsk est prise (guerre de Livonie). 
1563 (ou 1569): Kutchum, qui a triomphé du khan de Sibérie, remet en cause la suzeraineté de Moscou et menace les colonies russes de l'Oural. 
1564: le prince André Kurbskij, qui commandait les troupes russes en Livonie, s'enfuit en Lituanie. Le tsar et sa famille quittent Moscou et Ivan IV feint d'abdiquer. Décontenancés, les Moscovites réclament son retour. Le tsar accepte de revenir sur son abdication mais à ses conditions (un pouvoir sans limite, un territoire administré par lui seul). Un premier livre, L'Apôtre, est publié en russe. 
1565: création de l'opritchnina, le territoire particulier du tsar, à géomètrie variable (les meilleures terres de la Russie centrale, autour de Moscou, pour commencer), par expulsion des anciens propriétaires qui se voient attribuer de nouvelles terres hors de la zone. Les opritchniks, une troupe d'élite, y obéit au tsar au doigt et à l'oeil pour éliminer tous ceux qui lui déplaisent; le peuple les qualifie de troupe satanique; ils sont habillés de noirs, comme des moines, et portent à leur selle d'un côté une tête de chien et de l'autre un balai, symbole de leur mission: dévorer et balayer les boyards. Les autres terres (zemchtchina) continuent de dépendre de la Douma des boyards. Seul le métropolite Philippe s'élève contre la volonté d'Ivan IV et lui refuse sa bénédiction; il est exilé à Tver où on l'étouffera dans sa cellule. Les Chouïski et les Starijcski subissent à leur tour les foudres du tsar et de sa milice. Des lois restreignant la liberté des paysans préfigurent le servage; les paysans fugitifs peuvent être recherchés pendant cinq ans avant de pouvoir s'installer sur les terres d'un nouveau maître. 
1566: la poursuite de la guerre en Livonie est entérinée par le zemski sobor. 
1567-1569: de mauvaises récoltes et une épidémie de peste déciment une population russe essentiellement paysanne fortement dépendante des aléas climatiques. 
1569: le métropolite Philippe est étranglé par l'opritchnik Malyouta Skouratov, au monastère de Tver. 

La Pologne et la Lituanie se fédèrent.  

1569-1570: les opritchniks détruisent Novgorod qui s'était placée sous la protection de la Lituanie; plus de quinze mille personnes sont tuées; on parle même de 20000 à 40000 victimes à Novgorod et Tver, hommes, femmes et enfants; même les animaux sont sacrifiés! De retour à Moscou, la troupe satanique, s'attaque aux notables non titrés; le tsar, croyant que ses assistants, Basmanov et Viazemski, le trahissent, les fait exécuter. Cependant, des détachements polonais, lituaniens et suédois ruinent les territoires septentrionaux et occidentaux de la Russie qui perd ses conquêtes en Livonie. 

Stroganov recrute à Perm des Cosaques pour protéger les établissements russes de l'Oural contre les incursions des Mongols de Kutchum.    

1571: Moscou est brûlée par les Tatars de Crimée qui capturent 150000 Russes et les réduisent en esclavage; les opritchniks, qui n'ont pas défendu la ville, sont soupçonnés de trahison au profit du khan de Crimée. En octobre,  Ivan IV épouse, en troisièmes noces, Marpha Vassilievna Sobakina, fille d'un commerçant de Novgorod; elle mourra le mois suivant sans avoir perdu son hymen; cet épisode tragique  servira de thème à la pièce du poète  L. Mei "La fiancée du tsar", mise en musique par Rimski-Korsakov. Selon la loi religieuse, le tsar devrait rester veuf, seuls trois mariages étant permis; il se remariera pourtant encore cinq fois!  
1572: Ivan IV épouse, en quatrièmes noces, Anna Alexeievna Koltovskaïa; deux ans plus tard elle prendra le voile sous le nom de Daria. La mort du roi de Pologne, Sigismond II, permet à la Russie de reprendre l'offensive en Livonie. Les Tatars de Crimée, qui rêvaient de s'emparer de toute la Russie, au profit de l'empire ottoman, sont battus à Molodi par les troupes de Mikhaïl Vorotynski; ils vont devoir payer tribut à la Russie jusqu'en 1680. Le système de l'opritchnina est supprimé et sa troupe satanique dissoute; le nombre de ses victimes se compte en dizaines de milliers; les dégâts qu'elle a causés à l'économie sont immenses; son principal résultat est la destruction de la grande propriété foncière patrimoniale et, par voie de conséquence, l'affaiblissement du pouvoir politique des boyards. 
1573: Ivan IV épouse, en cinquièmes noces, Maria Dolgoroukova. Ce mariage sera de courte durée. Le tsar ayant appris que son épouse avait eu une liaison dont elle ne l'avait pas informée avant son mariage, il la fait noyer. 
1574: parution du premier alphabet slave. 
1575: Ivan IV autorise Stroganov à lancer des opérations de représailles en Sibérie et l'exonère d'impôts durant vingt ans sur les terres dont il s'emparera. Stroganov incite le chef de ses Cosaques, Yermak, un ancien pirate de la Volga, à conquérir la Sibérie; Yermak conduit ses hommes d'une main de fer: il en aurait noyé une vingtaine par trop indisciplinés! L'expansion russe vers l'Asie va débuter, dans le prolongement du conflit avec les Mongols, grâce au concours d'aventuriers hors-la-loi. 

Ivan IV épouse, en sixièmes noces, Anna Petrovna Vassiltchikova; elle meurt d'une maladie de poitrine en 1579. Ivan IV épouse ensuite, en septièmes noces, on ne sait trop quand, Vassilissa Melentieva, laquelle aura l'imprudence de prendre un amant, Ivan Kolytchev. Le tsar l'apprendra et fera, selon certains, enterrer vivants les deux tourtereaux dans un même tombeau. Selon d'autres, il obligera l'épouse volage à assister au supplice du pal infligé à son amant avant de la faire enfermer dans un couvent.  

1577: toute la Livonie est à nouveau au pouvoir des Russes. 
1578: l'arrivée au pouvoir d'un nouveau roi, Étienne Bathory, en Pologne ramène la victoire sous les drapeaux de la coalition. Par oukaze le tsar ordonne d'arrêter les condamnations à mort et d'établir des nécrologues (listes obituaires des condamnés) qui doivent être remis aux monastères afin qu'ils soient cités dans les prières pour les morts et le repos de leur âme. 
1580: Ivan IV épouse, en huitièmes noces, Maria Nagaïa, qui lui donnera un fils, Dimitri, mais ce mariage n'est pas reconnu par l'Église orthodoxe et la dernière épouse du tsar décèdera dans un monastère en 1608, sous le nom de Marpha. 
1581: Yermak entre en Sibérie avec 840 mercenaires pourvus d'armes à feu et d'artillerie. Ivan IV tue son fils aîné Ivan Ivanovitch en le frappant de son sceptre; le tsarévitch tentait de protéger l'enfant porté par sa troisième femme, Elena Cheremetiev, que le tsar menaçait. Les paysans perdent leur dernière possibilité de changer de propriétaire, même  à la Saint-Georges. 
1582: la paix de Jam Zapolski met fin à la guerre de Livonie entre la Russie et la fédération polono-lituanienne. La Russie cède ses possessions en Livonie et Polotsk. En Sibérie, Yermak bat Kuchum khan, en usant d'un subterfuge: il fait descendre une rivière par des barques chargées de mannequins au devant des Mongols, tandis qu'il tourne leur position. Manquant de vivres et de munitions, Yermak opte pour la fuite en avant et s'empare de la capitale du khan, Isker (Sibir). Le khan vaincu se livre dès lors à des actions de guérilla. 
1583: la paix de Plussa accorde à la Suède la plus grande partie de l'Ingri, le nord de la Livonie et le duché d'Estonie. La Russie sort saignée à blanc de la guerre de Livonie. Le tsar, qui a d'abord reproché à Stroganov d'avoir recruté des bandits recherchés par la justice, décrète une amnistie générale lorsqu'il reçoit les fourrures que lui envoie Yermak, via Stroganov, en lui demandant des renforts d'urgence. Cinq cents hommes sont envoyés mais le contingent arrive à Sibir en piteux état. 

Obtenir un accès à la Baltique est vraiment compliqué pour la Russie qui tourne ses regards ailleurs, vers la Caspienne, la mer Blanche, l'Oural et la Sibérie. La conquête de la Sibérie semble la plus facile et c'est donc dans cette direction que se développe d'abord l'expansion russe; certes, la région est inhospitalière et n'offre guère de possibilité d'habitation que dans le sud, et c'est là que s'élèveront les premiers établissements. La colonisation d'immenses territoires difficiles à administrer va générer le modèle politico-social russe. Les hommes de guerre chargé de gouverner ces territoires seront récompensés par l'octroi de terres et de paysans asservis. Ils seront eux-mêmes étroitement soumis au tsar qui dispense les grâces mais aussi les châtiments à son gré. L'attribution de terres aux serviteurs de l'État élimine progressivement les derniers paysans libres (noirs ou d'État); elle accrédite l'idée que la possession de la terre est réservée aux serviteurs du tsar.  

1584: tombé dans une embuscade, Yermak, qui tentait d'ouvrir la voie à une caravane d'Asie centrale arrêtée par Kutchum, se noie dans l'Irtych, entraîné par le poids de sa cuirasse; les Cosaques, décimés par Kuchum et démoralisés par la mort de leur chef, doivent abandonner la Sibérie. Ivan IV meurt "d'un pourrissement des organes  internes" pendant une partie d'échec, après avoir été ordonné moine par le métropolite; plus tard, on trouvera d'importantes traces de mercure dans ses ossements, ce qui suggérerait un empoisonnement si cette substance n'avait pas été aussi employée à l'époque comme médicament pour soigner les maladies vénériennes. 

Ivan IV, tsar de Russie, consacré par le patriarche de Constantinople, le premier à porter le titre de césar, celui des empereurs byzantins, s'est pris pour l'homme du destin envoyé par la Providence pour relever, dans son pays, l'empire d'Orient tombé sous les coups des Turcs. Dans un premier temps, il a tenté de moderniser la Russie, l'a dotée d'une administration centralisée et lui a ouvert de nouvelles relations commerciales. Il est devenu ensuite de plus en plus tyrannique, de sorte qu'un diplomate anglais a pu comparer son régime à celui de la Turquie. Cependant, pour autant brutal qu'il ait été, son règne ne s'en inscrit pas moins dans la continuité de celui de ses prédécesseurs, et il aura plus tard des imitateurs: Pierre le Grand et Staline, pour ne citer que ces exemples. Tyrannique, sans doute l'a-t-il été, cruel même, mais il était également l'un des hommes les plus instruits de son temps, doté d'une mémoire phénoménale et d'une grande érudition religieuse, auteur d'épîtres, de la musiques et des textes de la messe en l'honneur de la Vierge de Vladimir et du canon de l'Archange Saint Michel, une personne qui favorisa le développement de l'imprimerie et l'architecture. Il se maria de nombreuses fois et s'apprêtait encore à convoler avec la petite-fille du roi d'Angleterre, Marie Hastings, lorsque la maladie l'emporta. Déjà proche du trépas, il se fit transporter vers son trésor, prit dans sa main des turquoises et dit à l'ambassadeur d'Angleterre qui était présent: "Voyez comme ces pierres pâlissent. J'ai été empoisonné. Je vais périr." Le métropolite ordonna moine le tsar gravement atteint. Après la mort d'Ivan IV, la Russie ruinée par la guerre de Livonie, va connaître une période troublée, les boyards se déchirant et des émeutes de la faim paysannes agitant le pays sous ses successeurs. 

Alors que la pénétration russe en Sibérie commence, l'Europe occidentale, qui cherche toujours à atteindre la Chine en passant par l'Amérique, ignore à peu près tout de cette vaste contrée où elle fait vivre les mangeurs de poux! La première tentative russe de conquête de la Sibérie s'effectue dans le contexte particulier d'un pays épuisé par un quart de siècle de guerre avec ses voisins, accablé d'impôts, en proie à la tyrannie, où des populations récemment conquises refusent le joug, c'est-à-dire dans un environnement où nombreux sont ceux qui souhaitent s'éloigner des centres du pouvoir. 
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Cavaliers cosaques en 1812
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1584-1598: règne de Fédor 1er, tsar de Russie 

Fils d'Ivan le Terrible et d'Anastasia Romanovna, sa première femme, Fédor 1er épouse Irina Godounova, soeur de Boris Godounov. Aimable et bienveillant, peu porté à la guerre, mais physiquement maladroit et peu intelligent,  le nouveau tsar est incapable de gouverner. Il est si pieux qu'on le surnomme le "sonneur de cloches". Son père, conscient de ses insuffisances, a institué un conseil de régence dans lequel figurent Ivan Chouïski, que sa sympathie pour la Pologne affaiblit, et Bielski, un des chefs de l'opritchnina, partisan du tsarévitch Dimitri (1582-1591), demi-frère de Fédor et fils de Maria Nagaïa. Boris Godounov, beau-frère du tsar, prend l'ascendant sur le conseil de régence et  fait exiler Bielski et Dimitri à Ouglitch (1584) et assigner Vassili Chouïski à résidence à Galitch (en 1587). Les autres régents, Mtislavski et Romanov, dépourvus d'ambition, ne sont pas gênants. Boris Godounov peut ainsi gouverner à sa guise jusqu'à la mort du tsar. 

1584 : fondation d'Arkangeslk. 
1585 (ou 1586): création de Tioumen, une des portes de la Sibérie. Plusieurs villages et places fortes voient le jour en Sibérie. Cette région devient très rapidement un lieu de déportation, mais aussi un endroit de liberté où se réfugient ceux qui veulent échapper à la chape de plomb du tsarisme (par exemple, les vieux croyants, mais aussi beaucoup d'aventuriers cosaques). André Tchokov fond le Tsar des canons que l'on peut encore voir au Kremlin. 
1587 (ou 1586): création de Tobolsk (autre porte de la Sibérie). 
1588: la tombe de Basile le Bienheureux est surmontée d'une chapelle. Les reliques du fol-en-Christ sont recouvertes d'une chasse d'argent et de soiries. 
1589: Boris Godounov instaure le patriarcat de Moscou qui devient le seul patriarcat orthodoxe indépendant, Constantinople, Antioche, Alexandrie et Jérusalem étant sous domination ottomane. Le premier titulaire de la charge est Job, un proche de Boris Godounov. 
1590 : fondation de Saratov et de Tsaritsyne. 
1590-1593: guerre victorieuse contre la Suède; la Russie recouvre Ivangorod, Yam, Koporié, Narva et la Carélie perdues pendant la guerre de Livonie. De nouvelles forteresses sont édifiées au sud, face à la Crimée. Smolensk est fortifiée à l'ouest.  
1591: les canons de Novodievitchi mettent en déroute les Tatars de Crimée. Dimitri meurt à Ouglitch, peut-être égorgé sur ordre de Boris Godounov; il sera canonisé. La mort suspecte de Dimitri entraîne une violente réaction de ses partisans. Une commission d'enquête doit être nommée; Boris Godounov charge Vassili Chouiski de la diriger; ce dernier, pour rentrer en grâce, avalise la thèse peu vraisemblable d'un accident: Dimitri aurait glissé et serait tombé sur une lame qui lui aurait tranché la gorge! Chouiski est autorisé à revenir à Moscou où il se tiendra tranquille; Boris Godounov le réintègre parmi les voïvodes (commandant d'une région militaire) mais lui interdit de se marier, afin qu'il ne soit pas tenté de briguer le trône. La thèse de l'accident est avalisée par le patriarche Job, désigné comme juge suprême dans cette ténébreuse affaire. 
1593-1596: la présence russe dans le bassin de l'Ob (Sibérie) se concrétise par la création de Bériozov (1593), Sorgout (1594), Obdorsk (aujourd'hui Salekhard - 1595), Narym (1596). 
1595: le Traité de Teusina (Tyavzin ou Tyavzino) met fin à la guerre avec la Suède; profitant des difficultés de la Suède, la Russie obtient la restauration des frontières d'avant la guerre de Livonie (voir ci-dessus la paix de Plussa). 
1597: institution du servage pour dettes, mesure qui mécontente le peuple. Oukaze sur la recherche et la sédentarité des paysans en fuite. 
1598: mort de Fédor, le 5 janvier. On prête serment à Irina, sa veuve, mais celle-ci refuse d'assumer le pouvoir et entre au couvent sous le nom d'Alexandra. Kutchum khan, contesté dans son propre camp, très affecté par la perte de son fils, pris par Yermak et envoyé en Moscovie, et devenu presque aveugle, perd une dernière bataille sur l'Ob, après avoir refusé une offre de paix honorable de Boris Godounov; ils se réfugie chez les Nogaï qui l'assassinent. La Russie, alléchée par les fourrures, n'a pas renoncé à la possession de la Sibérie; la destruction du modeste khanat de Sibérie ouvre la porte à la conquête qui s'effectuera en grande partie par une avant-garde d'aventuriers cosaques.  

Avec la mort de Fédor, s'éteint la dynastie des Rurikides; il reste bien une héritière légitime du trône, Marpha Vladimirova, veuve du roi de Livonie et fille d'un cousin d'Ivan le Terrible, mais elle ne rentre en Russie que pour y être enfermée dans un couvent, en compagnie de sa fille Evdokia qui mourra dans des circonstances mystérieuses. Comme on va le voir, Boris Godounov sera proclamé tsar à Novodievitchi, avec le soutien du patriarche Job, placé à la tête du gouvernement. Mais cet avènement contesté marquera  le début du Temps des troubles. 

Fédor laissa dans la mémoire du peuple russe le souvenir d'un tsar bienveillant et pieux. Boris Godounov, qui gouverna au nom du tsar, essaya de renforcer le pouvoir de ce dernier au détriment des boyards et tenta de se rapprocher de l'Occident en envoyant de jeunes nobles en Angleterre, en France et en Prusse. Mais cette seconde tentative échoua, la plupart des jeunes gens refusant de revenir en Russie. L'extinction de la dynastie des Rurukides débouchera sur la guerre civile et l'invasion de la Russie par les Polonais et les Suédois. Il y aura plusieurs faux tsars, même si deux seuls sont réellement connus, et la croyance en la survivance des tsars disparus tragiquement ou mystérieusement restera vivace, jusqu'au 20ème siècle avec Anastasia. 
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La Russie au début du 17ème siècle 
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... La Russie est un pays de grande étendue, plein de grandes forêts aux endroits les mieux habités et, du côté de la Lituanie et de la Livonie, de grands marécages qui forment comme des remparts à la Russie. Elle est assez bien peuplée depuis Narva jusqu'à Arkangelsk et depuis Smolensk, aux frontières de la Lituanie, jusqu'à Kazan, ville bâtie sur la Volga, la rivière dans laquelle se jette l'Oka. Au delà de Kazan s'étend un grand pays qui longe la Volga - laquelle va se rendre dans la Caspienne près d'Astrakhan - et se présente tout en campagnes qui ne sont pas peuplées. Astrakhan est une ville forte plus commerçante que toutes les autres villes de Russie, qui fournit presque tout le pays en sel et en poisson salé... Au-delà de la Volga, habitent les Tatars qui se nomment Nogays. Outre ce, il y a une autre grande province, subjuguée par Ivan Vassilevitch (Ivan IV), qu'ils appellent l'Empire ou royaume de Sibérie. Le pays est plein de bois, de forêts et de marécages. Il n'est pas encore entièrement découvert... On prétend qu'il est bordé d'un côté par la grande rivière Obi (l'Ob). De ce pays viennent presque toutes les fourrures, comme des renards noirs, qui sont d'une grande valeur, des zibelines et des martres qui procurent de grands revenus aux empereurs. On commence à cultiver des céréales dans ce pays qui est assez fertile. On y a bâti quatre villes avec des garnisons pour tenir le peuple en sujétion. Du côté de la Tatarie qu'ils appellent la Crimée vivent les Tatars qui sont alliés du Turc. Pour conclure, c'est un pays de grande étendue, car il borde à la Lituanie, à la Podolie, au Turc, au Tatar, à la rivière Obi, à la mer Caspienne, puis à la Livonie, à la Suède, à la Norvège, à la Terre Neuve (Nouvelle-Zemble) et à la mer Glaciale. Ce pays est très froid, j'entends aux endroits les mieux habités du côté du septentrion et de l'Occident... Car aux frontières de la Tatarie ou le long de la Volga, de Kazan, d'Astrakhan et sur la rivière Obi du côté de l'Orient, on trouve des régions fort tempérées. Dans les provinces froides, il fait six mois d'hiver, c'est-à-dire qu'il y a toujours de la neige jusqu'à la ceinture, et que l'on peut traverser toute rivière sur la glace. Et cependant, ce pays est fort fertile... Il y a peu de pluies en été et point du tout en hiver. A Kholmogory (Kolmengrod), Arkhangelsk et Saint-Nicolas, comme aussi en d'autres lieux du septentrion, on voit le soleil jour et nuit pendant un mois ou six semaines en été, et à minuit on le voit à deux ou trois brasses au-dessus de la terre. En hiver, pendant un mois, il n'y a guère de jour car le soleil ne se montre point... 
Jacques Margeret, mousquetaire français, au service de Boris Godounov
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1598-1605: règne de Boris Fedorovitch Godounov, tsar de Russie 
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Boris Godounov à l'Opéra de Paris (1969) - Photo de Pic - Source: Gallica
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Le nouveau tsar, beau-frère du précédent, descend du mirza tatar Tchet qui quitta la Horde d'Or au cours du règne d'Ivan Kalita. Il est marié à Maria Malyouta-Skouratova, fille d'un favori d'Ivan le Terrible, qui lui donne deux enfants, Fédor II et Xénia. Tchet, converti au christianisme, fit construire le monastère Ipatiev, sur les bords de la Kostroma, au 14ème siècle. Boris Godounov a fait partie de l'Opritchnika; il a été chambellan d'Ivan le Terrible et a commandé la garde du palais de ce tsar. On le peint comme un homme de peu d'instruction, mais intelligent, rusé et impulsif, porté sur la magie noire, guidé uniquement par son intérêt personnel, prêt à tout pour arriver, le bien comme le mal, et sachant se montrer fastueux.  

La noblesse russe, affaiblie lors des deux derniers règnes, ne présente pas de candidat à la succession des Rurikides. Boris Godounov hésite d'abord à se mettre en avant, mais il est le  candidat du patriarche Job et les mesures qu'il a prises pendant le règne de Fédor 1er sont appréciées par ses contemporains; il finit donc par accepter. Un zemski sobor, comprenant des boyards, le clergé et des représentants des communes, est réuni. Boris Godounov est élu tsar par cette assemblée, au troisième tour, malgré une résistance au sein de la Douma des boyards. Il est proclamé tsar au couvent de Novodievitchi. Fort de l'appui du peuple et de la noblesse, Boris exige qu'on lui prête serment dans la cathédrale de la Dormition, où il est couronné, et non au palais comme il est d'usage. A l'occasion de son couronnement, il libère des prisonniers, supprime les arriérés d'impôts et allège les taxes. Tsar élu, mais sans légitimité dynastique, Boris cherche à marier sa fille dans une famille régnante; il échoue, le prince Gustave de Suède se récusant, pour des motifs religieux, et le duc Jean de Danemark, qui était consentant, mourant subitement. 

1598: Boris Godounov, qui marche contre les Tatars du khan Kazy-Guirei, donne à Vassili Chouiski le commandement de l'aile droite de l'armée. Les incursions tatares vont être stoppées. 
1600: Boris Godounov écarte les Romanov du pouvoir; Fédor Nikitovitch Romanov, un bel homme, bon cavalier et dandy, neveu d'Anastasia Romanovna, première épouse d'Ivan le Terrible, qui pourrait prétendre au trône, est poussé vers les ordres où il devient moine, sous le nom de Philarète; son épouse est placée dans un couvant sous le nom de Marthe et leur fils Michel, âgé de cinq ans, est enfermé avec sa tante, Anastasia Nikitichna, au monastère de Belozerski. Gregori Otrepiev, un de leurs serviteurs, prend l'habit de moine et s'exile loin de Moscou. Le tsar signe une paix de vingt ans avec la Pologne-Lituanie. La fondation de Mangaseïa, sur le Tazn au nord, amène la Russie dans les régions arctiques. 
1601-1604: trois années de famine font naître des troubles à travers le pays; la paysannerie se soulève. De nombreux paysans, pour échapper au servage, s'enfuient sur les territoires des anciens khanats où ils renforcent les Cosaques. Les expropriations se multiplient afin de fournir les dotations en terres des serviteurs de l'État de plus en plus nombreux. Les villes perdent leur autonomie et  les conditions des marchands et artisans se dégradent. L'Église, qui n'est pas à l'abri des expropriations, explique que tous les malheurs du pays sont la manifestation du courroux divin, et l'on se met à chercher un héritier légitime au trône de Russie. Cette recherche populaire ne va pas tarder à être instrumentalisée par les ennemis de Boris Godounov. 
1602: on compte des milliers de morts de faim à Moscou (plus de 127000) où l'on signale des cas de cannibalisme. Gregori Otrepiev (Gricha Otrepjov), qui s'est défroqué, après bien des tribulations, a réussi à convaincre le roi de Pologne qu'il n'est autre que le tsarévitch Dimitri qui a miraculeusement survécu à son assassinat.  
1603: un oukaze donne la liberté aux paysans que leurs propritaires ont refusé de nourrir pendant la famine. Une armée de paysans et de serfs révoltés, dirigée par l'hetman Khlopko est battue. 
1604: la création de Tomsk facilite la colonisation de l'Altaï et ouvre le chemin de la Chine. Secrètement converti au catholicisme, pour s'attirer la faveur du pape et du roi de Pologne, à qui il multiplie les promesses, Gregori Otrepiev entre en Russie à la tête d'une armée de mercenaires polono-lituaniens, d'émigrés russes et de Cosaques. Boris Godounov lève des troupes et en confie le commandement à Vassili Chouiski. Les forces de tsar, sont défaites le 21 décembre 1604 à Novgorod-Severski. Des pourparlers sont engagés pour le mariage de Xénia avec un duc de Schleswig. 

La guerre russo polonaise 

1605-1618:  la Pologne et le Grand-duché de Lituanie profitent de ce que la Russie traverse une période troublée pour tenter d'envahir ce pays à plusieurs reprises. La Suède s'alliera, suivant les cas, avec l'un ou l'autre des camps, les objectifs poursuivis variant au cours du temps. La Pologne visera un moment à rien de moins que l'unification de l'ensemble des Slaves sous son sceptre.  

1605: le 21 janvier, Boris Godounov remporte, près de Dobrynitchi (Smolensk), une victoire qui contraint son adversaire à prendre la fuite. Mais les paysans mécontents rejoignent le camp du faux Dimitri; des aristocrates polonais, soutenus par des boyards russes, en font autant. Une violente répression s'abat sur tous les partisans du faux Dimitri de plus en plus nombreux. Le 13 avril, le tsar meurt, on ne sait trop comment: suicidé ou empoisonné? Officiellement, de la goutte. Une sorcière avait prédit qu'il ne règnerait pas plus de sept ans: la prédiction s'est accomplie! La mort du tsar fait avorter la tentative de mariage de Xénia.  

Boris Godounov fut un homme d'État énergique, orgueilleux et talentueux qui continua la politique d'Ivan le Terrible. Sous son règne, la conquête de la Sibérie fut poursuivie; les territoires méridionaux furent mis en valeur; les positions russes du Caucase furent raffermies. Grand bâtisseur, il intensifia la fortification de Moscou et des villes frontières; de nouvelles églises furent construites. Boris Godounov ouvrit la Russie sur l'étranger en y invitant des spécialistes; il envisagea même de créer à Moscou une école supérieure où viendraient enseigner les professeurs illustres de l'Europe mais l'opposition du clergé fit obstacle à ce projet. Il aimait organiser de fastueux banquets réunissant de nombreux convives et envoya même au shah de Perse, sur la demande de ce dernier, une distillerie complète qui n'arriva malheureusement pas à destination, le navire qui la portait ayant sombré corps et bien. En matière de servage, l'héritage de Boris Godounov est ambigu: il libéra des paysans, mais en asservit d'autres, tandis qu'il organisait les institutions qui légalisaient le servage (interdiction de quitter les domaines, recherche et punition des fugitifs...). Mais ces institutions ne faisaient que sanctionner une situation de fait: le renforcement de l'État centralisé et la formation d'une classe dirigeante puissante réduisait déjà la liberté des plus faibles. La légalisation du servage contribua à dresser le monde paysan contre le tsar. Avant de mourir, ce dernier avait pris la précaution de nommer son fils Fédor co-régent, afin de faciliter sa succession. 

1605: règne Fédor II, tsar de Russie 

Fédor accède au trône à l'âge de 16 ans. Mais les boyards lui refusent leur allégeance. Le jeune tsar s'appuie alors sur l'un des aristocrates russes les plus populaires, Piotr Basmanov. Celui-ci persuade ses troupes de prêter serment à Fédor mais laisse ourdir un complot contre lui avant de se rallier au faux Dimitri. Début juin 1605, un soulèvement populaire détruit le palais des Godounov à Moscou, un groupe de boyards s'empare de la ville et étrangle Fédor II et sa mère. Le règne aura duré moins de deux mois. Le patriarche Job, qui avait pris Fédor sous sa protection, est arrêté et conduit au monastère de Staritsy, tandis que sa maison est mise à sac. L'archevêque de Riazan, Ignati, est nommé patriarche à sa place. Xénia deviendra l'esclave de Gregori Otrepiev et, quand il en sera rassasié, elle sera enfermée dans un couvent, où elle mourra sous le nom d'Olga. 

Ainsi s'acheva la dynastie des Godounov qui n'avait durée que sept ans. 

1605-1606: règne de Dimitri II, tsar de Russie, le premier faux Dimitri 

Le 20 juin 1605, le faux Dimitri entre à Moscou où il est proclamé tsar. Sa mère, la dernière épouse d'Ivan IV, Maria Nagaïa, le reconnaît le 18 juillet. Il est couronné dans la cathédrale de la Dormition, vers la fin du mois de juillet (le 21 ou le 30). Gregori Otrepiev, fils d'un Strelets (militaire), avait servi comme valet chez les Romanov, puis chez le prince Boris Tcherkassov, avant de prendre l'habit de moine au monastère de Tchoudov; sachant lire et écrire, il avait été remarqué par le patriarche Job qui l'avait fait diacre; mais, à la suite de propos obscènes qu'il avait tenus, il avait été condamné à l'exil dans un monastères des îles Solovetsky, au nord de la Russie; il s'en était échappé pour s'enfuir en Pologne où il avait commencé une carrière lucrative de faux tsarévitch.  

Il s'appuie sur les Romanov et les Nagoï et poursuit la politique d'Ivan IV. Fédor Nikitovitch Romanov, devenu le moine Philarète, est promu métropolite de Rostov. Dimitri II entreprend la rédaction d'un nouveau code général des lois (soudiebnik) incluant une disposition permettant aux paysans de quitter leur propriétaire le jour de la Saint-Youri. Il réorganise la Douma des boyards qui porte désormais le nom de Sénat. Il stimule le commerce et souhaite instaurer sa liberté, mais il se heurte à des réticences. Il envisage la création d'une université à Moscou. 

Mais ses réformes, ses pratiques catholiques et l'influence polonaise qu'il est censé favoriser, soulèvent contre lui l'hostilité de la noblesse, du clergé et d'une partie de la population. En outre, il s'attire l'animosité du roi de Pologne, Sigismond III, car il tarde à tenir ses promesses de cession de terres et de conversion de la Russie au catholicisme. L'opposition se regroupe autour de Vassili Chouiski, apparenté aux Rurikides, qui trame un complot. 

Au printemps 1606, Marina Mniszek, une aventurière polonaise, qui rêve d'être tsarine, rejoint en grande pompe le faux Dimitri, sans que l'on sache si elle s'est convertie à l'orthodoxie, le 2 mai. Le 8 mai, le faux Dimitri et Marina se marient et sont couronnés. Ils passent une semaine à festoyer. Le 16 (ou 17) mai 1606, ils sont réveillés par le bruit des cloches et des coups de feu; la foule envahi leur chambre; Dimitri II est assassiné et Marina violée. Selon une première version, le corps du tsar est dépecé et les morceaux tirés au canon en direction de la Pologne en manière de défi; selon une seconde version, son cadavre est exposé en place publique, le visage couvert d'un masque pour cacher une horrible blessure; bref, il n'est pas identifiable, ce qui contribue à accréditer la thèse de sa survie! Maria Nagaïa revient sur sa reconnaissance: ce Dimitri là n'était pas son fils. La mort du premier faux Dimitri met provisoirement un terme aux hostilités avec la Pologne. Job, qui retrouve son patriarcat, est ramené à Moscou, tandis qu'Ignati est emprisonné au monastère de Tchoudov. On dit aussi que Job, au lieu d'être exilé, aurait été assassiné et que, pendant un temps, la Russie aurait été privée de patriarche. 

Dimitri II voulait nouer une alliance contre la Turquie avec l'empereur germanique, les rois de France et de Pologne, Venise et la papauté. Il promettait beaucoup, aux plans religieux comme  territorial à ses futurs alliés, mais se gardait bien de tenir ses promesses dans la crainte de s'attirer l'animosité de ses sujets, ce qui ne suffit pas à le sauver. 

1606-1610: règne de Vassili IV Chouiski, la Crapule, tsar de Russie 

Vassili Ivanovitch Chouiski descend de Rurik par la lignée de Iaroslav II de Vladimir; il descend également du troisième fils d'Aklexandre Nevski. Il fut l'un des représentants de sa famille à la cour d'Ivan IV et fut exilé par Boris Godounov, avant que celui-ci ne lui redonne sa confiance, comme on l'a dit plus haut. Il combattit le faux Dimitri 1er avant de passer dans son camp après la mort de Boris Godounov. Il complota par deux fois contre Dimitri devenu tsar; la première fois, il fut condamné à mort, puis gracié; la seconde fois le complot réussit. Vassili IV est conduit du Kremlin à la Place Rouge où il est proclamé tsar "à la criée". Sous son règne le Temps de troubles atteint son point culminant. Les provinces se soulèvent contre ce tsar qui leur semble imposé par Moscou tandis que de nouveaux faux Dimitri apparaissent. 

1606: première rébellion conduite par Ivan Bolotnikov et Istoma Pachkov. Le nord de l'Ukraine, devient un lieu de résistance. Bolotnikov rassemble une armée et vient assiéger Moscou. Il est battu en décembre 1606. 
1607: une messe de réconciliation avec le peuple est célébrée dans la cathédrale de la Dormition, le 20 février. Vassili IV promulgue un code des lois (Oulojenié) qui interdit aux propriétaires de libérer leurs serfs. Il inaugure un mode de gouvernement constitutionnel en refusant de s'opposer à la Douma des boyards. L'armée d'un nouveau faux Dimitri, sorti dont ne sait trop où, marche sur Moscou. 
1608: l'armée du nouveau faux Dimitri s'arrête à Touchino, ce qui vaut à l'usurpateur le titre de tsar de Touchino, ou de brigand de Touchino. Il y réunit une Douma des boyards et y reçoit le métropolite Philarète, Fédor Nikitovitch Romanov, un cousin du véritable Dimitri, auquel il offre le patriarcat de toutes les Russies; par prudence, en ces temps troublés, Philarète ne se presse pas d'endosser les habits de cette nouvelle fonction compromettante. La Russie a désormais deux capitales, deux tsars et deux patriarches! Vassili IV, inquiet, traite avec la Pologne, dont les troupes ravagent les environs de Moscou, et libère Marina Mniszek, veuve de Dimitri II; elle est capturée par les troupes du faux Dimitri de Touchino, qu'elle s'empresse de reconnaître comme son époux miraculeusement épargné, ce qui redore le blason de l'usurpateur; Marina épouse le second faux Dimitri pour être en paix avec sa conscience! La Moscovie est divisée en deux: le nord est partisan de Vassili et le sud suit le faux Dimitri. Vassili envoie son neveu, le prince Skopine, négocier avec la Suède pour obtenir son alliance 
1609: Skopine obtient le concours de la Suède en échange de quoi la Russie cède la province de Korela et abandonne ses prétentions sur la Livonie. Les Suédois ravagent la région de Novgorod. Sigismond III Vasa, roi de Pologne, tire prétexte de l'intervention de la Suède pour reprendre les hostilités; il apporte son concours au parti du second faux Dimitri, pour obtenir des concessions territoriales, et assiège Smolensk. 
1610: Siège de Moscou  et du monastère de la Trinité Saint-Serge par le nouveau faux Dimitri. Défaite de l'armée de Vassili Chouiski près de Klouchine.  

Les forces suédoises font lever le blocus de Moscou et  le nouveau faux Dimitri se réfugie à Kalouga. Skopine revient dans la ville, où il meurt bientôt, probablement empoisonné sur ordre de Vassili. Le roi de Pologne, Sigismond III, abandonne la cause de Dimitri, mais c'est pour revendiquer à son tour la Moscovie. Des Russes, dont Fédor Romanov - Philarète, laissent également tomber Dimitri qui tente de rallier des Cosaques et même des Tatars à sa cause. Cependant, les boyards restés à Moscou renversent Vassili qui est tonsuré et relégué au monastère du Miracle.  

Vassili IV Chouiski était petit et myope et il avait le dos rond. Il était avare, rusé, croyait à la sorcellerie et aimait les dénonciateurs. Il n'a pas laissé un bon souvenir en Russie. 

1610: Ladislas de Suède et Sigismond III, puis 1611: Ivan, fils du second faux Dimitri, et troisième faux Dimitri   

Au milieu de ces troubles, l'Église orthodoxe, dirigée par le patriarche Hermogène et l'higoumène du monastère de la Trinité-Saint-Serge, reste la seule structure capable de sauver le pays. La résistance s'organise. Un zemski sobor donne une forme légale à la volonté de restaurer l'autocratie. Une première armée de libération se rassemble près de Riazan sous le commandement du prince Troubetskoï. 
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La Russie était dévastée et dépeuplée. Même les Tatars de Crimée n'effectuaient plus d'incursions dans la steppe sauvage - il n'y avait plus rien à piller. Au cours des dix années que dura le Temps des troubles, imposteurs, voleurs et envahisseurs polonais passèrent, sabre et torche en mains, à travers la terre russe... Une atroce famine s'établit - Les gens mangeaient le crottin des chevaux et la viande humaine. La peste noire sévissait...  
Alexis Tolstoï
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1611: une ambassade, conduite par Philarète, offre la couronne de Russie à Ladislas de Suède, fils de Sigismond III, que le zemski sobor élit tsar. Les Polonais entrent dans Moscou. où ils pillent la chasse et les soiries de Saint Basile. Philarète est arrêté en Pologne et y restera interné huit ans. Vassili et ses frères sont déportés en Pologne. Sigismond décide de placer la couronne de Russie sur sa tête mais s'aliène les boyards favorables à son fils; ces derniers lui reprochent d'être catholique et le soupçonnent de vouloir persécuter l'orthodoxie.  

Dimitri se prend de querelle avec un chef tatar, Uraz-Mohammed (Ourouss-Mourza); le fils de ce dernier accuse son père de vouloir tuer Dimitri, lequel ordonne l'exécution d'Uraz et, au cours d'une chasse, le fils d'Uraz tranche la tête de Dimitri et dépèce en morceaux son corps, pour venger son père. Marina, au dernier mois d'une grossesse, n'a plus que la ressource de ramasser les restes de son mari. L'hataman de Ternople, Ivan Zarucki, ordonne à ses cosaques l'exécution du fils d'Uraz. Marina Mniszek accouche d'un fils du second faux Dimitri.  

Les Polonais s'emparent de Smolensk. Les Suédois entrent à Novgorod. Les Cosaques tentent d'abord d'imposer Ivan, fils du second faux Dimitri comme tsar et, comme il est trop jeune, ils trouvent un troisième faux Dimitri. Un nouveau mouvement de libération se forme sous le boucher Minine et le noble Pojarski. 
 
1612: les Polonais sont chassés de Moscou par une insurrection dirigée par Minine et Pojarski. Vassili IV Chouiski meurt en Pologne. Marina Mniszek a trouvé un nouvel amant en la personne d'Ivan Zarucki, ataman des Cosaques du Don. Mais les Russes sont las des troubles; ils consentent un effort fiscal particulier pour retrouver l'ordre; le mouvement de libération national repousse les Cosaques; Zarucki, Marina et son fils, le faux tsarévitch, se sauvent à Astrakhan. 

Les Romanov 

Les Romanov de la  lignée masculine 

1613-1645: règne du tsar Michel 1er  

Michel Fédorovitch Romanov est élu tsar par un zemski sobor (assemblée). On a vu que, dès l'âge de cinq ans, il  avait été enfermé au monastère de Belozerski avec une de ses tantes par Boris Godounov, tandis que sa mère était contrainte de prendre le voile sous le nom de Marthe. Treize ans s'étaient écoulés depuis cette époque et bien des événements tragiques étaient survenus. Personne ne savait où se trouvait le jeune tsar et il fallait donc se mettre à sa recherche. En fait, il séjournait, en compagnie de sa mère, dans le petit village de Domnino, à une soixantaine de kilomètres de Kostroma. Mais les Russes n'étaient pas seuls sur la piste du tsar Michel; les Polonais échappés de Moscou voulaient également le dénicher pour l'empêcher de monter sur le trône en l'assassinant. Il était vital pour la Russie qu'ils n'arrivent pas auprès de lui avant les Russes.  Les Polonais, qui connaissaient l'endroit de la retraite de Michel et de sa mère, s'était emparé d'un paysan du village de Derevnitche, Ivan Soussanine, qu'il sommèrent de les amener jusqu'à Domnino; Soussanine leur proposa d'emprunter un raccourci qui traversait une épaisse forêt où il les égara à travers les fourrés d'épines et les marécages;  il paya de sa vie cette courageuse initiative qui sauva le premier des Romanov d'une mort certaine et devint par ce geste un des héros légendaire de la Russie. Michel et sa mère s'installèrent alors au monastère Saint-Hypatuis, près de Kostroma, où la délégation du zemski sobor les rencontra le 14 mars 1613. La mère de Michel se montra d'abord très réticente à l'idée de voir son fils monter sur le trône. Elle reprocha amèrement aux délégués la pusillanimité et la versatilité de la noblesse russe au cours de la dernière décennies. Cependant, après les prières et les argumentations des envoyés de Moscou, vinrent les menaces, et elle finit par céder en bénissant son fils. Ce dernier fut solennellement couronné par le métropolite de Kazan, Ephrème, le 11 juillet 1613.   

Le nouveau tsar succède à la période des troubles. Fils de Philarète (Fédor), prisonnier des Polonais, il descend d'un prince prussien converti à l'orthodoxie qui transmit à ses enfants des noms de chevaux (jument, étalon), d'un autre animal (chat) ou d'un arbre (sapin); il descend également d'un boyard d'Ivan Kalita et de la famille de la première femme d'Ivan le Terrible; sa famille est la plus proche de l'ancienne dynastie des Rurikides. Il octroie à Pojarski, qui a facilité son accession au trône, le titre de "sauveur de la mère Patrie" et ennoblit Minine. Les débuts du règne sont difficiles: des brigands sillonnent la Russie; les Cosaques du Don soutiennent les prétentions du fils du second faux Dimitri et de l'ex-tsarine Marina Mniszeck; la Russie est en guerre contre la Suède et la Pologne qui ne le reconnaît pas. Le nouveau tsar, qui recherche le soutien populaire, réunit fréquemment le zemski sobor 

1613: les habitants d'Astrakhan, qui redoutent le mécontentement du nouveau tsar, chassent Zarucki, Marina Mniszek et son fils de leur ville. Création de gouverneurs militaires (voïvodes) pour limiter les pouvoirs des assemblées locales. 
Les difficultés financières conduisent à créer un impôt exceptionnel, le cinquième d'argent, qui sera prélevé six fois jusqu'en 1644. L'impôt sur le sel, un monopole d'État, est augmenté au détriment de la population des villes. 
1614: Zarucki et ses derniers fidèles sont encerclés dans l'Oural. Le trio, capturé, est ramené à Moscou. Zarucki subit le supplice du pal. Marina Mniszeck est enfermée dans un cachot où elle meurt quelques mois après (d'autres disent qu'elle fut noyée); son fils, âgé de trois ans, est pendu. 
1617: Sigismond tente une nouvelle fois en vain de réduire la Russie; Pojarski défend Moscou. La paix de Stolbovo met fin à la guerre contre la Suède qui évacue Novgorod tandis que la Russie lui abandonne la Livonie et la Carélie, perdant ainsi accès à la Baltique.  
1618: le traité de Déoulino, qui termine la guerre avec la Pologne, accorde des territoires à cette dernière, mais préserve l'indépendance de la Russie. 
1619: le métropolite regagne Moscou. Fédor-Philarète, père du tsar, obtient la mise en place d'un gouvernement bicéphale. En réalité, c'est lui qui détiendra, jusqu'en 1633, l'essentiel du pouvoir, Michel se contentant de s'intéresser à l'horlogerie (il fera venir plus de 20000 horloges pour orner ses palais).  

Fédor établit un cadastre pour favoriser la collecte des impôts. Il crée des industries, notamment une fabrique d'armes à Toula. Il lutte contre la corruption et commence à ouvrir réellement la Russie sur l'Occident en nouant des relations commerciales avec l'Angleterre, la Hollande et le Danemark. Il réorganise l'armée en faisant appel à des étrangers, entre 1630-1632 apparaissent les premiers régiments qui seront l'amorce d'une armée russe régulière. Il étend la Russie en direction de la Sibérie. Il ne réunit plus qu'occasionnellement le zemski sobor. 

1620: rétablissement des imprimeries gouvernementales. 
1624: le tsar épouse Maria Vladimirovna Dolgoroukova (une Dolgorouki); ce mariage est arrangé par sa mère, mais la jeune femme ne lui plaît pas et il ne s'en accomode que par obéissance. La jeune femme tombe malade lors des cérémonie et meurt quatre mois plus tard. 
1626: la mère du tsar lui trouve une nouvelle épouse dans une famille noble de Mojaïsk, les Strechnev, Evdokia Loukianovna. 
1628: la fondation de Krasnoïarsk, en Sibérie, sous la forme d'une forteresse frontalière (ostorg), par des militaires cosaques dirigés par Andreï Doubenskoï, prélude à la pénétration russe dans le haut Iénisséi, laquelle sera contrariée par les nomades kirghizes et dzoungares.  
1630 (ou 1628): la Léna est atteinte. Une première manufacture apparaît dans l'Oural: la fonderie de cuivre Nitsinski.  
1631-1648: les Russes s'emparent progressivement du territoire bouriate à l'est du lac Baïkal.  
1632: fondation de Iakoutsk.  
Mort de Sigismond III; son fils Ladislas lui succède. La Russie en profite pour déclarer la guerre à la Pologne et tenter de reprendre Smolensk. L'expédition échoue et son chef, Michel Chéine, est exécuté. 
1633: une incursion des Tatars de Crimée rappelle la menace qui pèse sur la frontière du sud et incite à ménager les Cosaques qui y montent une garde entreprenante. 
1634: la mort de Fédor-Philarète incite des boyards à revendiquer le pouvoir. Michel 1er, convoque un zemski sobor qui met fin à la dyarchie. Le tsar gouvernera désormais seul jusqu'à sa mort. 
1635 (ou 1634): la paix de Polionovska consacre la défaite de la Russie qui accepte de céder pour toujours!? les terres de Tchernihiv, Novgorod-Severski, Smolensk et Iaroslav. Ladislas IV renonce en contrepartie à la couronne moscovite.  
La cathédrale en bois de Kazan, à Moscou, est détruite par un incendie. 
1636: les rives de l'Amour sont atteintes. Moscou tente de s'opposer aux razzias des Tatars de Crimée qui pillent les terres de la Russie méridionale en édifiant la ligne de défense dite de Belgorodski (remparts de terre et places fortes). 
1637: les Cosaques, qui se livrent à des incursions fréquentes en territoire tatar, s'emparent d'Azov ouvrant l'accès à la mer Noire. 
1639: le Cosaque Ivan Moskvitianine atteint la côte du Pacifique. 
1640: début du soulèvement des Cosaques Zaporogues contre les Polonais qui occupent une partie de l'Ukraine. 
1642: la Turquie menaçant d'entrer en guerre, Azov lui est restituée, après la destruction de ses fortifications. 
1643-1646: parti de Iakoutsk, Pojarkov atteint les monts Stanovoï par l'Aldana, puis, par la Seja, il va jusqu'à l'Amour et au golfe de Sakhaline. 
1645: dans la nuit du 12 au 13 juillet, le tsar meurt d'une mystérieuse maladie intestinale. 

Michel 1er réussit à maintenir l'indépendance de la Russie menacée par la Pologne et à surmonter les troubles intérieurs. Sous son règne le pays, qui sort exsangue de la période des troubles, connaît un début de modernisation administrative et économique ainsi qu'une ouverture sur l'Occident européen. L'expansion russe vers la Sibérie reprend et celle vers la mer Noire commence; elle est essentiellement le fait d'aventuriers cosaques, à la recherche de la fortune matérialisée par les fourrures et les dents de morse au nord, et qui repoussent la menace tatare au sud. Mais le trait dominant du règne est le triomphe de l'État autoritaire centralisé. Après la période agitée qu'elle vient de traverser, la Russie aspire à l'ordre plus qu'à la liberté et elle est pour longtemps disposée à confier tous les pouvoirs au tsar à condition qu'il maintienne la tranquillité. Comme on le verra, cela n'exclut pas des mouvements de révolte contre ceux qui sont jugés responsables des malheurs du peuple, mais le tsar, considéré comme un père, n'est pas remis en question. 

Moscou, la troisième Rome, se considère comme l'héritière de Byzance, et l'orthodoxie, avec ses rites et sa liturgie spécifiques, est l'un des facteurs essentiels de l'identité et de la cohésion russes. Voici quelques observations concernant la religion formulées par un témoin oculaire (Margeret). Le baptême s'administre par trois immersions; le prêtre pend une croix au cou du baptisé qui la portera toute sa vie. Les Russes ont quatre carêmes pendants lesquels ils ne mangent pas de chair mais des racines et du miel. A Pâques, ils se rendent les uns chez les autres, se congratulent, se réjouissent de la résurrection du Christ, et s'échangent des oeufs peints en rouge. Les gens du peuple sont complètement incultes et "Enfin, on peut dire que l'ignorance est la mère de leur dévotion". 

1645-1676: règne du tsar Alexis 1er, le Paisible (ou le Très Faible ou le Doux)  

Il a été élevé au Kremlin par son grand-père le métropolite Philarète qui lui a choisi son précepteur, un boyard ambitieux marqué par la culture occidentale, Boris Morozov, assisté par Vassili Ivanovitch Strechnev. Il reçoit une éducation convenable qui en fait un souverain cultivé, qui écrit des poèmes, aime la lecture et le théâtre, et montre des goûts artistiques raffinés comme en témoignent les ensembles architecturaux qu'il fait construire. Il se passionne pour les jeux d'échecs et la chasse aux faucons et possède plus de 3000 de ces rapaces ainsi que plus de dix mille nids de pigeons pour les nourrir. Très pieux, il suit toutes les prescriptions religieuses et prie souvent. Monté sur le trône à l'âge de 16 ans, Alexis 1er, est un adolescent corpulent, débonnaire, bon et sans rancune, aux grosses joues rouges et au front bas, au doux visage et aux yeux rieurs. S'il lui arrive de se mettre en colère, cela ne dure jamais longtemps et il finit souvent par s'excuser auprès de celui qui a été l'objet de son ressentiment. Sa sévérité est rarement inéquitable. Ne manquant ni d'allure ni de courage, il représente avec dignité le pouvoir impérial. Mais trop jeune et manquant d'expérience, il  laisse Morozov, avec lequel il s'est lié d'amitié, exercer le pouvoir à sa place.  

1645: la colonisation de la Sibérie se poursuit; les rives du Pacifique sont atteintes. 

Apparition de la secte religieuse des flagellants (khlysty) qui se fustigent en considèrent la débauche comme un moyen d'atteindre à la pureté. Les flagellants se livrent à des sortes de danses tournantes génératrices de frénésie collective. Ils pensent que le Christ se réincarne périodiquement. Raspoutine aurait pu être un des derniers adeptes de cette secte. 

1646: recensement et enregistrement de la population masculine des serfs domestiques.  
1647: on organise à Moscou un concours de prétendantes au coeur et à la main du tsar; plus de deux cents jeunes filles se présentent; Alexis choisit la belle Euphémie, fille d'un propriétaire terrien de Kassimovo; ce choix n'est pas du goût de Morozov qui fait courir le bruit qu'elle est épileptique; la jeune fille et son père, accusé d'avoir caché la maladie de sa fille, prennent le chemin de la Sibérie. Le pouvoir procède à une réforme fiscale qui engendre de l'agitation dans plusieurs villes; une crise financière a contraint le gouvernement à augmenter les taxes, notamment sur le sel;  on reproche à l'Administration et à Morozov d'être responsables des misères du peuple. 
1648: Morozov marie Alexis avec Maria Miloslavskaïa, la fille d'un ministre des Finances détesté, et épouse la soeur de la tsarine. La population de Moscou, accablée d'impôts, se révolte. L'émeute dite du Sel est réprimée, mais Morozov doit quitter le pouvoir; son appartenance à la famille impériale le sauve des fureurs de la foule qui exige qu'on lui les livre les boyards détestés; Alexis accepte de livrer Plechtchev et Trakhanoïtov, mais, les larmes aux yeux, il implore les émeutiers d'épargner son beau-frère en promettant sa destitution.  D'autres révoltes auront lieu (on en dénombrera vingt-et-une de 1648 à 1650!) et le 17ème siècle sera qualifié de temps des émeutes. Retour à la Russie de Smolensk, Tchernigov et autres villes.  
Dejnev franchit le détroit de Béring et arrive en Alaska; avec la Sibérie, la Russie était à cheval sur deux continents, la voici qui empiète sur un troisième! 
Après plusieurs échecs, Bogdan Khmelnitski, chef des cosaques Zaporogues, qui reprochent à la Pologne de brimer les orthodoxes, se rend à Moscou pour suggérer au tsar d'annexer l'Ukraine afin de libérer sa population du joug polonais. Le tsar limite son intervention à un appui politique et militaire. 
1648-1649: le zemski sobor supprime les privilèges administratifs et judiciaires du clergé et le soumet aux tribunaux laïcs pour les affaires non ecclésiastiques. Il accorde une grande attention à la protection du tsar et renforce la noblesse. Un nouveau code, l'Oulojénié, remplace le Soudiebnik; favorable à la bourgeoisie des villes et aux propriétaires terriens, il consacre le servage en rattachant le serf à la terre et à son maître, l'habitant des faubourgs à la ville dans laquelle il vit, prévoit déportation des paysans qui fuient le servage, sans limitation de délais, et rend le servage héréditaire; ce code, qui aggrave les antagonismes entre les villes et les campagnes, restera en vigueur jusqu'en 1838. 
1649: les insurgés Zaporogues, vainqueurs à Zbaraza obtiennent la reconnaissance de leur hetman et un certain degré d'autonomie par la paix de Zborowski. 
1649-1653: Khabarov reconnaît le cours de l'Amour. 
1650: les Russes élèvent le fort d'Albazine, sur l'Amour. Un nouveau soulèvement se produit en Ukraine à l'initiative des paysans qui refusent le retour de leurs maîtres polonais. 
1651: les Ukrainiens, trahis par le khan de Crimée, sont battus à Berestetchek. La paix de Belaja Tserkovbaja leur retire les avantages de la précédente pacification. 
1652: un nouveau soulèvement a lieu en Ukraine. Les insurgés remportent sur les Polonais une victoire près de Batogo.    

Alexis 1er nomme Nikita Nikon patriarche de Moscou; le nouveau patriarche révise les textes sacrés, dont la rédaction date de l'époque d'Ivan le Terrible, dans le but de rapprocher l'orthodoxie russe de l'orthodoxie grecque et de renforcer l'Église. Mais cette réforme, qui froisse la tradition russe, n'est pas du goût de tous; l'archiprêtre Awakoum prend la tête des contestataires et forme le schisme des vieux-croyants (Raskol) qui est suivi par beaucoup de petites gens, au point de prendre un caractère social: être vieux-croyants, c'est aussi souvent rejeter l'extension du servage!  

Un comptoir de traite des fourrures, établi par Yakov Pokhabov, existe à l'emplacement d'Irkoutsk (Sibérie); Pokhabov y commerce avec les Bouriates, un peuple autochtone d'origine mongole.  

1653: un Code du commerce, qui frappe d'une taxe de 5% les marchandises entrant dans le pays, témoigne de l'importance prise par cette activité. 
Bogdan Khmelnitski, prie à nouveau la Russie de prendre l'Ukraine sous sa protection. Un zemski sobor accepte l'entrée de l'Ukraine dans l'Empire russe. 
1653: Awakoum va passer plusieurs années exilé en Sibérie où beaucoup de vieux-croyants sont envoyés après avoir été excommuniés.  
1654: la Grande Rada (assemblée) des Zaporogues entérine l'union de l'Ukraine, qui reste autonome, avec la Russie. Mais la Pologne refuse de reconnaître cette union et poursuit la guerre contre les Ukrainiens et la Russie. 
La Suède entre en guerre à son tour et ses troupes pénètrent en Pologne.  
Création du Bureau du Grand souverain qui traitera désormais les affaires d'État qui relevaient jusque là de la Douma des boyards. 
1656: le gouvernement décide de frapper une monnaie de cuivre pour faire face aux dépenses de guerre. Aisément imitable, celle-ci facilite les affaires des faux-monnayeurs. Il en découle une inflation et une perte de valeur de la monnaie. On accuse le ministre des Finances, beau-père du tsar, d'en avoir frappé à son profit.  Guerre contre la Suède. 
1657: les aristocrates polonais reçoivent le droit de vie et de mort sur leurs serfs ukrainiens. 
1658: un oukaze punit d'un châtiment pouvant aller jusqu'à la peine capitale le fait, pour un faubourien, de s'installer ou de se marier de son libre choix dans un autre faubourg. 
Le patriarche Nikon, qui prétend que le pouvoir religieux est supérieur au pouvoir temporel, est démis de ses fonctions et exilé dans un monastère. 
Le fort Nertchinsk est édifié dans le bassin de l'Amour. 
Par le Traité de Valiesar (20décembre 1658), qui termine la guerre contre la Suède, la Russie se voit octroyer le droit de conserver les territoires conquis en Livonie pendant trois ans. 
1659: la guerre reprend avec la Pologne mais les Cosaques ne sont plus unanimes: l'Ukraine occidentale (ouest du Dniepr) est pro-polonaise alors que l'Ukraine orientale penche vers Moscou. La paix de Kardis, met fin au conflit avec la Suède; la Russie, affaiblie par sa lutte contre la Pologne, perd ses conquêtes de Livonie et d'Ingrie.  
1661: Un fortin avec une garnison permanente est édifié à Irkoutsk. 
1661-1676: le catholique croate Yuraï Krijanitch, père du panslavisme, est déporté en Sibérie. 
1662-1663: une nouvelle révolte, celle du cuivre, conséquence des problèmes monétaires, éclate à Moscou. Elle est noyée dans le sang, mais la maison de Morozov, qui n'a pas été oublié, est pillée. 
1662-1666: fondation d'une armée régulière de fantassins dans laquelle entraient plus de cent commandants étrangers. 
1664: le rouble-cuivre est abandonné. Awakoum est déporté à Poustozersk où on l'emprisonne; il était revenu à Moscou après la disgrâce de Nikon et y rédigeait des appels jugés insurrectionnels à annuler toutes les innovations introduites en matière religieuse. 
1666: une première prise d'armes, annonciatrice de la guerre des paysans, dirigée par Vassili Us, soulève les Cosaques du Don qui réclament un "bon tsar". 
La réforme de l'Église initiée par le patriarche Nikon est entérinée par un concile qui anathémise la doctrine des vieux croyants. Mais le patriarche demeure exilé dans un monastère. Une répression terrible s'abat sur les vieux-croyants qui sont envoyés au bûcher quand ils ne sont pas déportés.   
1667: le traité d'Androusovo met fin à la guerre contre la Pologne. L'Ukraine est partagée en deux: la Pologne reçoit la partie occidentale de l'Ukraine et la Biélorussie; la Russie obtient Smolensk, la Sévérie, l'Ukraine orientale et Kiev, bien que cette dernière ville soit à l'ouest du Dniepr. Les Cosaques Zaporogues demeurent sous l'administration commune de la Pologne et de la Russie.  
La liquidation du Bureau des monastères limite la propriété foncière ecclésiastique; l'Église est soumise au contrôle du tsar. 
1668-1676: révolte de Solovki. 
1669: Stenka Razine, un chef cosaque, mène campagne sur la Caspienne contre la Perse.  
Mort de la tsarine Maria Miloslavskaïa; elle laisse deux fils, qui seront les tsars Fédor III et Ivan V, et une fille qui deviendra la régente Sophie. 
1670: Stenka Razine s'insurge contre les boyards, les marchands, la lourdeur de la fiscalité, imposée par les guerres et les conséquences du temps des troubles et pour la liberté, mais il ne met pas en cause la personne du tsar; il prend la tête d'une armée de paysans révoltés qui cherchent à échapper à leurs maîtres et à la conscription. L'aggravation du servage est une des explications du succès populaire de ce soulèvement. 
1671: Stenka Razine, après avoir conquis un vaste territoire englobant Tsaritsyne, Astrakhan et Saratov, est finalement battu a Simbirsk. Le pouvoir a triomphé d'une rébellion qui faisait tache d'huile mais qui était mal armée, sans but idéologique précis, et dispersée. Stenka Razine, fait prisonnier, est conduit à Moscou pour y être pendu et équarri. 
On présente à Alexis 1er soixante-dix jeunes filles afin qu'il choisisse une nouvelle épouse. Mais c'est inutile car il a déjà élu Natalia Narychkina, une jeune fille de petite noblesse, qui sera la mère de Pierre le Grand; vive et enjouée, la nouvelle tsarine exercera une influence bienfaisante sur son mari qui se sentira rajeunir; elle introduira le théâtre au Kremlin. 
Construction de premiers navires au village de Dedilov sur la Oka.  
1675: un oukaze interdit l'inscription des paysans noirs dans l'aristocratie de service.  

L'affaire des vieux croyants montre qu'une partie importante des Russes tient aux traditions et qu'il ne sera pas facile de réformer le pays. C'est pourtant ce que vont tenter les successeurs d'Alexis. En Ukraine, la Russie tsariste se présente en libératrice et en rassembleuse des populations issues de l'ancienne Rus' médiévale; cette politique sera poursuivie jusqu'à la Révolution et reprise ensuite par le pouvoir soviétique. Si l'autocratie n'est pas contestée, les émeutes populaires manifestent pourtant d'un mécontentement profond envers l'organisation de la société et les privilèges qui en découlent. En politique étrangère, la Russie s'efforce de récupérer les territoires perdus puis d'absorber l'Ukraine, acquise récemment, tout en contenant au sud le khanat de Crimée, vassal de l'Empire ottoman, et au nord la Suède avec une armée nationale encore très déficiente. 

Signalons une curieuse mesure prise par le tsar Alexis 1er pour éliminer les jurons et les mots obscènes du vocabulaire des gens du commun. Des groupes spéciaux de streltsy circulaient dans les lieux populeux et, s'ils entendaient quelqu'un prononcer des mots déplacés, ils l'empoignaient et le rouaient de coups de bâton, parfois en jurant eux-mêmes! 

Vers la fin du 17ème siècle, la Russie ne compte encore qu'à peine plus de 10 millions d'habitants. L'agriculture reste l'activité économique principale du pays; le servage défavorise sa productivité; il démotive le paysan qui privilégie ses devoirs religieux plutôt que le travail. L'artisanat se développe dans les villes et quelque manufactures apparaissent; elles produisent surtout pour l'État. Le commerce se développe sur l'axe de la Volga mais, en tant que monopole d'État, il ne participe que très peu au développement du pays. Les difficultés extérieures et intérieures militent pour un renforcement de l'absolutisme et du servage tandis que la faiblesse de la bourgeoisie urbaine conduit le pouvoir à s'appuyer sur l'aristocratie de service en lui concédant de nouvelles terres, avec leurs serfs, de nouveaux droits et de nouveaux privilèges. La Douma des boyards et le zemski sobor perdent de leur importance.  

1676-1682: règne du tsar Fédor III, le Doux  

Instruit, ce qui est rare à l'époque en Russie, plein de bonne volonté, mais malade, probablement scrofuleux, obligé de s'appuyer sur une canne pour marcher et incapable d'enlever lui même son chapeau, à cause d'une chute de cheval survenue alors qu'il n'avait que douze ans, ce tsar tient beaucoup du caractère de son père. Il préfère l'ordre à la pompe. Il aime les animaux, élève des chevaux et fait installer des ménageries dans ses résidences. Tsar à quinze ans, il inaugure son règne en exilant les Narychkine, famille de la seconde épouse de son père, illustration d'un conflit entre les familles des épouses du tsar précédent. Fédor III gouverne avec l'amant de sa soeur Sophie Alexeievna, Vassili Golitsyne. Les deux hommes mènent une politique d'ouverture en direction de l'Occident. Les habitudes vestimentaires de la cour sont réformées: l'ancien caftan est remplacé par des vêtements européens. Ils fondent une Académie russe. Pour la première fois, la table de multiplication est publiée en Russie. Des guerres ont lieu contre la Pologne et la Turquie. 

1676: le monastère des îles Solovki, dans la mer Blanche, qui est entré en dissidence, à la suite de l'affaire du Raskol, est assiégé. Il sera pris et ses moines seront brûlés vifs. Le lieu servira ensuite de prison, tsariste puis soviétique. 
1677: fondation des prémisses d'une Académie slavo-gréco-latine. 
1678: un recensement de la population russe est décidé. On imprime une luxueuse édition des Evangiles. 
1679: mise en place d'un nouveau système de recouvrement de l'impôt sur la base d'une imposition par foyer qui répartit plus équitablement les charges. 
Ouverture d'un Institut Supérieur de Théologie à Moscou. 
1680: mariage du tsar avec Agafia Semionova Grouchetskaïa qui exercera une forte influence sur son mari; moderne, elle s'élèvera notamment contre le port de la barbe et  contribuera à occidentaliser la mode vestimentaire.  
Sur ordre du tsar, toutes les églises de bois des environs de la Place Rouge, à Moscou, sont détruites; la cathédrale de l'Intercession-de-la-Vierge (Saint-Basile), entourée de chapelles, est peinte.  
1681: mort en couches de la tsarine Agafia; l'enfant ne survivra que peu de temps.  
Le Traité russo-turc de Bactchisaraj apporte à la Turquie la partie occidentale de l'Ukraine (à l'ouest du Dniepr).  
Le vieux croyant Awakoum est brûlé vif sur un bûcher; pour lutter contre les vieux croyants, Fédor III envisage la création dun tribunal inspiré de l'Inquisition, mais il mourra avant la réalisation de ce projet. 
1682: l'abolition du mestnitchestvo, qui liait les fonctions au rang de la famille et au rang de l'individu dans sa famille, efface la frontière entre l'aristocratie de naissance et l'aristocratie de service recrutée parmi les gens libres. Les droits de la noblesse sont écornés et les livres nobiliaires sont brûlés. Désormais, ce n'est plus le rang social qui donne accès à un poste élevé dans l'Administration mais la volonté du tsar. 
Le 14 février 1682, le tsar épouse en secondes noces Maria Matveievna Apraxina. Fédor III envisage de choisir pour successeur son demi-frère Pierre, née de Natalia Narychkina. Sa soeur Sophie s'oppose à ce choix (toujours la querelle familiale). Le tsar meurt de coliques, le 27 avril, sans avoir pense-t-on consommé son mariage, après avoir mangé une tarte aux mûres. On soupçonne un empoisonnement (l'assassinat politique, pour accéder au pouvoir, est en train de devenir une tradition russe!). 

Parmi les mesures pénales prises pendant le court règne de Fédor III,  citons deux améliorations notables: l'interdiction d'enterrer vivantes jusqu'au cou les femmes condamnées pour avoir tué leur mari, peine barbare qu'il remplaça par l'enfermement dans un couvent, et l'interdiction de la mutilation des voleurs. 
 

1682-1696: règne du tsar Ivan V - Régence de Sophie  

1682: le jour de la mort de Fédor III, le patriarche Joachim, après avoir pris conseil des boyards, déclare Pierre, fils de Natalia Narychkina, héritier du trône. Cette annonce est généralement bien accueillie, sauf  par la famille Miloslavski qui fait courir le bruit que les Narychkine ont étouffé Ivan, le fils de Maria Miloslavskaï. Le 23 mai,  des désordres éclatent à Moscou. Une révolte des régiments de stretlsy (mousquetaires) entraîne la mort de plusieurs membres de la famille de Pierre qui sont précipités sur les lances des streltsy du haut de l'escalier rouge du Palais à facettes dans l'enceinte du Kremlin. L'émeute ne peut pas être calmée, même après avoir montré Ivan bien vivant aux émeutiers. Ceux-ci exigent désormais qu'il monte sur le trône. Un conseil composé du haut clergé et de personnes de la cour décide que Ivan et Pierre gouverneront ensemble. Le 26 mai, la Douma entérine ce choix. Ivan V, l'aîné et le premier tsar, partage le trône avec son demi-frère, Pierre, le cadet et le second tsar. La tsarine Natalia Narychkina est écartée de la régence au profit de Sophie, fille de Maria Miloslavskaïa. Les deux princes sont encore enfants (Ivan à 16 ans et Pierre 10 ans) et Pierre va être contraint de se réfugier, pour sa sécurité,  avec sa mère Natalia, dans le domaine de Preobrajenskoe, sur la route qui mènera à Saint-Pétersbourg, où  il organise prudemment une petite armée exercée, non sans accidents, par des officiers étrangers; cette petite armée comprendra le bataillon Preobrajenski et le bataillon Semionovski, dans un village voisin. La dyarchie instaurée suite à la révolte des streltsy reste donc une fiction et c'est Sophie qui détient seule la réalité du pouvoir. Le meneur des streltsy, le prince Ivan Khovanski, qui espèrait sans doute exercer la régence, se retourne contre elle et, soutenu par les vieux-croyants, il s'oppose à la réforme de l'église orthodoxe; battu, il est exécuté et remplacé par Chaklovity à la tête de l'armée moscovite. Le 5 juillet 1682, se tient au Palais des Facettes un débat sur le schisme auquel participent l'archevêque Afanassi Kholmogorski et le chef des vieux croyants, Nikita Poustosviat; ce débat vise probablement moins à une réconciliation qu'à l'élimination des vieux croyants. Sophie gouverne avec son favori, le prince Golitsyne, tandis que Pierre se livre à l'étude avec des maîtres étrangers.  
1684: l'installation des Russes en Sibérie se poursuit. Irkoutsk possède à cette date six tours avec des ponts, et des solives entre les étages, une église du nom de Jésus-Christ, une cour souveraine où vivent les voïvodes (gouverneurs de province) ainsi que des granges, des caves, des isbas de bains, des isbas pour les cosaques célibataires et des hôtels pour les marchands de passage; il y a des meurtrières dans les murs des tours, des canons et une poudrière au-dessous d'une tour où se gardent les armes et les munitions. 
Mariage d'Ivan V avec Prascovia Fiodorovna Saltykova qui n'épouse le tsar que contrainte et forcée et avec beaucoup de répugnance. Cette jeune femme, belle et fière, se voit mal entre les bras de cet homme épileptique, bègue et presque aveugle. Elle dit qu'elle préfèrerait mourir. Elle lui donnera cependant cinq filles. 
1685: La Russie cesse de payer tribut au khan de Crimée. 
1686: la régente Sophie signe avec la Fédération polono-lituanienne le Traité de paix éternelle (!?) qui confirme la paix d'Androusovo. La Russie, alliée à l'Autriche, à la Pologne et à Venise (Ligue anti-ottomane) entreprend une guerre contre la Turquie et des expéditions contre le khanat de Crimée après avoir dénoncé le traité de Bactchisaraj 
Irkoutsk reçoit le statut de ville au moment où les Cosaques s'y installent. 
1687: ouverture à Moscou de l'Académie slavo-gréco-latine initiée par Fédor III. Les campagnes de 1687 et 1689, menées par le prince Golitsyne, sont des échecs. Pierre transforme ses deux bataillons, lesquels comptent chacun environ 400 soldats, en régiments Preobrajenski et Semionovski qu'il place sous les ordres du général Golovine; ces régiments ne cessent de se renforcer conférant au tsar Pierre le moyen de se protéger et aussi celui, le cas échéant, de se saisir du pouvoir. 
1689: la régente Sophie signe avec la Chine le Traité de Nertchinsk qui prive la Russie des rives de l'Amour et de l'accès à la mer du Japon mais lui permet d'établir des relations avec l'Empire du Milieu. En août, au monastère de la Trinité Saint-Serge où il se trouve, Pierre apprend qu'une nouvelle conspiration des streltsy, visant à l'écarter du pouvoir, est en train de se tramer; ses deux régiments viennent le rejoindre et il passe à l'offensive; Sophie est contrainte d'abandonner la régence et d'entrer au couvent de Novodievitchi; sur le chemin de Moscou, où se rend Pierre, des streltsy implore leur pardon la tête sur un billot dans lequel une hache est plantée. Pierre laisse provisoirement le pouvoir à sa mère, Natalia Narychkina, afin de mener sa jeunesse à sa guise, en jeux militaires et en beuveries. La nouvelle régente est une femme peu intelligente; elle sera mal aidée par le prince Golytsine et son frère Lev Narychkine, surtout connus comme grands buveurs, et mieux aidée par Tikhon Strechniev, plus sobre et qui passait pour être le vrai père de Pierre. Ivan V reste nominalement tsar, mais il ne s'occupe pas des affaires de l'Etat. De faible santé, il passe son temps en prières et en abstinence. Les jésuites sont expulsés de Russie et le mystique Kulmann brûlé vif sur la Place Rouge sans que les deux tsars n'aient donné leur avis. La Russie est si déconsidérée que le nouveau sultan de Turquie ne juge pas nécessaire de l'informer de son accession au trône! 

Pierre, dont les goûts sexuels sont, selon certains, éclectiques, a trouvé un ami, et dit-on un amant, en la personne d'un aventurier suisse, capitaine de l'armée russe, François Lefort, qui l'a aidé lors de ses affrontements avec la régente Sophie. Il épouse Eudoxie Loupikine mais cela ne change rien à ses habitudes; il arrive même que Pierre et François Lefort partagent ensemble la couche de la tsarine, si l'on en croit les mauvaises langues. 

1690: naissance du tsarévitch Alexis. 
1693: des prisonniers construisent à Irkoutsk une cathédrale en bois qui deviendra celle de l'Épiphanie. 
1694: mort de Natalia Narychkina. Pierre prend définitivement le pouvoir. 
1695: Une armée russe attaque les Tatars de Crimée pour détourner l'attention des Turcs. Mais c'est Azov et les mers chaudes qui sont visées. 
1696: paralysé depuis quelques temps, Ivan V meurt invalide à 30 ans. Désormais Pierre est réellement le seul tsar. 

1682-1725: règne du tsar Pierre 1er, le Grand, tsar puis empereur de Russie  
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Inauguration d'un monument à Pierre le Grand - St Pétersbourg - 1914 
Source: Gallica - Une autre statue de Pierre le Grand est ici
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Ce tsar modernise son pays, cherche à l'occidentaliser et poursuit une politique expansionniste, en direction de la Sibérie, des mers libres et de la Route de la Soie. En Sibérie, les interventions de l'État commencent à prendre le pas sur les initiatives individuelles et cette vaste région cesse d'être une terre de liberté pour devenir une terre d'exil et de déportation. Pierre 1er se montre animé de la volonté de faire de son pays une grande puissance tournée vers l'Europe en l'arrachant à la barbarie asiatique. Il réorganise l'armée et se dote d'une marine de guerre. Cet homme, qui est un colosse (il mesure 2 mètres), se conduit brutalement avec ses proches, notamment avec ses femmes et son fils.  

1696: Pierre annonce à la Douma des boyards la création d'une "Grande Ambassade" destinée à nouer des alliances européennes contre l'Empire ottoman. La flotte maritime russe est nominalement fondée par un oukase. Instauration du système des ordres russes. Premier oukaze sur l'envoi de jeunes Russes à l'étranger pour y étudier. Le tsar va lui-même voyager à travers l'Europe, à partir de mai 1697, sauf en France alliée à la Turquie pour prendre l'Autriche à revers; ce voyage lui apprendra beaucoup de choses, en matière de construction navale, architecture, fortification, mécanique, astronomie, médecine, anatomie... et même à arracher des dents, mais d'abord qu'il ne faut pas compter sur l'Espagne et qu'il a les mains libres du côté de la Baltique; au cours de ce voyage, il rencontrera des savants, comme Leibniz et Newton. 
1697: Pierre le Grand défait les Tatars de Crimée, protégés de l'empire ottoman, et s'empare du port d'Azov. 
La Russie occupe la presqu'île du Kamtchatka. 
1698: sur le chemin de l'Italie, Pierre apprend qu'une nouvelle révolte des streltsy vise à ramener au pouvoir la régente Sophie, en profitant de son absence de Moscou; il est contraint d'abréger sa Grande Ambassade; la révolte est sévèrement réprimée avant le retour du tsar à Moscou par les régiments qu'il a formés; 1182 révoltés sont exécutés, plus de 600 sont fouettés, marqués au fer ou déportés en Sibérie (certains vont peupler Irkoutsk); Pierre coupe lui-même la tête de quelques condamnés; un groupe de streltsy est pendu sous les fenêtres de Sophie contrainte de prendre le voile sous le nom de Suzanne; l'enquête et la répression dureront jusqu'en 1707. Les têtes des meneurs exécutés à Moscou sont exposées sur la Place Rouge, fichées en haut d'une pique. Le tsar fait enfermer son épouse, Eudoxie Lopoukine, au monastère de Souzdal, sous l'accusation de complicité avec les streltsy; en fait, il était las de cette femme, au demeurant belle et qui lui avait donné un fils, Alexis, et s'était épris de la fille d'un marchand de vin Anna Mons, ancienne maîtresse de François Lefort, qui la céda au tsar son ami sans barguigner;  il divorcera d'avec Eudoxie qui sera contrainte de prendre le voile sous le nom d'Hélène, en 1699; soeur Hélène deviendra la maîtresse du capitaine Stepan Glebov; cette liaison sera découverte en 1718, lors de recherches à propos d'Alexis; soeur Hélène sera torturée et transférée dans un autre couvent et Glebov mourra empalé; après l'accession au trône de Catherine, la seconde épouse de Pierre, en 1725, soeur Hélène sera emprisonnée à la forteresse de Schlüsselbourg; elle en sera libérée en 1727, par le nouveau tsar, Pierre II, son petit-fils, et mourra en 1731; le destin des tsarines n'était pas de tout repos! 

Le trésor est à sec et le tsar comprend que, pour faire la guerre, il lui faut d'abord se procurer des ressources et que cela ne sera possible qu'en réformant. Une taxe spéciale frappe les riches, sauf les prêtres, pour financer la modernisation du pays. Pierre le Grand fonde la forteresse et le port de Taganrog. Cette cité sera la première base de la marine de guerre russe; elle sera commandée par l'amiral Golovine (1698-1702) et le vice-amiral Cornelius Cruysen (1711). 

1699: Pierre entreprend de recruter une armée régulière selon le système des levées d'office établi au 17ème siècle.  
Les Russes sont autorisés à voyager à l'étranger. 
1700: par le Traité de Constantinople, signé pour une durée de trente ans, les Russes se voient reconnaître par la Sublime Porte la possession d'Azov et de Taganrog; ils  obtiennent le droit d'avoir un ministre permanent auprès de l'Empire ottoman. Une première tentative de réforme du code de 1649 échoue. Mort du patriarche Adrien; Pierre le Grand ne lui désigne pas de successeur car l'église orthodoxe se montre opposée aux réformes. L'ancien calendrier est remplacé par un nouveau qui fait commencer l'année au 1er janvier, au lieu du 1er septembre, et le décompte des ans à partir de la naissance du Christ au lieu de la créationdu monde. Instauration de la Garde. 

Vers la fin du 17ème siècle une route transsibérienne est tracée.  

1700-1721: Grande Guerre du Nord. Une triple alliance (Danemark-Norvège, Saxe-Pologne-Lituanie et Russie) entre en guerre contre la Suède dirigée alors par un roi jeune, isolé, et que ses adversaires estiment inexpérimenté, Charles XII. Le tsar espère récupérer les rives de la Baltique, mais ses troupes sont écrasées à Narva. 
1700-1706: grâce à une série de victoires, Charles XII réussit à faire sortir de l'alliance le Danemark et la Norvège, puis le bloc Saxe, Pologne et Lituanie, tandis que l'armée russe conquiert sur les Suédois affaiblis une partie des pays baltes et des rivages de la Baltique. La Suède se retrouve bientôt face à face avec la seule Russie. 
1701: Pierre crée une école d'artillerie et une école de navigation. Un département des monastères est créé pour administrer les biens immobiliers de l'Église. 
Tikhon Strechniev, que Pierre affectionne au point de l'appeler père, est nommé à la tête de la chancellerie militaire. Plus tard, on raconte que le tsar le fera torturer pour tirer au clair le mystère de sa naissance et que Tikhon lui aurait répondu: "Seul le diable sait de qui tu es le fils. Combien d'hommes sont passés dans le lit de ta mère!" 
1702-1725: quatre grandes usines métallurgiques sont créées dans l'Oural pour fournir l'acier nécessaire à l'équipement de l'armée. Ces entreprises emploient les serfs en fuite qui y trouvent une situation bien meilleure que sur les terres de leurs anciens maîtres. 
1703: Pierre fonde Saint-Petersbourg, fenêtre sur l'Europe occidentale à laquelle elle emprunte son style (des architectes français participent à son édification); la construction de la ville, qui devait être une Venise du Nord, en Ingrie enlevée à la Suède, est aussi une manière de défier cette puissance alors la plus forte de la région. La forteresse Pierre et Paul est d'ailleurs édifiée dès le début des travaux, sur l'île aux Lièvres, pour contrer la marine suédoise; le 27 mai 1703, jour de la Saint-Pierre, est posée la première pierre de cette forteresse, première pierre aussi de la capitale du tsar Pierre à qui on ne saurait dénier le sens du symbole! Mais le site, marécageux, est insalubre, coupé de rivières et en partie formé d'îles; la construction de la ville coûtera la vie à de nombreux travailleurs. Comme la pierre manque dans les environs, il faut la faire venir de loin et les murs de la forteresse Pierre et Paul seront d'abord des levées de terre; Pierre 1er interdira l'emploi des pierres ailleurs en Russie et obligera tous les navires venant sur le site à en apporter leur lot. 
Parution du premier journal russe, les Vedomosti. 
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Source: Natalia Smirnova: Saint-Pétersbourg ou l'Enlèvement d'Europe - Éditions Olizane
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1704: Pierre crée un impôt frappant les barbus afin de dissuader les Russes de porter la barbe considérée comme comme un signe de barbarie; cette mesure soulève une forte réprobation bien que les religieux en soient exemptés. D'autres dispositions seront prises en matière vestimentaire pour introduire en Russie les modes européennes. 
1705: le service militaire obligatoire est instauré. 
1706: la révolte de Boulavine et des Cosaques du Don, soutenue par les vieux-croyants, est brutalement réprimée. 
1707: la révolte des Bachkirs de la Volga est matée. 
Une école de médecine et une école d'ingénieurs sont fondées. 
1708: Charles XII bat les troupes russes à Holowczyn (Golovtchine). Le roi de Suède s'avance en Russie pour s'emparer de Moscou. Mais son aile gauche est écrasée par les Russes à Lesnaya (Lesnianka) et, ce renfort ne pouvant plus rejoindre le gros des forces suédoises, il est contraint d'abandonner son projet sur la capitale russe. 
1708-1710: une réforme administrative divise le pays en huit gouvernements dirigés par des gouverneurs qui exercent les pouvoirs civil et militaire. La scolarisation des garçons de 10 à 15 ans est généralisée (sauf pour les nobles qui en sont exemptés en 1716). L'alphabet civil russe est créé. 
1709: les Suédois, épuisés par l'hiver, et par la politique de la terre brûlée de leur ennemi, sont sévèrement battus à Poltava. Charles XII en fuite se réfugie dans l'empire ottoman où il restera 5 ans. La Suède sort très affaiblie de cette guerre. La victoire de Poltava marque l'entrée de la Russie dans le concert des grandes puissances européennes. 
1710: le 20 novembre, poussée par Charles XII, des Polonais et des Ukrainiens, la Turquie, qui réclame la restitution d'Azov, déclare la guerre à la Russie. 
1711: Pierre le Grand marie son fils Alexis à Charlotte de Brunswick-Wolfenbütel, belle-soeur de l'empereur Charles IV, pour se rapprocher des Habsbourg.  

La défaite de Stanilesti 
Au printemps 1711, les troupes russes, alliées aux Moldaves de Dimitri Cantemir, qui ont fait défection de l'Empire ottoman, entrent en campagne contre la Turquie. Après la victoire de Poltava, tout le monde pense que cette guerre ne sera qu'une partie de plaisir. On part avec femmes, enfants, favorites, comme pour une partie de campagne. Avant de quitter Moscou, le 6 mars, Pierre annonce ses fiançailles prochaines avec sa maîtresse, la future Catherine 1ère. L'armée russe perd du temps en traversant des régions d'Ukraine ravagées par les guerres précédentes. Le tsar est accueilli en libérateur en Moldavie, mais les approvisionnements promis par Cantemir ne sont pas à la hauteur des espérances. L'armée russe est néanmoins dirigée vers le Danube. Les Turcs, rejoints par des Tatars, des Cosaques et des Polonais, bien éclairés par leur cavalerie, se portent vers le nord au devant des Russes. Ils rencontrent leur avant-garde sur le Prout et l'oblige à battre en retraite. L'avant-garde russe parvient à rejoindre le gros des forces russes près de Stanilesti. Mais la cavalerie tatare coupe la retraite des Russes en traversant le Prout, au nord de Stanilesti. Le tsar, qui se trouve sur place, est pris au piège. Une bataille s'engage et les Turcs sont quatre fois repoussés par l'artillerie russe. Mais la disproportion des forces est telle (40000 Russes et alliés contre 120 à 140000 Turcs et alliés) qu'une victoire russe est impossible, comme le montre d'ailleurs une vaine tentative de percée. Des négociations s'imposent donc. Les Turcs se font cependant tirer l'oreille pour accepter une suspension d'armes. Dans leur camp, bien des gens, surtout étrangers, sont favorables à un écrasement de l'armée russe qui se traduirait par la prise du tsar et l'anéantissement de ses efforts pour élever son pays au niveau des grandes puissances; d'autres, au contraire, surtout turcs, estiment qu'un accord permettrait à la Turquie d'atteindre ses buts de guerre et que la confrontation est donc devenue inutile. Le grand vizir Mehmet-Pacha tranche le débat, au grand dam des Suédois, des Polonais et des Ukrainiens, en choisissant l'option pacifique. On s'étonne de ce choix et on soupçonne le grand vizir de s'être laissé acheter. Les fonds de la caisse de l'armée russe étant insuffisants, ce sont les bijoux de la maîtresse du tsar qui auraient servi à corrompre le commandant en chef de l'armée turque. Ainsi s'expliquerait la création par le tsar d'un ordre de Sainte-Catherine ou de la Libération. Quoi qu'il en soit, le Traité de Prout, qui conclut cette affaire, consacre la victoire turque: la Russie cède à la Turquie Azov et Taganrog. Mais une fois le tsar sorti du piège, il traînera des pieds pour respecter les termes de l'accord et les otages russes auprès de la Sublime Porte en feront les frais; ils seront emprisonnés et l'un d'entre mourra d'épuisement lors de son retour dans son pays. Quant aux Turcs favorables à le conclusion du traité, certains seront exécutés, mais le grand vizir Mehmet-Pacha sera seulement destitué. 

Un Sénat dirigeant (organe consultatif de neuf nobles substitué à la Douma des boyards) est créé. Il remplace le tsar pendant ses absences et devient l'organe exécutif permanent du pouvoir. 
La Russie annexe les Kouriles. 
1712: Pierre 1er fait de Saint-Pétersbourg sa capitale, montrant par là sa volonté de se rapprocher de l'Europe occidentale. Mais les tsars continueront d'être couronnés à Moscou.  
Il épouse Marthe Skavonskaïa, qui s'appelle désormais Catherine, une catholique lituanienne de basse extraction, domestique et maîtresse de son ami Alexandre Menchikov; elle se convertit à l'orthodoxie. 
1714: le sultan expulse Charles XII de son empire. Le roi de Suède, malgré la conquête par les Russes de la Livonie (nord de la Lettonie et sud de l'Estonie), refuse jusqu'à sa mort de reconnaître les victoires russes. La Russie envahit maintenant la Finlande. 
Un oukase unifie les deux traditions constitutives de la propriété foncière, la tradition patrimoniale et la tradition de service. Les biens immobiliers ne peuvent être transmis qu'à l'un des fils, les autres doivent travailler pour l'Etat. 
Le 24 novembre, le tsar remet solennellement à son épouse Catherine, l'insigne de l'ordre de Sainte-Catherine ou de la Libération. Si elle a abandonné ses bijoux pour sauver le tsar, elle l'a bien mérité! 
1715: ouverture, à Saint-Pétersbourg, de l'Académie de la marine. 
La construction du château de Peterhof, le Versailles des tsars, où se combine le classicisme français et le baroque russe, commence. Il deviendra le lieu favori de Pierre 1er; le tsar y organisera de joyeuses festivités et des festins bien arrosés qui dégènèreront parfois en d'impudiques orgies; c'est ainsi que, pour le baptême de son fils et de l'impératrice Catherine, Pierre Pétrovitch, fut amené à la table des hommes un énorme gâteau d'où émergea une naine volubile en costume d'Adam qui prononça des discours et porta des toasts; à la table des femmes, un gâteau semblable fut servi, mais, cette fois, ce fut un homme nu comme un ver qui en sorti. 
1716: Pierre le Grand somme son fils Alexis d'accepter les réformes ou de renoncer au trône; Alexis se sauve à l'étranger; convaincu de rentrer en Russie par des émissaires du tsar, il est enfermé dans la forteresse Pierre-et-Paul où il est fouetté quotidiennement pour lui faire dénoncer ses complices et l'amener à reconnaître ses crimes, afin de l'écarter du trône. 
Frédéric-Guillaume 1er de Prusse offre à Pierre le Grand les panneaux d'ambre qui permettront de réaliser à Tsarskoïe Selo la fameuse chambre d'ambre.  
La cathédrale de l'Épiphanie d'Irkoutsk, qui a été détruite par un incendie, est reconstruite en pierre. 
Fondation d'Omsk (Sibérie). 
Institution du Code militaire. 
La sodomie est interdite dans l'armée (Pierre 1er la pratiquait-il vraiment?) 
1717: neuf collèges remplacent les anciens départements ministériels aux attributions mal définies. 
Un Traité de commerce signé avec la Perse confère des avantages significatifs aux marchands russes. 
Mort de Pierre Petrovitch, fils de Pierre 1er et de Catherine. Le tsar, fou de douleur, pense un moment au suicide. 
1717-1724: construction d'un premier palais, celui de Catherine 1ère, à Tsarkoïe Selo. 
1718: mort de Charles XII. 
Le tsarévitch Alexis, espoir des opposants aux réformes, meurt sous les coups dans son cachot, événement qui est tenu secret. 
La capitation, payée par toutes les classes, sauf la noblesse et les marchands, remplace l'impôt par feu. Un impôt indirect affecte tous les aspects de la vie quotidienne russe. 
En automne, Pierre 1er instaure la mode des Assemblées, réunions dans des palais, sortes de soirées dansantes pour se divertir, mais aussi pour parler affaires, se rencontrer, faire connaissance, et surtout entendre ce qui se dit et se fait dans le pays. 
1719: la Russie compte 15,6 millions d'habitants. Les huit gouvernements créés en 1708-1710 sont divisés en 47 provinces. 
1720: une seconde tentative de modernisation du code échoue à nouveau. 
1721: le Traité de Nystad met fin à la Grande Guerre du Nord. La Russie accède à la Baltique en intégrant les populations baltes. 
Un oukase autorise les manufacturiers à acheter des serfs pour les utiliser comme salariés dans leurs usines. 

Le 22 septembre 1721, Pierre 1er est nommé par le Sénat Pierre le Grand, père de la Patrie, empereur de toutes les Russies par le Sénat. 

C'est une nouvelle manifestation du souhait du tsar de s'intégrer au concert européen (en s'écartant de Byzance). Son nouveau titre est reconnu rapidement par la Pologne, la Prusse et la Suède.  

Un règlement ecclésiastique inféode l'Église à l'État. Le patriarche est remplacé par un Saint-Synode de dix prêtres dirigés par un laïc nommée par le tsar. L'Église n'est plus que l'un des rouages de l'État et le restera jusqu'en 1917. 

1722: adoption de la loi sur la succession au trône. Création de la Table des rangs, visant à renforcer le rôle de la noblesse au service de l'État, qui précise l'ordre des années de service et établit la hiérarchie des fonctionnaires civils, militaires et ecclésiastiques; ce tableau de la hiérarchie russe restera en vigueur jusqu'en 1917. 
1722-1723: campagne contre la Perse. 
1723: les paysans deviennent propriété personnelle des nobles. 
Fondation, par décision de l'empereur, d'Ekaterinbourg par Tatischef et de Gennin. La ville, qui porte le nom de l'impératrice, se développe autour d'une usine métallurgique fortifiée. Elle sera un jalon important de l'expansion russe vers l'Extrême-Orient. L'exploitation minière de l'Oural va mettre à jour des plaques d'or décorées, trouvées dans des tombeaux scythes, que Pierre le Grand rassemblera dans un petit musée personnel créé en 1714. 
1724: Pierre le Grand couronne sa seconde femme qui devient l'impératrice Catherine. Fondation de l'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg avec, sous son égide,  une école et une université. Les inondations sont fréquentes à Saint-Pétersbourg, et plus ou moins dévastatrices; celle de 1724 fut mémorable. 
Un tarif douanier raisonnable encourage la croissance des échanges commerciaux tout en protégeant l'industrie russe naissante et Moscou devient l'entrepôt d'un marché panrusse stimulé par l'organisation de foires. La balance commerciale s'équilibre puis devient positive. 
1725: Pierre le Grand meurt d'une lithiase urinaire le 28 janvier 1725, sans avoir pu dicter son testament et désigner son successeur. On dit qu'un bain forcé qu'il prit en octobre 1794 pour sauver les marins d'un canot échoué sur un banc de sable aggrava son état. 
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Pierre le Grand était curieusement laid: très grand, sur de faibles et chétives jambes et une toute petite tête disproportionnée par rapport au torse, ce qui le faisait ressembler à un épouvantail plutôt qu'à un homme vivant. Son visage était animé par des tics et semblait faire constamment des grimaces, il clignait des yeux, son nez remuait et son menton claquait. Il marchait à pas de géant, si bien que les gens qui l'accompagnaient devaient presque courir pour le suivre. J'imagine quel monstre il était aux yeux des étrangers et combien il faisait peur aux habitants du Pétersbourg d'alors. 
D'après le peintre Valentin Serov
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D'humeur instable, Pierre le Grand était sujet à la colère et alors son visage se déformait, agité par les tics, sans doute souvenirs de la terreur infligée dans sa jeunesse par les streltsy. Il a profondément transformé la Russie. Mais seules les élites proches du pouvoir ont été touchées par cette volonté d'européanisation. La paysannerie, qui représente l'immense majorité de la population, au fond de ses isbas de bois, reste fidèle aux traditions de l'ancienne Moscovie. Les élites sont ainsi en train de se couper du peuple russe. 

Monarque absolu, le tsar n'est pas, sur ce plan, si différent que cela de Louis XIV. Il apparaît comme un facteur d'équilibre entre les différentes forces sociales du pays. Cependant, les réformes, brutalement imposées, pour mieux marquer son penchant pour l'Occident et son rejet de la tradition byzantine, donnent un second souffle au schisme des vieux-croyants. Le tsar réformateur est si bien considéré comme le continuateur de Nikon que certains vont jusqu'à penser qu'il en est le fils adultérin. Ils condamnent donc les réformes politiques et la modernisation de la société au nom de la religion et de l'identité nationale, ce qui donne d'autant plus de poids à leur contestation auprès du peuple. La chute de Nikon avait été perçue par les vieux-croyants comme un signe précurseur de la fin du monde et il s'en faut de peu que les mécontents ne reconnaissent en Pierre le Grand l'Antéchrist annoncé. Il faut ajouter que Pierre le Grand créa un Concile de la bouffonnerie et de l'ivrognerie qui singeait le Concile sacré de l'Eglise orthodoxe, à renfort de mariages et d'ordinations burlesques, copieusement arrosés, afin de ridiculiser le clergé et d'affaiblir son pouvoir; c'était également un moyen de montrer la toute puissance du tsar que rien ne pouvait arrêter, pas même le sacrilège. L'appréciation porté sur ce grand tsar par ses contemporains est donc très contradictoire. Au siècle suivant, les deux courants occidentaliste et slavophile naîtront de cette opposition entre le modernisme et la tradition. 

Le drapeau de la Russie aurait été choisi par Pierre le Grand. C'est celui des Pays-Bas qui l'aurait inspiré. La signification des couleurs, le blanc, le bleu et le rouge, assemblées en bandes horizontales, de haut en bas, varie selon les commentateurs. Pour certains, le blanc correspondrait à la liberté, le bleu à la Vierge protectrice du pays et le rouge (la belle couleur) à la dignité impériale. Pour d'autres le blanc représenterait la Russie blanche, le bleu la petite Russie et le rouge la grande Russie. Pour d'autres encore, il rappellerait les couleurs de Saint-Georges, protecteur de la Russie, représenté souvent sur les icônes chevauchant un cheval blanc et vêtu d'un manteau rouge sous un ciel bleu. Après la révolution communiste, le drapeau de l'URSS fut uniformément rouge (le sang des révolutionnaires), frappé de la faucille et du marteau dorés (symbole de l'alliance du prolétariat urbain et de la paysannerie) et de l'étoile rouge frangée d'or (symbole de l'armée rouge). Le drapeau russe a retrouvé depuis la chute de l'URSS ses couleurs d'autrefois. 

1725-1727: règne de Catherine 1ère, impératrice de Russie  

Marthe Hélène Skavronskaïa, qui deviendra plus tard la tsarine Catherine, naît le 5 avril 1684 en Livonie. Elle est baptisé selon les rites catholiques. Ses parents sont emportés par la peste alors qu'elle n'est âgée que de douze ans. Un pasteur la prend en charge et la convertit au luthérianisme. Elle passe ensuite au service d'un personnage de Marienbourg, Glück, où elle apprend tout ce qui est nécessaire à la tenue d'une maison. Avant 17 ans, elle est violée par la soldatesque. A 18 ans, elle tombe amoureuse d'un dragon suédois qu'elle épouse afin d'éviter le bordel; la nuit de noces à peine achevée, le dragon la quitte pour rejoindre son unité. Le 25 août 1702, une semaine après son mariage, les Russes s'emparent de Marienbourg et elle tombe au pouvoir du commandant d'armes Boris Cheremetiev; elle lave alors le linge de ce dernier. On dit aussi qu'elle a, tour à tour, exercé les métiers de cantinière, prostituée, et a été offerte à un vieux maréchal. Un compagnon d'armes du tsar, Menchikov, la rencontre chez Cheremetiev; il propose à ce dernier de la lui céder. Venant d'un personnage aussi influent, un désir est un ordre. La jeune femme devient donc la servante de Menchikov qui la tient un temps soigneusement cachée. Mais, prit de boisson, il se vante de son acquisition. Le tsar Pierre, qui vient de rompre avec Anna Mons, demande à la voir. Il est séduit par sa robustesse, son énergie et sa bonne santé. Menchikov la perd mais il se fait une raison en apprenant à la nouvelle maîtresse du tsar comment satisfaire les désirs de son nouveau seigneur et maître. Lors d'un séjour à Preobrajenskoe, en compagnie d'une soeur du tsar qu'elle conquiert, elle apprend le russe et s'initie aux règles de l'étiquette. Fine psychologue, elle étudie le caractère de Pierre le Grand qui s'attache de plus en plus à sa favorite. En 1705, elle se convertit à l'orthodoxie. Docile et calme, elle partage les soucis et les difficultés du tsar. Plus d'une fois, elle apaise ses colères et sauve de la disgrâce, voire même de la mort, ceux qui les ont suscitées. A partir de 1710, elle est nommée dame d'honneur et accompagne le tsar dans tous ses déplacements, en lui donnant régulièrement des enfants, dont la plupart meurent très jeunes. En 1711, pendant la guerre russo-turque, elle est auprès du potentat russe et achète, selon la rumeur, la retraite du grand vizir aux prix de ses bijoux, comme on l'a déjà dit. Pierre le Grand souhaitait marier Anna et Élisabeth, deux filles qu'il avait eu de Catherine, à des princes européens, aussi leur fit-il donner une excellente éducation.  

Devenue impératrice, Catherine laisse Menchikov gouverner à sa guise et passe son temps à se divertir. Elle prend pour amant un homme très beau mais futile, Levenwold. Elle meurt d'une pneumonie, le 6 mai 1727.

Après le règne de Catherine 1ère va commencer un chassé-croisé de tsars et tsarines issus des différentes branches de la famille impériale sur fond de querelles familiales, d'ambitions personnelles et de divergences politiques, jusqu'à l'avènement de Catherine II. Cette instabilité aura évidemment des répercussions négatives pour la Russie.

1727-1730: règne de Pierre II   

Fils du tsarévitch Alexis et de la princesse Charlotte-Christine-Sophie de Braunsweig-Wolfenbüttel, petit-fils de Pierre le Grand, orphelin de bonne heure, l'éducation de Pierre II a été négligée. Il est désigné comme héritier du trône par Catherine 1ère. Devenu empereur à 12 ans, il écoute d'abord les conseils prudents de sa soeur Natalia, puis finit par s'en lasser et laisse le pouvoir à la famille Dolgorouki, qui prend le contre-pied de la politique de Pierre le Grand et de Catherine 1ère. Des mesures sont décidées pour contrôler la magistrature, réglementer l'usage des billets de change, interdire au clergé le port de vêtements laïcs et renforcer le rôle du Sénat. Il meurt de la variole à 16 ans et clôt la lignée masculine des premiers Romanov. 

1727:  le 23 mai, Menchikov organise les fiançailles du nouveau tsar avec sa fille Maria de quatre ans son aînée, avant de tomber inopportunément malade. Le jeune tsar en profite pour se débarrasser de la tutelle encombrante de Menchikov avec l'aide de sa soeur Natalia, d'Ostermann, son précepteur, des Dolgorouki et de sa tante Élisabeth, la future impératrice, dont, malgré son jeune âge, il est amoureux, passion qui se métamorphosera en froideur lorsque la sémillante princesse tombera dans les bras du général Boutourline. Le 8 septembre, Menchikov reçoit l'ordre de ne pas quitter son domicile; le lendemain, le général Saltykov lui remet l'ordre de son arrestation; il est exilé, avec toute sa famille, en Sibérie, au village de Berezov, avec confiscation de tous ses biens et insignes de ses ordres. 
Le traité de Kiakhta complète celui de Nerchinsk et précise les frontières entre la Russie et la Chine. 
Fin 1727-1732: la cour revient à Moscou qui redevient la capitale de l'empire russe. 
1728: Vitus Béring, un navigateur danois au service de la Russie, explore le détroit qui portera son nom. 
1729: Pierre II, qui n'a échappé à la tutelle de Menchikov que pour tomber sous celle des Dolgorouki, est fiancé avec à la fille du prince Dolgoroukov, Catherine. Le mariage est prévu pour le 19 janvier 1730. 
1730: Le 6, le tsar prend froid. Le lendemain, les médecins constatent qu'il est atteint de la variole. Les noces avec Catherine n'auront pas lieu, elles seront remplacées par les noces avec la mort. 

D'après le duc de Liria: "Pierre II était de haute taille, un bel homme, bien bâti; son visage était pensif; son allure était solennelle et sa force exceptionnelle. Avec ses proches, il parlait d'un ton calme, mais sans jamais oublier son rang." Au cours de son règne, les nobles reçurent le droit de prêter serment de fidélité à l'empereur pour leurs serfs et de les punir personnellement en cas de fuite.   

1730-1740: règne de Anne 1ère  

Anne 1ère est la fille d'Ivan V et de Prascovia Soltykova, nièce de Pierre le Grand. Elle était grosse, laide, peu soignée et sa mère, qui ne l'aimait pas trop, la désigna à Pierre le Grand lorsque celui-ci lui demanda une de ses filles pour le duc de Courlande. Elle est mariée à 17 ans avec ce dernier, dans le cadre de la politique extérieure d'alliances du tsar; la noce, qui a lieu dans le palais Menchikov, encore inachevé, est fastueuse, il est impossible de ne pas s'y enivrer; le lendemain, une autre noce a lieu: celle du nain de Pierre le Grand, Ekim Volkov avec une naine; le maître de la Russie a eu l'idée saugrenue de créer une race de nains et il a ordonné de ramener dans la capitale tous les nains de l'empire; près de soixante-dix sont au rendez-vous; cette seconde noce est aussi arrosée que la première. Au début de 1711, le couple ducale part pour la capitale de la Courlande, Mitau; au premier relais, le duc s'empiffre et s'enivre; il en meurt et la jeune mariée se retrouve veuve, deux mois seulement après son mariage. Elle revient à Saint-Pétersbourg, mais Pierre le Grand la renvoie à Mitau, et, comme il la juge trop niaise pour servir convenablement les intérêts de la Russie, il lui adjoint Pierre Bestoujov avec la triple mission d'administrer la Courlande, d'y être le résident de la Russie, et de devenir le favori de la duchesse; la dernière fonction n'est pas du goût de la mère d'Anne, mais le tsar lui rappelle sa jeunesse folle où elle fut engrossée par l'administrateur de son domaine, et cela la ramène à la raison. Anne devient donc la maîtresse de Pierre Bestoujev, qui dirige le duché. Puis, Après son rappel en Russie, en 1726, elle s'éprend du fils d'un palefrenier des écuries ducales, un certain Büren, qui n'a pas terminé ses études à Koenigsberg, pour avoir tué un soldat dans une bagarre, ce qui lui à valu de goûter le confort d'une prison, d'où, n'appréciant sans doute pas celui-ci, il s'est évadé. Toujours à court d'argent, malgré les quarante mille roubles de pensions annuelles que Pierre le Grand lui a octroyés, Anne sollicite constamment Saint-Pétersbourg. Elle semble peu faite pour régner un jour sur la Russie. Cependant, après la mort de Pierre II, elle est appelée au trône par la volonté d'un Conseil suprême de la noblesse, dirigée par Dmitri Golitsyne, en vue de limiter les pouvoirs de l'empereur. Des conditions lui sont soumises; elle ne pourra ni déclarer la guerre, ni signer la paix, commander la Garde et les armées, instaurer des impôts, dépenser l'argent du Trésor, donner des terres ou conférer des grades au-dessus de celui de colonel sans autorisation du Conseil suprême; elle ne pourra ni condamner à mort ni confisquer des terres sans le jugement d'un tribunal. Elle feint de se plier dans un premier temps à ces voeux et d'introduire en Russie un régime constitutionnel. Mais, une fois à Moscou, la noblesse moscovite lui ayant demandé de ne pas accepter ces conditions et de gouverner en autocrate, elle déchire purement et simplement le traité que l'on soumet à sa signature. Les membres du Conseil suprême sont inculpés de trahison; certains sont exécutés et les autres sont exilés. Anne transmet la gestion des affaires de l'État à son favori, le fils du palefrenier, qui francise son nom de Büren à Biron. Ce dernier s'entoure d'Allemands dont l'unique but est de s'enrichir; ils instaurent un régime de délation et font régner la terreur; c'est l'époque de la bironovchtchina (gâchis à la Biron). Biron, grossier et avide, se rendra célèbre par ses forfaitures et ses abus de pouvoir. Quant à l'impératrice, hautaine, aimant le faste quoique négligée, paresseuse et germanophile, elle se divertit en regardant des pièces jouées par des comédiens italiens ou allemands, joue aux cartes de grosses sommes qui enrichissent les tricheurs, dont un violoniste italien nommé Pedrillo qui retournera à Naples immensément riche. Elle chasse aussi beaucoup, de pauvres bêtes qui viennent tout juste d'être lâchées dans le parc, et de nombreux fusils sont toujours à sa disposition pour tirer de ses fenêtres sur les oiseaux. Anne 1ère trouve son plaisir à s'entourer de nains, d'estropiés et de monstres difformes; elle marie son bouffon, Galitzine, d'origine noble, à une vieille kalmouke repoussante qui effraie les prêtres et elle ordonne que la nuit de noce des époux se passe dans un palais construit en blocs de glace sur la Néva gelée. Elle meurt de calculs rénaux peu de temps après. 

1730: apparition de la secte religieuse des combattants de l'esprit (Doukhobors) au sud de la Crimée. Les membres de cette secte pensent que la source de la foi est l'esprit divin et que chacun en possède une parcelle en lui. Ce n'est donc pas dans la Bible qu'il faut chercher la vérité mais au fond de chaque homme. Pour les combattants de l'esprit, tous les êtres humains sont égaux, ce qui les amène à rejeter toute forme d'autorité, de liturgie, de représentation ou de sacrements. Ils sont pacifistes, sobres et souvent végétariens, raisons suffisantes pour leur attirer les persécutions du pouvoir. 

Deux nouveaux régiments de la Garde sont crées: Izmaïlovski et Garde montée. 

1731: début de l'intégration des terres kazakh dans l'empire russe. Fondation à Saint-Pétersbourg du Corps des Cadets de la noblesse. 
1733-1739: nouvelle guerre russo-turque. L'armée russe acquiert Azov mais perd cent mille hommes. La Russie reste sans fortification entre le Boug et le Dniestr et n'a pas le droit de tenir une flotte dans la Mer Noire. La Moldavie prend ses distances d'avec la Russie. 
1733-1743: le pouvoir russe confie à Vitus Béring une nouvelle expédition destinée à mieux connaître les contrées du nord. Cette Grande Expédition nordique explore la Sibérie, les rives de l'Océan arctique et le Kamtchatka. 
1734: l'Ukraine est annexée à la Russie et le servage va y être introduit. Un gouvernement dirigé par un Conseil comprenant trois Russes et trois Ukrainiens, sous le contrôle d'un Sénat, y est installé. 
1736: le service militaire est limité à 25 ans. 
1737: un incendie ravage Moscou. 
1738: fondation de la première école de ballet à Saint-Pétersbourg qu'illustreront les maîtres français Jean-Baptiste Landé et Marius Petipa; cette école deviendra une pépinière de danseurs mondialement réputés. Soulèvement des Bachkirs et des Kirguiz.  
1740: L'impératrice de Russie établit avec les Mongols du lac Baïkal une relation du type protecteur-religieux inspirée de celle qui régit les rapport de la Chine et du Tibet. 
Création de Petropavlosk au Kamtchatka. 

Pendant ce règne baroque, alors que l'impératrice et ses courtisans menaient joyeuse vie, le peuple était pressuré par la fiscalité, le servage était de plus en plus rigoureux, les paysans étaient vendus sans la terre, comme du bétail, le peuple gémissait, la Chancellerie secrète envoyait les rebelles à l'estrapade ou à l'échafaud. Le 5 octobre 1740, Anne perdit connaissance au cours d'un dîner; elle resta douze jours alitée, avant de périr d'une lithiase rénale.  

1740-1741: règne de Ivan VI  

Ce tout jeune enfant fut désigné comme héritier du trône par sa grand-tante Anne 1ère, avec Biron comme régent. Mais ce dernier est écarté de la régence au bout d'un mois au profit de la mère du souverain, Anne Leopoldovna, fille de Catherine, la soeur aînée d'Anne 1ère. Biron est exilé en Sibérie. La régente, peu intéressée par les affaires de l'Etat, en confie la charge à André Ostermann. Elle préfère jouer aux carte ou se vautrer dans son lit. L'entente ne règne pas au sein du gouvernement. De plus, on reproche au pouvoir sa germanophilie; un sentiment anti-allemand perce au sein de la noblesse qui préférerait voir régner la fille de Pierre le Grand, Élisabeth Petrovna. On met en garde la régence, mais celle-ci ne s'inquiète pas; elle a tort. Dans la nuit du 25 novembre 1741, Élisabeth Petrovna avec des soldats de la Garde pénètre dans sa chambre en criant: "Ma soeur, il est temps de vous lever". Ivan VI est écarté du trône; la régente et les membres de sa famille sont exilés.  

Au cours de ce bref intermède, un Règlement des fabriques fixe les relations entre les patrons et leurs ouvriers.  

1741-1762: règne d'Élisabeth 1ère Petrovna, la Clémente  

Cette fille de Pierre le Grand et de Catherine 1ère parle couramment français, italien et allemand; elle danse avec grâce et monte en selle parfaitement. A la fin de l'année 1721, elle a été reconnue césarevna, c'est-à-dire héritière du trône. Sous le règne de sa mère et de son neveu Pierre II, elle a mené une vie joyeuse et dissipée. Sous Anne 1ère, qui la détestait, elle s'est tenue dans l'ombre. On a envisagé un moment de la marier au duc de Chartres et même à Louis XV, mais le cardinal Fleury s'est montré hostile à un rapprochement avec la Russie et le projet d'union a été abandonné. Élisabeth Petrovna, n'a pas manqué de prétendants, attirés par sa beauté: le prince George d'Angleterre, l'infant Manuel du Portugal, l'infant don Carlos d'Espagne, le duc Ernst-Ludwig de Brunswick, le comte Maurice de Saxe, et même le Shah de Perse Nadir; mais elle aimait le fils cadet du duc Karl-Friedrich de Holstein, Karl-August qui meurt malheureusement de la variole en 1727. La future impératrice reste fidèle à cet amour de jeunesse: elle protégera les Holstein, mais elle compensera son absence de mari par de nombreuses liaisons, notamment avec le général Alexandre Boutourline, le grand maître de la cour Semion Narychkine, le page Alexis Choubine, le chanteur Razoumovski et enfin Ivan Chouvalov.  
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La princesse Élisabeth est très belle, je n'en ai jamais vu de pareille. La couleur de son visage est étonnante, ses yeux comme deux flammes, sa bouche parfaite, son cou d'une blancheur éclatante et un port de déesse. Elle est de haute taille et extrêmement vive. Elle danse très bien et monte à cheval sans la moindre peur. Dans sa conversation, il y a beaucoup d'esprit et de charme. 
D'après le duc de Liria
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Élisabeth est très populaire parmi les soldats du régiment de la Garde créé par son père; elle leur rend visite régulièrement, célèbre avec eux les anniversaires, et est la marraine de leurs enfants. Dans la nuit du 25 novembre 1741, encouragée par son médecin français et par l'ambassadeur de France, accompagnée de quelques proches et d'un groupe de grenadiers, elle se dirige vers l'état-major du régiment Preobrajenski; sur sa robe elle a  revêtu une cuirasse et tient une croix d'argent dans sa main; elle lève la croix et harangue les trois cents soldats présent: "Qui voulez-vous servir? Moi, la souveraine naturelle ou les autres, qui m'ont volé mon héritage?". Les soldats embrassent sa croix et ses mains, lui prêtent serment et se mettent en marche vers le Palais d'hiver non sans appréhension; Élisabeth, âgée de trente deux ans, n'est pas tranquille: elle promet, si elle monte sur le trône, de ne jamais signer de condamnation à mort et tiendra parole. Les comploteurs arrêtent les membres de la famille impériale, Ivan IV, sa mère la régente Anne et son père le généralissime, ainsi que leur entourage germanique. Le coup d'État s'est déroulé sans résistance. La Russie apprend le changement de règne le lendemain par la publication d'un manifeste. Élisabeth déclare que le règne auquel elle vient de mettre fin ruinait le pays, opprimait le peuple, malmenait la foi orthodoxe et qu'elle va délivrer la Russie de l'humiliant joug étranger, ce faisant elle donne satisfaction à la société russe fatiguée de la présence allemande. Sa promesse est immédiatement tenue: d'importants dirigeants, Ostermann, Münnich, Lewenvold, Menglen, Golovkine, sont exilés. Le 25 avril 1742, elle place elle-même la couronne sur sa tête dans la cathédrale de la Dormition. Élisabeth est intelligente, bonne mais désordonnée et capricieuse; elle cherche un compromis entre  les nouveautés européennes et les traditions pieuses de l'ancienne Russie; elle adore la danse, les beaux costumes, les déguisements, les mascarades et ne se couche qu'au matin, chaque fois dans une chambre différente; elle prend des oukazes pour déterminer la manière de s'habiller et de porter des bijoux en veillant à ce que personne d'autre ne soit coiffé comme elle; la garde-robe de l'impératrice se compose de quinze mille robes, de plusieurs milliers de chaussures et d'innombrables bas de soie; elle traite les affaires de l'État sans véritable intérêt et avec lenteur: on raconte que, étant en train de signer un traité avec l'Autriche, une abeille se pose sur la plume, effrayée elle jette tout et ne reprend la signature que six mois plus tard ! Elle n'entre en guerre contre la Prusse que parce qu'elle déteste personnellement Frédéric II. Sous son règne est construit le palais de l'Ermitage qui coûta, dit-on, la vie à quarante mille ouvriers, victimes des fièvres des marais. 

1741-1743: guerre contre la Suède. 
1742: Un Russe, Zaïaev, parvient à Lhassa, au Tibet. 
Menchikov, ancien favori de Pierre le Grand, qui gouverna la Russie sous Catherine 1ère et fut exilé sous Pierre II, meurt en Sibérie. 
1742-1756: le palais de Catherine 1ère à Tsarkoïe Selo est agrandi sur ordre d'Élisabeth 1ère. 
1743: le Traité d'Abo, qui termine une guerre contre la Suède, attribue à la Russie le sud de la Finlande. 
1746: Pierre Chouvalov, ancien page à la cour d'Élisabeth princesse, devenu chambellan lors de l'accession au trône de cette dernière, est fait sénateur et comte. C'est un militaire qui a commandé une division près de Saint-Pétersbourg et qui a doté la Russie de manufactures d'armes, notamment dans le domaine de l'artillerie. Ministre de l'Intérieur, il redressera l'économie mise à mal par les règnes précédents en appliquant une politique protectionniste et en démantelant les douanes intérieures. 
1746-1748: pendant la Guerre de Succession d'Autriche les troupes russes ne sont que faiblement engagées. 
1749: Ivan Chouvalov est le cousin de Pierre Chouvalov, ministre de l'impératrice. Bien fait, instruit et connaissant les bonnes manières, il est amoureux d'une femme plus âgée que lui, Anne Gagarina, intelligente et érudite. Ils doivent se marier. Mais la famille de Chouvalov pense qu'il serait plus profitable de jeter le jeune homme dans le lit de l'impératrice. La promesse de mariage est rompue et une rencontre avec Élisabeth est organisée. Cette dernière ne reste pas insensible au charme de Chouvalov: elle le fait page de la cour. Une pluie de titres tombe ensuite sur lui: chambellan, général-lieutenant, général-adjudant, chevaliers des ordres de Saint-Alexandre, de l'Aigle-Blanc, de Saint-Stanislas, de Saint-Vladimir. Pour faire plaisir à l'impératrice, les hauts dignitaires sont sur le point de créer d'autres ordres. Mais  Chouvalov, devenu conseiller privé, principal rapporteur et secrétaire de l'impératrice, est rassasié. A chaque instant, il peut obtenir une audience et nul ne peut voir l'impératrice sans passer par lui. Son avis résout bien des affaires et son grade peu important le dégage de toute responsabilité judiciaire. Collectionneur et mécène francophile, Ivan Chouvalov favorise les sciences et les arts, protége Lomonossov et entretient une correspondance avec Helvetius, D'Alembert, Diderot et Voltaire.     
1754: la création des premières banques destinées à la noblesse (Banque foncière de la Noblesse russe) et aux marchands témoigne d'un certain développement du capitalisme en Russie, malgré le protectionnisme douanier (ou grâce à lui?). Il commence même à exister des fabriques privées employant des travailleurs salariés (non serfs). Les postes de douanes à l'intérieur du pays sont supprimés; un corps de gardes frontières est créé ainsi qu'un Institut des douanes. On dit qu'Élisabeth épouse secrètement le chanteur Razoumovski, dans l'église du village de Perovo. Aucune affaire ne sera jamais traitée par ce personnage, l'impératrice, qui veut le ménager, a même pris un oukaze interdisant de lui remettre des placets ou de le charger d'une commission. 
1755: fondation de l'Université de Moscou, sous l'influence de Michel Lomonossov. 
1756: Tsarkoïe Selo devient le centre de la vie de la cour russe. Le premier théâtre public est fondé, sous la direction de Fiodor Volkov. Ivan VI, ramené à Saint-Pétersbourg, est enfermé au secret dans la forteresse de Schüsselbourg, après une entrevue avec l'impératrice. Le 17 mars 1756, Razoumovski est  promu général-feldmaréchal sans avoir exercé aucun commandement et sans rien connaître à l'art ni à la vie militaire. 
1756-1762: La Russie participe à la Guerre de Sept ans contre la Prusse. 
1757: fondation de l'Académie des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg (ou Acadamie des trois arts: architecture, sculpture et peinture). 
1759: Guerre de Sept ans. Les troupes russes battent les Prussiens de Frédéric le Grand à Kunersdorf et occupent Berlin. Le roi de Prusse est sauvé par la mort de l'impératrice et l'accession au trône de Pierre III, de culture allemande, qui met fin aux hostilités. 

Vers la fin des années 1750, la santé de l'impératrice se dégrade; elle s'évanouit fréquemment; elle se renferme sur elle-même; tout l'irrite et elle refuse les médicaments; il est interdit de prononcer le mot "mort" en sa présence. Elle décède le 25 décembre 1761.  Élisabeth 1ère laisse après elle de nombreuses réformes qui sont à mettre au crédit de son cousin, Pierre Chouvalov, qui dirigea les affaires intérieures pendant la majeure partie de son règne. Le Sénat réorganisé détient la totalité du pouvoir législatif et administratif. La noblesse se voit octroyer le privilège exclusif de posséder des terres habitées par des serfs; elle gagne du pouvoir au niveau local tandis que ses obligations envers l'État sont réduites. Un moratoire sur la peine de mort met un terme aux exécutions capitales pendant la durée du règne. Pour redresser une situation financière difficile, par suite des dépenses excessives des règnes précédents, les impôts sont augmentés mais les arriérés ne sont pas réclamés; les exportations par la mer Blanche et les mines de l'Oural sont affermées. Bien que peu cultivée, Élisabeth s'efforce d'introduire en Russie la culture européenne, comme le fit son père. Elle invite des étrangers renommés, dont plusieurs peintres français. C'est de son règne que date l'usage par la noblesse russe de la langue française qui durera jusqu'à la révolution de 1917. Avec Élisabeth 1ère disparaît la dynastie des Romanov proprement dite; les empereurs suivants porteront ce nom mais ne seront plus d'origine russe.   

Les Romanov de la branche des Holstein-Gottorp 

1761-1762: règne éphémère de Pierre III, duc de Holstein-Gottorp, empereur de Russie  

Pressenti pour devenir roi de Finlande lors de la tentative de création du royaume de Finlande, en 1742, Pierre III est le premier souverain russe de la branche des Holstein-Gottorp, qui reprit le nom des Romanov, et régna en Russie jusqu'en 1917. Orphelin de sa mère, la grande-duchesse Anna Petrovna, fille de Pierre le Grand, trois mois après sa naissance, puis de son père à 11 ans, il reçoit une éducation militaire particulièrement sévère, dès son plus jeune âge. Chétif, il est puni plus que de raison par ses maîtres pour la moindre faute. Il en gagne une profonde aversion pour les sciences. En revanche, il prend goût aux parades, aux aventures amoureuses, à la boisson et aussi à la musique, en particulier au violon. Sa tante, Élisabeth 1ère, le mande à Saint-Pétersbourg en 1742, pour en faire son héritier, et assurer ainsi la succession de la couronne dans la descendance de son père. L'adolescent de 14 ans s'ennuie dans sa nouvelle patrie où il se distrait en torturant cruellement les animaux, chiens et chats, sous les yeux horrifiés des courtisans et de sa femme, Sophie d'Anhalt-Zerbst, la future Catherine II, une Allemande, qui l'a épousé en 1745, dans l'espoir de devenir un jour impératrice de Russie.  

En 1756, pendant la Guerre de Sept Ans, le jeune homme, qui participe aux conseils de guerre, communique au roi de Prusse Frédéric II, qu'il admire, les plans de l'armée russe. Les militaires russes, qui l'appellent l'Allemand et suspectent sa trahison, le prennent en grippe. Il devient l'amant d'Élisabeth Romanovna Vorontsova, que sa famille verrait bien remplacer Sophie d'Anhalt-Zerbst. Après le décès d'Élisabeth 1ère, il sauve Frédéric II, qui envisageait de se suicider, en lui accordant une paix avantageuse. Il s'aliène encore un peu plus l'armée en l'obligeant à porter l'uniforme prussien et dégage la noblesse de ses obligations envers l'État, sauf en cas de guerre. Il amnistie Münnich, Biron et les autres Allemands exilés, ce qui le rend de plus en plus impopulaire.  

Au printemps 1762, il s'apprête à déclarer la guerre au Danemark, pour s'emparer du Schleswig qu'il compte annexer à son duché de Holstein. Il assigne son épouse à résidence à Peterhof, après l'avoir publiquement traitée d'imbécile, et rejoint ses troupes à Kronstadt. La tsarine, amie des philosophes et proche de l'opposition, qui craint pour sa vie, décide de tenter un coup d'État, avec l'aide de Nikita Panine et des frères Orlov (dont l'un, Gregori, est son amant) lesquels bénéficient de complicités dans les régiments Préobrajenski et Ismaïlovski. Le 28 juin 1762, le coup d'État, appuyé par des officiers et soldats de la Garde, réussit au delà de toutes les espérances. Catherine se proclame impératrice autocrate et les hauts dignitaires, les personnalités de la cour, les fonctionnaires gouvernementaux lui prêtent serment. Lâché par tout le monde, Pierre III est arrêté et emprisonné dans la propriété de Rocha, près de Saint-Pétersbourg. Le 6 juillet, il est assassiné par Alexis Orlof et ses gardiens dans des circonstances non élucidées; officiellement, on annonce que sa mort est due à des coliques hémorroïdales. Il est inhumé, avant d'avoir été couronné, dans le cimetière du monastère Saint-Alexandre-Nevski. Paul 1er fera exhumer sa dépouille et transférer son cercueil dans la cathédrale Saints-Pierre-et-Paul, avec la couronne impériale placée sur sont tombeau. 

Catherine II déploya les plus grands efforts pour déconsidérer Pierre III auprès des générations futures. Pourtant, au cours des 186 jours de son règne, plusieurs mesures positives furent prises: la renaissance de la flotte russe commença; la Chancellerie des Affaires secrètes, qui terrorisait la population fut supprimée; un oukaze sur la libération de la noblesse du service militaire obligatoire fut promulgué. 

1762-1796: règne de Catherine II, la Grande, née Sophie Augusta Fredericka d'Anhalt-Zerbst 
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Catherine II impératrice de Russie - Source: Gallica
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Dotée d'un appétit sexuel hors du commun, la nouvelle tsarine aura de nombreux amants. Cavalière émérite, elle chevauche aussi bien à califourchon qu'en amazone. Nikita Panine, ministre des Affaires étrangères, crée l'Accord du Nord entre la Russie, La Pologne, la Suède, et peut-être l'Angleterre, contre la ligue des Bourbons-Habsbourg (France, Espagne, Autriche). Dès son accession au trône, Catherine II s'aperçoit que le trésor est vide, que les fonctionnaires se livrent à la concussion et que le monde paysan s'agite; elle décide de reprendre la politique de réformes de Pierre le Grand, en s'appuyant sur l'expérience des étrangers compétents qu'elle attire en Russie. Princesse allemande, Catherine a peut-être du sang russe dans les veines car le bruit court qu'elle pourrait être la fille du diplomate Ivan Ivanovitch Betskoï, bruit accrédité par les attentions qu'elle lui porte: elle lui baise les mains et lui permet de s'asseoir en sa présence quand les autres doivent rester debout; lors d'une saignée, il lui arrive de souhaiter que tout son sang allemand s'en aille et qu'il ne lui reste que son sang russe. Elle parle couramment le russe, se débrouille en italien, comprend l'anglais et considère le français comme sa langue maternelle; elle correspond avec Diderot et Voltaire en français. Passionnée de collections, elle accumulera les tableaux et fournira ainsi une grande partie des fonds de l'Ermitage. Comme il n'y a pas d'ambassadeur de France en Russie, Louis XV y envoie incognito le chevalier d'Eon déguisé en femme! 

1762: un oukase garantit aux étrangers qui s'installent en Russie la liberté religieuse, des subventions pour édifier des lieux du culte, une dispense de service militaire et une exemption fiscale de cinq ans. Les nobles obtiennent le monopole d'utilisation du travail des serfs (mais cela ne concerne ni l'industrie, ni le commerce, ce qui incite les paysans qui le peuvent à se livrer à ces activités). Le pouvoir des propriétaires fonciers sur les serfs va être renforcés à plusieurs reprises. En août, Catherine II rend visite à Ivan VI, dans sa cellule de Schüsselbourg; elle pense le faire entrer dans les ordres et l'envoyer dans un lointain monastère; mais cette idée n'aura pas de suite.   
1763: un oukase impose aux paysans le coût des troupes envoyées pour briser leurs révoltes, preuve, s'il en était besoin, qu'ils supportent de moins en moins le pouvoir qu'exercent sur eux les propriétaires fonciers. 
Un autre oukase favorise l'accueil en Russie d'agriculteurs étrangers; des milliers d'Allemands et de Hollandais affluent, notamment des Mennonites fuyant les persécutions religieuses. De nombreux artistes et savants étrangers vont également venir en Russie dont les Français Diderot, Falconet et Vigée-Lebrun.  Des maisons d'éducation sont fondées à Moscou et Saint-Pétersbourg. L'impératrice cherche à accréditer l'idée que la Russie participe à l'idéologie des Lumières. Mais le message ne passe pas toujours et on l'entend traiter ici et là de furie, de Grand Turc de Saint-Pétersbourg ou de vautour impérial! 
1764: dans la nuit du 4 au 5 juillet, une tentative de coup d'État visant à replacer Ivan IV sur le trône échoue; l'empereur emprisonné, qui porte, dit-on, un masque de fer, est assassiné par ses geôliers prévenus à temps qu'on allait essayer de le libérer; on l'enterre dans l'enceinte de la forteresse en un lieu resté inconnu. Le 15 septembre, le sous-lieutenant Vassili Mirovitch, du régiment d'infanterie Smolenski, auteur de la tentative de coup d'État, est décapité à Saint-Pétersbourg. On soupçonne Catherine II d'avoir tiré dans l'ombre les ficelles de ce soi-disant complot. Catherine place son amant du moment, Stanislas Auguste Poniatowski, sur le trône de Pologne. Elle sécularise les terres ecclésiastiques, faisant passer des millions de paysans sous la gestion du Collège de l'Economie, ce qui a pour résultat d'accroître les rentrées fiscales. L'autonomie de l'Ukraine est supprimée, l'hetmanat est aboli, les privilèges des Cosaques sont réduits, mais ceux de la noblesse, pilier du régime, sont renforcés. Un Institut pour jeunes filles nobles est fondé à Saint-Pétersbourg. Le Musée de l'Ermitage voit le jour; Catherine y dépose les 225 tableaux de la collection de Frédéric II qu'elle a achetés à Berlin à un marchand d'art que le roi de Prusse, dont les finances étaient mal en point, après la guerre de Sept ans, ne pouvait pas payer. 
1765: Catherine achète la bibliothèque de Diderot dont l'écrivain est nommé le bibliothécaire, avec 50 ans d'émoluments payés d'avance, c'est-à-dire jusqu'à 103 ans, ce qui est une manière élégante (et fastueuse) de le tirer de ses embarras financiers. Une société savante, la Société d'études économiques.  
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Votre Diderot est un homme extraordinaire: je ne me tire pas de mes entretiens avec lui sans avoir les cuisses meurtries et toutes noires: j'ai été obligé de mettre une table entre lui et moi pour me mettre, moi et mes membres, à l'abri de ses gesticulations. 
Catherine II à Mme Geoffrin
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Le Danemark rejoint l'Accord du Nord. Les îles Aléoutiennes, au sud-ouest de l'Alaska, sont rattachées à la Russie. 
Les propriétaires fonciers reçoivent le pouvoir de condamner leurs serfs aux travaux forcés. 
1766: dans son Instruction pour la commission législative (Nakaz) Catherine II donne sa définition du monarque  éclairé, qui doit être absolu, et poursuivre comme objectif la "Gloire des citoyens, de l'État et du Souverain". 
1767: Catherine II interdit aux paysans de porter plainte contre leurs propriétaires. 

1768: Pallas est désigné par l'Académie des Sciences de Saint-Pétersbourg pour faire partie, en qualité de naturaliste, de l'expédition scientifique chargée d'observer en Sibérie le passage de la planète Vénus sur le disque du soleil. Pendant six ans, il explore successivement le cours du Laïk, les bords de la mer Caspienne, les monts Oural et Altaï, les alentours du lac Baïkal jusqu'à la frontière chinoise, le Caucase et différentes parties de la Russie méridionale. Il en ramène une "Description du Tibet", publiée pour la première fois en 1776, qui n'est en fait qu'une transcription des récits de lamas tibétains vivant en Mongolie, suivie d'une narration des fêtes et cérémonies qui eurent lieu entre le 22 juin et le 12 juillet 1729, dans le petit village d'Ourga, pour célébrer la réincarnation du Kutuktu (Bogdo-Gegheen). 

1768-1774: une nouvelle guerre oppose la Turquie à la Russie qui souhaite obtenir le passage de la flotte marchande russe à travers la mer Noire jusqu'à la Méditerranée. 
1768: fondation de la Banque des Assignats; le papier-monnaie est mis en circulation en Russie. 
1769: premier emprunt extérieur à Amsterdam. Création de l'Ordre de Saint-Georges. 
1770: la victoire navale russe de Tchesmé, le 26 juin, est présentée comme un triomphe de la civilisation sur la barbarie. 

1771: apparition de la secte des castrats dans la région de l'Oural. En se privant de leurs attributs sexuels, les membres de la secte pensent obéir à une injonction divine et atteindre la pureté absolue. L'un des principaux membres de cette secte, Kondratii Selivanov, condamné au knout et à la déportation en Sibérie, s'échappera, et se proclamera le fils de Dieu incarné en Pierre III.  
Révolte de la Peste à Moscou. 

1772: premier partage de la Pologne: la Russie reçoit d'anciennes terres de la Rus': Polotsk, Vitebsk, Gomel et Mogilev, en Biélorussie. 
En juin, la flotte russe, appelée par un soulèvement contre la Sublime Porte, débarque des canons et des troupes à Beyrouth (Liban). On pense que la Syrie est à la merci des Russes et les chrétiens commencent à se réjouir. Mais les troupes débarquées s'en retournent après avoir pillé la ville. 
Une jeune femme qui prétend être la fille d'Élisabeth 1ère et de son amant, le cosaque Alexandre Razoum, commence à faire parler d'elle en Europe. Après avoir usé de différentes identités, elle finira par se faire appeler la Tarakanova et recevra l'appui des milieux polonais, dont celui du prince Radziwill, désireux de secouer le joug que Catherine II impose à une partie de leur pays. 
1773: un incendie ravage la ville sibérienne de Krasnoïarsk dont beaucoup de maisons étaient en bois. Le tsarévitch Paul épouse Augusta-Wilhemine-Louise, princesse de Hesse-Darmstadt, une Allemande.  
1773-1774: une insurrection paysanne dirigée par le cosaque Pougatchev, qui prétend être Pierre III, et s'engage à chasser l'usurpatrice allemande du trône de Russie, éclate contre le durcissement du servage et les réformes centralisatrices autocratiques. Ce mouvement, qui a menacé Moscou et s'est répandu jusqu'en Sibérie, porte un rude coup à l'économie du pays; beaucoup d'usines sont détruites. Souvorov, qui se bat contre les Turcs, doit être rappelé pour le réduire. Pougatchev, battu, se réfugie auprès des Cosaques du Don qui le livrent. Mais l'impératrice, qui envisageait de rédiger un nouveau code (Nakaz), est sérieusement refroidie. 

1774: le Traité de Kutchuk-Kaïnardji, avec l'Empire ottoman, ouvre l'accès de la Russie à la mer Noire et lui accorde la protection des chrétiens de Constantinople, de Moldavie et de Valachie. La Crimée et le Kouban se séparent de la Turquie et accèdent à l'indépendance. L'impératrice de Russie rêve de démembrer l'Empire ottoman, comme elle a démembré la Pologne.   

Catherine II épouse secrètement son amant Gregori Potemkine. Elle confie à Alexis Orlof le soin d'enlever en Italie la Tarakanova qui continue d'intriguer. Orlof, commandant de la flotte russe en Méditerranée, fait courir le bruit de sa disgrâce. La Tarakanova lui écrit. Une rencontre a lieu. C'est le coup de foudre! Orlof s'engage à aider la Tarakanova à accéder au pouvoir et lui propose de l'épouser. Le mariage doit être célébré sur le bateau du futur époux. A peine la jeune femme a-t-elle mis les pieds sur le navire qu'elle est arrêtée. Elle est transférée à Saint-Pétersbourg où on l'interroge sans ménagement. Comme elle s'obstine à se prétendre la fille d'Élisabeth 1ère, elle est jetée dans une forteresse où elle meurt en crachant du sang, le 4 décembre 1775, probablement de tuberculose. Rien ne permet d'affirmer avec certitude qu'elle n'était pas l'héritière légitime du trône de Russie: les faux tsars et fausses tsarines, mais aussi le meurtre politique, font partie des traditions russes! 

1775: les serfs sont autorisés à pratiquer un petit négoce, en particulier à Moscou et à Saint-Pétersbourg. 
Une réforme administrative vise à réduire la dimension des gouvernements et à séparer la justice du pouvoir exécutif. Son objectif est de mettre fin aux autonomies locales. Afin d'obtenir l'adhésion de la noblesse à cette réforme, cette réforme lui octroie davantage de poids dans les organes de gouvernement des provinces et des régions. 
Pougatchev est écartelé à Moscou. 
La Siètch (camp fortifié) des Cosaques du Don est liquidée. Le servage est introduit en Ukraine. 
1776: le tsarévitch Paul, devenu veuf, épouse Sophie-Dorothée-Augusta-Louise, princesse de Wurtemberg, une autre Allemande. 
1778: Catherine la Grande achète la bibliothèque de Voltaire (trois fois son prix, sans compter les cadeaux). 
1778-1779: la Russie agit comme médiateur dans le conflit qui oppose la Prusse à l'Autriche. 

1780: la Russie s'efforce de protéger la liberté des mers pendant la guerre d'indépendance des États-Unis (Déclaration de la neutralité armée pour assurer la liberté de commercer et de naviguer). 

1781: Panine est limogé. Signature d'un pacte austro-russe. 
1782: Catherine signe l'oukaze sur l'instauration d'un service spécial de surveillance dans les douanes afin d'éviter l'introduction illicite de marchandises en Russie. 
1783: le traité de Gueorguievski place la Géorgie orientale sous protectorat russe. La Crimée est annexée à la Russie par Potemkine devenu prince de Tauride; son khanat avait résisté jusque là grâce au protectorat ottoman.  
1784: la base navale de Sébastopol est fondée par Potemkine. Chelikov crée le premier établissement russe en Alaska, un comptoir de traite de fourrures imposé aux Indiens locaux à coups de canons. 
Catherine rédige ses Instructions pour l'éducation des grands-princes à l'intention de son fils Paul et de ses petits-fils Alexandre et Constantin; elle y demeure attachée à l'esprit des Lumières et à l'autocratie. 
1785: la Charte de la noblesse, ratifiée le 21 avril, reconnaît aux nobles le droit de pétition, celui de vendre leurs terres, les exonère du service militaire et accroît leurs droits et leurs pouvoirs. La Charte des villes attribue une certaine autonomie à celles-ci. Les prérogatives accordées à la noblesse en 1775 sont confirmées. Catherine renonce à assouplir le servage devant l'hostilité de la noblesse, au contraire, on l'a dit, elle l'a étendu à l'Ukraine. Les réformes profitent exclusivement à l'aristocratie; il est interdit aux paysans de se plaindre contre leurs seigneurs; jamais les serfs n'ont été aussi misérables; sous ce règne, 400000 paysans d'État sont livrés à des nobles de service. L'Église perd ses privilèges fiscaux et économique, même si l'impératrice ne cesse de lui manifester ostensiblement son respect. 
1787: l'Empire ottoman entre à nouveau en guerre contre la Russie. 
1788-1790: la Russie est en guerre contre la Suède qui cherche à récupérer les terres perdues du temps de Pierre le Grand. 
1790: après la défaite de la flotte russe à Svenskund, un traité de paix est signé à Verel avec la Suède. Alexandre Radichtchev, qui présentait les conditions de vie déplorables des serfs dans son ouvrage "Voyage de Saint-Pétersbourg à Moscou", est déporté en Sibérie. 
1791: le khanat de Boukey (Kazakhstan) est placé sous tutelle russe. La Russie avance en Asie centrale. 
Un décret précise les territoires où sont confinées les communautés juives accrues par les partages de la Pologne. 
Catherine prophétise la venue d'un nouveau Gengis khan, pour ramener l'Europe à la raison, si la Révolution française se propage.  
1792: le Traité de Iassy (ou Jassy), qui met fin à la guerre avec l'Empire ottoman, confirme celui de Kutchuk. Grâce aux victoires de Souvarov, la Russie obtient la reconnaissance de l'annexion de la Crimée et d'autres concessions territoriales. 
Catherine s'en prend aux martinistes, adeptes d'un courant ésotérique judéo-chrétien, et persécute les loges maçonniques suspectées de diffuser l'idéologie révolutionnaire; Nicolas Novikov, fondateur d'un cercle fran-maçon, un libéral qui a placé de grands espoirs sur l'avènement au pouvoir de l'impératrice, et a même participé à son coup d'État, condamné à mort, voit sa peine commuée en déportation. 
1793: second partage de la Pologne. La Russie reçoit Minsk (Biélorussie), qui fit aussi partie de l'ancienne Rus'. Alexandre, le petit-fils préféré de Catherine à qui elle a donné le palais de Tsarskoïe Selo qui porte son nom, et qui deviendra l'empereur Alexandre 1er, épouse la princesse de Baden-Baden, Louise-Marie-Augusta; une nouvelle Allemande entre dans la famille des Romanov. 
Après l'exécution de Louis XVI, Catherine, qui considère l'égalité comme une monstruosité, jette l'anathème à une France qui, selon elle, devrait disparaître. Les Français résidant en Russie doivent jurer haine à la Révolution et fidélité à la religion et au roi Louis XVII. Catherine envisage une intervention armée sur le Rhin après avoir rompu les relations diplomatiques avec la France. 
1794: la Pologne se soulève sous Kosciuszko pour recouvrer son indépendance. C'est un échec. 
1795: troisième partage de la Pologne. La Russie reçoit Brest-Litovsk, ancien territoire des Chevaliers teutoniques. Au total, grâce aux partages de la Pologne, la Russie s'est progressivement agrandie de la Biélorussie, la Volhynie, la Courlande, la Podolie et la Lituanie. Elle compte désormais 37,3 millions d'habitants. 
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Catherine II donnant congé à François et Brunswick - Source: Gallica
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Sous Catherine II, la Russie poursuit son expansion et accroît son influence en Europe. L'impératrice encourage la colonisation de l'Alaska et l'établissement des Allemands sur la Volga. Elle achève les réformes de Pierre le Grand, dont elle est la véritable continuatrice, et rêve de faire de la Russie la première puissance du nord en l'ancrant fermement parmi les premières nations du continent européen. En réunissant la Baltique à la Caspienne et à la mer Noire, elle compte rendre incontournable le passage du commerce avec  l'Asie à travers son pays.  

Au cours du 18ème siècle, la croissance démographique est remarquable. La population reste à 90% paysanne et se concentre sur les terres noires les plus riches; mais de nombreux paysans s'enfuient vers la périphérie ou dans les bandes cosaques, dont la liberté est respectée, car elles fournissent la cavalerie légère de l'armée, pour échapper à un servage de plus en plus pesant. La culture, par assolement triennal, avec des variantes tenant compte des spécificités régionales, est encore archaïque mais l'usage du fer se développe ainsi que l'emploi de la charrue. Le poids de la fiscalité, en argent et en nature (corvée), qui pèse sur la paysannerie, est de plus en plus lourd. L'industrie russe connaît un certain développement; la Russie est même le premier producteur mondial de fer, de fonte et de cuivre. Catherine II renforce, au cours de son règne, le caractère protectionniste des tarifs douaniers, en 1766, 1782 et 1796, ce qui ne semble que très peu  freiner les échanges commerciaux. La croissance de ces derniers contribue à faire naître une classe de marchands qui s'organisent en guildes jouissant de privilèges. Mais la volonté réformatrice de la souveraine est freiné par le sous-développement économique, culturel et surtout politique du pays toujours régi par un pouvoir de type féodal basé sur l'asservissement de la majeure partie de la population.  

L'impératrice ferme les yeux sur la situation réelle de la vaste contrée qu'elle dirige; lorsqu'elle voyage, Potemkine jalonne son chemin de villages fictifs peuplés de comédiens qui s'efforcent de lui montrer combien ses peuples sont heureux. Elle augmente les pouvoirs de la noblesse, garante du maintien de l'ordre social, mais celle-ci ne représente qu'à peine 1% de la population. Le clergé orthodoxe est soumis à l'État; Catherine II admet le bouddhisme comme religion officielle, manifestant ainsi son intérêt pour l'Asie; dès lors, les bouddhistes russes considèrent les empereurs comme des réincarnations. La Russie est en train de se transformer en un État dominé par trois ordres privilégiés: la noblesse, le clergé et la bourgeoisie urbaine, en laissant sur le bord du chemin l'immense majorité paysanne qui se reconnaît dans les révoltes armées entreprises au nom de quelque faux tsar.  

D'abord amie des philosophes, Catherine II s'en éloigne après 1789. A partir de la Révolution française, les souverains russes sont confrontés à ce problème: comment ouvrir le pays aux influences occidentales tout en le protégeant des idées pernicieuses venues de l'étranger? Se replier sur les valeurs traditionnelles de la Russie ou s'occidentaliser, tel sera le dilemne qui se posera aux élites russes jusqu'en 1917. 

Durant les dernières années de sa vie Catherine II souffre de diverses maladie; elle meurt le 6 novembre 1796 d'une hémorragie cérébrale. Le bilan de son règne est contrasté. Comme elle le souhaitait, elle laisse le souvenir d'une souveraine illustre, mais un trésor à sec et le désordre dans son pays. L'armée est dans un piteux état; les cavaliers savent à peine monter à cheval. Dans les bureaux, les affaires en souffrance s'entassent. La corruption règne partout; sans pots de vin on ne peut pas espérer résoudre une affaire. l'imprévoyance se répand dans la population: on déboise pour se faire de l'argent sans se soucier de replanter. L'impératrice a su s'entourer de gens propres à satisfaire ses plaisirs et à régler les affaires en puisant dans la petite noblesse plutôt que la grande par crainte de cette dernière; le favoritisme coûte cher (95,5 millions de roubles d'après des calculs), les guerres aussi et les recettes de l'Etat sont inférieures à ses dépenses; le prix des produits de première nécessité, pain et sel, augmente, le nombre des serfs aussi, Catherine distribuant les paysans à ses favoris et aux dignitaires. Bref, la grande impératrice n'a pas facilité la tâche des ses successeurs.     

1796-1801:  règne de Paul 1er. Duc de Holstein-Gottorp, empereur de Russie, grand maître de l'Ordre de Malte  

Compte tenu des moeurs de sa mère Catherine II, l'ascendance du nouvel empereur est douteuse. Élevé par Panine, un des plus grands érudits de Russie, il a reçu une brillante éducation, il parle français et d'autres langues slaves et allemandes, connaît la littérature française, l'histoire, la géographie et les mathématiques; il apprécie ce qui est beau et  possède les bonnes manières, toujours poli avec les femmes, il n'est pas dépourvu d'humour; il est aussi très religieux et déteste la débauche. Mais il est surtout obsédé par la mort de celui qu'il pense être son père et craint de subir le même sort de la part de sa mère, à l'écart de laquelle il a été élevé sous la surveillance d'Elisabeth 1ère. Il participe à diverses intrigues sous le règne de Catherine II. Veuf de bonne heure d'un premier mariage, sa mère le marie une seconde fois à Sophie-Dorothée de Wurtemberg (Maria Feodorovna en russe), une Allemande. Les jeunes mariés, qui auront dix enfants, voyagent en Europe, notamment en France sous les noms d'emprunt de comte et comtesse du Nord. L'impératrice lui donne le domaine de Pavlovsk, puis celui de Gatchina ; ce dernier domaine a appartenu à Grigori Orlof, un des amants de sa mère et des tombeurs de son père (humour noir de la grande tsarine?); il se plaît à y faire manoeuvrer des soldats selon le modèle prussien. Catherine II souhaitait transmettre la couronne à son petit-fils Alexandre mais Paul fait brûler tous les documents relatifs à la succession. Une de ses premières décisions consiste à réaménager Pavlovsk en l'agrandissant pour en faire sa résidence. Il va poursuivre la politique anti-révolutionnaire de Catherine II.  

1796: Création de nouvelles divisions de la Garde: Hussards de la Garde, régiments de Cosaques, bataillon d'artillerie, régiment des Chevaliers-gardes; des réformes visent à remettre sur pied une armée bien mal en point, certains s'en moqueront, mais elles contribueront à forger l'armée russe du futur.  

La dépouille mortelle de l'empereur Pierre III est transférée dans la cathédrale Pierre et Paul; le nouveau tsar n'a jamais pardonné à sa mère l'assassinat de son père; de plus, celle-ci l'a tenu soigneusement à l'écart du pouvoir pendant tout son règne; elle a même fait courir le bruit, manifestement faux, afin de légitimer ses droits au trône, qu'il n'était pas le véritable tsarévitch, lequel, mort-né, aurait été remplacé par un petit finnois sur ordre de l'impératrice Elisabeth. 

Paul 1er s'efforce de remettre de l'ordre dans le pays et dans l'Etat. Il oblige les fonctionnaires à travailler, lutte contre la corruption, fait fondre l'argenterie du palais pour battre monnaie et combler les déficits, prend des mesures pour faire baisser le prix du pain et celui du sel,  pour préserver les forêts et protéger les édifices des incendies. Il fonde la Haute Ecole de Médecine de Saint-Pétersbourg.  

1797: L'activité de Paul 1er est intense: cette année, il ne prépare pas moins de 595 documents législatifs. Il veut tirer la Russie de la stagnation. Mais il éprouve des difficultés à trouver de bons conseillers. 

Paul 1er modifie la loi de succession au trône: la primogéniture mâle remplace le libre choix du monarque régnant imposé par Pierre le Grand.  

Selivanov, animateur de la secte des castrats, est arrêté à Saint-Pétersbourg et mis dans un asile d'aliénés.  

Paul 1er renforce l'autocratie et réduit les libertés de la noblesse; il rétablit l'obligation du service actif dans l'armée et les châtiments corporels des nobles. Cette volonté de renforcer l'autorité impériale prend parfois des formes bizarres; c'est ainsi qu'il interdit la valse parce qu'elle amène les danseurs à tourner le dos à l'empereur! Il bannit aussi le port des chapeaux ronds, des bottes à revers, des pantalons courts, la coiffure à la française et chasse du vocabulaire les mots citoyen, patrie, club, société et révolution, même lorsqu'il s'agit de celle des astres, par haine de la Révolution. Mais ces mesures autoritaires sont contrebalancées par d'autres qui peuvent être considérées comme d'inspiration libérale. Il réduit les corvées imposées aux serfs et les interdit les dimanches et jours de fête; les paysans ne peuvent plus être vendus aux enchères sans la cession des terres; ce sont les premiers pas en direction de la suppression du servage. Des écrivains et intellectuels exilés par sa mère (Radichtchev, Novikov) ainsi que des insurgés polonais (Kosciuszko) se voient autorisés à revenir en Russie, où ils sont cependant placés en résidence surveillée. Les Vieux Croyants obtiennent le droit de construire des églises et de pratiquer leur culte. Les francs-maçons sont tolérés. 

1798: pris d'une frénésie de travail, Paul 1er prépare cette année là 509 documents législatifs. L'oukaze interdisant la vente des paysans serfs sans celle des terres est promulgué.  

L'empereur de Russie fait la paix avec la Turquie pour mieux s'en prendre à la République française. 

Un émigré français, Freund, après bien des péripéties, se trouve en Crimée. Il observe que les Juifs de la région tiennent Bonaparte, qui conquiert l'Égypte, pour un messie chargé de délivrer les lieux saints!  

1798-1800: Paul 1er participe à la seconde coalition contre la France républicaine. Il est vrai que, lors de la conquête de Malte, sur le chemin de l'Egypte, les Français ont expulsé l'ambassadeur de Russie et menacé de couler tout navire russe qui approcherait des côtes maltaises. D'abord victorieuse en Italie, l'armée russe, dirigée par Souvorov, est battue par Masséna en Suisse, tandis qu'un corps expéditionnaire austro-russe est tenu en échec en Hollande par Brune. La flotte russe d'Outchakov s'empare néanmoins des îles Ioniennes en Méditerranée, ce qui amène les chevaliers de l'Ordre de Malte, dont l'île, conquise par Bonaparte, est sous domination française, à élire l'empereur de Russie grand-maître, élection qui ne sera pas ratifiée par le pape. Mécontent du faible secours apporté par ses alliés anglais et autrichiens, auxquels il impute les déboires de l'armée russe en Suisse, et reconnaissant à Bonaparte de lui avoir renvoyé ses soldats prisonniers vêtus de neuf, Paul 1er change de camp et adhère à la Ligue des Neutres, qui vise à interdire la Baltique aux navires anglais. Cette nouvelle politique risque d'entraîner des conséquences négatives pour l'économie russe dont le commerce avec l'Angleterre est important; elle est donc mal accueillie par la classe des propriétaires. 
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Paul 1er en habit de grand maître de l'Ordre de Malte 
Source: Les Tsars russes
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1799: l'activité de Paul 1er faiblit à peine, il prépare cette année là 330 documents législatifs. L'empereur décide de participer au financement de la Compagnie russe d'Amérique montrant ainsi sa volonté de développer des rapport commerciaux avec l'Amérique.  
1800: Paul 1er prépare encore cette année là 469 documents législatifs.  
1801: publication d'un Manifeste sur le rattachement de la Géorgie à la Russie. Un corps expéditionnaire est préparé en vue d'une opération militaire en Inde. Une conspiration, peut-être soudoyée par l'Angleterre, s'organise autour des comtes Pahlen et Panine, alliés à l'amiral José de Ribas, un aventurier napolitano-espagnol. La mort de Ribas retarde l'exécution du complot qui est repris par un groupe d'officiers dirigés par le général Bennigsen, avec la consentement d'Alexandre, fils de l'empereur. Paul 1er est tiré du sommeil, dans sa chambre, après un dîner bien arrosé, pour signer son abdication; comme il résiste, les conjurés le frappent à coups d'épée, l'étranglent, puis le jettent au sol où ils le piétinent à mort. Le général Zoubov annonce alors à Alexandre 1er son accession au trône. Le nouveau tsar, qui ne souhaitait certainement pas la mort de son père, portera désormais toute sa vie le poids de cette tragédie dont il s'estimera responsable. 

Pendant son règne trop court pour que l'on puisse tirer un bilan objectif, Paul 1er s'est efforcé de faire à peu près le contraire de sa mère. Grand travailleur, il a oeuvré pour faire avancer son pays et il mérite sans doute mieux que la réputation du personnage fantasque, hautain, coléreux et versatile que ses détracteurs ont popularisée. 

1801-1825: règne d'Alexandre 1er, empereur de Russie, roi de Pologne à partir de 1815  

Alexandre, que sa grand-mère aimait beaucoup et destinait au trône, a été élevé à la française, notamment par le colonel suisse Frédéric-César de La Harpe. C'était un homme au caractère réservé, soupçonneux, pétri d'amour-propre, mais cultivé, intelligent et diplomate. Profondément marqué par le triste sort de son père, il commence par se montrer réformateur aidé par un Comité secret composé de ses jeunes amis (Adam Czartoryski, Pavel Stroganov, Nikolaï  Novossiltsev). Au cours de quatre années de travail, le Comité publie des manifestes qui rétablissent les édits de Catherine II sur les privilèges de la noblesse et des villes, abrogent les interdictions auxquelles étaient soumises les industries, réhabilitent les personnes disgraciées, autorisent l'achat de terre sans distinction de rang ou de titre etc. Pendant cette période, un grand nombre d'établissements d'enseignement sont créés, dont les Universités de Kharkov, Kazan,  Dorpat (Tartu), Vilno (Vilnius), tandis que des établissements existants sont rénovés. Ces "beaux jours", d'après Pouchkine, exercent une influence positive sur la démographie. Alexandre 1er envisage de doter la Russie d'une constitution et octroie au Sénat un droit de remontrance; il encourage l'émancipation des serfs. Secrètement jaloux de Napoléon, il se montre un adversaire résolu de la France impériale. Mais, malgré cela, il reste fidèle à la culture française et fait venir en Russie des musiciens et des troupes de théâtre; Boieldieu y reste de 1804 à 1810 et Mademoiselle George de 1808 à 1812. 

1801: rattachement de la Géorgie à la Russie; 
1802: remplacement des Collèges par des Ministères. 
1803-1806: première expédition aurour du monde de I. Kruzenstern et Y. Lissianski qui font escale aux îles Marquises. 
1805: la Russie, qui participe à la troisième coalition contre la France, est battue à Austerlitz. Construction de la chapelle Sainte-Parascève, à Krasnoïarsk, sur l'emplacement de la tour de garde de l'ancien poste cosaque qui dominait les environs. 
1806-1812: guerre russo-turque. 
1807: la Russie, qui lutte aux côtés de la Prusse, après avoir résisté à Eylau, est battue à Friedland. Au Traité de Tilsitt, elle change de camp, s'allie avec la France et s'engage à respecter le Blocus continental destiné à ruiner l'Angleterre.  

Le Traité de Tilsitt, qui concrétise le renversement des alliances en Europe, transforme la Russie et l'Angleterre en rivales en Afghanistan amorçant ce que l'on appellera Le Grand Jeu, expression qui symbolise l'opposition des deux puissances en Asie. 
  
1808: A Erfurt, Alexandre 1er renouvelle son alliance avec Napoléon. La France aura les mains libres en Espagne et, en contrepartie, la Russie, qui s'empare de Grodno, pourra conquérir la Finlande sur la Suède et s'étendre dans les Balkans et le Caucase. Une armée cosaque de Sibérie (communauté territoriale militarisée) est créée autour d'Omsk. Alexandre 1er demande à Speranski, fils d'un prêtre de l'épiscopat de Vladimir, qui  étudié successivement dans les séminaires de Vladimir et de Saint-Pétersbourg, de préparer un plan de réformes libérales inspirées de l'Europe occidentale, lequel sera ensuite soumis à la Douma et au Conseil d'Etat pour approbation. 
1809: la Russie, alliée de la France, se contente de faire de la figuration pendant le conflit qui oppose Napoléon à l'Autriche. Le Traité de Frederikshaven met fin à la guerre russo-suédoise au bénéfice de la Russie. 
1810: un Conseil d'Etat est institué. 
1811: Le lycée de Tsarskoïe-Selo est fondé. La Russie, lasse du Blocus continental, dont les effets sont désastreux pour son économie, commence à s'éloigner de la France. Alexandre 1er, qui redoute de subir le même sort que son père, prend ses distances avec Napoléon et commence à préparer son pays à l'éventualité d'une guerre contre lui. Il fait espionner le ministère de la Guerre français. Effrayé par l'opposition de la noblesse, il sacrifie Speranski qui est exilé à Perm, dans l'Oural; les réformes sont mises sous le boisseau! 

Le vétérinaire anglais Moorcroft, qui explore le Tibet, se rend compte que les Russes s'intéressent eux aussi à ce pays, et peut-être également aux Indes. Mais ses avertissements aux autorités britanniques restent pour le moment sans suite. 
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1812: en mai, le traité de Bucarest met fin à la guerre russo-turque qui dure depuis 1806; la Bessarabie est rattachée à la Russie. En juin, l'armée française, renforcée par des contingents prussiens et autrichiens, franchit le Niemen et entre en Russie; en septembre, la bataille de la Moskova (Borodino pour les Russes) tourne à l'avantage des Français qui occupent Moscou abandonnée par ses habitants, mais l'armée russe n'est pas détruite; Napoléon s'installe au Kremlin d'où il est temporairement chassé par l'incendie de la ville brûlée par les soins de son gouverneur, Rostopchine; Alexandre 1er refuse toute négociation et considère l'incendie de Moscou comme une punition du ciel pour l'assassinat de son père (ce n'était pourtant pas la première fois que Moscou était la proie des flammes); Napoléon, contraint de battre en retraite, donne l'ordre au maréchal Mortier de faire sauter le Kremlin; la retraite désorganise et décime l'armée française; en décembre, les débris de cette armée, vaincue à la fois par la politique de la terre brûlée et par l'hiver, comme celle de Charles XII, repassent le Niemen (une page sur la campagne de Russie est ici). 
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Deux héros russes de Borodino:  Bagration et Koutouzoff - Source: L'Ermitage
 
Moscou en 1812 
... les Russes, comme tous les peuples soumis au despotisme, sont plus capables de dissimulation que de réflexion... 

On se rappelait Rome en voyant Moscou; non assurément que les monuments y fussent du même style, mais parce que le mélange de la campagne solitaire et des palais magnifiques, la grandeur de la ville et le nombre infini des temples donnent à la Rome asiatique quelques rapports avec la Rome européenne. 
 

Germaine de Staël
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La Grande Guerre Patriotique de 1812 est considérée en Russie comme un événement fondateur du patriotisme russe. Plus que les réformes de Pierre le Grand, elle élève la Russie au rang de puissance majeure européenne. 
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C'est en 1812 que naît Herzen, le père du socialisme russe, qui aurait inspiré le climat politique favorable à l'abolition du servage en 1861. 

1813: les Russes participent à la campagne d'Allemagne contre Napoléon; battus à Lutzen, Bautzen, Dresde, les coalisés l'emportent à Leipzig et l'armée française décimée est obligée de retraiter en direction du Rhin. Alexandre 1er se trouve souvent au coeur des combat sur le champ de bataille. 
1814: les Russes participent à la campagne de France qui se termine par la première abdication de Napoléon. Sous l'influence de la baronne von Krüdener, Alexandre 1er, en proie à une crise de mysticisme, se convertit à la Société biblique, une variante du méthodisme. Le 10 avril, il ordonne de célébrer la liturgie de la Pâque russe sur la Place de la Concorde où a été exécuté Louis XVI. Le 25 avril,  Alexandre 1er est proclamé "béni de Dieu" par le Conseil d'Etat, le Saint Synode, et le cabinet ministériel.  L'empereur de Russie se montre amical envers l'impératrice Joséphine et ses enfants.  
 
Le tsar décide la construction d'une cathédrale digne de Saint-Pétersbourg et en confie l'exécution à un Français, Auguste Ricard de Montferrand, qui, bien que simple dessinateur, est nommé architecte de la cour, car ses aquarelles on séduit le tsar. La cathédrale sera dédiée à Saint-Isaac. 

En septembre s'ouvre le Congrès de Vienne chargé de remodeler la carte de l'Europe. Il attribuera la majeure partie du Grand-Duché de Varsovie, créé par Napoléon et régi jusqu'alors par le roi de Saxe, à la Russie sous le nom de Royaume du Congrès. En 1815, Alexandre 1er dotera ce royaume d'une constitutioon libérale. 

1814 voit naître Bakounine, un philosophe russe théoricien de l'anarchisme et du socialisme libertaire, qui vivra en exil, notamment en France où il rencontrera Proudhon,  participera aux révolutions de 1848, sera arrêté, condamné à mort,  peine convertie en travaux forcés, en Saxe puis en Autriche, livré à la Russie et déporté en Sibérie, d'où il s'évadera pour regagner l'Europe occidentale via le Japon et les États-Unis. Il y retrouvera Herzen et Ogorov, deux autres exilés russes, qui publie  le Kolokol (la Cloche), un journal socialiste libertaire.   

1815: les Russes font partie de la cinquième coalition contre Napoléon de retour de l'île d'Elbe. Mais Waterloo se produit avant leur entrée en scène. Ils n'en occupent pas moins la France, où ils se montrent soucieux de préserver l'équilibre européen en la ménageant et en s'opposant aux Prussiens qui auraient voulu la démembrer. L'empereur de Russie devient le roi d'une Pologne limitée à sa partie "russe" qui est dotée d'un statut assez libéral. Après la chute définitive de Napoléon, l'Europe est submergée par une vague de conservatisme dans laquelle la Russie tient une place éminente; dans ce pays, qui entre dans une nouvelle période de stagnation, les organisations pseudo-religieuses et mystiques se mettent à pulluler et les paysans sont contraints de se rassembler dans des villages militaires. Cette vague de conservatisme se concrétise à l'échelle européenne par une tentative d'entente des gouvernements pour maintenir ou restaurer ce que l'on appelle la légitimité; c'est le temps de la Sainte Alliance. 
1816: s'inspirant des principes chrétien, Alexandre 1er propose une réduction simultanée des forces armées dont l'entretien pèse sur les peuples. Cette idée novatrice rencontre peu d'échos. A la demande d'Araktcheiev, un ami de l'empereur, Speranski est nommé gouverneur de la ville sibérienne de Penza. 
1817: début de la construction de la cathédrale du Saint-Sauveur, sur la colline des Moineaux, à Moscou,  pour célébrer la victoire de 1812 sur Napoléon. Une nouvelle guerre débute dans le Caucase. Le frère de l'empereur, Nicolas, épouse la fille du roi de Prusse FrédéricGuillaume III, petite nièce de Frédéric II, Frédérica-Louise-Charlotte-Wilhelmine; c'est une princesse allemande de plus dans la famille des Romanov. 
1818: Alexandre 1er affranchit les serfs des provinces baltes. 

L'idéologie libérale pénètre l'élite russe confrontée par les événements à l'Europe occidentale. L'empereur envisage de doter la Russie d'une constitution inspirée des principes de Montesquieu et charge Speranski d'en rédiger le projet.  

1819: l'Université de Saint-Petersbourg est fondée.  
1820: nouvelle arrestation de Selivanov, animateur de la secte des castrats, qui avait été libéré; il est placé au monastère de Souzdal où il mourra centenaire, en 1832. 
Bellingshausen et Lazarev explorent l'Antarctique. 
1820-1826: Pouchkine, arrière petit-fils d'un noir donné par le Sultan à Pierre le Grand, qui deviendra un écrivain célèbre au destin tragique et bref, jugé trop libéral, est exilé en Crimée avant d'être assigné à résidence dans une de ses propriétés.  
1821: la crise grecque amène la Russie à se poser en défenseur des droits des chrétiens des Balkans contre les Ottomans musulmans. Araktcheiev obtient le retour de Speranski à Saint-Petersbourg et sa nomination au Conseil d'Etat.  
1822: Le 14 janvier, Alexandre 1er, dans un manifeste connu seulement de quelques personnes, désigne son frère Nicolas comme son successeur, sans prévenir ce dernier, mais en le faisant semble-t-il savoir à son frère Constantin plus âgé que Nicolas. La province de Sibérie occidentale, à laquelle est rattachée le Kazakhstan, est créée; les khans perdent tout pouvoir et sont supplantés par l'administration russe. 
1824: une nouvelle inondation conséquente frappe Saint-Petersbourg; la précédente a eu lieu un ciècle plus tôt, en 1724. 
1825: Alexandre 1er envoie à Rome un de ses aides de camp pour informer le pape Léon XII de son souhait d'abjurer l'orthodoxie pour le catholicisme. Officiellement, il meurt peu de temps après, le 19 novembre, à Taganrog; mais tout le monde ne croit pas à cette mort et certains pensent que, tenaillé par le remords de la mort de son père, il a seulement abandonné le pouvoir et les fastes de la cour pour se réfugier dans la solitude et la méditation; on le voit même en Sibérie sous les apparences du moine Fiodor Kouzmitch; l'hypothèse de sa survie est d'autant plus crédible que le tsar a annoncé à plusieurs reprises son intention d'abdiquer et que son cadavre est méconnaissable; de plus, lorsqu'on ouvrira son cercueil, plusieurs dizaines d'années plus tard, pour faire taire les rumeurs, on le trouvera vide! La construction de la cathédrale du Saint-Sauveur est interrompue. 
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La cellule du moine Kouzmitch près de Tobolsk - Source: Les tsars russes 
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1825-1855: règne de Nicolas 1er, empereur de Russie, roi de Pologne, Grand-duc de Finlande  

Ce frère cadet d'Alexandre 1er à la stature d'un colosse; on dit qu'il est de type plutôt germanique que slave, ce qui n'est pas surprenant compte tenu de l'origine des nouveaux Romanov. Imitant les célèbres commandants d'armes, il vit de manière fruste, dort sur un lit de camp, se revêt d'une capote et se contente d'une nourriture fort simple; c'est un militaire dans l'âme et les traits de son caractère, rigueur, ponctualité, discipline, ordre, le confirment; mais Nicolas 1er est loin d'être un militaire borné: il dessine bien, joue de la flute comme Frédéric II et apprécie la danse classique et l'opéra. Avec ses subordonnés, Nicolas 1er est rude, mais objecti dans ses jugements; on le respecte sans l'aimer; sa capacité de travail est admirée (jusqu'à 18 heures par jour!) ainsi que sa sobriété (il ne boit presque jamais d'alcool), mais il danse avec plaisir, aime l'humour et les belles femmes ne le laissent pas indifférent (il aura plusieurs enfants illégitimes). Au plan politique, il prend le contre-pied de son prédécesseur. Son enfance ayant été marquée par les guerres contre la Révolution et l'Empire français, il est animé d'une haine farouche contre le libéralisme. Il va jusqu'à ordonner la destruction de la statue de Voltaire, que Catherine II a fait exécuter par Houdon; on la cache dans des endroits où le tsar n'est pas supposé aller, mais il tombe quand même toujours sur la figure ironique du vieux singe, comme il l'appelle, qu'elle soit à la cave ou au grenier! Il mène une politique autoritaire réactionnaire: autocratie et génie national sont les deux principes de son régime. La population doit faire preuve d'une loyauté entière à l'autorité sans limite du tsar, aux traditions de l'église orthodoxe et à celles de la nation russe. 
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Insurrection décabriste sur la place du Sénat - Tableau de K. Colmann 
Source: Les tsars russes
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1825: à la mort d'Alexandre 1er, le caractère très confidentiel du manifeste traitant de sa succession est la cause d'un imbroglio; Nicolas, qui ignore être le noveau tsar, prête serment à Constantin, et Constantin, qui se trouve à Varsovie, et qui sait que la couronne appartient à Nicolas, prête serment à ce dernier en entraînant le royaume de Pologne dans cette allégeance. Cet imbroglio est vite dénoué et la cérémonie officielle de prestation de serment est programmée pour le 14 décembre. Au matin de ce jour, Nicolas, qui sait qu'un complot se trame contre lui dans l'armée, réunit les généraux et les commandants de régiments au Palais d'Hiver pour leur expliquer la situation et il obient leur serment. Au même moment, sur la place du Sénat, une partie des soldats, entraînés par des officiers libéraux et partisans de la suppression du servage, mais aussi nationalistes (ils reprochent à l'empereur d'être un Allemand russe portant l'uniforme prussien), les décabristes, refusent le serment. Les récalcitrants sont encerclés par des troupes fidèles auxquelles on ordonne d'ouvrir le feu.  La prise d'armes révolutionnaire, mal conduite, échoue. Elle est impitoyablement réprimée; Speranski fait partie du Tribunal suprême chargé de juger les rebelles. Les principaux chefs de la rébellion sont exécutés; d'autres conjurés sont déportés en Sibérie, notamment à Krasnoïarsk et à Irkoutsk (Volkonski et Troubetskoï), où ils sont contraints de travailler dans les mines pendant plusieurs années avant d'être relégués sur place. Les soldats et matelots sont envoyés se battre dans les point chauds du Caucase. Les exilés ont la surprise de découvrir en Sibérie de jolis villages où vivent, dans un confort relatif et dans une liberté inconnue en Russie d'Europe, les vieux-croyants qui les ont bâtis. A leur tour, ils reconstitueront, lorsqu'ils seront relégués, un brillante société intellectuelle et éduqueront les enfants des paysans, de sorte que les petits Sibériens seront, au 19ème siècle, plus instruits que la plupart des enfants de paysans russes non déportés. Paradoxalement, la Sibérie, terre de souffrance est aussi une terre de liberté et le restera. 

L'empereur souhaite clarifier et ordonner les lois russes qui sont devenues, avec le temps, de plus en plus complexes. Speranski finit sa vie en rédigeant un Recueil complet des lois de l'empire russe qui lui vaudra le titre de comte et la médaille de chevalier de l'Ordre de Saint-André.  

Le mouvement décabriste fournit un prétexte à Nicolas 1er pour imposer un régime militaire répressif. Le pouvoir est exercé par des comités spéciaux composés des proches de l'empereur et par une chancellerie privée chargée de la législation, de la police politique, de la propagande, de l'enseignement, des oeuvres sociales et de la gestion du domaine public. Le souverain ne peut en effet compter sur les fonctionnaires dont il n'exige qu'une obéissance passive, ce qui pousse ces derniers à l'obséquiosité, à la dissimulation et à l'hypocrisie. La société russe est étroitement surveillée par la 3ème section du Secrétariat particulier de l'empereur. Les énormes dépenses delarmée et du système administratif absorbe presque toutes les recettes de l'Etat. La devise du pouvoir est "Autocratie, orthodoxie, honneur national"; c'est l'apogée de la monarchie absolue. Une censure stricte est établie. Les voyages à l'étranger des sujets russes sont strictement limités. La russification et la christianisation des populations non russes s'intensifient tandis que les Vieux Croyants sont à nouveau persécutés. La noblesse soumise est favorisée.  

1826: guerre avec la Perse. Nicolas 1er lance un ultimatum à la Sublime Porte qui est sommée d'appliquer à la Serbie, à la Moldavie et à la Valachie les clauses du Traité de Bucarest (1812). Par l'Accord d'Akerman, ces pays obtiennent une certaine autonomie. Le 3ème département de la Chancellerie personnelle de l'empereur, c'est-à-dire la police secrète, Est instauré. 
1827: par le Traité de Turkmantchaï, la Russie victorieuse obtient Erevan, le Haut-Karabagh et le Nakhitchevan ainsi que le droit exclusif d'entretenir une marine sur la Caspienne. Les Arméniens de Perse sont autorisés à émigrer en Russie; c'est ce que font 35000 d'entre eux. 
1828: à la suite de la destruction de sa flotte à Navarin, par les marines de la Russie (Lazarev), de l'Angleterre et de la France, venues au secours de la Grèce, le gouvernement ottoman dénonce l'Accord d'Akerman et la Russie lui déclare la guerre. 
1829: le Traité D'Andrinople octroie à la Russie victorieuse de la Turquie, les bouches du Danube, des territoires dans le Caucase (khanat d'Akhaltsikhe) et une partie de la côte orientale de la mer Noire, le passage à travers les détroits et des indemnités de guerre. Les provinces turques de Valachie et de Moldavie deviennent autonomes, sous protectorat russe. 
1830: publication d'un recueil des lois. Nicolas 1er traîne des pieds pour reconnaître l'accession de Louis-Philippe au trône de France. Comme il envisage d'envoyer des troupes polonaises combattre en France et en Belgique, contre les révolutions qui s'y déroulent, une insurrection éclate à Varsovie; elle gagne bientôt tout le pays; Nicolas 1er est déchu de son titre de roi de Pologne; mais les révoltés sont battus par le général Paskievitch; le statut de 1815 est abrogé; les biens des mutins sont confisqués, les établissements d'enseignement supérieurs sont fermés et les propriétés de l'Église catholique lui sont enlevées; un régime militaire est imposé à la Pologne; les insurgés vaincus sont déportés en Sibérie où ils vont rejoindre les décabristes (entre 1831 et 1863, 20000 Polonais auraient subi ce triste sort). Ces événements persuadent Nicolas 1er qu'une entente entre les puissances conservatrices s'impose: il se rapproche de l'Autriche et de la Prusse en espérant ranimer la Sainte-Alliance, au sein de laquelle la Russie pourrait jouer le rôle de gendarme de l'Europe. 
1831: révolte du Choléra à Saint-Pétersbourg (23 juin). 
1832: par le Traité d'Unkiar-Skelessi, la Russie s'engage à garantir l'intégrité de l'Empire ottoman aux prises avec la rébellion de Méhémet Ali en Égypte. En échange, elle obtient, en cas de guerre, la fermeture des Dardanelles aux navires de guerre étrangers (russes exceptés, bien entendu). L'Académie militaire, future Académie de l'Etat-major général, est créée. 
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Nicolas 1er et sa suite - Tableau de F. Krüger - Source: Les tsars russes
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1833: le baron Schilling procède devant l'empereur à des essais d'un télégraphe électromagnétique; la mort de l'inventeur ne permettra pas à cet appareil de connaître le développement qu'il méritait peut-être. L'hymne national "Seigneur, protège le tsar" est adopté. 
1834: les tentatives d'incorporation de la Géorgie à la Russie entraînent dans le Caucase la rébellion de l'imam Chamil qui prêche la guerre sainte en Tchétchénie et au Daghestan. L'Université de Saint-Vladimir est ouverte à Kiev. Les frères E. et M. Tcherepanov construisent un chemin de fer minier à l'usine de Nijni-Taguil (Oural). 
1835: élaboration d'un code civil et d'un code pénal. 
1837: en octobre 1837, un train de voyageurs circule entre Saint-Pétersbourg et Tsarskoïé-Selo. Le 17 décembre, le palais d'Hiver est détruit par un incendie qui n'en laisse que les murs; sa reconstruction en deux ans aurait coûté la vie à 3000 ouvriers. 
Pouchkine est tué dans un duel pour défendre l'honneur de sa femme. Mais on murmure aussi qu'il a été attiré dans un guet-apens pour avoir courtisé la femme de Nicolas 1er. 
1837-1847: soulèvement du Kazakhstan sous la direction de Kenesary Kasymov. 
1838: B. Yakobi découvre la galvanoplastie. L'observatoire astronomique Nikolaïevski (Poulkovo) ouvre ses portes. L'Eglise catholique grecque des régions occidentales de l'empire est supprimée; les Uniates sont reconnus orthodoxes. 
1839: la construction d'une nouvelle cathédrale du Saint-Sauveur, au bord de la Moskova, sur la colline Alexeevski, est commencée. L'anniversaire de Borodino est célébré sur les lieux par une reconstitution de la bataille accréditant la thèse d'une victoire russe humiliante non seulement pour la France, dont Nicolas 1er n'aime pas le nouveau roi, mais aussi pour les alliés de Napoléon en 1812, dont la Prusse.  
1841: par la Convention des Détroits de Londres, l'Angleterre et la France, qui redoutent de voir l'Empire ottoman passer sous le protectorat russe, déclarent que le gouvernement ottoman est seul habilité à contrôler les détroits et qu'il doit interdire de les emprunter à quelque navire de guerre étranger que ce soit, y compris russe. Le tsarévitch Alexandre épouse Marie de Hesse-Darmstadt, dont il est éperdument amoureux, toujours une Allemande; la nouvelle grande-duchesse, plus tard impératrice, sera souvent malade et finira tuberculeuse; elle sera toujours respectée et s'occupera d'oeuvre de bienveillance; mais son mari aura une liaison avec une dame d'honneur, Ekaterina Mikhaïlovna Dolgoroukova. 
1842: naissance à Dmitrov, près de Moscou, de Kropotkine, géographe, explorateur, zoologiste, anthropologue, géologue, mais surtout théoricien du communisme libertaire.  
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Moscou en 1842 
Ce qui existe depuis longtemps en France apparaît déjà de côté et d'autre à Moscou. Le salon nobiliaire est occupé par une filature. Le parterre se transforme en champ de betteraves. Les fortunes aristocratiques s'écroulent et l'industrie sélève sur les ruines. En même temps, la science et la littérature s'avancent d'un pas rapide à la suite des maîtres qui leur ont donné un premier essor ou qui leur servent de modèles... 
Xavier Marmier
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1846: la Russie intervient pour réprimer le soulèvement de Cracovie et Nicolas 1er invite l'Autriche à rattacher à son empire ce dernier lambeau de Pologne libre. 
1847: Nikolaï Mouraviev-Amourski profite des difficultés de la Chine, en guerre contre la France et la Grande-Bretagne, pour reprendre l'expansion russe en Extrême-Orient. 
1848: la Russie intervient en Moldavie et Valachie pour réprimer la révolte de ces principautés contre les Ottomans. Les universités tombent sous un contrôle strict; les jeunes savants ne sont plus autorisés à se rendre à l'étranger. 
1849: la Russie envoie un corps de 200000 hommes commandé pae Paskievitch, prince de Varsovie, pour écraser la révolte hongroise contre l'Autriche des Habsbourg; cette intervention s'attire l'hostilité de la France et de la Grande-Bretagne. 
1850: le général Mouraviev organise la colonisation de la Sibérie orientale. Les Cosaques constituent le noyau des nouvelles armées qui se créent pour défendre les territoires conquis. 
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Le servage au milieu du 19ème siècle 
Von Haxthausen démontre que les paysans russes ne connaissent pas la propriété privée des champs, des prés et des forêts, que le village tout entier en est considéré comme propriétaire, que les familles paysannes ne reçoivent que des parcelles de champs pour un usage temporaire et que, tout comme chez les anciens Germains, cela se fait par tirage au sort. A l'époque où Haxthausen visita et étudia la Russie, le servage y régnait à plein ; il était d'autant plus frappant à première vue que sous la chappe de plomb d'un dur servage et d'un mécanisme d'État despotique, le village russe présentât un petit monde fermé sur lui-même, vivant selon le communisme agraire et réglant communautairement toutes les affaires publiques dans l'assemblée du village, le Mir. 
Rosa Luxembourg, Introduction à l'économie politique
 
Economiste allemand, August von Haxthausen (1792-1866) fut chargé par le gouvernement prussien d'étudier l'organisation agricole du pays, et, en 1843, par l'empereur de Russie de venir étudier dans son Empire la situation respective des propriétaires et des serfs. A son retour, il publia l'ouvrage: "Etudes sur la situation intérieure, la vie nationale et les institutions rurales de la Russie". 


La colonisation sous Nicolas 1er 
L'entretien de près d'un million de soldats était une charge trop onéreuse. Le comte Aratcheff proposa le premier de loger des soldats chez les paysans de la Couronne, de construire des villages sur un plan régulier, de leur affecter des terres, d'y établir des troupes qui vaqueraient aux travaux de la culture sans rien perdre des habitudes militaires, et de soumettre ces établissements à un code de lois spéciales et fixes, à un mode uniforme d'administration. Ce projet tendait à diminuer les frais de l'entretien des armées, en obligeant les soldats à subsister par leur travail (…) et répandait la culture sur un sol immense et fertile, qui n'attend que le travail de l'homme pour voir changer ses steppes en jardins, et ses cabanes dispersées en villes florissantes. 
LYALL (Robert) 
Notice sur l'Organisation, l'Administration, et l'état présent des colonies militaires de la Russie, avec un appendice contenant diverses notions statistiques, etc.
Paris, Anselin et Pochard, 1825
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1850-1854: Dostoïevski, est déporté en Sibérie, expérience qui lui inspirera les Souvenirs de la maison des morts. 
1850-1875: plusieurs campagnes permettent de conquérir les khanats de Boukhara, Khiva et Kokand, peuplés d'Ouzbeks, et de constituer le Turkestan russe. 
1851: la ligne de chemin de fer Saint-Pétersbourg-Moscou entre en service. 
1852: la Russie se pose en défenseur des chrétiens orthodoxes de Terre Sainte qu'elle estime mal traités; l'empire ottoman reconnaît les droits de ces chrétiens mais refuse à la Russie celui d'intervenir dans ses affaires intérieures sous prétexte de les protéger. Le Nouvel Ermitage, une dépendance du musée de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg, est ouvert. 
1852-1860: les Russes reprennent la colonisation de l'Amour.  
1853: la Russie occupe la Moldavie et la Valachie et en détruit une flotte turque à Sinope. Le gouvernement ottoman déclare la guerre à la Russie. Une expédition conduit le général V. Perovski en Asie centrale; la forteresse du khanat de Kokand, Ak-Metchet (Kzyl-Orda) est prise. 
1854: l'Angleterre et la France, qui redoutent une désagrégation de l'Empire ottoman, laquelle ouvrirait les détroits (ces clés de la maison selon Nicolas 1er) à la flotte russe de la mer Noire, volent au secours de la Turquie, tandis que la Prusse reste neutre et que l'Autriche offre aux Ottomans un support diplomatique. La Russie se trouve isolée. L'essentiel de la guerre se déroule en Crimée; défaite à la bataille de l'Alma, l'armée russe s'enferme dans Sébastopol qui est assiégée pendant près d'un an avant de succomber, l'arrivée des renforts étant retardée par les insuffisances des moyens de communication. Cette expérience ne sera par perdue: elle est à l'origine du développement des chemins de fer russes que les successeurs du tsar entreprendront. 
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Nicolas 1er par Franz Krüger - L'Ermitage
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On dit que l'issue malheureuse de la Guerre de Crimée aurait conduit Nicolas 1er à se suicider ou qu'il aurait été empoisonné. Mais il est plus probable qu'il est mort de la grippe ou d'une pneumonie, le 2 mars 1855. Son règne est marqué, au plan intellectuel, par la querelle entre les slavophiles et les occidentalistes. Les premiers font l'apologie de la tradition russe, qui constituerait une civilisation originale, et rejettent les innovations de Pierre le Grand. Les seconds estiment que la Russie fait partie de l'Occident et se montrent partisans des réformes en faisant l'hypothèse que les spécificités de la Russie ne sont dues qu'à son retard; le plus marquant d'entre eux est Alexandre Herzen, qui donne à sa revue le nom de "Kolokol" (la cloche, symbole en Russie de la liberté); le débat entre slavophiles et occidentalistes durera jusqu'en 1917. Les slavophiles trouveront des adeptes dans l'écrivain Sergueï Aksakov (1791-1859), puis dans l'industriel mécène Mamontov, qui rachètera en 1870 le domaine Abramtsevo d'Aksakov. L'un est l'autre feront de ce domaine un haut lieu de la slavophilie en y réunissant écrivains et artistes. Cette époque est également caractérisée par la production d'oeuvres littéraires importantes mondialement reconnues; on retiendra celles de Pouchkine, de Lermontov (un martiniste, qui fut exilé et péri en duel, comme Pouchkine), de Gogol, de Tourgueniev, de Gontcharov, de Dostoïevski (condamné à mort avant d'être déporté), du dramaturge Ostrovski, fondateur du théâtre russe (dont la première pièce est censurée et son auteur inscrit sur la liste noire)... Ces créateurs se heurtent à la censure et plusieurs d'entre eux sont assignés à résidence, emprisonnés ou déportés en Sibérie. A la même époque, Glinka crée l'école musicale russe moderne. Nicolas 1er n'était pas favorable au maintien du servage; mais, soucieux de ne pas mécontenter la noblesse, il n'envisagea pas son abolition; tout au plus prit-il des mesures à portée limitée pour adoucir le sort des serfs: lutte contre les abus dont souffraient ceux de la couronne, possibilité pour les serfs seigneuriaux d'acquérir la liberté, avec l'accord de leurs maîtres et moyennant le paiement d'une redevance, ou lorsque le domaine est vendu pour dettes; ces velléités d'amélioration du sort de la paysannerie cessèrent à partir de 1848. Cependant, sous son règne, l'économie russe commence à se développer donnant naissance à une nouvelle bourgeoisie.  

1855-1881: règne d'Alexandre II, le Libérateur, empereur de Russie, roi de Pologne, Grand-duc de Finlande 
 
Fils aîné de Nicolas 1er, Alexandre II passe son enfance dans l'atmosphère ultra-réactionnaire qui succède à la tentative avortée des décabristes. Il est d'abord éduqué par un ancien combattant des guerres napoléoniennes qui s'efforce de lui inculquer l'esprit militaire. Plus tard, un poète libéral, Joukovski, le dote d'une solide culture générale; il apprend plusieurs langues européennes, dont le français, l'anglais, l'allemand et le polonais; dans son programme d'enseignement entrent les mathématiques, la physique, l'histoire, la géographie, l'économie politique, la statistique, la jurisprudence etc. sans oublier le développement du goût artistique. En 1837, il parcourt la Russie d'Europe et la Sibérie, où il rencontre des décabristes, s'apitoie sur eux et s'efforce d'améliorer leur sort; en 1838, il visite la Suède, la Prusse, Vienne, l'Italie et l'Angleterre. Il passe pour avoir des idées libérales, ce qui n'est pas difficiles par comparaison à son père. Ce qui distingue Alexandre II, c'est sa bonté, sa noblesse d'âme, sa sociabilité, son ouverture d'esprit, son excellente mémoire et sa douceur de caractère. Conscient du retard pris par son immense empire sur les peuples européens, il est disposé à accomplir de courageuses réformes. 

Le nouvel empereur de Russie reçoit un lourd héritage hypothéqué par le résultat de la guerre de Crimée. Mais son père l'a habitué très tôt aux affaires de l'Etat; en 1842, il lui a même confié la charge de le remplacer pendant une absence d'un mois; plus tard, ces remplacements sont devenus de plus en plus longs. Il n'est donc pas pris au dépourvu. 
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Les cheveux du souverain étaient coupés courts et encadraient de belle façon son haut front. Les traits de son visage étaient parfaitement réguliers et semblaient avoir été taillés par un artiste. Ses yeux bleus se détachaient particulièrement sur son visage tanné par le vent de ses longs voyages. Le dessin de sa bouche était si fin et net qu'il rappelait une sculpture grecque. L'expression de son visage était solennelle et calme, éclairée de temps en temps par un sourire charmant. 
Théophile Gautier
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1856: le Traité de Paris consacre la défaite russe. L'indépendance et l'intégrité de l'Empire ottoman sont confirmées. La mer Noire est neutralisée et le Danube internationalisé. La Moldavie et la Valachie sont déclarées autonomes sous la garantie des puissances. La Russie renonce à sa prétention de protéger les orthodoxes de l'Empire ottoman. 

La galerie Tretiakov est créée par un riche commerçant moscovite. 

1856-1857: Les Russes Semionov et Fedchenko explorent le nord de l'Himalaya, le premier le Tianshan et le second le Pamir.   

1857: le 3 janvier, un Comité secret est créé pour étudier les mesures à prendre pour établir des paysans possédant des terres. Le 11 avril, les armoiries de la Russie sont adoptées. Un nouveau Règlement douanier entre en vigueur; un système unique des services douaniers est mis en place. Des émeutes paysannes éclatent en Géorgie occidentale. L'armée russe, pourvue de matériel moderne, lance une offensive dans le Caucase. 
1858: le Traité d'Aigun (28 mai) avec la Chine reconnaît la souveraineté russe sur la rive gauche de l'Amour; ce traité sera complété le 26 juin par celui de Tien-Tsin qui termine la première phase de la seconde guerre de l'opium; ces traités peuvent être qualifiés de léonins: ils révèlent la volonté des Européens (et des Américains) de soumettre la Chine à leur domination. La liberté personnelle est accordée aux serfs des domaines de l'État. Après la défaite de la guerre de Crimée, les révoltes paysannes se multiplient et Alexandre II pense qu'il faut mettre fin au servage, mais il se heurte aux résistances de la noblesse et doit temporiser.  

1859: le 4 mars, débutent les travaux de la Commission de rédaction du statut des paysans. Dans le Caucase, l'imam Chamil est capturé. La Russie installe des colonies russes et des garnisons cosaques dans les territoires conquis. Mais ceux-ci ne sont pas complètement pacifiés et se soulèveront chaque fois que la Russie rencontrera ailleurs des difficultés. Le Caucase, avec son pétrole et sa proximité du débouché sur les mers chaudes, va devenir  un point chaud du globe et une région vitale pour la Russie. 

1860: le 31 mai, la Banque d'Etat est créée. Le 18 octobre, le Traité ou Convention de Pékin entérine les concessions d'Aigun et de Tien-Tsin et accorde à la Russie la Mandchourie extérieure et le kraï de l'Oussouri.  Vladivostok est fondée. 

1861: le 19 février, un Manifeste sur l'abolition du servage est publié. Un oukase accorde la liberté à tous les serfs de Russie qui ne peuvent plus être vendus, achetés ou échangés et peuvent choisir un métier, posséder un bien et se marier comme ils l'entendent. Mais, pendant deux ans, ils sont assujettis aux corvées et obligations économiques antérieures au profit de leur seigneur et ne peuvent pas se déplacer hors de leur mir (commune) sans son accord. Les terres ne sont pas attribuées directement aux paysans mais au mir qui les répartit entre eux. La "part du pauvre", accordée gratuitement au serf libéré, est insuffisante pour faire vivre sa famille. Les paysans peuvent certes acquérir des terres à l'État mais il leur faut pour cela obtenir des prêts bancaires onéreux remboursables en 49 ans. La paysannerie a obtenu la liberté civile mais demeure économiquement dépendante; cela va libérer des ouvriers pour l'industrie qui se développe. Les propriétaires, privés de bras pour travailler leurs terres, sont portés à les vendre à la bourgeoisie urbaine et à mener joyeuse vie avec le produit de la vente. Bref, cette réforme positive comporte aussi ses effets pervers; elle entraîne une crise agraire qui pousse de nombreux paysans à aller tenter leur chance en Sibérie où les possiblités sont plus ouvertes. 

Le sultan turc reconnaît l'union de la Moldavie et de la Valachie. C'est un premier pas vers la création de la Roumanie, souhaité Napoléon III; la Russie, qui n'a pas oublié que l'Autriche l'a lâchée lors de la crise de Crimée, se rapproche de la France sur ce dossier.  

1862: Le 12 mai, des Règles provisoires sur les publications sont adoptées. Le Conservatoire de Saint-Pétersbourg entre en fonction. Les Polonais ayant demandé le retour à la Constitution de 1815, Alexandre II refuse mais leur envoie son frère Constantin qui passe pour être un libéral; cette réputation n'empêche pas qu'un attentat soit perpétré contre lui et, en représailles, la jeunesse étudiante polonaise est incorporée dans l'amée russe, ce qui l'indispose fortement. 

Une révolte antichinoise éclate au Sinkiang. Elle reçoit le soutien de la Russie et de la Grande-Bretagne.  

1863-1864: une partie des Polonais est satisfaite du nouveau cours mais les opposants créent un comité révolutionnaire qui débouche sur une insurrection générale indépendantiste qui gagne la Lituanie et la Biélorussie. Le général russe Mouraviev rétablit l'ordre brutalement:  la Pologne est annexée à l'Empire russe; l'empereur de Russie cesse d'être roi de ce pays; pour réduire l'influence de la noblesse, ses terres sont données aux paysans, les corvées et redevances sont abolies; des dizaines de milliers de propriétaires (on parle de 60000), dépouillés de leurs biens sont envoyés en Sibérie. L'Église catholique est réprimée, certains évêques sont déportés en Sibérie; l'Église uniate est interdite et ses fidèles contraints de se convertir à l'orthodoxie. La langue russe est imposée dans les écoles et l'université de Varsovie sera fermée en 1869.  
1863: le Statut des Universités (18 juin) dote celles-ci d'une large autonomie sous la direction des ministres de l'Éducation Poutiatine, puis Golovine. Les universités sont ouvertes à tous les garçons mais fermées aux filles. 

Des étudiants de l'Académie impériale des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg s'insurgent contre l'académisme de leur école et les sujets qu'on leur impose. Soutenus par les frères Tretiakov, deux riches mécènes, ils créent le groupe des Ambulants et vont organiser des expositions itinérantes pour rapprocher les arts d'un public moins élitiste et plus large en lui présentant des sujets à caractère social, historique ou inspirés par la nature. Ce mouvement exercera une grande influence jusque vers 1890. Parmi les artistes les plus connus, citons Repine, Savrassov, Polenov, Sourikov. 
 
1864: Le 1er janvier, le Règlement des administrations rurales des gouvernements et districts (zemstvos)est adopté. Ces assemblées provinciales, élues au suffrage indirect, sont chargées de la responsabilité des budgets locaux, de l'instruction publique, de la voierie et de la création des dispensaires. L'enseignement primaire, retiré à l'Église, est pris en charge par les zemstvos; de nombreuses écoles sont ouvertes; les gymnases (lycées) sont ouverts à tous et des collèges accueillent les enfants des classes défavorisées. Un oukaze traite de la réforme judiciaire et un nouveau Code des lois est publié: l'instruction est confiée à des juges inamovibles, les débats deviennent publics et contradictoires, des avocats peuvent défendre les accusées, des jurys sont institués pour les affaires criminelles, une Cour d'Appel est créée, les pourvois en cassation sont examinés par le Sénat; mais on continue à déporter en Sibérie sur simple décision administrative et l'égalité devant la loi n'est pas complète puisque des juridictions spéciales sont maintenues pour les militaires, les ecclésiastiques et les paysans.  

Ces réformes, menées à moitié, dans un pays où la corruption est de tradition, entraîne bien souvent de la confusion et la dilapidation des deniers publics. Elles ne satisfont pas  la paysannerie et s'attirent l'animosité des nobles; l'empereur s'est fait des ennemis sur sa droite comme sur sa gauche tandis que son relatif libéralisme intérieur favorise le développement du radicalisme révolutionnaire. Les années 1860 voient en effet se développer le nihilisme, une variante du socialisme libertaire, qui vise à l'émancipation des masses par la disparition de l'État et se montre souvent partisan de la "propagande par le fait", notion générique qui englobe toutes sortes d'actions illégales (terrorisme, reprise individuelle, sabotage, guérilla, assassinat politique...) ; les jeunes révolutionnaires s'inspirent d'un héros du roman de Tourgueniev "Pères et fils" publié en 1862; le principal écrivain de cette tendance, Nikolaï Tchernychevski (1828-1889) publie "Que faire" en 1863; le plus connu des nihilistes est Serge Netchaïev (1847-1882), un fils de paysan, disciple de Bakounine et de Proudhon,  qui rédige, en 1869, son "Catéchisme révolutionnaire"  dans lequel il prône la disparition de l'Etat. Nombre de jeunes bourgeois décident d'aller à la rencontre des moujiks dans les campagnes pour les soulever contre le régime. La chasse au tsar est ouverte! Il échappera à sept attentats, mais pas au huitième. Parallèlement se développe un courant populiste qui fonde son action sur la paysannerie, largement majoritaire dans le pays; "Les Lettres historiques" de Pierre Lavrov, écrites à Paris en 1868-1869, exposent les idées du populisme qui récuse le terrorisme et privilégie la propagande auprès des couches défavorisées.   
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Alexandre II dans son cabinet de travail 
Source: Les tsars russes
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La main-mise russe sur le Caucase s'achève. La Russie envahit le pays kirghize. Le khanat ouzbek de Kokand est placé sous protectorat russe. La conquête de l'Asie centrale est en marche et l'empire russe va bientôt se heurter à l'empire britannique. La Russie aura l'intelligence politique d'intégrer rapidement la noblesse des pays conquis dans celle de l'empire pour en assurer la solidité. 

Léon Tolstoï écrit Guerre et Paix, vaste fresque historique inspirée par 1812, un chef-d'oeuvre mondialement reconnu. 

1865: une nouvelle loi abolit la censure préalable dans les deux capitales et la remplace par un système d'avertissement; les affaires de presse sont confiées aux tribunaux réguliers; les tribunaux militaires son réformés. Tachkent (Ouzbékistan) est prise par l'armée russe. 
1866: Dmitri Karakozov tire un coup de pistolet sur Alexandre II et le manque de peu grâce à l'intervention d'un passant; l'auteur de l'attentat est pendu et le passant anobli. Cette année là commence la liaison de l'empereur avec une jeune fille de 19 ans qui va lui donner quatre enfants: Ekaterina Mikhaïlovna Dolgoroukova. 

1867: la Russie cède l'Alaska aux États-Unis pour 7 200 000 dollars (une somme trop faible selon certains); cette région américaine était considérée comme hors de l'espace naturel de la Russie (une partie de la Californie et d'Hawaï furent pourtant un moment sous contrôle russe). 

Le 1er juin, un exilé polonais tire deux coups de feu sur Napoléon III et Alexandre II, en visite à Paris à l'occasion de l'exposition universelle; il n'est condamné qu'à une peine de prison, ce qui refroidit les relations franco-russes et met en sommeil les velléités réformatrices du tsar qui va s'orienter désormais davantage vers des interventions extérieures. 

1868: un nouveau soulèvement du Kazakhstan est réprimé. Samarcande (Ouzbékistan) est prise et le khanat de Boukhara (Ouzbékistan) est placé sous protectorat russe. 

1869: le chimiste Mendeleïev découvre la classification  périodique des éléments (Tableau de Mendeleïev): les éléments chimiques peuvent être arrangés selon un modèle qui permet de prévoir les propriétés des éléments encore non découverts. Les soldats russes construisent une forteresse sur une falaise, près du village d'Achkhabad (Turkménistan). 

En 1869, naît à Kowno, l'anarchiste et féministe russe Emma Goldman. 

1870: la gestion des villes est confiée à des doumas conçues sous le modèle des zemstvos 

L'armée est réorganisée sur le modèle prussien; tous les Russes sont astreints au service militaire, les conscrits étant tirés au sort; la durée du service est réduite de 25 à 6 ans; les châtiments corporels sont interdits; des écoles militaires sont créées pour former les officiers. 

La Russie intrigue dans les Balkans. Elle s'engage à soutenir un éventuel soulèvement des Serbes et des Bulgares contre la domination ottomane. En même temps, elle monnaie sa neutralité dans le conflit franco-allemand contre son retour en mer Noire. 

1870-1882: Expéditions de Mikloukho-Maclay dans les îles de l'Océanie. 
1870-1888: Expéditions de N. Prjevalski en Chine, Mongolie et Tibet. 

1871: après la défaite française contre la Prusse, la Russie remet en cause le Traité de Paris de 1856. Son ministre des Affaires étrangères, Gortchakov, soutenu par Bismarck, obtient l'annulation de la neutralisation de la mer Noire. La Russie et la Turquie peuvent y entretenir à nouveau une flotte de guerre, mais le passage des détroits continue de dépendre de la volonté du sultan. 

Kropotkine voyage en Suisse et dans le Jura, où il rencontre Bakounine.  
1872: Kropotkine adhère à l'anarchisme. 

1873: la Russie signe avec l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie l'Entente des trois empereurs qui ne durera pas longtemps leurs intérêts étant contradictoires. Le khanat de Khiva (Ouzbékistan) est placé sous protectorat russe. 

Les encouragements russes aux peuples des Balkans entraînent des tentatives de soulèvement en Bosnie-Herzégovine et en Bulgarie, durement réprimées par les Bachi-Bouzouks turcs. 

1874: Milioutine institue le service militaire obligatoire pour tous et non plus seulement pour les paysans (six ans d'actif et neuf ans de réserve, réduits à trois ans d'actif pour les titulaires de diplômes d'enseignement supérieur). Les châtiments corporels sont abolis et des collèges militaires sont créés pour former les officiers. 

Kropotkine participe en Russie à la deuxième vague de l'"aller au peuple", un mouvement qui incite les jeunes intellectuels russes à se rapprocher du peuple laborieux pour l'amener à contester le régime et à lutter pour une révolution sociale d'inspiration libertaire. Il est arrêté et doit prendre le chemin de l'exil. 

Des populistes créent Zemlia i Volia (Terre et Liberté) dont le but est le renversement de l'autocratie. 

A la fin du 19ème siècle, la Russie, maîtresse de l'Asie centrale, constitue une menace pour l'empire britannique des Indes. Londres va s'efforcer de bloquer l'expansion russe aux frontières de l'Afghanistan. C'est l'époque du Grand Jeu. Cette politique d'endiguement de l'expansion russe par la Grande-Bretagne s'est d'ailleurs déjà manifestée à l'époque de la guerre de Crimée. Elle s'exprimera de nouveau au Tibet en 1904. Le cabinet de Londres s'efforce de contenir la Russie qui pourrait devenir un adversaire redoutable, non seulement sur les terres, mais aussi sur les mers. La Russie n'aura pratiquement pas de colonies en dehors de l'espace eurasiatique, si l'on fait exception de l'Alaska ainsi que d'une partie de la Californie et d'Hawaï. Le moteur principal de la colonisation russe n'est d'ailleurs pas le souci d'évangéliser ou de civiliser des populations éloignées mais celui soit d'aller chercher ailleurs la liberté hors de portée d'un pouvoir autoritaire à l'excès, lorsqu'elle est le fait d'individus entreprenants, soit pour repousser les frontières et mettre les terres russes à l'abri des menaces extérieures, lorsqu'elle est le fait de l'Etat. La Russie, dépourvues de frontières naturelles défensives, a subi de nombreuses invasions: mongoles, lituano-polonaises, germaniques, suédoises et même française. Pour se protéger contre les incursions de ses voisins, la Chine a construit une gigantesque muraille; la Russie s'efforce d'élargir sa zone d'influence et de s'entourer d'un glacis défensif; c'est une constante de sa politique extérieure. 
 
1875: par le Traité de Saint-Pétersbourg, le Japon cède à la Russie le sud de l'île de Sakhaline (où un pénitencier va être établi) et reçoit en échange les Kouriles. 

La crise balkanique 
1876: les soulèvements de la Bosnie-Herzégovine et de la Bulgarie, encouragés par la Russie, sont férocement réprimés par les Bachi-Bouzouks, des mercenaires ottomans. La Serbie et le Monténégro se soulèvent à leur tour, par solidarité avec la Bulgarie, et sont écrasés par Abdul-Hamid, le Sultan rouge. Le Japon reconnaît les territoires du sud de la Sakhaline et les îles Kouriles comme territoires russes. 

Le khanat de Kokand, en Asie centrale, est rattaché à la Russie.  

De 1876 à 1880, un Russe, Prjevalsky, tente de pénétrer au Tibet à partir de la Chine septentrionale. Il parviendra jusqu'aux sources du Huang-Ho (Fleuve jaune).   

1877: la Russie, alliée à la Grèce et à la Roumanie, entre en guerre contre l'Empire ottoman; elle prend l'offensive dans les Balkans et dans le Caucase, en direction de l'Arménie.  

1878: le 9 janvier 1878, une jeune fille, Vera Zassoulitch, tire sur le général Trepov, chef de la police. Son procès tourne à celui de la victime, célèbre pour sa brutalité. Quant à la jeune fille, elle est acquittée. Il s'ensuit une émulation chez les révolutionnaires. D'autres attentats surviennent contre les représentants de la justice et de la police. 

Le Traité de San Stefano (19 février) consacre la victoire russe. La Russie reçoit dans le Caucase les régions de Kars, Ardahan et Batoumi; elle annexe la Bessarabie qui lui est cédée par la Roumanie, laquelle reçoit en échange la Dobroudja bulgare. L'Autriche-Hongrie reçoit la Bosnie-Herzegovine. Un effondrement de l'Empire ottoman est redouté par les puissances européennes qui imposent à la Russie leur arbitrage. Au Congrès de Berlin, réunit par Bismarck, la Serbie, le Monténégro et la Roumanie voient leur indépendance reconnue mais doivent renoncer à une partie de leurs conquêtes; la Russie conserve les acquisitions territoriales du Traité de San Stefano. L'Autriche-Hongrie se voit confirmer l'administration de la Bosnie-Herzégovine à laquelle est ajouté le sandjak de Novi Pazar (entre la Serbie et le Monténégro); la Bulgarie, réduite à un petit territoire, est divisée en deux entités: la Bulgarie et la Roumélie orientale. Après avoir vaincu sur les champs de bataille, la Russie est contenue sur le terrain diplomatique, sous l'impulsion de l'anglais Disraéli qui poursuit la politique d'endiguement de son pays. Bismarck, dont la Russie espérait le soutien, en contrepartie de celui qu'elle lui apporta lors de la création de l'Empire allemand, se garde bien d'appuyer les revendications de son voisin de l'est. En bref, la Russie ne retire pas grand-chose de sa victoire et l'orientation pro-allemande de sa politique ne lui vaut que des déceptions. 

1879: les éléments les plus radicaux de Zemlia i Volia se regroupent dans Narodnaïa Volia (Volonté du Peuple) une organisation terroriste qui pense débarrasser la Russie de l'autocratie en la frappant à la tête; c'est-à-dire en assassinant l'empereur. Le 2 avril 1879, Alexandre Soloviev tire plusieurs fois sur Alexandre II sans l'atteindre; il est condamné à mort et pendu. Narodnaïa Volia tente encore en vain par deux fois de tuer le tsar au moyen de charges explosives contre le train impérial. 

Un gigantesque incendie réduit en cendres une partie d'Irkoutsk dont les maisons étaient en bois; la plupart sont ensuite reconstruites en pierre, conformément aux ordres du gouverneur. Au 19ème siècle, la découverte de gisements aurifères, a entraîné un afflux de pionniers et d'aventuriers, ainsi que l'ouverture de tripots qui ont transformé la ville en une sorte de cité sans loi comme il en existe dans l'ouest américain. 

Les empires centraux (Allemagne et Autriche-Hongrie) s'allient pour contrer les ambitions russes dans les Balkans (Duplice). 

1879-1881: soumission du Turkménistan (Asie centrale). 

1880: par un décret du 12 février 1880, Alexandre II confie des pouvoirs dictatoriaux au comte Loris-Mélikov, héros de la guerre contre la Turquie, avec mission d'éradiquer le nihilisme et d'achever la réforme des institutions. Lui-même échappe de peu le 20 février à des coups de pistolet. Quelques semaines plus tard, la Russie essuie une rebuffade du gouvernement français auquel elle réclame l'extradition de l'auteur de l'attentat contre le train impérial. L'éloquence de Victor Hugo a raison de la raison d'État. 

Narodnaïa Volia place une charge explosive dans les sous-sol du palais; un retard sauve Alexandre II, mais l'attentat ravage la salle à manger et tue ou blesse onze soldats de la Garde impériale. En mars, l'impératrice décède de la tuberculose. En juillet, l'empereur épouse Ekaterina Mikhaïlovna Dolgoroukova; il répare dit-il une faute qu'il a commise ainsi que la réputation d'une jeune fille. 

1881: les membres d'un groupuscule Pervomartovtsi (Ceux du 1er mars), Andreï Jelabov, Sofia Perovskaïa, Nicolaï Ryssakov, Ignati Grinevitski, Timofeï Mikhaïlov et Nicolaï Kibaltchich, préparent un attentat à la bombe. Sofia Perovskaïa et la fille d'un ancien gouverneur militaire de Saint-Pétersbourg. Andreï Jelabov est son amant. Les deux jeunes gens et leurs amis sont animés d'une haine profonde à l'encontre du tsarisme. Jelabov est arrêté mais cela ne change rien à la détermination du groupe. Le tsar est informé de l'imminence d'un attentat contre sa personne mais il décide tout de même d'assister à la relève dominicale de la Garde. Les comploteurs en liberté lancent plusieurs bombes sur lui lors de la parade militaire; Alexandre II est grièvement blessé; il meurt, le 1er mars (calendrier julien), alors qu'il s'apprêtait à officialiser son mariage avec sa jeune maîtresse et à octroyer un constitution à son pays; il venait, en effet, de signer un oukase créant des commissions consultatives qui auraient pu se transformer en assemblées de notables, juste avant de se rendre à cette manifestation. Les auteurs de l'attentat sont pendus et l'autocratie, au lieu d'être renversée, en sort renforcée: la réforme projetée ne sera pas appliquée! Sur le lieu de l'attentat, on construira une cathédrale placée sous le signe de la Résurrection du Christ que le peuple appellera "Sauveur sur le sang versé"; ce ne sera pas la dernière de ce nom. 
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Pendaison des révolutionnaires ayant attenté à la vie du tsar. Source: Hérodote
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Alexandre II, tout en poursuivant l'expansion russe et en réprimant les tentatives de soulèvement des peuples soumis, a réalisé des réformes non négligeables, surtout au niveau local. La guerre de Crimée a mis en lumière le retard économique et politique de la Russie. Si celle-ci veut jouer le rôle qu'elle estime devoir être le sien sur l'arêne internationale, des réformes profondes s'imposent. L'empereur l'a compris. Seulement, plein de bonne volonté et intelligent, il n'a pas la poigne de fer nécessaire pour les mener jusqu'au bout. Dans ces conditions toute liberté accordée ne peut que faire apparaître plus pesants les vestiges du passé qui subsistent et favoriser l'émergence d'une contestation radicale qui débouche sur le terrorisme, lequel entraîne, par réaction, un raidissement du régime. Au plan économique, 25000 km de voies ferrées ont été construites, ce qui a favorisé la développement des échanges et la croissance; la production de blé a doublé et 40% sont exportés; l'industrialisation a progressé. Pendant le règne, un immense écrivain, Tolstoï, illustre la littérature russe, tandis qu'une pléiade de compositeurs: Balakirev, Rimski-Korsakov, Borodine, Moussorgski (un descendant de Rurik), Tchaïkovski..., imposent la musique russe. Mais globalement, Alexandre II laisse un bilan en demi-teinte.  
 
1881-1894: règne d'Alexandre III, le Pacifique, empereur de Russie, roi de Pologne, grand-duc de Finlande 

Alexandre III ne ressemble pas à son prédecesseur, Alexandre II, dont il est le deuxième fils. Hercule de la famille, il est d'un caractère bourru et rien moins que libéral. On dit qu'il incarne l'homme russe, malgré ses origines germaniques; c'est un homme d'une stature puissante et d'une grande force physique qui déteste le mensonge et l'hypocrisie, les réceptions et les longs discours, et qui apprécie la franchise, la fidélité et le professionnalisme. Comme il n'était pas destiné à régner, il n'a pas reçu pas une éducation appropriée. Il parle toutefois anglais, allemand et français, aime la littérature, surtout Lermontov, et joue même un peu du cor d'harmonie. Il semble s'être montré peu intéressé par les études. Le décès prématuré de son frère aîné Nicolas, en 1865, en a fait l'héritier du trône et, sur le conseil que son frère lui donna sur son lit de mort, il a épousé la fiancée de ce dernier, Marie-Sophie-Frédérica-Dagmar de Danemark. Le mariage est d'ailleurs heureux; la jeune femme est petite, vive, charmante et élégante, elle aime le bal que boude son mari, c'est une excellente cavalière alors que son mari a peur des chevaux, mais l'attrait pour la peinture les réunit (elle peint d'ailleurs très bien), Alexandre III est un homme de famille presque parfait qui aime tendrement son épouse laquelle lui donnera six enfants. Avant son accession au trône, il n'a joué aucun rôle important dans les affaires publiques mais il s'est montré à différentes reprises en désaccord avec la politique de son père. Il a notamment condamné une influence étrangère, surtout allemande, qu'il jugeait excessive; il estimait que les principes nationaux devaient prévaloir dans la sphère publique. En 1870, il s'est montré partisan de la France alors que son père penchait pour la Prusse; placé à la tête de la gauche de l'armée, dans les Balkans, il a éprouvé peu de sympathie pour les Bulgares, présentés comme des martyrs et des saints à l'opinion russe, ce qui ne l'a d'ailleurs pas empêché de remplir consciencieusement son devoir militaire, ce qui lui a valu l'Ordre de Saint-George de 2ème classe; il était bien placé pour observer les conséquences de la corruption dans l'armée et en a alerté son père qui n'en a tenu aucun compte. Les déconvenues du Congrès de Berlin, enfin, l'ont amené à penser que la Russie n'avait rien de mieux à faire que de moderniser son armée et sa marine en vue des conflits futurs. 
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Alexandre III est son épouse - Source: les tsars russes
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Le nouvel empereur ne fêtera jamais l'anniversaire de son sacre qui est d'ailleurs différé jusqu'au printemps 1883; cette journée, pour lui, n'est pas heureuse; il a conscience des difficultés qui l'attendent: le mécontentement est général, soit parce qu'on trouve les réformes trop timides, soit parce qu'on les trouve trop hardies, l'économie du pays a été malmenée par la guerre contre la Turquie, le terrorisme est devenu tellement menaçant que les monarchistes ont créé une organisation contre-terroriste, la Sainte-milice, et que l'empereur juge plus prudent de résider à Gatchina, qui possède un passage secret souterrain permettant de fuir par le lac, afin de travailler tranquillement à la restauration de l'ordre. Sa capacité de travail est grande et il va l'employer rapidement .   

1881: publication du Manifeste du 29 avril puis du Règlement sur les mesures de maintien de la sécurité gouvernementale et publique du 14 août, dans lesquels Alexandre III proclame que l'abandon de l'autocratie porte en elle sa propre punition; les réformateurs sont écartés du pouvoir au profit des partisans du retour à l'ordre ancien; les fonctionnaires reçoivent des pouvoirs étendus en matière de police et de presse; les libertés peuvent être suspendues par simple décret et les causes civiles sont traduites devant des tribunaux militaire; ce règlement, initialement prévu pour durer 3 ans, restera en vigueur jusqu'à la fin du tsarisme. Des pogroms contre les Juifs éclatent à Odessa, Kiev et Varsovie; ils servent d'exutoire au mécontentement populaire. 

Le 6 juin, l'Entente des trois empereurs (Russie, Autriche, Allemagne) est réactivée. Le 28 décembre, des oukazes sur la réduction du prix de rachat des terres et l'achat obligatoire par les paysans affranchis des terres qui leur sont concédées, sont publiés. Achkhabad est pris. 

La Russie obtient le droit de libre circulation pour ses négociants en Mongolie chinoise.  

1881-1882: une crise économique secoue la Russie. 
1882: création de l'Okhrana, une police politique chargée de traquer les groupes révolutionnaires. Les Juifs sont assignés à résider en Pologne, Petite Russie, Russie blanche et quelques villes de Russie occidentale; un numerus-clausus limite leur accès dans les universités; beaucoup de Juifs émigrent aux États-Unis. Le 24 juin, l'ingénieur Alexandre Mojaïski effectue son premier vol en aéroplane, un monoplan à vapeur. Une Banque foncière est créée. L'impôt de capitation est aboli. Des premiers Règlements sont pris concernant le travail des ouvriers: une Inspection des fabriques est créée pour régulariser les rapports entre patrons et ouvriers et le travail des femmes et des enfants est règlementé. Les Règles provisoires sur les publications entrent en application. 
1883: inauguration de la cathédrale du Saint-Sauveur, lors du sacre d'Alexandre III, le 15 mai; l'Ouverture solennelle 1812 de Tchaïkovski est joué à cette occasion en hommage aux survivants de la guerre contre Napoléon. Le musée d'histoire de Moscou est achevé sur la pace Rouge, sous le nom de musée Alexandre III. G. Plekhanov crée à Genève le groupe marxiste "Emancipation du Travail". 

Kropotkine est condamné à une peine de prison en France, à Lyon, pour appartenance à une organisation interdite, l'Association Internationale des Travailleurs. Des sommités internationales:  le philosophe Herbert Spencer, l’astronome Camille Flammarion, le poète Algernon Swinburne et l'écrivain Victor Hugo... interviennent pour obtenir sa libération qui est accordée en 1886. 

1884: les écoles primaires sont placées sous le contrôle de L'Église. Les Universités cessent d'être autonomes et les frais d'inscription sont triplés pour écarter les couches populaires. Ces mesures sont vivement critiquées dans les milieux intellectuels. 

Merv est conquise sur la Perse, ce qui est de nature à inquiéter les Anglais. 

1885: l'indépendance et l'inamovibilité des magistrats sont abolies. Une grève éclate dans les usines Morozov. La Banque foncière de la noblesse est créée. 

L'annexion par la Russie de la région des Turkmènes de Merv (1884) et du Pamir (1885) entraîne des négociations afin de délimiter les zones d'influence avec la Grande-Bretagne soucieuse de protéger son empire des Indes. 

En 1885, Emma Goldman émigre aux États-Unis. Elle vit à New-York, où elle adhère au mouvement anarchiste, en 1889, après les événements de Hay-Market Square où la violence policière contre les ouvriers américains débouchera sur la fête internationale ouvrière du 1er mai. Elle obtient rapidement une grande notoriété en développant sa philosophie anarchiste et en soutenant les droits des femmes et les luttes sociales. 

1886: le 2 juillet, la Charte de la famille impériale réduit le cercle des grands-ducs pourvus d'une confortable rente viagère; cette initiative est favorablement accueillie par l'opinion publique russe. Alexandre III tenait sa famille d'une main de fer. Ses enfants ne jouissaient d'aucune indépendance. Sa parole était un ordre. Lorsqu'il commençait à parler, on avait l'impression qu'il allait frapper.  

1887: arrestation par l'Okhrana de 200 militants populistes et étudiants terroristes qui préparaient un attentat contre Alexandre III. La publicité des débats judiciaires est étroitement limitée. Alexandre Ilitch Oulianov, le frère aîné de Lénine, est pendu. Le ministre de l'Éducation Délianov diffuse la circulaire dite par dérision des "enfants de cuisiniers" qui écarte des gymnases les enfants de cochers, laquais, cuisinières... qui, dans l'esprit des autorités, ne peuvent qu'être des révolutionnaires en puissance. Dans le cadre de la politique de russification des populations allogènes, le russe devient obligatoire et l'orthodoxie est favorisée au détriment des autres cultes ce qui exacerbe les nationalismes. Le 6 juin, un accord germano-russe est signé à Berlin. 

Un coup d'État fomenté par la Russie renverse Alexandre de Battenberg au pouvoir en Bulgarie, ce prince ayant été contraint, sous la pression de l'opinion, de congédier les généraux russes qui le conseillaient. Il est remplacé par Ferdinand de Saxe-Cobourg qui se tourne vers les empires centraux: Allemagne et Autriche; c'est une nouvelle déconvenue pour la Russie dans les Balkans. 

1888: la construction du premier tronçon du Transsibérien, de Samara à Oufa, est achevée. Le transcontinental canadien a inspiré la construction du Transsibérien dans laquelle la France tiendra une part importante, par ses capitaux et ses usines (Eiffel fournira les éléments métalliques de la construction des ponts); cette collaboration renforcera les liens entre les deux pays. Le 12 juin, la première Université de Sibérie est ouverte à Tomsk. 

Une Circulaire du ministre de l'Education publique, I . Delianov, s'élève contre la présence dans les écoles d'enseignement secondaire de femmes de ménage, de blanchisseuses ou de cuisinières. 
Le train impérial déraille près de la gare de Borki, dans le gouvernement de Kharkov; Alexandre III retient le toit d'un wagon pour permettre à sa famille et à ses compagnons de se dégager des décombres; il y contracte la maladie rénale qui l'emportera quelques années plus tard. 

Un moine bouriate nommé Dordjieff entre dans l'intimité du Dalaï lama. Il intrigue pour la Russie. Ce curieux personnage réussit à persuader les Tibétains que l'empire russe est en fait le Shambala. Il invite le Dalaï lama à se rendre à Moscou en visite officielle; pour différentes raisons, le voyage n'aura jamais lieu. D'après certains auteurs, Dordjieff signifierait "coup de tonnerre" en tibétain.   

1889: Le Règlement sur la nomination des chefs de cantons est adopté; les juges de paix ruraux élus sont remplacés par les chefs de cantons, représentants de la noblesse terrienne nommés par le ministère de l'Intérieur; ces représentants cumulent les emplois de juges et d'administrateurs locaux; la fonction de juge de paix rural est supprimée. Serge Witte est nommé directeur des chemins de fer. 

L'arrivée massive de colons russes déstabilise l'économie pastorale du Kazakhstan. Anton Tchekhov passe par Krasnoïarsk, en se rendant à l'île de Sakhaline transformée en bagne; il s'intéresse au sort des prisonniers, politiques et de droit commun, qui s'y trouvent; les écrits qu'il en ramène émeuvent l'opinion publique russe; l'écrivain admire la Sibérie et l'esprit indépendant de ses habitants, mais il déplore la pauvreté de ces derniers et leur arriération. 
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Alexandre III -Tableau de V. Makovski 
Source: Les tsars russes
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En 1889 naît en Ukraine Nestor Makhno, cinquième fils d'une famille d'anciens serfs d'une région de l'est de l'Ukraine qui fut le berceau des cosaques zaporogues. Orphelin de son père  pendant sa première année, l'enfant va connaître la misère. Très jeune, il sera confronté à la violence qui pèse sur les pauvres et se révoltera contre la société.  

1890: le 12 juin 1890, de nouveaux Règlements des organisations rurales des cantons et gouvernements réduisent les pouvoirs des zemstvos se voient privés de leurs prérogatives essentielles et, en même temps, le cens électoral est augmenté, ce qui accroît l'influence de l'aristocratie terrienne au détriment de celle de la paysannerie; les décisions qui restent aux zemstvos peuvent être annulées par l'Administration si elle les juge inopportunes. 

La construction d'un pont sur l'Oural permet au Transsibérien de pénétrer en Asie depuis l'Europe. 

Guillaume II refusant de prolonger le traité qui liait la Prusse à la Russie, cette dernière se tourne vers la France, en dépit du peu de sympathie que le tsar éprouve pour la République. De toute manière, Alexandre III ne croit guère en la sincérité des alliances; il pense que les seuls véritables amis de la Russie sont sa flotte et son armée et que les autres puissances de l'Europe n'ont qu'un objectif: empêcher la Russie ne devienne une grande puissance. Aussi, défend-t-il fermement et avec dignité l'indépendance de son pays en gardant pour principe: "La Russie aux Russes" .  

L'expansion russe se heurte aux appétits britanniques à la frontière de l'Afghanistan. L'établissement de la ligne Durand (1893-1895) règle temporairement ce problème, en définissant les limites respectives des zones d'influence des deux puissances européennes dans la région. 

Les poupées gigognes (Matriochka) apparaissent en Russie en provenance du Japon dont elles son originaires. Elles vont connaître un grand succès dans leur pays d'adoption.  

1891: la totalité du Kazakhstan est intégrée à la Russie. 

Le tsarévitch Nicolas inaugure le segment extrême-oriental du Transsibérien. 

Un accord politique est signé entre la France et la Russie pour se consulter en cas de menaces sur la paix.  

1891-1892: la Russie connaît l'une des famines les plus importantes du 19ème siècle (2 millions de morts); cette famine, qui sévit en particulier dans le bassin de la Volga, est causée en partie par l'industrialisation trop rapide d'un pays sortant à peine du féodalisme. 

1891: le tsarévitch, futur Nicolas II, visite Oulan Oude (Bouriatie). 

1892: nouveau Règlement urbain: les doumas urbaines subissent le même sort que les zemstvos; l'autonomie rurale et urbaine est placée sous contrôle administratif. Un nouveau Règlement douanier est adopté.  

Une convention militaire secrète complète l'accord politique signé entre la France et la Russie l'année précédente. 

Le ministre Serge Witte lance une vigoureuse politique protectionniste de développement économique en recourant à des émissions obligataires à l'étranger (les fameux emprunts russes). Les industries extractives et manufacturières en profitent. Mais c'est surtout les transports ferroviaires qui en bénéficient; la construction du Transsibérien est en cours. 

Maxime Gorki débute en littérature par la publication d'une nouvelle. La galerie Tretiakov est donnée par son propriétaire à la ville de Moscou. 

1893: signature de l'Alliance franco-russe. Les deux pays s'engagent à se venir en aide s'ils venaient à être attaqués par l'un des pays de la Triple Alliance (Allemagne, Autriche-Hongrie, Italie). La Loi sur le double tarif douanier est adoptée, d'inspiration protectionniste, une loi Méline portant le même titre a été votée en France l'année précédente, elle pénalise les produits allemands; il en résulte une guerre des tarifs douaniers germano-russe. Fondation de Novonikolaïevsk (Novossibirsk), près du pont du Transsibérien sur l'Ob. 

Deux moines kalmouks, qui sont en fait des émissaires de la Russie, parviennent dans la capitale du Tibet. 
   
1894: Alexandre III est emporté par une néphrite.  

Le tsar qui disparaît a contribué au maintien de la paix en Europe en quittant l'alliance allemande pour se rapprocher de la France; il n'a pas entrepris de guerre, ce qui lui vaut le surnom de Pacifique. Il laisse le souvenir d'un  souverain modeste, peu exigeant, économe, d'une haute moralité et très dévot, dans sa vie courante. Grand amateur de peinture et fin connaisseur, il a favorisé le développement de cet art en Russie et il lègue à sa mort les tableaux qu'il possède au Musée russe qu'il a fondé. Il n'est pas revenu sur l'abolition du servage. Mais il a annulé pratiquement toutes les autres réformes de son père. Cette politique de contre-réforme, en porte-à-faux par rapport au spectaculaire essor industriel que connaissait alors la Russie, ne pouvait qu'approfondir le malaise qui régnait dans la société russe et préparer une grave crise politique. De 1860 à 1895, la production de fonte est multipliée par 4,5, l'extraction du charbon par 30, celle du pétrole par 700; de grands centres industriels apparaissent; le réseau ferré atteint 60000 km en 1904. La population des villes passe de 6 à 17 millions d'habitants en 1897, avec l'apparition d'un important prolétariat urbain aux conditions de vie extrêmement précaires; mais la paysannerie reste toutefois largement majoritaire (71%). La population russe est très fragmentée: la noblesse, qui occupe les hautes fonctions de l'État, ne représente pas plus de 1% de la population; la population urbaine se décompose en une riche bourgeoisie industrielle issue du monde paysan et en propriétaires fonciers (10%); suivent les petits entrepreneurs et les commerçants aisés (13%); puis les petits artisans et boutiquiers (24%) et enfin les travailleurs salariés (plus de la moitié). La russification forcée des minorités baltes et polonaises, les difficultés d'accès au savoir pour les classes populaires tenues à l'écart des écoles, la rigidité idéologique suscitent des réflexes de rejet du régime qui se traduisent par la constitution à l'étranger de véritables colonies d'exilés, lesquelles accréditent dans l'esprit du tsar le mythe d'un complot européen anti-russe et l'amènent à durcir encore plus sa politique. En politique extérieure, on assiste cependant à un renversement des alliances: la Russie que les empires centraux ont déçue, s'est rapprochée paradoxalement d'une France républicaine dont le pouvoir tsariste déteste l'idéologie. L'épouse du tsar défunt lui survivra assez lontemps pour assister à la révolution de 1917; elle quittera la Russie pour retourner au Danemark, sa patrie natale, où elle mourra en 1928. 
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Source : Wikipédia
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Au 19ème siècle, la Russie bénéficie d'une mauvaise image en Occident. Un partisan de l'absolutisme, le marquis de Custine, qui s'y est rendu pour y chercher un modèle, en revient totalement désenchanté: la Russie est une immense nation d'esclaves dominée par un despotisme effréné qui combine la science de l'Europe et le génie de l'Asie (on méditera son idée selon laquelle c'est la rencontre du pouvoir absolu avec la servilité des sujets, ou leur manque de civilisation, qui rend l'exemple russe si détestable). D'autres parlent d'une prison des peuples. Karl Marx estime qu'il n'y a rien de bon à attendre de ce pays. Les caricaturistes s'en donnent à coeur joie: les Russes sont des barbares chez qui les changements de règne sont annoncés par les vomissements du tsar! Tout n'y est que mensonge et esbroufe! Bref, on trouve dans les critiques de l'époque à peu près tout ce qui sera plus tard reproché à l'Union soviétique, mais on n'en admire pas moins ses écrivains (Tchekhov) et ses musiciens. 

A la fin du 19ème siècle, la pomme de terre commence à apparaître sur les tables russe. Sa diffusion a d'abord été assez lente avant de devenir un des deux principaux légumes de la cuisine russe, avec le choux.    

1894-1917: règne de Nicolas II, empereur de Russie, roi de Pologne, grand-duc de Finlande  

Nicolas II sera tour à tour qualifié de Pacifique, au début de son règne, de Sanguinaire après la révolution d'octobre 1917, pour finir par être canonisé par l'Église orthodoxe, depuis la chute de l'Union soviétique. 

Sous son règne, la Russie connaît un développement sans précédent. Sa population triple (ce qui permet de peupler la Sibérie) et elle devient la deuxième ou la troisième puissance économique mondiale. Son réseau ferroviaire n'est dépassé que par celui des États-Unis. Le rouble est convertible. L'industrie, le commerce et la finance se développent; avant la fin du siècle, la balance commerciale est équilibrée. La musique (Glazounov, Scriabine, Stravinsky, les ballets russes, Diaghilev, Chaliapine), les arts (peintures de Repine, de Levitan, de Sourikov, marine d'Ajvazovski, compositions de Nesterov et de Vrubel...) et les lettres ne restent pas à la traîne; la Russie compte de nombreux écrivains célèbres et elle occupe la deuxième place au monde dans le domaine de l'édition de livres. Mais le tsar ne paraît pas souhaiter transformer réellement son pays au plan politique et, surtout, il s'avère incapable de gagner les conflits dans lesquelles la Russie se trouve engagée. Un autre point noir est l'agriculture qui reste arriérée; beaucoup de terres sont incultes; les paysans sont endettés et ils s'adonnent à la vodka de manière excessive; l'alcool étant devenu un monopole d'État, le Trésor y trouve son compte, mais pas l'économie; sous l'impulsion de Stolypine, une classe de paysans riches, les koulaks, voit cependant le jour. 
 

Vrubel: Démon assis - Galerie Tretiakov - (source: Internet - Art in Russia)
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Nicolas II reste marqué par l'agonie de son grand-père, privé des deux jambes et défiguré par l'attentat qui lui a coûté la vie. Élevé à la dure, son éducation, confiée aux proches d'Alexandre III, ne le prédispose pas à des réformes d'inspiration libérale. A 16 ans, il tombe amoureux d'une de ses cousines, la princesse Alix de Hesse Darmsdadt; mais son père s'oppose à une union avec une Allemande, pour des raisons diplomatiques; d'ailleurs, les princesses de Hesse n'ont-elles pas la réputation de porter malheur à la Russie? Il fréquente la faculté des sciences économiques de l'université de Saint-Pétersbourg. De 1885 à 1890, il suit une formation spéciale visant à le préparer à ses fonctions futures avec de bons professeurs, mais on ne sait pas ce qu'il en retient car les professeurs n'ont pas le droit de l'interroger et lui ne leur pose jamais de questions; d'après S. Witte, il possède l'instruction d'un colonel de la Garde issu d'une bonne famille. En 1890, il effectue sur un croiseur russe une tournée officielle soigneusement préparée: les lieux à voir et ceux à ne pas voir sont précisés et les discours à prononcer transmis par voie diplomatique. Il accomplit ce voyage en compagnie de quelques princes russes (V.  Bariatinski, N. Obolenski, V. Kotchoubeï...) et de son frère Georgui, malade de la poitrine, dont on espère que l'air du large le ragaillardira; hélas, ce dernier sera victime d'un accident au cours d'une excursion, son mal empirera et il devra être rapatrié en Russie où il mourra quelques années plus tard. Le périple diplomatico-touristique mène le grand-duc Nicolas en Grèce, en Égypte, aux Indes, dans le sud-est asiatique, en Chine et au Japon. Dans ce dernier pays, il se montre trop entreprenant auprès de l'épouse d'un samouraï et ce dernier le gratifie d'un coup de sabre; il s'apprête à lui en porter un second lorsque l'héritier du trône de Grèce, qui s'est joint à la caravane russe lors de son passage en Grèce, déséquilibre l'irascible guerrier à coups de canne et le tient en respect jusqu'à l'arrivée de la police. Nicolas revient à travers la Sibérie, pénétré de mépris pour les "singes" japonais. De retour à Saint-Pétersbourg, il reprend une liaison, interrompue par le voyage, peut-être à dessein, avec une ballerine, courte sur jambes, mais ayant des yeux merveilleux, Mathilde Kchessinskaïa, qui sera ensuite la favorite d'autres grands-ducs sans jamais déroger .  

Au printemps 1894, alors que son père est déjà malade depuis des années, il obtient enfin l'autorisation de se fiancer avec Alix de Hesse-Darmsdadt, malgré la préférence de ses parents pour Hélène d'Orléans. Guillaume II, mais aussi la reine Victoria, grand-mère des deux promis, assistent à la cérémonie; le futur roi d'Angleterre, Edouard VII, et Nicolas II se ressemblent d'ailleurs beaucoup. 
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Nicolas II et Edouard VII - Un air de Famille - Source: Les tsars russes et Wikipédia
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A l'automne 1894, sur son lit de mort, Alexandre III conseille à son fils de maintenir l'autocratie. Au moment où il monte sur le trône, le jeune tsar fait part de sa perplexité et de son inquiétude: il est mal préparé à son métier d'empereur. Il épouse Alix, qui se convertit à l'orthodoxie, sous le nom d'Alexandra Féodorovna, avec beaucoup de réticence. Peu énergique et heureux en ménage, Nicolas II suivra, pour gouverner, les conseils de son épouse. Le couple aura cinq enfants, un fils, le tsarévitch qui naîtra tardivement en 1904, et qui sera hémophile, une maladie héréditaire dans la famille de Hesse-Darmstadt, et quatre filles. Le couple vit comme des particuliers, le tsar préférant scier ou couper du bois, déblayer la neige, rouler en automobile, naviguer sur son yacht, voyager en train, se promener à pied, tirer sur les corbeaux que s'occuper des affaires de l'Etat. Mais la tsarine s'en mêle et pas toujours à bon escient. Comme la naissance d'un fils se fait attendre, elle se berce un temps d'illusion, jusqu'à prendre l'embonpoint d'une femme enceinte avant de s'apercevoir de son erreur. Mal aimée par la cour, l'impératrice se trouve une amie en la personne d'une jeune et jolie dame d'honneur ingénue, Anna Taneieva; elle lui cherche aussitôt un mari; hélas, elle n'a pas la main heureuse: celui-ci se drogue et est un pervers sexuel! Le tsarévitch heureusement jouit d'une certaine sympathie dans l'armée auprès de laquelle son père l'emmène souvent.   

Le nouveau maître de la Russie pense que l'autocratie est un principe sacré qui ne peut pas être mis en question. Il reprend à son service nombre de collaborateurs de son père. A la demande de sa femme, et aussi probablement par goût personnel, il s'éloigne de la vie mondaine de l'aristocratie russe, en résidant à Tsarskoïe Selo; il se coupe ainsi d'une partie de la noblesse. 

Il limite les pouvoirs des zemstvos en les soumettant à des fonctionnaires d'État, mène une politique de russification de la Pologne, de la Finlande et du Caucase, et aggrave la politique antisémite de son père. 

Serge Witte, reste ministre en raison de sa compétence, malgré la méfiance à son égard du tsar, qui le soupçonne d'être franc-maçon; il poursuit sa politique de développement économique et d'assainissement financier. Les entreprises étrangères sont invitées à investir en Russie. Witte est conscient que le développement économique devrait s'accompagner de réformes politiques. Mais il se heurte à l'opposition des slavophiles, ennemis de l'Occident et du progrès, qui ne voient de salut pour la Russie que dans le maintien des traditions. Et le tsar ne permettrait pas, de toute manière, de toucher à l'orthodoxie. 

1895: Alexandre Popov transmet le premier message par télégraphie sans fil.  
1895-1899: des emprunts russes, pour un montant de 275 millions de roubles, sont placés à l'étranger, principalement en France. 
1896: le 26 mai, l'empereur est couronné à Moscou, selon un rituel inspiré de Byzance; quatre jours plus tard, les fêtes du couronnement s'accompagnent d'une bousculade qui cause la mort de plusieurs centaines de personnes (1300 morts et 1000 blessés); le peuple attribue ce tragique événement à la tsarine qu'il se met à détester, la qualifiant d'Allemande 

Nicolas II pose à Paris la première pierre du pont Alexandre III, symbole de l'Alliance franco-russe qui est renouvelée. La montée en puissance de l'empire d'Allemagne, après la défaite française à Sedan, inquiète la Russie autocratique et la pousse à approfondir son alliance avec la France républicaine, malgré l'admiration qu'elle portait autrefois la Prusse. Le danger est d'autant plus grand que l'Allemagne est alliée à l'Autriche et à l'Italie, dans le cadre de la Triplice, et que le risque d'un conflit est élevé dans les Balkans en ébullition. 

La Russie signe avec la Chine un traité visant à contrer les ambitions japonaises; il permet la construction du chemin de fer de l'est chinois, relié au Transsibérien. La Russie renoue des relations amicales avec la Bulgarie. 

1896-1899: construction de la cathédrale Saint-Alexandre-Nevsky à Nikolaïevsk. 
1897: achèvement de la réforme monétaire, mise en circulation du rouble-or. Loi sur la normalisation des heures de travail: la journée de travail est limitée à 11 heures 30 et le travail de nuit à 10 heures. Premier recensement de la population russe.  

L'université de Dorpat (Estonie) est fermée pour avoir continué à utiliser l'allemand. Galitzine, envoyé par le tsar, s'efforce de russifier les provinces du Caucase. 

Création du Bund, un mouvement ouvrier juif marxiste qui lutte pour l'égalité des droits pour  les Juifs. 

Le président français Félix Faure visite la Russie. 

Le tronçon Valdivostock-Khabarovsk du Transsibérien est achevé. 

1898: construction d'un pont sur l'Ob à Novonikolaevsk (Novossibirsk) pour le Transsibérien. Le première pierre du musée des Beaux-Arts-Alexandre III est posée. 

Un accord est signé avec la Chine pour l'obtention d'une concession à bail de la presqu'île de Liaodong avec la forteresse de Port-Arthur pour une durée de vingt-cinq ans. Deux ans avant les troupes japonaises débarquées y avaient massacré de nombreus Chinois. 

Fondation du parti ouvrier social-démocrate de Russie, une organisation marxiste révolutionnaire dans laquelle militent Lénine, Staline et Trotsky.  

Bobrikov est nommé gouverneur de Finlande avec la mission de russifier le grand-duché. 

Nicolas II, conseillé par Witte, lance un appel au désarmement et à la paix mondiale (d'où son surnom de Pacifique). Il propose aux puissances européennes d'organiser une conférence pour la préservation de la paix mondiale. 

1899: le tsar choisit La Haye comme siège de la première Conférence internationale pour discuter de la paix. L'Allemagne et la Grande-Bretagne sont réticentes. La proposition de désarmement est repoussée mais une convention sur les règles de guerre et le droit international humanitaire voit le jour et, surtout, la Cour d'arbitrage international de la Haye est créée. 

1900: une crise monétaire mondiale entraîne la fermeture d'usines et de banques. Witte est accusé, par les propriétaires fonciers, d'être social-démocrate. La Russie profite de la révolte des Boxers en Chine pour occuper la Mandchourie.  

Le pont Alexandre III est inauguré à l'occasion de l'Exposition universelle de Paris. Près de 300 entreprises françaises ou belges sont implantées en Russie; elles contrôlent 60% de la production de houille et 80% de celle de coke. 

1901-1903: Une crise économique fait sentir ses effets. Le début du 20ème siècle est marqué par un commencement de pénétration des Russes en Chine. 

Le général russe Kozlov explore le Kham (Tibet). Il a pour guide Dja-lama (Tchegoun lama), un ancien moine bouddhiste d'origine russe, qui a séjourné à Drepung, où il aurait tué le moine qui partageait sa cellule au cours d'une dispute. Ce personnage violent et cruel prendra ultérieurement la tête d'une croisade mongole antichinoise; il consacrera ses bannières avec le sang des prisonniers dont il ouvrira les poitrines pour en arracher le coeur. L'idée de la reconstitution d'un empire mongol, aux limites imprécises, mais qui comprendrait la Mongolie intérieure et extérieure, le Tibet et une partie de l'Asie centrale, dont le Sinkiang, commence à germer dans certains esprits russes (Semenov, Dja-lama, Ungern). Les Anglais soupçonnent les Russes d'armer les Tibétains pour menacer l'empire des Indes; ces soupçons seront à l'origine de l'invasion du Tibet par les troupes britanniques en 1904. Un Bouriate bouddhiste converti au christianisme, qui exerce la médecine tibétaine en Russie, sans diplôme mais avec un grand succès, y compris dans l'entourage du Tsar, Piotr Badmaev, publie "La Russie et la Chine", ouvrage dans lequel il défend l'idée d'un rapprochement entre la Russie, la Chine, la Mongolie et le Tibet. Mettant en pratique ses idées, il crée d'ailleurs une entreprise commerciale en vue de faciliter la pénétration russe en Extrême-Orient. Si ce projet grandiose réussissait, la Russie deviendrait, d'après lui, le pays le plus puissant du monde.   

1901: le président français Émile Loubet se rend à Saint-Pétersbourg. 

Naissance du parti socialiste révolutionnaire (SR), à base essentiellement paysanne, qui se réclame des terroristes de la Narodnaïa Volia. 

Dordjieff, accompagné de Narzounof, est à nouveau à Lhassa, où parvient aussi l'agent russe Tsybikov. Les Anglais s'inquiètent mais il leur est impossible d'intervenir militairement tant que la question de l’Afrique du Sud (guerre des Boers) n’est pas définitivement réglée.  

1902: des émeutes paysannes, visant à terroriser la noblesse, afin qu'elle cède ses terres à bas prix, commencent à agiter les campagnes; il y en aura 670 jusqu'en 1904. L'étudiant socialiste révolutionnaire Stepan Balmachov assassine le ministre de l'Intérieur Dmitri Sipiaguine.  

Plehve devient ministre de l'Intérieur de Russie; il éprouve de la sympathie pour les idées constitutionnelles, ce qui ne l'empêche pas de mener une politique conservatrice. 

La Russie discute avec le Japon un partage de la Corée. L'Angleterre passe un accord avec le Japon, puissance montante en Asie, pour contenir l'expansion russe; elle s'engage même à attaquer la France si la Russie s'en prend au Japon. 

La Russie se rapproche de la Chine. Un projet de condominium sino-russe sur le Tibet serait envisagé. Des troupes russes et chinoises pourraient s'installer sur le Toit du monde, aux portes de l'empire des Indes. Le bruit en court à Londres. Mais il a été propagé en Inde par le moine japonais, Kawaguchi, de retour du Tibet, où il est allé étudier des textes sacrés. Le gouvernement japonais, qui se prépare à un conflit avec l'empire des tsars, n'est peut-être pas totalement étranger à cette rumeur (un résumé du récit de Kawaguchi est  ici).    

1902-1904: construction du tronçon circumbaïkalien du Transsibérien. 
1903: Séraphin de Saratov est sanctifié et le tsar se place sous la protection de cette figure paysanne authentiquement russe, image du peuple idéal de son imagination. 

Le parti social-démocrate de Russie se scinde en bolcheviks (majoritaires, dont Lénine), qui veulent accélérer le processus révolutionnaire par l'action et la propagande, et mencheviks (minoritaires, dont Trotsky), qui pensent que la révolution se fera naturellement. 

1904: Les troupes anglaises envahissent le Tibet. Le Dalaï lama s'enfuit en Mongolie. Le consul russe à Ourga, Shishmarev, intrigue pour qu'il se réfugie en Russie. Le traité imposé par le cabinet de Londres au Tibet soulève de vives protestations de la Russie. 

1904-1905: guerre russo-japonaise 

Le Japon attaque par surprise la flotte russe à Port Arthur et assiège la ville qui se rendra après huit mois de siège. 

La brigade terroriste du parti socialiste révolutionnaire organise un attentat contre le ministre Plehve.  

Le Transsibérien est achevé. Sa construction a coûté près de 1,5 milliards de roubles, dépense qui ne sera dépassée que par celles de la Première Guerre mondiale. 

1905: l'infanterie russe est battue à Moukden par les forces japonaises. La flotte de la Baltique, arrivée trop tardivement à la rescousse en Extrême-Orient, est détruite à Tsushima. En août, la paix de Portsmouth reconnaît au Japon la possession de Port Arthur,  de la Corée, de la Mandchourie et du sud de l'île de Sakhaline. 

La défaite des Russes devant des gens de couleur retentit profondément parmi les peuples colonisés qui rêvent d'émancipation, et en premier lieu au sein de l'empire russe. La France n'est pas intervenue dans le conflit pour éviter une riposte anglaise.  

La révolution de 1905 

En 1905, les socialistes révolutionnaires assassinent le grand-duc Serge, oncle du tsar. 

Le parti constitutionnel démocratique (KD) voit le jour pendant la crise révolutionnaire. D'abord révolutionnaire et républicain, il évoluera vers la monarchie constitutionnelle, après l'échec de la révolution. 

Le 22 janvier 1905 (9 janvier en Russie), a lieu une manifestation ouvrière, conduite par le pope Gapone, qui est en fait un agent de la police tsariste infiltré dans le mouvement. Alors qu'elle vient pacifiquement présenter ses requêtes au tsar, en portant des bannières et des icônes, elle est brutalement réprimée par la police qui ouvre le feu tuant un millier de personnes (officiellement, il y aurait eu 96 morts et 330 blessés, mais d'autres sources portent le nombre de victimes à 4900, où est la vérité?) Ce tragique événement, qualifié de Dimanche Rouge, survenu en l'absence du tsar, n'en va pas moins être lourd de conséquence pour lui car il brise l'image paternelle qui était jusqu'alors celle du souverain dans l'imaginaire populaire; il accrédite la qualificatif de Sanguinaire qui sera plus tard attribué à Nicolas II. Des jacqueries éclatent un peu partout à travers l'empire. L'équipage du cuirassé Potemkine se mutine à Odessa. La grève générale s'étend. Comme il n'existe pas de syndicat, une organisation représentative se crée spontanément: les soviets. Les bolcheviks, d'abord hésitants, envoient des représentants, mais ce sont les mencheviks, alors plus nombreux, qui jouent le rôle le plus important. La population réclame une constitution, une Douma et les libertés. Les socialistes révolutionnaires, les bolcheviks et les mencheviks de Saint-Pétersbourg s'unissent au sein du soviet ouvrier et publient les Izvestia (Les Nouvelles). Nicolas II est contraint de publier, le 17 octobre (calendrier russe) le Manifeste sur le perfectionnement de l'ordre de l'État dans lequel il s'engage à accorder les libertés civiques, à créer une Douma dotée des pouvoirs législatifs et de contrôle, à amnistier les crimes et délits commis avant la publication du manifeste, à nommer un Premier ministre aux pouvoirs étendus, à respecter les droits des minorités et, en particulier, celui de parler leur propre langue. Mais l'empereur garde un droit de veto et peut dissoudre la Douma, ce dont il ne se privera pas. De plus, Nicolas II promulgue un Acte spécial qui permet au gouvernement de prendre des mesures législatives entre les sessions de la Douma. En fait, il n'envisage pas que son pouvoir puisse être réellement limité. L'accueil est mitigé: les libéraux estiment avoir obtenu satisfaction, mais se divisent, certains sont prêts à collaborer avec le gouvernement, d'autres, comme le parti constitutionnel démocratique (KD), voudraient aller plus loin et instaurer un régime parlementaire; les socialistes révolutionnaires et les sociaux-démocrates refusent de participer à une Douma sans pouvoir et appellent à poursuivre le mouvement. Un soulèvement armé a lieu à Moscou; il est écrasé par l'artillerie.  
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Les événements du 9 janvier 1905 sont bien connus et il est inutile de les répéter ici. Ce jour là, j'ai été frappé  par les attaques absurdes et sans but de la cavalerie sur la foule et par les ordres injustifiés donnés par les commandants. 
Lieutenant-général A. Mossolov
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La première tentative révolutionnaire a échoué. Mais elle a consacré l'alliance des couches populaires russes et des minorités nationales. C'est, en quelque sorte, la répétition de la révolution de 1917. De plus, la défaite russe a révélé à l'Allemagne la faiblesse de l'armée de Nicolas II. Le bilan de cette défaite est lourd de conséquences pour le pouvoir russe: la vie sociale a commencé à se démocratiser, des territoires ont été perdu en Extrême-Orient et la flotte militaire russe a été anéantie. Maxime Gorki, qui a connu la célébrité avec Les Bas-Fonds, est exilé et séjourne à New-York puis à Capri; il ne rentrera en Russie qu'après la Révolution d'octobre.  

En novembre 1905, le staretz (moine errant) Raspoutine, natif de Prokoskoe (district de Tioumen, gouvernement de Tobolsk, en Sibérie), un guérisseur qui, sous des dehors de religiosité mystique, se livre à l'ivrognerie et à la débauche, est introduit dans l'entourage du tsar où ses talents séduisent la tsarine; elle espère que ce saint homme améliorera la santé du tsarévitch atteint d'hémophilie. Raspoutine pourrait avoir appartenu à la secte des flagellants. 

Makhno, à peine âgé de 16 ans, participe en Ukraine aux troubles consécutifs à la révolution russe de 1905. Il adhère à l'"Union des laboureurs pauvres", un groupe de jeunes révolutionnaires qui se réclame du communisme libertaire et s'oppose par l'action directe à la terreur gouvernementale, notamment aux moyens des expropriations et de la redistribution des biens confisqués aux riches.  

En réaction aux succès de ce groupe, les propriétaires créent leur propre mouvement l'"Union des russes véritables". Ils ont un bouc émissaire tout trouvé, en la personne des Juifs, et guidés par leur slogan "tue le youpin, sauve la Russie" organisent des pogroms. l'"Union des laboureurs pauvres" combat ce mouvement et le détruit; "ce fut notre première victoire" notera Makhno dans ses mémoires. Parallèlement, le mouvement fasciste avant la lettre des Cent-Noirs voit le jour en réaction à la poussée révolutionnaire. Il participera désormais à la lutte contre-révolutionnaire.  

1906: le tsar dote la Russie de Lois fondamentales de l'État (désignation retenue pour éviter le mot honni de constitution). Ces lois n'instaurent pas un régime parlementaire: les ministres ne dépendent que du tsar, la Douma est dépourvue de pouvoir budgétaire, n'a pas l'initiative des lois et le gouvernement peut légiférer par oukazes. Les premières élections à la Douma sont favorables au parti constitutionnel démocrate (KD) ainsi qu'au centre-gauche et elles amènent à l'assemblée de nombreux représentants des minorités. La Douma entrant en désaccord avec lui, Nicolas II modifie la loi électorale au profit des classes aisées, de sorte que la majorité de la population n'est plus représentée. 

Le 19 août 1906, Nicolas II signe la Loi sur les tribunaux militaires de campagnes 

Serge Witte, jugé trop progressiste, est évincé du pouvoir. Son successeur, Ivan Goremykine, est très conservateur. Mais il sera bientôt remplacé lui-même par Piotr Stolypine. 

Des députés libéraux et socialistes modérés lancent l'appel de Vyborg qui appelle les Russes à la résistance passive et au refus de l'impôt et de la conscription. Ils sont condamnés à la prison et frappés d'inéligibilité à la Douma et aux zemstvos. 

Le colonel Mannerheim, futur héros de l'indépendance finlandaise, est chargé par l'armée russe d'une mission d'exploration en Asie centrale. Il bénéficie de la couverture d'organisations scientifiques suédoises et finlandaises pour ne pas éveiller les soupçons. Il parcourra 7000 km à l'ouest de l'empire du milieu, notamment au Sinkiang et au Shanxi, dressant des cartes, prenant des photos et notant l'attitude des populations. Après un séjour à Pékin, son périple s'achèvera par une visite au Dalaï lama. Moscou n'a certainement pas abandonné tout espoir d'expansion à l'est.  
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Stolypine - Source: Les tsars russes
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1906-1911: Piotr Stolypine est Premier ministre; il va procéder à d'importantes réformes agraires qui laisseront un bon souvenir.  

Kokovtsov négocie avec Cambon et  Poincarré des emprunts ferroviaires.  

Les socialistes-révolutionnaires organisent un attentat contre le Premier ministre. Celui-ci y échappe mais il fait plus de 30 victimes, dont deux enfants de Stolypine. En représailles, des cours martiales militaires ambulantes sont créées. Elles jugent sans avocat et sans possibilité d'appel. Les accusés sont condamnés à mort (la cravate à Stolypine) ou aux travaux forcés (le wagon de Stolypine). La Sibérie y gagne trois millions d'habitants.  

La politique du nouveau Premier ministre se veut à la fois conservatrice et moderniste. Il lutte contre les groupes révolutionnaires pour rétablir l'ordre et met en place une réforme agraire qui dissout les mirs (forme de propriété collective traditionnelle) et  vise à créer une classe de petits propriétaires favorables à l'économie de marché; il espère gagner ainsi le monde rural, très largement majoritaire en Russie, à la cause tsariste; une classe de paysans riches se forme: les koulaks. Pour le prolétariat urbain, il crée un système d'assurance; mais celui-ci est mal accueilli car il exige la participation des ouvriers aux cotisations. Enfin, il s'efforce de russifier le monde des affaires en favorisant la formation de capitaux russes. 

1907: une seconde Douma s'avère pire pour le tsar que la précédente: les socialistes révolutionnaires et les sociaux-démocrates y arrivent en force, à la place des libéraux devenus inéligibles. Stolypine tire prétexte d'un prétendu complot social-démocrate pour la dissoudre. 

Une troisième Douma est élu avec la loi électorale modifiée. La représentation paysanne est réduite de moitié, celle des ouvriers à peu près inexistante, celle de la noblesse outrageusement augmentée. La droite nationaliste et les Octobristes (libéraux disposés à collaborer) sont majoritaires; mais il y a des bolcheviks. Cette Douma restera en place jusqu'en 1912. 

La Russie ayant perdu la Mandchourie au profit du Japon, la construction d'une nouvelle ligne du Transsibérien, plus éloignée de la nouvelle frontière, est décidée. 

L'Angleterre, inquiète à son tour des velléités du kaiser allemand, signe avec la Russie une convention par laquelle les deux puissances délimitent leurs zones d'influence en Afghanistan, en Perse et au Tibet; une alliance entre l'Angleterre, la France et la Russie, la Triple Entente, peut ainsi voir le jour. Le traité russo-britannique de Saint-Pétersbourg, qui consacre la volonté de paix des deux puissances en Asie, reconnaît la suzeraineté de la Chine sur le Tibet.  

La Russie proteste contre l'annexion de la Bosnie-Herzegovine par l'Autriche-Hongrie mais, comme elle n'est pas soutenue par la France, elle en reste là. 

Une seconde Conférence de La Haye se tient du 15 juin au 18 octobre 1907 sous l'égide de la Cour permanente d'arbitrage. 

La Cathédrale du Sauveur sur le Sang versé est édifiée à Saint-Pétersbourg à l'endroit de l'attentat contre Alexandre III. Elle a coûté plus cher que prévu et le coupable, secrétaire de conférence de l'Académie, sera jugé et puni d'une peine de prison et de la confiscation de ses biens. 

1907-1914: les saisons russes font florès à Paris et à Londres. 

1908: le 3 mai, une Loi sur la réforme scolaire instaure un enseignement primaire obligatoire et gratuit. 

En 1908, à la suite de la dénonciation d'un informateur infiltré dans son groupe révolutionnaire par la police, Makhno est  arrêté et incarcéré. 

1909: La Russie soutient la création d'une alliance des États balkaniques contre la Turquie, espérant tirer profit d'un démembrement de l'Empire ottoman. 

Raspoutine et la tsarine sont du parti de la paix, contrairement aux autres membres de la famille impériale. 

Le président français Fallières rencontre le tsar à Cherbourg. 
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Un village russe vers 1910 - Photographie de S. Prokudin-Gorsky
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1910: création  par Goumilev de l'Akméisme, un courant littéraire qui s'inscrit contre le symbolisme, et qui sera illustré par Anna Akhmatova et Ossip Mandelstam. Au même moment apparaît le futurisme (Khlebnikov, Maïakoski, Asseïev, Pasternak); la vie culturelle bouillonne car elle est l'un des seuls espaces de liberté qui existent en Russie.  

L'expression théâtrale connaît un dévelopement prodigieux à la fin du 19ème siècle et au début du 20ème. 

Makhno et treize de ses camarades sont jugés par un tribunal militaire. Il est condamné à la peine de mort par pendaison. En raison de son jeune âge et des efforts de sa mère, la peine est commuée en réclusion à perpétuité assortie de travaux forcés. Il est incarcéré à la prison de Boutyrka, qui est, à cette époque, une sorte d'université révolutionnaire. Assoiffé de savoir,  Il y étudie notamment Bakounine, Kropotkine et son concept d'entraide. Il rencontre Piotr Archinov, un communiste libertaire, avec qui il parle beaucoup. En raison de son caractère peu conciliant, Makhno est régulièrement enchaîné et mis au cachot. Cette expérience explique sa haine des prisons et, plus tard, pendant la guerre civile, en entrant dans une ville nouvellement conquise, son premier geste sera de libérer tous les prisonniers et de détruire les lieux d'incarcération. 

1911: Stolypine essuie un coup de feu tiré par Bogrov que l'on présente comme un Juif d'extrême-gauche. En fait, il s'agirait d'un agent de l'Okhrana qui aurait reçu l'ordre d'abattre le Premier ministre responsable de la réforme agraire. Stolypine meurt quatre jours plus tard. Cette mort marque le retour des troubles révolutionnaires et des grèves. 

Kokovtsov devient le nouveau Premier ministre. Consciencieux et compétent, c'est un haut fonctionnaire qui ne possède pas les qualités requises pour faire face à une situation devenue très difficile. 

1912: une grève éclate dans les mines aurifères de la Léna; elle est sévèrement réprimée. 

L'organe officiel du parti bolchevik, la Pravda (Vérité) est créé à Saint-Pétersbourg. Un certain Koba en est le rédacteur en chef. Il s'appelle en réalité Joseph Djougachvili. On l'appellera plus tard Joseph Staline, l'homme de fer. C'est un ancien séminariste d'origine géorgienne devenu révolutionnaire. Petit, boiteux à la suite d'un accident, avec un bras atrophié et le visage marqué par la variole, il ne paie pas de mine. Il s'est livré, pour financer l'activité révolutionnaire, à des attaques de convois de fonds. Il a choisi le nom de Koba qui est celui d'un légendaire Robin des bois caucasien. Marié jeune, il s'est trouvé veuf de sa première épouse, morte de la tuberculose, un an après son mariage. Il a déjà fait son chemin dans la vie puisqu'il est membre du Comité central du parti bolchevik. Son activité révolutionnaire l'amènera à goûté le confort des prisons tsaristes et le charme de la Sibérie, au delà du cercle polaire. Pour le moment, Lénine, en exil à Cracovie, trouve la ligne éditoriale du journal trop molle.  

Le tsarévitch, lors d'un déplacement en Pologne, est victime d'une hémorragie interne devant laquelle les médecins paraissent impuissants. L'intervention de Raspoutine l'aurait miraculeusement guéri; une chose est sûre, le staretz possède le don d'atténuer les souffrances du jeune héritier de la couronne lors de ses crises d'hémophilie. La réussite de Raspoutine par imposition des mains sur le tsarévitch s'expliquerait par le fait qu'il lui interdisait la prise de tout médicament, donc de l'aspirine que prenait l'enfant, laquelle possède la propriété de liquéfier le sang, ce que l'on ignorait à l'époque! 

La Russie instaure un système d'assurance sociale pour les ouvriers loué par le président américain Taft. 

Le président du conseil des ministres français, Raymond Poincarré, se rend en visite officielle en Russie, après le différend qui vient d'opposer la France et l'Allemagne à propos du Maroc (Affaire de la canonnière d'Agadir). 

Les Anglais obtiennent l'éloignement de Dordjieff qui est envoyé en Mongolie. Mandaté par le Dalaï lama, Dordjieff se rend en Russie pour obtenir la reconnaissance de l'indépendance du Tibet; il n'obtient aucun résultat. Un accord sino-russe reconnaît la souveraineté de la Chine sur la Mongolie extérieure; mais cette dernière obtient l'autonomie et la Russie exercera sur elle une sorte de protectorat.   
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Raspoutine - Source: Les tsars russes
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1913: Kokovtsov négocie de nouveaux emprunts. La célébration du 300ème anniversaire des Romanov, malgré le faste déployé, ressemble déjà à une fin de règne, avec un tsarévitch au visage déformé par la douleur et une tsarine paraissant absente. 

La Mongolie extérieure, devenue indépendante de la Chine, signe avec la Russie un traité d'entente et de reconnaissance mutuelle. Mais elle ne parvient pas à obtenir une reconnaissance internationale plus large. La Première guerre mondiale donnera cependant l'occasion de concrétiser les termes de ce traité. 

A la veille de la guerre, la moitié des importations russes proviennent d'Allemagne et le tiers des exportations s'y rendent.  
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En 1913, Moscou compte 2585 automobiles, dont 221 sont la propriété de l'Etat et 328 sont des taxis, les autres appartenant à des particuliers ou à des entreprises. Le premier Code de la route est apparu en 1901. La vitesse des automobiles y était limité à 12 verstes à l'heure dans les rues des agglomérations (12,7 km/h).
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1914: Kokovtsov, qui s'est permis de critiquer ouvertement Raspoutine, est évincé du pouvoir au profit de Goremykine qui est rappelé. 

Le 4 avril, la région de Touva, au sud de la Sibérie, devient un protectorat russe. 

L'attentat de Sarajevo (28 juin 1914) met le feu aux poudres dans les Balkans. Poincarré se rend à nouveau en Russie et promet l'aide de la France à la Russie. Humiliée au Congrès de Berlin par les empires centraux, défaite par le Japon en 1905, restée à l'écart des guerres balkaniques de 1912-1913, contrée par l'Angleterre en Asie, la Russie ne peut pas se désintéresser de la nouvelle crise sous peine de perdre toute crédibilité dans les Balkans. Nicolas II entre en guerre contre l'Autriche-Hongrie, pour venir en aide à la Serbie slave et orthodoxe. La Russie espère aussi, en cas de victoire, récupérer la Posnanie et la Galicie, sans se rendre compte que cela ne ferait qu'aggraver les tensions dans une Pologne qui serait alors reconstituée. L'Allemagne déclare la guerre à la Russie le 1er août, l'Autriche-Hongrie, le 5 août. L'entrée en guerre soulève un élan patriotique du peuple russe. Le jeu des alliances entraîne dans la guerre la France et l'Angleterre du côté de la Russie, l'Allemagne et l'Empire ottoman du côté de l'Autriche-Hongrie. Cette nouvelle situation désorganise le camp révolutionnaire avec d'un côté les pacifistes et de l'autre les partisans de l'union sacrée patriotique. Kropotkine sera l'un des rédacteurs du "Manifeste des Seize" qui prendra clairement parti, en 1916, contre les empires centraux et pour les alliés Français, Anglais et Russes.  

L'armée russe prend l'offensive en Prusse-orientale et en Galicie. Mais elle est loin d'être préparée à affronter une armée allemande qui la surclasse en artillerie et qui est bien mieux commandée. Le conflit ne va pas tarder à faire apparaître de graves carences et surtout l'incapacité de Nicolas II à y faire face. Si le rouleau compresseur russe est loin d'obtenir les résultats escomptés par ses alliés, il n'en amène pas moins les Allemands à retirer une partie de leurs troupes de l'ouest et à atténuer ainsi la pression qu'y  subissent Français et Anglais. Les Russes essuient, face aux Allemands renforcés, une série de défaites qui culmine à Tannenberg. Les victoires remportées face à l'Autriche-Hongrie et à l'Empire ottoman parviennent difficilement à donner le change. L'Allemagne, qui veut à tout prix se débarrasser du front de l'est, travaille en sous-main la cour et l'armée russe pour amener Nicolas II à la paix. 

Le 18 août 1914, Saint-Pétersbourg est rebaptisée Petrograd, une russification qui n'est certainement pas étrangère aux événements. 

1915: la Douma est hostile, les zemstvos méfiants, les Allemands avancent en Pologne et dans les pays baltes. Nicolas II prend la décision d'assumer lui-même le commandement de l'armée. Goremykine demande à être remplacé. La réalité du pouvoir se trouve entre les mains de la tsarine influencée par Raspoutine. 

L'armée russe qui, en à peine plus d'un an, a perdu 4 millions de soldats, est dans un état déplorable. Le Kaiser en profite pour proposer un accommodement qui est refusé par Nicolas II. L'Allemagne va maintenant jouer la carte de la révolution. 

Le Traité de Kyakhta entre la Russie, la Chine et la Mongolie reconnaît l'autonomie de la Mongolie extérieure sous suzeraineté chinoise. Les trois parties en présence poursuivent des buts différents: les Chinois espérent le retour des Mongols dans le nouvel État récemment créé, alors sous la coupe d'un militaire, Yuan Shikaï, les Russes pensent pouvoir étendre leur zone d'influence en Asie et les Mongols se refusent à renoncer à leur indépendance; le compromis ne peut qu'être boiteux! Les Russes commencent à s'installer en Mongolie (banque, exploitation des ressources minières). 

1916: un conservateur, Boris Stürmer, qui est soupçonné d'être pro-allemand, succède à Goremykine. 

La nouvelle ligne du Transsibérien est achevée avec la construction d'un pont sur l'Amour à Khabarovsk. Elle va permettre l'arrivée en Russie de matériel militaire fourni par les alliés, dont l'envoi était très difficile jusqu'à présent, en raison de la fermeture des détroits par la Turquie. 

Une offensive est lancée en Galicie. Son succès entraîne l'entrée en guerre de la Roumanie et oblige une fois de plus l'Allemagne à affaiblir ses forces qui luttent à l'ouest sur le front français. Mais elle est très coûteuse en hommes. Quelques succès sont également remportés dans le Caucase contre les Turcs (Trébizonde et Erzeroum). Ce n'est pas l'armée qui s'effondre mais l'arrière. Le passage à l'économie de guerre a perturbé la production des biens de consommation au moment où le principal fournisseur de la Russie, l'Allemagne, faisait défaut. La société russe dans son ensemble est désorganisée et, le pouvoir se montrant incapable de relever le défi, les populations apprennent à se débrouiller par elles-mêmes, faisant ainsi l'apprentissage du pouvoir révolutionnaire. 

Trepov succède à Stürmer. Il tente de neutraliser l'influence de Raspoutine et conseille à Nicolas II d'augmenter les pouvoirs de la Douma. 

On attribue les difficultés que traverse le pays à l'influence de Raspoutine que l'on soupçonne d'être au service de l'Allemagne. Dans la nuit du 16 au 17 décembre 1916, le staretz est assassiné, empoisonné puis achevé à coups de revolver, le poison se révélant impuissant, pense-t-on à l'instigation d'un agent britannique, pour l'empêcher d'inciter le tsar à se retirer de la guerre, dans le cadre d'un complot monté par des ultra-monarchistes dirigés par le prince Yousoupoff, parent par alliance de Nicolas II. Cet assassinat soulève une vague de joie dans certains milieux qui ne se doutent pas encore qu'elle n'est que le prélude à une longue suite de massacres dont ils seront eux aussi les victimes.  

1917: Trepov démissionne; il est remplacé par le prince Galitzine. Les protestations au sein de la Douma et les mouvements sociaux se multiplient à Petrograd (Saint-Pétersbourg). Une partie de la famille impériale envisage de déposer l'empereur, de faire monter sur le trône le tsarévitch, sous la tutelle du grand-duc Dimitri, et d'enfermer l'impératrice dans un couvent. Le président de la Douma, Rodzianko suggère à Nicolas II d'envoyer  l'impératrice jusqu'à la fin de la guerre en Crimée; il refuse. 

Le patriarcat, aboli par Pierre le Grand, est rétabli. Depuis la fin du 17ème siècle, on assistait à un regain d'influence de l'église orthodoxe. Mais cette embellie ne durera pas. La Révolution est proche. La déchristianisation va mettre les peintres d'icônes au chômage: ils se reconvertiront dans la peinture d'objets laqués et cet art atteindra son apogée sous le régime soviétique. 

Les opérations militaires en Galicie et en Bélorussie se terminent par des défaites; l'armée russe est démoralisée. Les partis révolutionnaires coopèrent entre eux. Des émeutes de la faim, stimulées par les ouvriers révolutionnaires, qui n'ont pas été mobilisés, secouent la capitale privée de pain. En février, devant l'aggravation de la situation, Nicolas II ordonne de faire cesser le désordre par la force. Le 23 février, la foule défile en réclamant du pain, la paix et la fin de l'autocratie. La police tue plus de 150 personnes mais, le 27 févier,  l'armée refuse d'obéir et passe du côté des insurgés. Rodzianko propose la formation d'un nouveau gouvernement présidé par un homme bénéficiant de la confiance du peuple. Le tsar répond en dissolvant la Douma. Cependant, Petrograd est tombée aux mains d'un soviet d'ouvriers et de soldats tandis qu'un Comité provisoire de la Douma s'est constitué, opposant ainsi deux pouvoirs dans la capitale. L'empereur est arrêté, le 28 février, alors qu'il se rendait de la Stavka (Grand Quartier-général) à Tsarskoïe Selo. Il est emmené à Pskov où les chefs militaires, après s'être consultés, font pression sur lui pour obtenir son abdication. Nicolas II finit par accepter et renonce au trône, le 2 mars, au profit de son frère le grand-duc Michel. Mais le peuple ne veut manifestement plus de la monarchie et Michel renonce rapidement à son tour, le 3 mars. 
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Source: Culture Guides Russie - Puf - Clio
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La Russie révolutionnaire 

Le gouvernement provisoire 

Un gouvernement provisoire est formé avec pour mission de diriger le pays jusqu'à la réunion d'une assemblée constituante chargé de déterminer la forme du nouveau régime. Le soviet de Petrograd refuse de participer à un gouvernement qu'il juge trop bourgeois; le changement de régime ne met donc nullement fin à la division du pouvoir dans la capitale. Le gouvernement provisoire est dirigé d'abord par le prince Lvov, puis par le socialiste modéré Alexandre Kerensky. Ce dernier organise des élections qui confèrent une certaine légitimité au gouvernement provisoire. Mais il maintient la Russie dans la guerre, ce qui affaiblit rapidement sa popularité. Il lance même une offensive contre les armées allemandes et austro-hongroise qui échoue. Le gouvernement provisoire demande à l'Angleterre d'accueillir chez elle le tsar déchu qui réside sous surveillance depuis son abdication dans le palais Alexandre de Tsarskoïe Selo; l'Angleterre refuse; l'ex-tsar et sa famille sont alors arrêtés et envoyés dans un premier temps à Tobolsk, en Sibérie, où ils sont soumis à une étroite surveillance, jusque dans leur intimité, et isolés du reste du monde; ils seront ensuite transférés à Ekaterinbourg, dans l'Oural, par les bolcheviks, où ils se trouveront en butte aux sarcasmes de leurs gardiens, pour les éloigner de leurs partisans qui rêvent de les enlever. Une Commission extraordinaire d'enquête est créée pour mettre en lumière les crimes du régime tsariste et, en particulier, le rôle joué par Raspoutine; les travaux de cette commission ne seront jamais achevés mais elle laissera une documentation accablante qui montrera l'influence politique importante de Raspoutine et son ingérence dans les affaires de l'Etat et de l'Eglise; sur sa recommandations on nommait les fonctionnaires aux postes clé du gouvernement, on effectuait des opérations commerciales douteuses et cela choquait beaucoup de monde, notamment parmi les membres de la famille impériale; un jour, comme le staretz lui demandait l'autorisation de rendre visite à l'état-major, le grand-duc Nicolas Nicolaïevitch lui répondit: "Viens au plus vite, pour que je te pende!"   

La majorité des paysans réclame une réforme agraire qui redistribuera les terres aux profits des plus pauvres, tandis que ceux qui ont profité des réformes antérieures, les koulaks, qui sont aussi les plus dynamiques et les plus entreprenants, se montrent plutôt dubitatifs. Les ouvriers souhaitent obtenir une augmentation des salaires, une réduction du temps de travail à 8 heures par jour et une garantie de l'emploi. Pour faire face à ces impatiences, la classe dirigeante, noble ou bourgeoise, trop peu nombreuse, ne peut s'appuyer sur personne, l'armée étant du côté des révolutionnaires. La situation politique est donc extrêmement difficile. Le parti socialiste révolutionnaire se scinde en deux: sa gauche se rallie aux soviets et sa droite les rejette. 

La révolution ramène nombre d'exilés dans leur pays. C'est le cas de Kropotkine et de Makhno lequel, libéré de prison, regagne son Ukraine natale où il se met à organiser la paysannerie en vue d'une révolution libertaire. C'est aussi celui de Lénine, exilé en Suisse. L'Allemagne facilite le voyage de ce dernier en espérant que la présence dans son pays du leader révolutionnaire favorisera une paix séparée. Dès le printemps, Lénine expose son programme: paix immédiate, pouvoir aux soviets, usines aux ouvriers, terre aux paysans. Ces revendications, que le gouvernement provisoire n'a pas l'air de vouloir satisfaire sont de plus en plus populaires, d'autant que, sur le front, où Riga tombe, la situation se détériore et que les soldats, démoralisés, fraternisent avec l'ennemi.  

En juillet, après une manifestation réclamant le pouvoir aux soviets, Kerensky fait arrêter les dirigeants socialistes révolutionnaires de gauche et bolcheviks, sauf Lénine qui fuit en Finlande. Leurs journaux sont interdits. Des mesures sévères sont prises pour réprimer le désordre et le défaitisme (rétablissement de la peine de mort, par exemple). L'influence des soviets est réduite; le double pouvoir semble avoir vécu. Kerenski destitue le libéral Broussilov de la tête de l'armée et le remplace par Kornilov. Ce dernier, qui a essayé de rétablir la discipline militaire, en exécutant les déserteurs, tente en août un coup de force contre le gouvernement provisoire; on le soupçonne de vouloir imposer une dictature militaire. Le mouvement échoue mais le pouvoir est sérieusement ébranlé, d'autant que, pour résister au coup d'État, il a sollicité le concours des bolcheviks, lesquels ne cessent de progresser en promettant la paix. En août-septembre, Lénine précise sa pensée dans L'État et la Révolution. Il préconise une nouvelle forme de gouvernement plus démocratique basée sur les conseils ouvriers (soviets).  

Après la tentative avortée de Kornilov, le gouvernement provisoire est discrédité et les bolcheviks deviennent majoritaires dans les soviets. Kerenski réplique en proclamant la république, le 1er sepembre, et en changeant deux fois de gouvernement en moins d'un mois. Mais le sort en est jeté. Une nouvelle révolution éclate en octobre (novembre). Le gouvernement provisoire est renversé et cède la place à un nouveau pouvoir révolutionnaire. Lénine est nommé président du Conseil des commissaires du peuple par le Congrès des soviets. Staline s'est montré prudent et ne s'est rallié que tardivement à un coup de force auquel il n'a pas pris part. Mais, une fois celui-ci réussi, il va s'attacher à se montrer le plus fidèle disciple de Lénine. 

Aucune puissance étrangère ne reconnaît le nouveau pouvoir qui, au surplus, n'est pas soutenu par les partis socialistes étrangers. Sa position est donc très précaire mais il jouit d'un large soutien des soldats, ce qui lui permet de se consolider rapidement dans les régions où l'armée est présente. Dans les régions périphériques, notamment celles qui sont non russes, une résistance s'organise néanmoins et les éléments d'une guerre civile se mettent en place. Dans un premier temps, les socialistes libertaires s'allient aux bolcheviks pour faire avancer la révolution, malgré leurs divergences politiques qui sont minimisées. Les uns comme les autres sont favorables d'ailleurs à la disparition de l'État, mais les socialistes libertaires la veulent immédiate et les bolcheviks estiment nécessaire le passage par une phase transitoire de dictature du prolétariat pendant laquelle sera démantelé l'État de la dictature bourgeoise. Le règlement de cette épineuse question est renvoyée après le triomphe incontestable de la révolution. 
 
Une délégation mongole est envoyée à Moscou pour obtenir le soutien des bolcheviks; ceux-ci se récusent s'en tenant à l'accord de 1915. 

La tchéka (la Commission extraordinaire pour lutter contre la contre-révolution et les sabotages, en fait une police politique) est créée sous la direction de Dzerjinski; elle sera l'instrument de la terreur révolutionnaire. 

La Finlande se sépare de la Russie. L'Ukraine accède à l'indépendance, avec le concours de l'Allemagne, ce qui prive la Russie de son grenier à blé. Lénine reprend le système des réquisitions instauré par Kerensky pour ravitailler les villes; il se heurte à la résistance des paysans. Pour faire face à la crise du logement, le gouvernement réquisitionne les hôtels particuliers et les grands appartements pour y loger les familles ouvrières; les propriétaires y sont confinés dans un espace réduit et les nouveaux habitants s'entassent dans les autres pièces ce qui pose des problèmes de promiscuité, d'hygiène et de disponibilité des sanitaires. 

1918-1924 Lénine au pouvoir 

Les chefs révolutionnaires sont partagés sur la question de la guerre. Lénine est favorable à la paix pour consolider la révolution, mais la majorité, avec Boukharine, soutient la poursuite de la guerre pour exporter la révolution. Trotsky défend une position intermédiaire: il est favorable à la paix à condition qu'elle ne soit pas injuste. 

En France, où des soldats russes se battent aux côtés des alliés,  la zizanie s'installe. Certains Russes restent fidèles au tsarisme et veulent continuer la guerre; d'autres prennent partie pour la révolution et pour la paix, ils incitent leurs camarades français à  fraterniser avec les soldats allemands. Les autorités militaires sévissent et internent les rebelles au camp de la Courtine dans la Creuse. 

1918: une assemblée constituante a été élue dans laquelle les socialistes révolutionnaires sont majoritaires. Elle rejette l'instauration de la dictature du prolétariat. Mais le gouvernement garde le soutien de la majorité du Congrès des soviets grâce à l'alliances des bolcheviks avec les socialistes révolutionnaires de gauche et l'assemblée constituante est dissoute, ce qui contribue à éloigner des bolcheviks une partie des classes populaires. 

Le troisième congrès des soviets jette les bases d'une nouvelle constitution fédérative, socialiste et soviétique qui inclut les droits des travailleurs et exploités et établit la primauté des ouvriers (une voix ouvrière vaut cinq voix paysannes); le respect des libertés politiques est affirmé sans que les conditions de mise en applications du principe soient réunies. 

L'Armée rouge est créée sur la base du volontariat. 

Le 25 janvier, le métropolite de Saint-Pétersbourg, Moscou, puis Kiev, Vladimir, est fusillé au monastère des Grottes de Kiev; il passe pour être le premier martyr de la Révolution russe. 

Le nouveau pouvoir russe adopte le calendrier grégorien à la place du calendrier julien et prend toute une série de mesures plus ou moins bien reçues par la population (séparation de l'Église et de l'État, suppression des titres et des décorations, gratuité des soins médicaux, création du mariage civil, instauration de l'égalité entre les sexes, interdiction du travail des enfants, limitation à 8 heures de la journée de travail, indemnisation du chômage et couverture sociale des maladies...) 

En février, une loi sur la socialisation de la terre est édictée; les mesures prises pour éviter les accaparements de céréales et assurer le ravitaillement des villes suscitent des troubles dans les campagnes. 

L'Allemagne lance une offensive au cours de laquelle la Russie perd beaucoup de territoire. Cette situation nouvelle valide la thèse de Lénine: une paix défavorable à la Russie est signée à Brest-Litovsk (3 mars 1918). Les alliés de la Russie (France et Angleterre), qui vont devoir faire face seuls à l'Allemagne, avant l'entrée en guerre des États-Unis, sont furieux contre le nouveau pouvoir russe. Les socialistes révolutionnaires de gauche quittent la coalition. Ils se joignent à d'autres partis pour renverser le gouvernement. Certains bolcheviks, comme Boukharine, ne sont pas loin de partager les mêmes idées. Le quatrième congrès des soviets ratifie la paix de Brest-Litovsk, ce qui entraîne le départ des socialistes-révolutionnaires de gauche du gouvernement. Lénine fait interdire le parti socialiste révolutionnaire; le parti bolchevik se transforme en parti unique. 

Au printemps 1918, les Allemands occupent l'Ukraine, la Crimée et une partie du Caucase-Nord; les pays de l'Entente s'entendent sur une répartition des zone d'influence en Russie (on vend la peau de l'URSS avant même qu'elle ne soit née!); les Anglais débarquent à Mourmansk, les Français sur la mer Noire, les Américains en Extrême-Orient, le Japon à Vladivostok. Le corps de la légion tchécoslovaque luttant contre l'Allemagne, que les Russes ont expédié en Asie par le Transsibérien, d'où il doit regagner la France, stimule sur son passage les forces contre-révolutionnaires qu'il rejoint. Toutes ces interventions visent à aider les adversaires du communisme mais aussi à prendre la plus grande part possible du gâteau; il en résulte un manque d'ensemble des différents pays qui favorise la résistance des révolutionnaires russes. Les soviets nationalisent la grande propriété foncière, puis les industries, et proclament la dictature du prolétariat. La capitale est transférée à Moscou ce qui montre la volonté du nouveau pouvoir de recentrer la Russie en direction de l'Asie. La politique du communisme de guerre est inaugurée pour faire face à la guerre civile. L'Armée rouge est réorganisée et le service militaire obligatoire est instauré. 

En Ukraine, le congrès anarchiste de Taganrog, à la fin avril, décide d'organiser la guérilla par petites unités de cinq à dix combattants, de collecter des armes et de préparer un soulèvement paysan généralisé. Il décide également l'envoi d'une délégation à Moscou, dont Makhno fait partie. Il rencontre brièvement Lénine au Kremlin; ce dernier, qui connaît mal la situation de l'Ukraine et ignore que Makhno est libertaire, observe à son interlocuteur que la région semble infestée d'anarchistes; Makhno lui répond sèchement qu'il n'y a effectivement pas de bolcheviks en Ukraine; Bref, la rencontre est décevante et n'aboutit à rien. Cependant, à Moscou, la Tchéka vient d'infliger une sévère défaite au mouvement libertaire en l'expulsant de ses locaux, interdisant ses publications et emprisonnant les militants. Pour Makhno, venant d'une zone où les libertés de parole et d'organisation sont toujours vivantes, la faiblesse des anarchistes moscovites est un choc. Moscou lui apparaît comme "la capitale de la révolution de papier", ne produisant que des résolutions et des slogans creux tandis que le parti bolchevik installe une dictature par la force et la fraude. Makhno profite aussi de son séjour dans la capitale russe pour à Moscou pour consulter quelques vieux militants anarchistes sur les méthodes et les tendances à suivre dans le travail libertaire révolutionnaire parmi les paysans de l'Ukraine; il rencontre Archinov et Kropotkine dont il dit avoir beaucoup apprécié certains conseils. De retour en Ukraine, à la tête de l'Armée révolutionnaire insurrectionnelle ukrainienne (Makhnovchtchina), qu'il a créée, Makhno va combattre avec succès les forces ukrainiennes réactionnaires de Petlioura ainsi que les armées blanches. L'armée insurrectionnelle paysanne pratiquera la tactique de la guérilla et se montrera remarquablement mobile. Elle est organisée sur les bases, spécifiquement libertaires, du volontariat : tous les gradés sont élus par les soldats et la discipline est librement consentie. Elle instaurera immédiatement le socialisme libertaire dans tous les territoires conquis.   

En juin, Staline, commissaire du peuple à l'Approvisionnement, est envoyé à Tsaritsyne (future Stalingrad puis Volgograd), pour faciliter l'approvisionnement de Moscou en débloquant cette ville assiégée par les forces contre-révolutionnaires. Il destitue le général Snessarev, un officier tsariste rallié à la révolution, qui commande la défense de Tsaritsyne, fait fusiller plusieurs officiers, et s'y montre un piètre stratège. En septembre, la ville tombe aux mains des cosaques de l'Armée blanche. Staline est rappelé à Moscou. 
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Une falsification de l'histoire: Staline sauveur de Tsaritsyne (qui deviendra Stalingrad) 
Source: Paris-Match
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Le cinquième congrès des soviets approuve la constitution de la République fédérative de Russie. 

Un décret sur la propagande monumentale prévoit la destruction des statues des tsars. La galerie Tretiakov devient le musée d'Art national russe. 

En juillet, les socialistes-révolutionnaires de gauche tentent un coup de force à Moscou. Ils échouent, sont chassés des soviets et leurs chefs sont arrêtés.  

La guerre civile fait rage, avec le concours de l'intervention étrangère. Dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918, Nicolas II, sa famille et leurs domestiques, sont assassinés, à Ekaterinbourg, afin d'empêcher qu'ils ne soient libérés par l'amiral Koltchak, chef de l'armée blanche de Sibérie qui se rapproche. L'amiral, qui n'est pas partisan d'une restauration du tsarisme, s'est imposé après bien des tribulations, à la suite d'un coup d'État militaire régional. Il dirige un gouvernement dictatorial, avec l'appui de la légion tchécoslovaque et l'aide de l'Angleterre. Si, d'après la version officielle, toute la famille impériale russe a été massacrée à Ekaterinbourg, plusieurs personnes, principalement parmi les forces contre-révolutionnaires, ont soutenu qu'en réalité seuls le tsar et son fils avaient péri et que la tsarine et ses filles avaient été épargnées et avaient même été vues plusieurs mois après le drame. La grande-duchesse Anastasia aurait même survécu jusqu'après le milieu du 20ème siècle! Mais rien ne permet de valider ces suppositions. Le frère du tsar, Michel, et dix-huit membres de la famille impériale son fusillés à la même époque. 

En août 1918, après l'Ukraine et la Finlande, la Pologne devient indépendante de la Russie; en décembre, c'est au tour des pays baltes et en février 1919, celui de la Biélorussie. Le droit à l'autodétermination des peuples a été reconnu par le nouveau régime, mais, pour éviter la désagrégation complète de l'empire russe, la création de partis communistes proches du parti bolchevik est encouragée dans les pays nouvellement indépendants. 

Une socialiste-révolutionnaire, Fanny Kaplan, blesse Lénine de deux balles de revolver, le 30 août 1918. Il refuse de se laisser conduire à l'hôpital par crainte d'un nouvel attentat; les balles ne peuvent pas être extraites et la santé de Lénine restera précaire. Le Conseil des commissaires du peuple décrète la terreur rouge, selon un processus qui n'est pas sans analogie avec celui de la Révolution française. Fanny Kaplan est exécutée sans jugement après avoir été interrogée par la tchéka. La terreur révolutionnaire, qui vise à éradiquer les ennemis du peuple, s'avérera encore plus terrible que la répression tsariste. 

Le doyen de la cathédrale de l'Intercession est fusillé et ses biens confisqués, les cloches de la cathédrale sont fondues et ses portes closes. La cathédrale de Kazan est fermée. 

En septembre 1918, l'Armée rouge reprend l'offensive et rétablit le pouvoir soviétique dans l'Oural et sur la Volga. 

En novembre 1918, la Première guerre mondiale s'achève. L'Allemagne est battue et la Russie en profite pour dénoncer le Traité de Brest-Litovsk et pour récupérer une partie des territoires cédés. 

Les Occidentaux, libérés de la Première guerre mondiale, renforcent leur aide aux armées blanches. Odessa, Sébastopol et d'autres localités côtières sont occupées par le corps d'intervention français; les Anglais sont à Bakou, à Batoum et à Novorossiïsk (Caucase). En Sibérie, Koltchak est prêt à marcher sur Moscou; au Kouban et dans le Caucase, Denikine réunifie les forces du sud de la Russie; dans le nord, le général Miller rassemble une armée; dans les pays baltes, Youdenitch menace Petrograd. Le pouvoir soviétique est plus que jamais menacé. 

1919: La Russie n'est pas conviée à la  Conférence de la Paix qui s'ouvre à Paris et qui aboutira au Traité de Versailles, lequel portera en germe la Seconde guerre mondiale. 

L'internationale communiste (Komintern) est créée; elle entraînera des scissions dans les partis socialistes occidentaux et des tentatives de prises du pouvoir par les communistes en Allemagne et en Hongrie. Le nouveau régime joue la carte de l'internationalisme prolétarien; l'Internationale devient son hymne. 

Le monastère de la Trinité-Saint-Serge, haut lieu de l'Église orthodoxe russe, est fermé. 

Les troupes de l'amiral Koltchak prennent Kazan et s'emparent des réserves d'or de la Banque de Russie qu'elles emmènent en Sibérie. Une série de victoires rapprochent également Dénikine de Moscou. Le pouvoir bolchevik paraît près de s'effondrer et ses cadres envisagent le passage dans la clandestinité. A l'automne 1919, les bolcheviks ont obtenu un armistice avec la Pologne et l'Ukraine de Petlioura; l'Armée rouge, réorganisée par Trotsky, reprend l'offensive, tandis qu'en Ukraine les anarchistes de Makhno harcèlent les armées blanches. Les forces de Dénikine battent en retraite, alors que Koltchak, en Sibérie, doit faire face à une insurrection paysanne; une lutte sanglante se déroule autour d'Irkoutsk; l'armée de Youdénitch est désarmée par l'Estonie qui ne veut pas encourir les foudres de Moscou. La situation des armées blanches devient d'autant plus délicates que des mouvements révolutionnaires agitent les troupes étrangères d'intervention (mutinerie de la marine française dans la mer Noire). 

Pékin abroge l'accord sino-russe de 1912 relatif à la Mongolie extérieure. Les troupes chinoises entrent dans ce pays. La Chine profite de la révolution russe pour tenter d'y reprendre pied tandis que se crée une formation pro-japonaise visant à rétablir une "Grande Mongolie". Avec l'accord du Bogdo-Gegheen (le "Dalaï lama" mongol), un aventurier d'origine germanique, le baron Ungern von Sternberg, envahit la Mongolie à la tête de militaires russes qui fuient la révolution bolchevique. Doté d'un indéniable charisme, ce personnage énigmatique est autoritaire et cruel. On l'appellera le loup des steppes. Il exige de ses soldats une soumission sans réserve et exécute lui-même les officiers récalcitrants en leur fracassant le crâne à coups de canne! Se prenant pour une réincarnation de Gengis khan, il rêve de reconstituer l'empire mongol; le nouvel État, placé sous le gouvernement nominal du Bogdo-Gegheen, serait protégé par un ordre de chevalerie bouddhiste inspiré des Chevaliers Teutoniques. L'intrusion d'un Russe blanc dans le jeu change la donne. Alors que la délégation mongole est à Irkoutsk, sur le chemin du retour, le gouvernement bolchevik reconnaît l'indépendance de la Mongolie et lui envoie l'Armée rouge en renfort. 

A la fin de l'année 1919, un décret est publié visant la liquidation de l'analphabétisme. Lors de la chute du tsarisme plus de la moitié de la population ne savait ni lire ni écrire. 

1920: L'amiral Koltchak transmet son pouvoir au général Dénikine, qui refuse et s'embarque pour l'Angleterre, laissant ce qui reste de son armée au lieutenant-général baron Wrangel. Koltchak, vaincu et prisonnier, est fusillé à Irkoutsk, où résident quelques temps les révolutionnaires mongols Sukhbaatar et Tchoïbalsan, avant de fonder la République populaire de Mongolie.  

La capitale de l'éphémère République d'Extrême-Orient, un État tampon soutenu par les bolcheviks pour contenir à la fois les Japonais, les Chinois et l'Armée blanche de Sibérie, est transférée de Verkhneoudinsk (Oulan Oude en Bouriatie) plus à l'est, à Tchita.  

1920-1921: Guerre russo-polonaise 

La Pologne de Pilsudski profite des difficultés rencontrées par la Russie pour tenter de récupérer les terres perdues lors des partages. Les troupes polonaises progressent d'abord avant d'être balayées par l'Armée rouge dirigée par un aristocrate converti à la révolution, Toukhatchevski. Le rêve de la révolution mondiale est-il sur le point de s'accomplir? Non!  La Pologne est sauvée grâce à l'intervention d'un corps expéditionnaire français dans lequel figure un jeune officier, Charles de Gaulle, qui y découvre, par l'exemple, l'importance de l'arme blindée comme force de rupture. L'origine de cette guerre est controversée par les historiens. Est-ce la Pologne qui a commencé ou bien la Russie? Cela dépend du moment où on la fait débuter. Après son indépendance, la Pologne a bien essayé de s'emparer de l'Ukraine. Mais ensuite, la Russie est passée à son tour à l'offensive. En fait, il faut replacer ce conflit dans le contexte de l'intervention étrangère antibolchevique et dans celui de l'espoir russe d'exporter la révolution en Europe, en commençant par une Allemagne où se développe un fort mouvement d'ouvriers et de soldats en armes. Il convient aussi de tenir compte de la remise en cause des frontières des empires qui se sont effondrés: empire russe, empire allemand et empire autrichien, comme de la volonté de la Pologne de s'emparer de l'Ukraine et de la Lituanie qui lui ont autrefois appartenu. 

Staline, envoyé comme commissaire politique à l'armée du front sud-ouest, commandée par Iegorov et Froundzé, s'est opposé à l'envoi de renforts à Toukhatchevski. Certains commentateurs y voient la cause de l'échec de ce dernier devant Varsovie. 

L'Armée rouge reconquiert l'Ukraine et pourchasse les anarchistes de Makhno. 

Le dernier khan de Khiva (Asie centrale) est détrôné par les bolcheviks. Au mépris des promesses faites, la gouvernement soviétique remet la main sur les peuples d'Asie centrale où sont créées des républiques soviétiques. La même chose se produit dans le Caucase (Azerbaïdjan, Arménie, Géorgie). 

Le huitième congrès du Parti lance un plan de reconstruction de l'économire populaire et d'électrification du pays. 

Une Association russe des écrivains prolétariens et une Association russe des musiciens prolétariens sont créées pour amener les lecteurs et les auditeurs à partager l'idéal communiste. Une floraison d'unions pour l'éducation des masses voit le jour. 

1921: le 8 février, Kropotkine décède. Ses obsèques vont être l'occasion d'une rupture consommée des socialistes libertaires d'avec les bolcheviks. Le mouvement libertaire .refuse d'abord des obsèques nationales. Il obtient gain de cause de la part du pouvoir bolchevik. Le cercueil est exposé durant deux jours dans la salle des colonnes de la Maison des syndicats, au fronton de laquelle est accroché un énorme calicot portant une inscription dénonçant le gouvernement et sa répression. Le 13 février, plusieurs milliers de personnes accompagnent le cortège funèbre dans les rues de Moscou. Il s'arrêtent devant la prison de la Boutyrka où croupissent nombre de détenus politiques qui manifestent en frappant leurs barreaux. Plusieurs discours sont prononcés sur la tombe ouverte dont l'un par l'anarchiste et féministe d'origine russe Emma Goldman, l'une des grandes figures du mouvement libertaire international. On renonce délibérément à chanter l'Internationale qui est l'hymne du nouveau régime. Ce sera la dernière manifestation libertaire en Russie. 

Le GOSPLAN est créé. Cet organisme sera à l'origine des futurs plans quinquennaux. 

La paix de Riga met fin à la guerre russo-polonaise. La Pologne y gagne une partie de l'Ukraine et de la Biélorussie occidentale. 

La Russie est sortie exsangue de la guerre civile. On estime à 8 millions le nombre des morts et à 2 millions celui des personnes qui émigrèrent, dont beaucoup constituaient l'élite de la sociéte. Les bolcheviks ont triomphé parce que leurs adversaires furent incapables de s'unir et qu'ils dressèrent contre eux la paysannerie, en rendant les terres aux anciens propriétaires, et les minorités, en se prononçant pour l'unité de l'empire russe. Un profond mécontentement se manifeste néanmoins, à travers un pays ruiné, par des grèves et le refus des paysans de livrer les récoltes. La révolte des marins de Kronstadt pour des élections libres, la liberté de la presse et contre les bolcheviks, est brutalement réprimée par l'Armée rouge dirigée par Trotsky. La répression est impitoyable, mais à la mesure des pertes subies par l'assaillant (10000 morts dans l'Armée rouge): 2168 exécutions, 1955 condamnations au travail obligatoire, contre 1272 libérations. Cet événement tragique sonne le glas du mouvement libertaire qui fut naguère si puissant en Russie. 

A l'issue du premier congrès du Parti du Peuple Mongol, tenu en Russie, un gouvernement révolutionnaire est formé; il reçoit l'appui du gouvernement soviétique. Sukhbaatar, le futur héros rouge mongol, est nommé général en chef et ministre de la guerre; il communique avec Lénine en lui envoyant des plis cachés dans des cannes de pasteurs. Les Russes blancs sont chassés de Mongolie par les révolutionnaires mongols aidés par les bolcheviks. Ungern von Sternberg, battu et pris par les troupes rouges, est fusillé. Un gouvernement populaire s'installe en Mongolie: le pouvoir du Bogdo-Gegheen est limité mais sa personne n'est pas mise en cause. Le nouveau pouvoir réaffirme l'indépendance du pays reconnue par les Soviétiques. La Mongolie va durablement tomber sous l'influence soviétique. 

La république de Touva est indépendante sous protectorat russe. La Crimée fait partie de la République socialiste fédérative soviétique russe avec un statut d'autonomie.  

Conscient des difficultés économiques, et de la remise à plus tard de l'extension de la révolution socialiste au reste du monde, Lénine accepte un retour temporaire et limité au capitalisme. C'est le temps de la Nouvelle politique économique (NEP), entérinée par le neuvième congrès du Parti, en décembre 1921. Cette politique est destinée, dans l'esprit de Lénine, à durer plusieurs décennies, la Russie n'étant pas mûre pour le socialisme. Elle se caractérise, au plan politique, par la nécessité de maintenir le pouvoir fermement aux mains de la classe ouvrière (c'est-à-dire du parti bolchevik); au plan économique, elle combine le capitalisme d'État, pour l'industrie, et le capitalisme privé, pour la petite production paysanne. Elle vise à développer les forces productives du pays (le socialisme, c'est l'électricité plus les soviets) quitte à permettre pour cela l'apport de capitaux étrangers (les capitalistes étant prêts à vendre même la corde pour les pendre). Cette politique réussira dans le domaine agricole. Mais, celui-ci croissant plus vite que l'industrie lourde, cette réussite générera un déséquilibre, la valeur des biens industriels augmentant quand celle des produits agricoles diminue (crise des ciseaux). Des mesures doivent être prises pour corriger les conséquences négatives de cette situation qui conduit les paysans à stocker leur production pour maintenir les prix. La NEP, appuyée par Boukharine qui, par réalisme, est passé de la gauche à la droite, froisse une partie des bolcheviks qui ne se reconnaissent pas dans cette nouvelle orientation économique. 

En août 1921, après des mois de combats acharnés contre les bolcheviks, Makhno quitte l'Ukraine et franchit la frontière roumaine. Il mourra en exil à Paris, en 1934. L'expérience libertaire d'Ukraine a vécu. Après la mort de Kropotkine, au début de l'année, et l'impitoyable répression par Trotsky de la révolte des marins de Kronstadt, l'influence anarchiste, si puissante en Russie depuis le 19ème siècle, est durablement affaiblie.   
 
1922: fin de l'occupation japonaise en Extrême-Orient. 

Une réforme monétaire restaure la confiance et fait reculer l'inflation (création de la pièce de 10 roubles). L'impôt en nature est remplacé par un impôt en argent. 

Sur proposition de Staline, l'ancien Empire russe, préservé pour l'essentiel, se transforme en Union des républiques socialistes soviétiques; cette union est basée sur le principe des nationalités auxquelles on reconnaît le droit de se diriger et de parler leur propre langue. Le nouvel État regroupe les pays issus de l'empire russe où le communisme a triomphé. Lénine, dont la santé se dégrade, réduit progressivement son activité. Il cède la place, contre son gré, à Staline, qu'il juge trop brutal. Le parti bolchevik est rebaptisé Parti communiste russe (bolchevik). 

Le palais d'Hiver et l'Ermitage sont transformés en musées. 

Le régime de la terreur a vu le jour pendant la crise révolutionnaire. Cependant cela n'a pas empêché le développement culturel de la Russie qui se poursuit pendant les premières années de la révolution comme pendant les dernières années du tsarisme, même si Lounatcharski et Kamenev dénoncent l'art moderne, qualifié de bourgeois, dès 1919. Les mouvements artistiques foisonnent: symbolisme et  futurisme en peinture et littérature, abstraction en peinture, constructivisme en architecture... L'activité artistique est même stimulée par la volonté de créer une culture populaire accessible aux masses. Parmi les écrivains de cette époque, citons les poètes Essenine, Maïakovski, Blok et Biély, le romancier Gorki; parmi les peintres: Chagall, Soutine, Malevitch, Kandinski; parmi les musiciens: Stravinsky (qui est déjà à l'étranger), Prokofiev, Chostakovitch, Katchatourian. Mais l'art par excellence de l'époque est le cinématographe avec Vertov, Dovjenko, Eisenstein et Poudovkine, entre autres. Certains de ces artistes adhéreront au nouveau cours des choses et mettront leur talent au service de la révolution, parfois temporairement, avant de prendre leurs distances avec elle, d'autres fuiront les troubles en se réfugiant à l'étranger. D'autres, enfin, se dévoueront totalement à la création d'un art prolétarien en rupture avec les canons classiques; une organisation nouvelle, qui rassemble en 1920 plus de 400000 personnes, le Proletkult, voit le jour. La propagande bat son plein et le sport lui-même y sera enrôlé, mais ce n'est pas une spécificité du régime soviétique. A bien des égards, au moins au plan international, le pouvoir soviétique s'engagera dans la continuité politique du tsarisme, comme la Révolution française s'est inscrite dans le prolongement de l'Ancien régime. 
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Source: Culture Guides Russie - Puf - Clio
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L'Union soviétique 

1922-1953: Staline au pouvoir 

Joseph Staline, l'homme de fer, ex-Koba, le Robin des bois géorgien,  s'est doté d'une certaine notoriété en s'attribuant la défaite des armées blanches à Tsaritsyne, qui sera d'ailleurs baptisée ultérieurement Stalingrad (aujourd'hui Volgograd) alors que le principal mérite en revient à Trotsky. Il préfère écouter que parler et sait à l'occasion se montrer fin manoeuvrier. Dissimulé, méfiant et habile, travailleur infatigable, lecteur de littérature classique russe et française et connaissant bien ses dossiers (selon le général de Gaulle, à qui j'accorde foi, alors que, pour d'autres, que j'ai entendus dans mon enfance, Staline n'était qu'un rustre complètement inculte!), il se hisse, par des alliances successives avec les différents courants du parti, jusqu'au sommet de l'appareil. Il tirera profit de la police politique et de la bureaucratisation du parti, laquelle inquiète Lénine, pour instaurer un pouvoir de type totalitaire basé sur le culte rendu à sa personne.  

1922: une opposition de gauche, qui critique la NEP, s'organise au sein du Parti; le dixième congrès interdit les fractions et limoge le quart des membres. La Tchéka, renforcée, devient le Guépéou. Un premier grand procès politique condamne à mort 12 socialistes révolutionnaires tandis que d'autres sont condamnés à de lourdes peines de prison. Cent soixante intellectuels contestataires sont expulsés de Russie. Les biens de l'Église sont confisqués et le patriarche Tikhon est assigné à résidence. 

On compte plus de 200 maisons d'édition non gouvernementales et près de 20% des salles de spectacles et écoles d'art ont été rendues à des particuliers, dans le cadre de la NEP. La galerie Tretiakov voit son fonds doubler du fait des confiscations. Mais les difficultés financières du pays ont amené le gouvernement à vendre sur le marché international des oeuvres majeures du musée de l'Ermitage. Au cours du temps, certains tableaux de ce musée seront transférés à Moscou, nouveau siège du pouvoir, et d'autres dans des musées de province, dans le but louable de rapprocher les arts de la population. Cette politique, qui privera l'Ermitage d'une partie de ses chefs-d'oeuvre, prendra fin en 1934 et laissera au prestigieux musée de Petrograd, devenue Leningrad, un fonds qui en fait encore l'un des plus beaux musées du monde. 

L'URSS participe à la conférence financière internationale de Gênes. Le problème du remboursement de la dette russe, contractée au temps des tsars, est posé. Les Russes réclament, en compensation, le versement de réparations pour les dommages causés par l'intervention étrangère pendant la guerre civile. Il est impossible de s'entendre sur les termes d'un accord. Les porteurs d'emprunts russes attendront! Mais l'Allemagne et la Russie, les deux puissances européennes mises à l'écart par les autres nations, signent le Traité de Rapallo, dont les clauses secrètes autorisent l'Allemagne vaincue à entraîner en URSS son armée à l'emploi d'armes interdites par le Traité de Versailles. 

1923: création de la République socialiste soviétique autonome de Bouriatie et de Mongolie avec Verkhneoudinsk comme capitale. La constitution de l'URSS est adoptée après discussion du projet par les soviets des différentes républiques. Le gouvernement travailliste de Grande-Bretagne reconnaît l'Union soviétique. La Russie adopte le calendrier grégorien. Mais les fêtes religieuses continuent à dépendre du calendrier julien et les événements passés sont commémorés également selon ce calendrier. La révolution d'octobre est ainsi toujours célébrée en novembre. 
1924: Lénine meurt. Le culte de sa personnalité va être développé autour de sa dépouille, pour des raisons de stratégie politique par son successeur. Pour perpétuer la mémoire du défunt, un mausolée est édifié où sa dépouille mortuaire soigneusement protégée sera déposée. Des foules recueillies et respectueuses vont s'y presser. Staline y trouvera brièvement une place quand son heure sera venue. C'est une orientation que le premier dirigeant de la Révolution n'aurait certainement pas approuvée. 

La lutte pour la succession oppose Trotsky, Zinoviev, Kamenev et Staline. Trotsky, qui accepterait l'existence de tendances au sein du Parti, dénonce la bureaucratisation du régime; partisan de l'industrialisation, de la lutte contre les koulaks et de la propagation de la révolution hors des frontières de l'URSS, alors que Staline refuse les aventures extérieures et souhaite maintenir la NEP, Trotsky prend la tête de l'opposition de gauche. Certain que personne n'osera réclamer sa tête, il menace publiquement ses adversaires de les faire fusiller au cours d'un discours. Staline s'allie à Zinoviev et Kamenev pour évincer Trotsky du gouvernement. Il distribue à des ouvriers de nombreuses cartes du parti ce qui modifie profondément la composition de celui-ci. D'un parti d'intellectuels et de révolutionnaires professionnels le parti communiste bolchevik se transforme en parti de masse au sein duquel Trotsky et ses partisans se trouvent bientôt isolés. Le 19 août, Staline propose habilement de démissionner de son poste de secrétaire général du PC, proposition qui est rejetée par les instances du parti. On pense au départ volontaire d'Ivan le Terrible rappelé bientôt par son peuple! 

Le gouvernement d'Edouard  Herriot reconnaît l'URSS mais le développement de relations normales est freiné par la question du remboursement des emprunts russes détenus par de nombreux épargnants français. 

La Société des Matérialistes militants est créée pour combattre l'idéologie bourgeoise. 

Léningrad est victime d'une troisième inondation, après celles de Saint-Petersbourg, en 1724 et 1824. La prochaine aura-t-elle lieu en 2024? 

1925: Novonikolaïsk est rebaptisée Novossibirsk. Le patriarche Tikhon mort n'est pas remplacé; le métropolite Pierre est arrêté; son successeur, le métropolite Serge, et huit archevêques seront contraints de déclarer leur loyauté au pouvoir soviétique. 

L'Académie des sciences de Russie devient l'Académie des sciences de l'URSS. La recherche est stimulée. 

1926: Staline, considéré comme un centriste favorable à la NEP, est soutenu par Boukharine pour écarter du Bureau politique et du Komintern Trotsky, Zinoviev et Kamenev qui se sont réconciliés. 

Archinov, réfugié en France, est l'auteur d'une "Plate-forme organisationnelle de l’union générale des anarchistes" laquelle provoque un débat dans le mouvement libertaire russe en exil et l'oppose vivement à Voline, un autre anarchiste russe, l'un des fondateurs du soviet de Saint-Pétersbourg en 1905 qui combattit les bolcheviks aux côtés de Makhno en Ukraine en 1919. 

1925-1930: reconstruction sous son aspect initial de la cathédrale de Kazan, à Moscou. 
1927: Trotsky, exclu du Parti, est exilé en Asie centrale. La droite du Parti (Boukharine, Tykov, Tomsky), très populaire, semble avoir triomphé. Zinoviev et Trotski mis à l'écart, Staline présente à nouveau sa démission qui est encore rejetée, ce qui accroît encore sa main-mise sur le parti. La hiérarchie ecclésiastique oblige les clercs qui ne reconnaissent pas le nouveau pouvoir à quitter l'Église. 

Les activités du Komintern amènent le gouvernement conservateur anglais à rompre ses relations diplomatiques avec l'Union soviétique. La France déclare persona non grata l'ambassadeur soviétique Rakovsky, un révolutionnaire roumain d'origine bulgare réfugié en Russie après la Révolution, qui se rallia au parti bolchevik vers la fin de 1917, et figure parmi l'aile gauche de ce parti. Le 7 juin, l'ambassadeur soviétique à Varsovie, Voïkov, un des responsables de l'assassinat de la famille impériale, a été blessé à mort par un monarchiste russe. Le même jour, une bombe a explosé au sièce du parti communiste de Leningrad. Tous ces événements sont perçus en Union soviétique comme une menace de guerre et ils sont de nature à pousser les dirigeants  soviétiques vers une accélération de la politique d'industrialisation du pays et à sévir contre les partisans du tsarisme. Staline appelle le parti à des représailles contre les privilégiés du tsarisme: chaque agression contre des représentants du pouvoir soviétique sera suivie d'exécutions de monarchistes. 

1928 (ou 1926): grâce à la NEP, la production agricole et industrielle a retrouvé son niveau d'avant-guerre; la production des biens de consommation progresse et les cartes d'alimentation peuvent être supprimées. 
1928-1929: s'étant débarrassé de l'opposition de gauche, Staline se débarrasse de celle de droite en évinçant Boukharine du Komintern et Rykov du gouvernement. La direction collégiale en place depuis la révolution a cédé la place au pouvoir personnel. Staline peut relancer la collectivisation. 

La planification étatique de l'économie voit le jour: elle vise à industrialiser l'URSS à marches forcées; c'est presque la politique de Trotsky, sans lui. Ses concurrents éliminés, Staline reprend leur politique à son compte, peut-être sous la pression des événements internationaux, comme on l'a dit plus haut! Treize plans quinquennaux vont se succéder, avec des succès divers, jusqu'en 1991. La planification restera une des constantes fondamentales du régime à travers les changements de personnel politique. 

1928-1933: premier plan quinquennal: l'accent est mis sur l'industrie lourde. Le potentiel militaire moderne de l'Armée rouge est renforcé (chars, artillerie, avions). Staline pense inévitable une confrontation avec les pays capitalistes. 

Les plans quinquennaux vont favoriser la mise en valeur des régions défavorisées comme la Sibérie. En Occident, on insistera sur le manque des sincérité des statistiques qui rapporteront leurs résultats. Ceux-ci ont sans doute été quelque peu gonflés pour satisfaire le pouvoir. Mais il n'en demeure pas moins qu'ils contribuèrent fortement à accélérer l'industrialisation de cet immense pays. 

1928: la politique de collectivisation des campagnes, abandonnée sous la NEP, est reprise. Cette politique réorganise la production agricole en kolkhozes (coopératives) et sovkhozes (fermes d'État). Elle implique la disparition des koulaks. En théorie, elle devrait être volontaire et se réaliser sans contrainte par la libre adhésion des cultivateurs. En réalité, elle devient vite forcée, et se heurte à une vive opposition du monde paysan. 

Une mission communiste bouriate est envoyée au Tibet. La diplomatie soviétique continue celle du tsar. 

1929: les logements sont nationalisés. L'Etat devient propriètaire du parc immobilier. 

Trotsky est banni d'URSS; il se réfugiera au Mexique. Le PC commence à être épuré de ses éléments indésirables (arrivistes, déviationnistes...). Staline se débarrasse des communistes qui lui déplaisent en utilisant habilement les rivalités de la droite et de la gauche du Parti. 

Le cinquième congrès des soviets décide de transformer la Russie en une grande puissance industrielle. Dans le contexte international d'isolement du pays, l'accent est mis sur l'industrie lourde, socle indispensable d'une ambition industrielle. Le progrès sera d'abord spectaculaire mais la croissance s'essoufflera par manque de capitaux. On se procurera ceux qui manquent par une surexploitation des campagnes, que la collectivisation rend possible, en permettant à l'État, intermédiaire entre les producteurs et les consommateurs, de capter les profits d'un échange biaisé par des tarifs favorables à la formation du capital public. La paysannerie est victime de lourds prélèvements sur ses récoltes pour financer l'industrialisation, notamment par les exportations de céréales, qui paieront l'achat de machines étrangères, en attendant d'en fabriquer en URSS. Elle se voit ainsi privée, non seulement de moyens de subsistance suffisants, mais également des aliments pour son bétail, et même de la semence nécessaire pour assurer les récoltes à venir. Les effets négatifs de cette politique sont aggravés par la crainte des responsables locaux qui, pour masquer l'échec de la collectivisation, gonflent artificiellement les statistiques, et c'est donc à partir de bases d'imposition majorées que sont établis des prélèvements dont le taux est déjà excessif. Enfin, la mécanisation de l'agriculture, qui devait aller de pair avec la collectivisation, et sur laquelle comptait le pouvoir pour améliorer la productivité, est retardée par le manque de tracteurs fabriqués en URSS, et il faut en faire venir à grands frais des USA. 

La crise économique qui frappe le monde amène au pouvoir dans de nombreux pays de nouveaux dirigeants et crée les conditions de la fin de l'isolement de l'URSS. 

1930: le Transsibérien étant jugé trop proche de la frontière chinoise, la construction d'une nouvelle ligne plus au nord est décidée. Le musée régional d'ethnographie de Krasnoïarsk, de style néo-égyptien, ouvre ses portes. Le rythme de la collectivisation des campagnes doit être ralenti compte tenu de son insuccès. 

Staline fait des Scythes les ancêtres des Russes, thèse contestable sur le plan scientifique, mais qui présente l'avantage de justifier politiquement l'existence de l'Union soviétique, à cheval sur l'Europe et l'Asie, immense pays où cohabitent plus de 150 ethnies différentes. 

Au cours de la décennie, les ouvriers, qui ont largement profité de la politique d'éradication de l'analphabétisme, vont participer à l'encadrement du prolétariat issu du monde agricole qui vient renforcer l'industrie stimulée par les plans quinquennaux. La formation scientifique se développe et le nombre des spécialistes de haut niveau et de niveau moyen est multiplié par 4 et 5. De grands savants s'illustrent par leurs découvertes, Kapnine en microphysique, Tsiolkovsky, dans le domaine des fusées, Lebedev pour le caoutchouc synthétique... Mais, en même temps, la culture et les arts sont repris en mains pour combattre les ennemis de classe; des artistes et écrivains sont arrêtés et l'activité culturelle se fige dans ce que l'on a appelé le réalisme socialiste et qui, par bien des côtés, fait penser à l'art pompier de la bourgeoisie occidentale, ce qui ne signifie pas que toutes les oeuvres sont dépourvues d'intérêt artistique. Au fur et à mesure que l'on se rapproche de la guerre, Staline retrouve le chemin de la tradition. Il revient sur des réformes sociétales du début de la révolution. La famille est réhabilité; l'avortement est interdit; l'homosexualité est réprimée. Le nationalisme russe est réhabilité au détriment de la politique des nationalités et de l'internationalisme prolétarien. La propagande magnifie l'héritage national (Alexandre Nevsky, Dimitri Donskoï, Souvorov, Koutouzov, Ivan le Terrible, Pierre le Grand... sont à nouveau à l'honneur); le cosmopolitisme occidental est fustigé. Les grades sont rétablis dans l'armée, dont celui de maréchal.  
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Un exemple de réalisme socialiste : Lénine discutant avec le peuple d'Usikova
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1931: la cathédrale du Saint-Sauveur de Moscou est dynamitée pour construire à sa place un Palais des Soviets qui ne verra jamais le jour; après la Seconde Guerre mondiale on ouvrira une piscine à son emplacement. La cathédrale Saint-Basile échappe de peu à la destruction pour dégager la Place Rouge. La cathédrale Saint-Isaac de Léningrad est transformée en musée antireligieux.   

La ligne de chemin de fer Turksib, qui relie la Sibérie au Turkestan, afin de favoriser l'intégration à l'U.R.S.S. des républiques d'Asie centrale, entre en service. 

La décision est prise de doter Moscou d'un métro. La population de Moscou a doublé depuis 1914. La nécessité d'un métro devient évidente. Mais ce sera aussi un élément de prestige de la jeune république des soviets. Il sera conçu comme un palais du peuple. 

Environ 18000 Américains, dont plusieurs centaines de Noirs, touchés par la crise qui sévit dans leur pays, émigrent vers l'Union soviétique, parfois pour des raisons idéologiques mais la plupart du temps pour des motifs économiques. Ces nouveaux venus, souvent hautement qualifiés, sont bien accueillis. Sous le régime de Staline, ils jouiront d'une situation beaucoup plus favorable, surtout les Noirs, que leurs descendants après la chute de l'URSS, lorsque la Russie connaîtra un regain de racisme. 

1932: les écrivains et les poètes se réunissent dans une association unique qui compte 2500 membres; ils seront ainsi plus facilement contrôlables par le Parti. Le musée des Beaux-Arts Alexandre III devient le musée d'État des Beaux-Arts.   

Le 9 novembre, la seconde épouse de Staline, Nadejda Sergueïevna Allilouïeva, décède officiellement d'une crise d'appendicite, en réalité d'un coup de revolver en plein coeur! Plus jeune que son mari de 23 ans, elle souffrait de troubles psychiatriques et aurait eu avec celui-ci une violente querelle de jalousie avant ce fatal événement. Elle a droit à de grandioses obsèques. C'était probablement la seule personne qui osait reprocher au maître de l'U.R.S.S. de se conduire davantage en bourreau qu'en chef d'État.  

1932-1933: la politique de collectivisation des campagnes entraîne une baisse de la production, l'abattage des animaux, une rétention des récoltes et des mesures de réquisition qui ne font qu'aggraver le problème. Les campagnes sont désertées par des foules de paysans qui viennent encombrer les villes. Des passeports intérieurs sont délivrés afin de limiter le droit de déplacement des paysans. Comme en 1891-1892, la Russie, et surtout l'Ukraine, connaîssent une nouvelle famine d'autant plus grave qu'elle se conjugue à la récession mondiale. De nombreuses personnes accusées de sabotage ou d'accaparement sont arrêtées. Les koulaks, par familles entières, sont déportés en Sibérie. On estime que 3 à 8 millions de personnes ont péri victimes de ces événements. Il est certainement exagéré d'affirmer, comme certains n'hésitent pas à le faire, que Staline a voulu et planifié la famine. Celle-ci a été la suite inévitable de la collectivisation, elle-même conséquence de l'industrialisation accélérée dans un contexte international lourd de menaces guerrières. Staline n'ignorait certainement pas ce qui se passait. Il est resté délibérément sourd à toutes les plaintes montant jusqu'à lui des campagnes, via notamment son épouse, et a persisté impitoyablement à privilégier la réalisation du plan quitte, à laisser mourir de faim une importante partie de la population soviétique. Plus tard, il dira à Churchill que cette période fut plus difficile encore que celle de la seconde guerre mondiale. Le résultat fut catastrophique: une production en chute libre, un cheptel détruit... l'agriculture soviétique ne s'en remit pratiquement jamais. 

Une révolte, conduite par l'émir de Khotan, Mehmet Emin Bughra, éclate dans les oasis du bassin du Tarim (Sinkiang). Les rebelles, conservateurs et modernistes (jidad), s'entendent pour créer une République islamique du Turkestan oriental, à Kashgar; cette république est fondée sur l'application de la sharia. Elle est écrasée par Ma Zhongying, avec l'aide des soviétiques. Sheng Shicai remplace Jin Shuren qui a pris la fuite à la tête de la région; proche de Tchang Kai-shek, il s'allie aux soviétiques. La répression du nationalisme musulman est d'autant plus vive que Staline redoute ses conséquences dans les républiques d'Asie centrale et qu'il craint les menées du Japon qui flattent les musulmans pour les dresser contre la Chine. La renaissance ouïgoure est encouragée par les soviétiques, comme celle des autres minorités, en application du principe des nationalités; des nationalistes perçoivent le danger de cet encouragement des particularismes qui menace l'unité nationale naissante; conservateurs et réformistes se séparent. L'U.R.S.S. prend pied dans la région, en exploite les ressources et forme de jeunes Ouïgours dans ses universités; ces derniers, de retour dans leur patrie, y propagent l'idéologie communiste. 

1933: les États-Unis reconnaissent l'Union soviétique qui a déjà été reconnue par la France, l'Italie, la Grande-Bretagne et le Japon quelques années plus tôt. 

1933-1938: deuxième plan quinquennal:  l'accent est mis sur la productivité (stakhanovisme) et sur les infrastructures (canaux de la mer Blanche et de la Moskva à la Volga). 

De grands centres industriels sont créés (Magnitogorsk, Novo-Toula, Tchéliabinsk...) dont le rôle sera décisif entre 1941 et 1945. L'émulation socialiste, une adaptation communiste du taylorisme, fait son apparition, incarnée par le mineur Stakhanov. 

1934: le 17ème Congrès du PC voit le triomphe absolu de Staline sur ses adversaires internes. L'assassinat de Kirov, le dirigeant le plus populaire à cette époque, en supprimant un concurrent potentiel, lui fournit le prétexte pour prendre des mesures visant à accélérer la procédure d'enquête et de condamnation des suspects d'activités terroristes contre le régime. Kamenev et Zinoviev sont arrêtés. Leurs partisans sont pourchassés. 
  
En août, au premier congrès de l'Union des écrivains soviétiques, Maxime Gorki lit une communication consacrée à la finalité de la littérature. Les écrivains sont promus au rang d'ingénieurs des âmes, pour reprendre une expression de Staline. Cholokhov et Fadeiev seront les principaux représentants de cette littérature fidèle aux canons du réalisme socialiste inspiré par Gorki, Jdanov et Radek. Elle donnera des oeuvres qui sont toutes loin d'être médiocres; on se bornera à citer Et l'acier fut trempé d'Ostrovski et Le Don paisible de Cholokhov. Le réalisme socialiste doit représenter fidèlement la réalité, tout en se montrant enthousiaste en ce qui concerne la construction du socialisme, l'objectif à atteindre n'étant rien de moins que la création d'un homme nouveau. 

Verkhneoudinsk est rebaptisée Oulan Oude (Oude la Rouge). 

La Russie soviétique commence à utiliser le Sinkiang comme base de départ pour approvisionner en armement les troupes chinoises en prévision d'un conflit avec le Japon. 

A la fin de l'année, l'Union soviétique entre à la Société des Nations. 

1935: la première ligne du métro de Moscou entre en service. Ce métro, particulièrement luxueux et bien décoré, a été conçu comme un palais du peuple. Un projet de reconstruction de Moscou est arrêté: de larges avenues rectilignes, réunies par des boulevards circulaires, convergeront vers le Kremlin. 

Un lopin de terre, le dvor, est concédé aux kolkhoziens pour être cultivé librement. 

Stakhanov, prototype de l'homme soviétique nouveau, dépasse 14 fois la norme! 

L'âge limite pour la condamnation à mort est ramené à 12 ans. 

Signature du Pacte franco-soviétique et du Traité d'assistance mutuelle soviéto-tchécoslovaque. 

1936: une campagne d'athéisme entraîne la fermeture et même la destruction de plusieurs édifices religieux (destruction de la cathédrale de Kazan à Moscou, fermeture des églises polonaises de la Transfiguration à Krasnoïarsk et de Notre-Dame de l'Assomption à Irkoutsk...; des fidèles polonais, descendants des déportés du régime tsariste, sont envoyés dans des camps soviétiques). 

Les procès de Moscou condamnent à mort ou aux camps de concentration de nombreux bolcheviks dont Kamenev et Zinoviev. Iejov remplace Iagoda à la tête du NKVD, qui a remplacé la tchéka et le guépéou, avec pour mission de durcir la répression.  

Jusqu'à l'accession d'Hitler au pouvoir en Allemagne, le Komintern a défendu la politique internationale "classe contre classe" qui excluait l'alliance des partis communistes occidentaux avec les partis sociaux-démocrates et affaiblissait la gauche. C'est maintenant la politique du front populaire qui est préconisée. L'URSS soutient le camp républicain dans la lutte qui l'oppose aux franquistes en Espagne, mais elle participe aussi aux conflits internes qui divisent ce camp, en contribuant à éliminer les éléments anarchistes et communistes non soumis à l'orthodoxie de Moscou, selon le même schéma que celui employé en Russie et en Ukraine. 

Le 25 novembre 1936, l'Allemagne nazie et le Japon signe un Pacte anti-Komintern. D'autres pays fascistes les rejoindront plus tard: l'Italie le 6 novembre 1937, la Hongrie le 25 février 1939, l'Espagne franquiste, à l'issue de la guerre civile, le 27 mars 1939. 

Une nouvelle constitution, tenant compte des changements intervenus en URSS, entre en vigueur à la fin de l'année. Les droits qu'elle reconnaît aux citoyens en fait l'une des plus démocratiques du monde. Mais ces droits ne seront jamais appliqués! 

1937: un second procès visant les trotskistes a lieu. Le Comité central du Parti est divisé, certains de ses membres prônant une ligne modérée. Staline et les partisans de la fermeté l'emportent. Boukharine et Rykov sont arrêtés; Tomski se suicide. L'aile droite du Parti est à son tour décimée. Il ne reste pratiquement plus personne de la vieille garde bolchevique et Staline n'est plus entouré que de nouveaux militants qui lui doivent tout. 

Archinov, qui s'est éloigné du mouvement libertaire et s'est rapproché du communisme bolchevik, ce qui lui a permis de revenir en Russie au début des années 1930, est fusillé.  

En matière militaire, l'accélération de l'industrialisation, si coûteuse en vies humaines, a porté ses fruits. L'URSS compte 1,5 millions d'hommes sous les armes. Ils sont répartis en 96 divisions régulières. L'aviation est performante, l'artillerie redoutable et  les blindés sont plus nombreux que l'ensemble de ceux de tous les autres pays qui en possèdent. Au cours de la guerre civile et des conflits qui ont suivi,  une doctrine militaire moderne, qui sera plus tard employée par l'Allemagne nazie, a été élaborée. Des chefs militaires de tout premier plan dirigent ces forces impressionnantes. L'URSS est en mesure de se défendre et de porter des coups sévères à qui oserait l'attaquer. Mais cela ne va pas durer longtemps. Bientôt, le Bureau politique du PC décide l'élimination d'officiers supérieurs, dont Toukhatchevski, soupçonné de fomenter un coup d'État militaire. Ces soupçons se fondent sur un faux fabriqué par les nazis qui l'ont astucieusement fait parvenir à Staline via la Tchécoslovaquie. Ces faux sont d'autant plus crédibles que des relations très étroites ont existé entre l'Armée rouge et l'Armée allemande après 1918, l'Allemagne et la Russie étant alors les deux pays pestiférés de l'Europe. L'Armée rouge est décapitée; les condamnés qui ne sont pas exécutés sont envoyés dans les camps de Sibérie. Les conséquences militaires de cette hécatombe vont pourtant s'avérer moins catastrophiques que ne l'espéraient les nazis: les survivants seront rappelés à la tête de l'armée en temps voulu et les morts ont été remplacés par des cadres plus jeunes et mieux formés. L'Armée rouge, étroitement contrôlée par des commissaires politiques, est plus que jamais entre les mains du Parti. 

Le Bureau politique ordonne au NKVD d'interner les épouses des traîtres et de placer leurs enfants de moins de 15 ans sous la protection de l'État. Les condamnés sont effacés des photos comme s'ils n'avaient jamais existé. Dans la crainte d'une guerre, les suspects de sympathie avec l'étranger sont pourchassés; des minorités sont déplacées et des peuples nomades contraints de se sédentariser; pourtant, des populations résistent, notamment en Sibérie, où des éleveurs de Rennes continueront de nomadiser jusqu'aux années 1950. Dans les 50 camps, les 420 colonies de rééducation et le 50 colonies pour mineurs du Goulag, on compte en 1937 un peu moins d'un million de personnes. 

Les procés que l'on a qualifiés se staliniens possèdent des caractéristiques originales. Ce n'est pas la preuve qui entraîne la culpabilité, ce sont les aveux, obtenus souvent sous la contrainte, pour ne pas dire plus; en outre, la peine peut être non seulement individuelle mais aussi collective, et frapper les proches d'un condamné, en vertu du principe de la responsabilité collective, principe qui semble inspiré de la théorie de la lutte des classes. C'est sur ce principe que se fonde la déportation de populations entières. A ce propos, on a accusé Staline de paranoïa en oubliant un peu vite que, dans les pays en guerre, il était de tradition d'incarcérer les civils ennemis et que cette tradition fut respectée en France aussi bien pendant la première guerre mondiale que pendant la seconde.  

Malenkov devient l'un des proches collaborateurs de Staline. 

Le 125ème anniversaire de la bataille de Borodino et le 100ème anniversaire de la mort de Pouchkine sont célébrés. Le musée d'État des Beaux-Arts devient le musée Pouchkine.  

1938: Boukharine, Rykov et Iagoda, condamnés à mort, sont exécutés. Vers la fin de l'année, il est mis fin à l'épisode de la Grande Terreur. Le NKVD est sévèrement critiqué pour son non respect du code de procédure pénal. Iejov reconnaît sa responsabilité et demande à être déchargé de ses fonctions; il sera remplacé par Béria, un Géorgien, comme Staline. La fin de la terreur ne met toutefois pas un terme au climat de crainte, de délation et de méfiance qui règne dans le pays. La population demeure étroitement surveillée; un livret de travail (il en existait un aussi en France au début du 19ème siècle) limite la liberté des ouvriers qui n'ont pas le droit de faire grève et doivent s'affilier à un syndicat unique, courroie de transmission du parti. Les déplacements à l'étranger des citoyens soviétiques sont très difficiles et ils rendent d'ailleurs suspects ceux qui y vont. Plus encore que du temps des tsars, la population est confinée dans l'espace national; Staline lui-même ne se rendra jamais à l'étranger. 

La Grande Terreur a causé de très nombreuses victimes dont on ne connaît pas le nombre avec certitude. Elle n'a épargné aucune sphère de la société, pas même la famille de Staline. Au cours des procès, lorsqu'il y en a eu, les accusés ont été souvent amenés à reconnaître des crimes imaginaires. Les bagnes sibériens se sont peuplés mais la Sibérie, loin de Moscou, est restée cependant, comme au temps des tsars, pour certains une terre de liberté. 

Les intellectuels progressistes occidentaux, qui reviennent d'un voyage en URSS, sont souvent désenchantés (Gide, Panaït Istrati...), comme le furent au 19ème siècle ceux qui allaient chercher un modèle dans la Russie tsariste.   

Les accords de Munich, qui laissent le champ libre à Hitler en Tchécoslovaquie, amènent Staline à penser que les démocraties occidentales, France et Grande-Bretagne, ne sont pas disposées à lutter contre le nazisme et qu'elles verraient avec plaisir les Allemands se jeter sur la Russie soviétique. 

L'URSS entreprend des négociations avec la Finlande pour dégager Leningrad (ex Saint-Pétersbourg) dans l'hypothèse d'une guerre avec l'Allemagne. 

Pavlovsk, résidence de Paul 1er, transformée en musée en 1917 par le gouvernement provisoire, puis fermé pendant les années vingt par les bolcheviks, est rouvert au public, Staline comprenant la nécessité d'exploiter l'héritage national pour rassembler le peuple russe face aux dangers qui s'annoncent. 

1938-1941: troisième plan quinquennal écourté par le second conflit mondial, il mettra en place une économie de guerre (fabrication de chars et d'avions de combat). 

La Seconde Guerre mondiale 

1939: les forces soviéto-mongoles battent l'armée japonaise à Khalkhyn Gol (est de la Mongolie); ce conflit ouvert, qui succède à de nombreux incidents frontaliers, cause la mort de 70000 personnes. 

Iejov est rétrogradé au rang de commissaire du peuple au transport fluvial. 

Des négociations sont en cours entre les Occidentaux (Français et Anglais) pour une alliance avec l'URSS contre l'Allemagne nazie. Elles achoppent sur le refus de la Pologne de livrer passage à l'Armée rouge, l'URSS n'ayant pas de frontière commune avec l'Allemagne. Les atermoiements occidentaux, après Munich, éveillent la suspicion de Staline. Aussi saisit-il la perche que lui tend l'Allemagne et signe un pacte de non agression avec ce pays, assorti de protocoles secrets qui prévoient le partage de la Pologne et la main-mise de l'URSS sur les Pays baltes. Cet accord permet à Hitler de s'emparer sans grand risque de la Pologne, avant d'attaquer la France. La Seconde guerre mondiale est devenue inévitable. Tandis que l'armée allemande écrase l'ouest de la Pologne, l'Armée rouge pénètre dans la partie qui lui a été réservée par les protocoles secrets. Des milliers d'officiers polonais, suspects d'anticommunisme, sont massacrés à Katyn, mais l'occupation de l'est polonais par l'Armée rouge sauve aussi les Juifs déplacés vers l'orient de l'Union soviétique. De nombreux Baltes sont déportés. 

Une loi relative au service militaire obligatoire va porter l'Armée rouge à un effectif de 5 millions de combattants. Mais il faut du temps pour remplir les effectifs! 

Les discussions avec la Finlande n'aboutissant pas, l'Union soviétique entre en guerre contre ce pays. La résistance finlandaise se montre plus coriace que prévu. Les deux pays éprouvent des pertes sensibles et certains se mettent à douter des capacités militaires de l'Armée rouge. Mais la frontière est tout de même éloignée de Leningrad, l'Union soviétique obtenant par la force Viborg et l'isthme de Carélie, qu'elle n'avait pas pu obtenir par la négociation. Staline sait qu'une guerre avec l'Allemagne interviendra tôt ou tard, mais il espère que le pacte de non agression retardera suffisamment l'échéance pour que son pays soit prêt à faire face avec succès. En attendant, il évite soigneusement de fournir le moindre prétexte à Hitler et fournit à ce dernier une aide matérielle appréciable (minerai de fer, carburant, céréales). L'Union soviétique est exclue de la Société des Nations. 

Les lopins de terre cultivés librement ne représentent que 3% des terres mais produisent 25% des récoltes, plus de 50% des fruits et légumes et 72% de la viande et du lait! 

1940: Staline fait assassiner Trotsky à Mexico. Iejov est exécuté et un certain nombre de victimes des purges sont réhabilitées; des chefs militaires condamnés sont rappelés des camps pour reprendre du service (Rokossovski, par exemple). 

Une loi porte la semaine de travail à 56 heures (7 jours et 8 heures par jour).  

La Roumanie cède la Bessarabie et la Bucovine septentrionale à l'Union soviétique. Hitler y voit une tentative de Staline pour encercler l'Allemagne. Mais il a déjà planifié une attaque de l'URSS. Après avoir obtenu la capitulation de la France, il espérait que l'Angleterre se résignerait à accepter une paix de compromis. C'était méconnaître la ténacité britannique et celle de Winston Churchill. La bataille d'Angleterre, qui s'est déroulée dans les airs et a tourné à l'avantage des aviateurs britanniques, a enlevé au Führer ses dernières illusions. Comme Napoléon en d'autres temps, il est maintenant contraint d'aller abattre la Russie pour intimider Londres et l'amener à céder. Mais, à la différence de Napoléon, il est guidé aussi par la volonté de mettre la main sur de vastes territoires à l'est pour satisfaire ce qu'il appelle le besoin d'espace vital de l'Allemagne, quitte à tuer ceux qui les habitent ou à les réduire en esclavage. Le 27 septembre, il réactive le Pacte anti-Komintern en signant un pacte tripartite avec l'Italie et le Japon. Les 12 et 13 novembre, Molotov se rend à Berlin, pour essayer de clarifier ce qui se trame. Il propose l'adhésion de l'URSS au pacte tripartite, en formulant des exigences inacceptables; cette candidature sigulière est évidemment rejetée. En décembre, Hitler lance la préparation de l'opération Barbarossa qui vise à envahir l'URSS et à la soumettre en quelques mois à partir de la mi-mai. Mais, entre temps, des événements imprévus surviennent dans les Balkans: Mussolini attaque la Grèce et ses soldats se font étriller; en Yougoslavie, un coup d'Etat anti-allemand, sans doute fomenté par le cabinet britannique, rend impossible toute accomodation avec Belgrade. Les troupes allemandes ne peuvent pas se ruer à l'assaut de l'URSS tant que leur flanc sud est menacé par ces nouveaux ennemis. D'autre part, les pluies printanières rendent les terrains d'aviation polonais inutilisables avant juin. L'offensive est donc reportée d'un bon mois.    

1941:le 22 juin, l'Allemagne attaque brusquement l'Union soviétique sans déclaration de guerre. Staline savait la guerre inévitable mais il ne s'attendait pas à ce que Hitler ose s'en prendre à lui avant d'en avoir fini avec l'Angleterre. Par précaution, il avait néanmoins accru les effectifs de l'Armée rouge de 800000 hommes et massé ses forces le long des frontières. Mais, comme il l'affirmera plus tard à Churchill, il espérait gagner encore six mois, c'est-à-dire un an compte tenu du climat, et alors il aurait pu aligner l'armée la plus puissante du monde à l'époque, une armée pourvue de milliers de chars robustes et des nuées d'avions. Hitler ne lui en a pas laissé le temps! L'armée allemande attaque dans trois directions: au nord vers Leningrad, au centre vers Moscou, au sud vers Kiev. 

L'Armée rouge, surprise, bat en retraite, mais en se défendant vigoureusement, malgré les énormes pertes qu'elle subit. Des mesures drastiques ont d'ailleurs été prises pour inciter les soldats à se battre jusqu'au bout; ceux qui tombent au pouvoir de l'ennemi sont soupçonnés de trahison ou de lâcheté et leurs familles sont exposées à des représailles. Et le sort des prisonniers soviétiques en Allemagne ne prédispose pas les soldats russes à se rendre: ils y sont traités en sous-hommes et nombre d'entre eux mourront en captivité de faim ou de mauvais traitements quand ils ne sont pas purement et simplement exécutés pour communisme. Les Russes s'accrochent au terrain et disposent d'un matériel suffisant popur causer des pertes sévères aux attaquants qui comprennent vite que l'invasion de l'URSS ne sera pas une promenade militaire. Mais cette stratégie défensive s'avère inadaptée; elle permet aux Allemands, plus mobiles et bénéficiant de meilleurs moyens de communication, notamment la radio, d'effectuer des percées et d'isoler de leurs arrières d'immenses forces soviétiques. En juillet, la bataille d'encerclement de Minsk coûte à l'Armée rouge 350000 prisonniers. En août et septembre, au cours de la bataille de Kiev, l'armée allemande réussit le plus grand encerclement de tous les temps et capture plus de 450000 soldats soviétiques, 2642 canons et 64 tanks. Cet échec sanglant est la conséquence de l'entêtement de Staline qui refuse de battre en retraite sans avoir combattu, malgré l'avis de Joukov. Quinze mille soldats russes ont cependant réussi à échapper à cet enfer et, sur tous les fronts, l'Armée rouge laisse derrière elle de nombreux soldats armés qui se transforment en partisans et harcèlent la Wehrmacht. La profondeur de l'espace russe rend la guerre éclair inopérante et, après les Suédois et les Français, les Allemands vont en faire à leur tour l'expérience. Leningrad va être assiégée pendant trois ans dans des conditions extrêmement rigoureuses pour sa population qui, malgré tout, tiendra, grâce notamment au ravitaillement qui peut lui parvenir de l'est, pendant l'hiver, sur le lac Ladoga gelé; la guerre de Finlande n'a pas été tout à fait inutile. Les Allemands, qui occupent les palais autour de Leningrad, vont y causer de nombreuses déprédations; ils vont notamment enlever les panneaux d'ambre de Tsarskoïe Selo offert à Pierre le Grand par Frédéric-Guillaume 1er de Prusse. Les usines d'armement russes sont déplacées, vers l'Oural et la Sibérie, qui connaissent un développement économique spectaculaire. Les Anglo-saxons aident l'Armée rouge à reconstituer rapidement le matériel qu'elle a perdu. 

Le 16 juillet, le lieutenant d'artillerie Iakov Djougachvili, fils du premier lit de Staline, est fait prisonnier par la Wermacht. 
 

La guerre de partisans 
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La population russe attendait l’armée allemande avec une appréhension bien compréhensible. Le comportement relativement correct de la Wehrmacht la rassura. Dans certains endroits, les envahisseurs furent même bien accueillis. Ce fut le cas en Ukraine et même en Russie, dans la région de Smolensk. Mais les choses se gâtèrent lorsque les SS arrivèrent et que les partisans entrèrent en scène. Il ne faut pas exagérer l’importance des actions de ces derniers pour expliquer ce revirement. Il découlait en effet essentiellement de l’idéologie du régime nazi qui considérait les peuples slaves comme des sous-hommes juste capables de devenir les esclaves de la race supérieure aryenne. 

La retraite de l’armée russe amena Staline à appeler les soldats qui échappaient à la capture à former des groupes de partisans.  Mais les soldats russes ne savaient pas encore que peu d’entre ceux d’entre eux qui tomberaient entre les griffes ennemies reviendraient vivants. Cet appel n’eut donc qu’un effet limité. Les premiers groupes de partisans furent néanmoins créés par des soldats , et des militants communistes la plupart du temps issus des villes. Peu de paysans en faisaient partie. Staline ayant appelé l’armée et la population à pratiquer la politique de la terre brûlée, comme contre Napoléon, les paysans voyaient d’un mauvais œil leurs villages partir en flammes. Ils dénonçaient parfois les partisans qui incendiaient leurs maisons et ceux-ci étaient pendus publiquement par les autorités allemandes lorsqu’elles se saisissaient d’eux. L’avance, d’abord foudroyante de  l’armée allemande, fut bientôt freinée par la boue, puis par le gel. Derrière les lignes, les partisans essuyèrent des pertes terribles pendant le premier hiver de la guerre. 

Au printemps 1942, Staline prit les choses en mains pour organiser les groupes de partisans et les rendre plus efficaces. Parallèlement, en Ukraine, des milices voyaient le jour pour lutter contre les partisans. Ces derniers étaient maintenant particulièrement nombreux en Biélorussie. Les Allemands lançaient contre eux des opérations sans grand résultat. Ils se vengeaient en brûlant les villages et en fusillant ou pendant ceux qui avaient le malheur de tomber entre leurs mains , sans trop s’occuper de leur culpabilité. Les unités de Volontaires orientaux qui succédèrent aux milices se livraient à de nombreuses exactions; il leur arrivait d'enfermer dans des granges auxquelles ils mettaient le feu les habitants des villages qui leur étaient suspects. On estime que les effectifs de ces Volontaires orientaux, autochtones supplétifs de l’armée allemande, s’élevèrent à un million de combattants, alors que les effectifs des partisans ne dépassaient pas 250000 combattants; ils n'en harcelaient pas pas moins vigoureusement les arrières de l'ennemi, tuant ses sentinelles et faisant sauter ses convois afin de gêner l'approvisionnement du front et l'arrivée des renforts. 

La déportation des travailleurs en Allemagne, d’abord volontaire, ensuite forcée, gonfla les effectifs des partisans. Le vent tournait et certains collaborateurs changèrent de camp en 1943, même parmi les chefs des Volontaires. En avril 1944, une opération de grande envergure, nommée Fête du printemps, fut lancée par l’armée allemande contre les partisans. Cette opération causa la mort de 7000 partisans et celle de plus de 15000 civils. 

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L'offensive allemande, qui s'est développée, comme on l'a dit sur trois fronts, vers Leningrad, vers Moscou et en Ukraine, ne parvient pas à détruire l'Armée rouge avant l'hiver, moment où elle s'enlise. Staline refuse de quitter sa capitale menacée et lance, d'une station du métro de Moscou, un appel à la résistance, dans un langage qui rappelle celui des anciens tsars. 

La galerie Tretiakov est évacuée à Novossibirsk. Le musée Pouchkine est mis à l'abri à Novossibirsk et Solikamsk.  

1942: la bataille de Moscou tourne à l'avantage des Soviétiques grâce aux renforts venus de Sibérie. Les renseignements provenant de l'espion Richard Sorge, qui opère au Japon, ont permis de dégarnir le front de l'est car les Japonais, échaudés par la défaite qu'ils ont subi en 1939, n'ont pas l'intention d'entrer en guerre contre l'URSS.  

Les Allemands enregistrent des succès au printemps, mais sont dans l'incapacité de relancer leur effort sur plusieurs fronts. Il privilégient l'axe sud-est, en direction de la Volga, du Caucase et des bassins énergétiques. Une armée d'élite, la 6ème, est dirigée sur Stalingrad, en vue de s'emparer de cet objectif hautement symbolique  puisqu'elle porte le nom du dirigeant de l'URSS, mais également pour gêner les approvisionnements de Moscou. Le reste des troupes part vers le sud, en direction du Caucase et des champs pétrolifères de la Caspienne. Mais les soldats russes ne se laissent plus aussi facilement capturer. L'expérience leur a appris combien il est dangereux de défendre à tout prix le terrain. Ils savent désormais battre en retraite quand c'est nécessaire. Et le maître du Kremlin, contrairement à bien d'autres dictateurs, possède une qualité essentielle: il sait reconnaître ses erreurs et en tirer les leçons. Désormais, il prend conseil de ses meilleurs officiers avant toute décision militaire. Intelligent, il comprend vite ce qu'on lui explique et, doté d'une mémoire exellente, il peut confronter ce qu'on lui propose à sa propre expérience. Il se contente donc de fixer les objectifs généraux en laissant le soin à ses maréchaux de les atteindre, selon les voies qui leur paraissent les meilleures, sous réserve qu'ils adressent de fréquents rapports et surtout qu'ils réussissent. Dès lors la guerre va prendre une nouvelle tournure, à l'avantage des Soviétiques, contre des Allemands qui n'ont pas la même latitude de la part de Hitler. Les Allemands, qui progressent sans grande difficulté vers Stalingrad, en viennent à se demander où est l'Armée rouge et cela fait naître chez leurs dirigeants de grands espoirs d'un effondrement de la défense soviétique et d'une victoire rapide. Mais ils déchantent bientôt aux approches de Stalingrad (aujourd'hui Volgograd) où ils se heurtent à une résistance acharnée. Les assaillants noient la ville sous un déluge de bombes, mais l'accumulation des ruines, loin de décourager les défenseurs, leur offre des positions mieux abritées pour résister. Le 14 novembre, ce qui subsiste de la cité semble cependant être sur le point de tomber; mais, le 19 novembre, une contre-offensive en tenaille, de part et d'autre de la ville, est lancée par les Soviétiques, là où le front, tenu par des Hongrois et des Italiens, est le plus vulnérable; la contre-offensive russe encercle à Stalingrad l'une des meilleurs armées allemandes, avec le maréchal Von Paulus qui la commande, Hitler lui ayant interdit de se replier.  

Plus grave encore pour la Wermacht, non seulement le capital humain de l'armée rouge semble inépuisable, mais les Russes ont aussi  gagné la bataille de la production et le matériel qui les équipe est de plus en plus abondant, grâce surtout au déménagement des usines vers l'Oural, hors de portée de l'ennemi, mais aussi à la ténacité des ouvriers proches du front: pendant le siège de Stalingrad, dans l'usine de tracteurs de la ville, on continue à fabriquer des chars qui partent dès que terminés au combat, jusqu'à ce que les ateliers tombent aux mains de l'ennemi. En 1942, les Soviétiques produisent 24000 tanks alors que les Allemands ne parviennent qu'à en fabriquer 4900, certes plus puissants, mais qui parviendront difficilement à s'imposer face au nombre, celui-ci offrant la possibilité d'attaquer en meute, même si la coordination est loin d'être facile. L'aviation soviétique commence elle aussi à dominer les airs. 
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Deux productions emblématiques de l'armement soviétique: le char T34 et l'avion Yak 

Le char T34 était un tank fortement blindé, rustique mais solide, dont la durée d'utilisation fut la plus longue des chars de toutes les armées du monde. Il fallait passer les vitesses à coups de maillet, mais il était bien adapté au rude climat de la Russie. Encore peu nombreux en 1941, sa production s'accrut pendant la guerre avec d'autres types de blindés. Son canon et les munitions furent modifiés au court du temps pour percer les blindages de moins en moins vulnérables des chars allemands. Mais il ne fut toutefois jamais aussi redoutable que les chars allemands les plus performants, comme le Tigre et le Panther. Pour répliquer à ces derniers, les ingénieurs soviétiques développèrent de nouveaux engins: la série des JS ou chars Staline, qui apparurent à l'automne 1943 avec des fortunes diverses. 

L'avion Yak, conçu par l'ingénieur Yakovlev, se déclina en plusieurs version, dont des avions de chasse. Dans la construction des appareils entraient de la toile et du bois de bouleau. Cet avion était pourvu d'un moteur puissant. Léger, il était maniable et rapide, ce qui constituait des atouts précieux pour ses pilotes face aux avions classiques plus lourds et lents de l'armée allemande. L'absence d'une carlingue métallique ne constituait pas un véritable handicap, les toles n'étant de toute manière pas à l'épreuve des balles. Un Yak fut choisi par les pilotes français pour équiper l'escadrille Normandie qui s'illustra sur le front russe.

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Face aux difficultés qu'ils rencontrent, les Allemands cherchent à enrôler les populations des territoires qu'ils contrôlent et les prisonniers russes condamnés à mort par le régime. Le général Vlassov, un stalinien déçu, forme un Comité de libération et une armée qui combat aux côtés des forces nazies. Cet exemple n'est cependant guère suivi; les Soviétiques, dans leur majorité, restent fidèles au régime; même si, au début, les Allemands ont trouvé des auxiliaires en Ukraine et dans les pays baltes, les exactions et les massacres auxquels ils se livrent inspirent aux populations occupées davantage de haine que d'adhésion. 

1943: Staline se réconcilie avec l'Église orthodoxe qui se joint au Parti pour appeler les Russes à s'unir contre l'envahisseur et excommunier ceux qui collaborent avec l'ennemi. Les cours de théologie au monastère de Novodievitchi de Moscou sont à nouveau autorisés. Réconcilié avec l'Église orthodoxe (certains disent même converti), pourfendeur des nouveaux Chevaliers teutoniques, Staline s'inscrit symboliquement dans la lignée des tsars qui ont forgé la Sainte Russie! 

L'armée allemande de Stalingrad, qui ne peut pas être ravitaillée par avion, malgré les promesses de Goering, est obligée de  déposer les armes, le 2 février 1943; les soldats de la Wehrmacht vont connaître les douceur de l'hiver sibérien.  

L'Allemagne propose à l'Union soviétique d'échanger le maréchal von Paulus contre Iakov Djougachvili. Staline  répond que l'on n'échange pas un lieutenant contre un maréchal! Il n'aimait pas ce fils maladroit qui avait raté son suicide par suite du refus de son père de lui laisser épouser la femme qu'il aimait. Le 14 avril, Iakov Djougachvili meurt dans des circonstances controversées; d'après des dossiers maintenant déclassés, il aurait été abattu par un gardien pour refus d'obéissance. 

Durement affectée par l'échec subi à Stalingrad, l'armée allemande limite ses ambitions pour 1943 à la réduction du saillant de Koursk; elle tombe en fait dans le piège qui lui est tendu par Joukov qui, grâce aux informations transmises par des officiers allemands antinazis, connaît parfaitement les intentions de l'ennemi. Juste retour des choses, Hitler a induit Staline en erreur pour décapiter l'Armée rouge, et c'est maintenant l'Armée rouge qui reçoit de membres de l'Armée allemande les précieux renseignements qui lui permettent d'agir, en toute connaissance de cause, avec une efficacité maximale. Les Soviétiques aménagent à la hâte plusieurs lignes de défense capables d'absorber et d'user le premier choc et amassent dans ce secteur un matériel militaire considérable en chars et en canons, tandis que leur flotte aérienne s'empare de la maîtrise de l'air; ils amènent en grand secret sur les flancs du saillant des forces largement supérieures aux effectifs allemands; ces forces sont chargées de contre attaquer les assaillants lorsque ceux-ci seront épuisés. L'opération est un modèle de bataille défensive préparant une contre attaque décisive. L'offensive allemande permet de conquérir un peu de terrain, mais c'est au prix de la destruction quasi totale de son arme blindée. A l'issue de la bataille, le sort en est jeté: l'Allemagne a perdu la guerre et elle ne pourra plus que contenir la poussée d'une Armée rouge qui ne cessera de progresser jusqu'à Berlin. La Wermacht va donc reculer, mais en détruisant sytématiquement tout ce qu'elle est obligée d'abandonner: les destructions planifiées s'ajoutent aux ruines causées par les combats pour ne laisser aux vainqueurs qu'un désert de cendres. Les nazis, apôtres de la guerre totale, savaient très bien que cette manière de procéder allait attirer sur le peuple allemand une vengeance terrible de l'Armée rouge, mais ils espérait que cette perspective galvaniserait leurs troupes. 

L'année 1943 est, sur le front russe, la pire année pour les chars:  les Allemands en perdent 6000 (soit 1100 de plus qu'une année de production) et les Soviétiques 22000 (soit 2000 de moins qu'une année de production). Et, sur le front occidental, les Alliés prennent pied en Europe, d'abord en Sicile, puis dans le sud de l'Italie, ce qui va entraîner la chute de Mussolini, et l'obligation pour les Allemands de disperser leurs forces sur un nouveau front.  

Au cours de la bataille de Koursk-Orel s'illustre l'escadrille franco-russe Normandie, formée fin 1942 avec des aviateurs français volontaires pour combattre sur le front de l'Est aux côtés des soldats soviétiques. Le maréchal allemand Keitel a ordonné de fusiller tous les Français qui tomberaient entre les mains de la Wermacht. Après le franchissement du Niémen, Staline confère le nom de ce fleuve à l'escadrille qui s'y est à nouveau illustrée; elle devient alors l'escadrille Normandie-Niémen. Ses pilotes sont les premiers Français à pénétrer en territoire allemand. A leur retour en France, le gouvernement soviétique leur fera don de leurs appareils, des Yak-3. 

1944: en janvier, les Allemands sont contraints de lever le siège de Leningrad, cité martyre, qui a résisté pendant trois ans.  

En juin, l'ouverture d'un second front allié en Normandie empêche Hitler de renforcer celui de l'est où les soviétiques poursuivent leur offensive. Staline remplace l'Internationale par un hymne soviétique plus nationaliste sur une musique d'Aleksandrov, le fondateur des Choeurs de l'Armée rouge. 
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Une baraque du camp de Theix (Puy-de-Dôme) décorée d'étoiles rouges frappées de l'emblème soviétique et de slogans politiques - Source:  Eugène Martres: Les Archives parlent 1940-1945 - Éditions de Borée
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Au cours de la guerre beaucoup de citoyens soviétiques ont été fait prisonniers ou ont été arrêtés et déportés en Allemagne comme main d'oeuvre. En dépit du mépris affiché par le régime nazi pour les Slaves, la Wermacht, dont les effectifs ont fondu, a tenté de puiser là quelques renforts. Par idéologie, ou pour améliorer leur sort, certains se sont engagés dans l'armée allemande ou ont été contraints de le faire. On peut le comprendre quand on connaît le taux de mortalité de ces captifs. Ceux qui devinrent supplétifs de l'armée allemande (Tatares de la Volga, Géorgiens, Arméniens...) furent utilisés pour réprimer les mouvements de résistance en France, tâche qu'ils accomplirent avec beaucoup de zèle et de brutalité, notamment dans le Massif central. Sentant le vent tourner, nombre d'entre eux finirent par changer leur fusil d'épaule et par gagner le maquis. Vers la fin de la guerre, ils furent regroupés en Auvergne en vue d'être renvoyés en Union soviétique, dès que ce serait possible. Leurs baraquements affichaient un patriotisme soviétique d'autant plus ostensible qu'il visait à faire oublier que, quelques mois plus tôt, ils se battaient sous l'uniforme hitlérien! Dans les conditions chaotiques de l'époque, ces hommes, souvent armés, se livrèrent à de nombreuses exactions (rixes, vols...) qui terrorisaient et indisposaient la population au voisinage de leurs camps. 

L'URSS absorbe la petite république asiatique de Touva. 

A l'approche de l'Armée rouge de Varsovie, renforcée par des unités de prisonniers polonais de 1939, libérés après 1941 pour se battre auprès des Russes, la résistance polonaise, largement anticommuniste, se soulève. L'Armée rouge arrête sa progression; les unités polonaises de cette armée, qui tentent d'aider leurs compatriotes, ne sont pas soutenus par l'artillerie russe et doivent se replier. On soupçonne Staline d'avoir laissé le champ libre à l'armée allemande pour le débarrasser d'adversaires potentiels du régime communiste. 

A partir de la fin de l'été 1944, alors que les Alliés débarqués en juin en Normandie puis un peu plus tard en Méditerranée, libèrent la France, à l'est la coalition de l'Axe  se  désagrége. Certains alliés de Hitler l'abandonnent et parfois même se rangent aux côtés des vainqueurs. Le 23 août, le roi de Roumanie fait arrêter le Premier ministre pro-allemand Antonescu et se proclame en paix, avant de lancer l'armée roumaine contre ses alliés de la veille le 12 septembre. Le 19 septembre, la Finlande de Mannherheim, qui joue les  partenaires dormants depuis deux ans, conclut un armistice avec l'URSS; elle va pendant longtemps mener une politique de neutralité dont Staline et ses successeurs se satisferont. La Bulgarie, officiellement neutre, est envahie par l'Armée rouge et ses forces se joignent à elle, plutôt de force que de gré, pour aller combattre les Allemands déjà mis à mal par les maquisards de Tito en Yougoslavie. 

Les Russes, implantés au Sinkiang voisin du Tibet, tentent d'opposer un nouveau Dalaï lama à celui de Lhassa; la manoeuvre échoue. 

La reconstruction de Pavlovsk, entièrement brûlé par les Allemands, est entreprise. Elle durera jusqu'en 1978 et Pavlovsk sera le premier palais impérial russe restauré. Cet hommage de la Russie révolutionnaire à la Russie tsariste est une manière de prouver que l'Union soviétique continue la Russie tsariste. 

1945: du 4 au 11 février, dans le palais de Livadia, situé dans les environs de la station balnéaire de Yalta, sur la côte de la mer Noire, en Crimée, Churchill (Grande-Bretagne), Roosevelt (USA) et Staline (URSS) se rencontrent et définissent les zones d'influence de leurs pays respectifs dans le monde qui sortira de la Seconde Guerre mondiale. Faute d'expérience diplomatique, Staline "a toutes les qualités d'un bon joueur de poker" dira le général Deane, chef de la mission militaire américaine à Moscou; et Alan Brooke reconnaît s'être fait "une très haute idée de l'habileté, de la force de caractère et de la sagacité" du dirigeant soviétique qui prépare soigneusement les séances, parle peu mais écoute beaucoup, et joue les arbitres entre Roosevelt et Churchill, en utilisant, en bon comédien, toutes les attitudes à sa disposition afin d'obtenir de ses interlocuteurs le maximum de concessions.    
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La Conférence de Yalta (février 1945) - Source: Internet
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Le 25 avril, l'Armée rouge rencontre les unités avancées de l'armée américaine à Torgau, en Saxe. Le 30 avril, Hitler se suicide. Le 1er mai, le drapeau soviétique est hissé sur le toit du Reichstag, à Berlin, au milieu d'une ville ruinée par les bombardements. Le 8 mai, à minuit, l'Allemagne capitule auprès des alliés occidentaux; la capitulation, pour les soviétiques, n'intervient que le 9 mai, décalage horaire oblige. L'URSS a payé un lourd tribu humain: 8,4 millions de morts militaires et 27 à 28 millions de morts civils, majoritairement russes. 

Le 23 mai 1945, par l'accord de  Leipzig,  les alliés Occidentaux s'engagent à rapatrier en Union soviétique tous les ressortissants de ce pays. Le Russes vont s'efforcer de faire rentrer chez eux tous ceux qui, pour des raisons diverses, se trouvent en Occident, même ceux qui ne veulent pas retourner dans leur pays. Des enlèvements de ressortissants soviétiques récalcitrants ont lieu en France, y compris des femmes russes mariées à des prisonniers de guerre français rencontrés en Allemagne.   

L'URSS, puissance majeure parmi les vainqueurs de la guerre contre l'Allemagne nazie, entre en guerre contre le Japon comme convenu. Le 8 août, elle lance une vaste offensive contre la Mandchourie et les Kouriles. Les États-Unis accélèrent la fin du conflit en Extrême-Orient, en employant la bombe atomique, pour intimider un allié soviétique devenu trop encombrant. Le 12 août, Staline organise une immense parade sportive sur la Place Rouge où défilent, pendant cinq heures, de jeunes athlètes, principalement féminins, beaucoup d'hommes étant morts sur le front; c'est une démonstration par le sport de la puissance soviétique en présence d'un invité de marque: Eisenhower. Le 14 août, le Japon capitule. 

La restauration à l'identique de Peterhof, détruit par les Allemands est commencée. La galerie Tretiakov est rouverte. 

1946: Staline châtie les populations qui se sont alliées aux envahisseurs allemands pendant la guerre (Tchétchènes et Tatars de Crimée) en les déportant en Sibérie et au Kazakhstan selon le principe de la responsabilité collective. Vlassov est pendu. De nombreux soldats russes, de retour de captivité, suspectés d'avoir pactisé avec l'ennemi (on a vu que ce n'était pas toujours faux), sont envoyés dans des camps de travail. Le délit de sabotage permet de condamner les opposants comme ennemis du peuple. La Crimée perd son statut d'autonomie et devient une région de la Russie. 
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Traître en 1945, héros en 1956 
Tel fut la tragique destin du poète tatar Moussa Djalil (1906-1944). Engagé volontaire dans l'Armée rouge en 1941, il fut blessé et fait prisonnier en 1942. Les Allemands l'enrôlèrent de force dans la Wermacht et dès lors il passa pour un traître en Union soviétique où on le crut réfugié en Occident après la guerre. Cependant, il avait organisé un réseau de résistance antifasciste. Son réseau ayant été découvert, en 1943, il avait été arrêté, torturé et incarcéré dans la célèbre prison berlinoise de Moabit. Condamné à mort, il avait écrit dans sa cellule Les Cahiers de Moabit où il décrit les souffrances, le courage et la foi en la victoire finale des soldats soviétiques. Cette oeuvre, retrouvée plus tard, lui valut d'être réhabilité et d'obtenir le titre de héros de l'Union soviétique en 1956. Six statues de lui existent en Russie dont une à Moscou et une autre à Kazan.
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Le prestige acquis par Leningrad, la ville martyre, qui a résisté pendant trois ans à l'encerclement nazi sans se rendre, porte ombrage à Moscou. Les autorités de la ville sont soupçonnées de complot. Elles sont arrêtés est subissent les foudres de la justice soviétique. Certaines personnalités sont fusillées et d'autres déportées. Le musée de la ville consacré à la seconde guerre mondiale est fermé. 

Le monastère de la Trinité-Saint-Serge, haut lieu de l'Église orthodoxe russe, est rouvert. Le musée Pouchkine, bombardé pendant la guerre, a été restauré et rouvre au public.  

Après la seconde guerre mondiale, L'Union soviétique, en favorisant l'accession au pouvoir des communistes dans les pays placés à Yalta dans sa zone d'influence, se dote d'un glacis protecteur à l'ouest pour prévenir d'éventuelles tentatives d'invasion visant à renverser son régime. Elle récupère les Pays baltes et la Prusse orientale ainsi qu'une partie de la Pologne qui est déplacée en direction de l'Ouest. En procédant à cette rectification de territoire, l'Union soviétique ne fait que reprendre la politique tsariste de rassemblement de la terre russe contre les envahisseurs de l'ouest qui, à ses yeux, continuaient d'occuper injustement une partie de l'ancienne Rus' médiévale. Russes, Biélorusses et Ukrainiens sont considérés comme trois peuples frères héritiers, chacun au même titre, de la principauté de Kiev. La Finlande reste indépendante mais mènera une politique prudente de neutralité. Parallèlement, les États-Unis, devenus la puissance dominante de l'Occident, reprennent à leur compte la politique d'endiguement britannique de l'expansion russe. Les déplacements des frontières s'accompagnent de la volonté des alliés vainqueurs de la guerre de créer des entités ethiquement homogènes afin d'éviter le prétexte de futures guerres comme ce fut le cas en 1938 (Sudètes) et 1939 (couloir de Dantzig). Cette volonté se traduit par le déplacement des populations allemandes et polonaises chassées de leur lieu de naissance pour une nouvelle patrie où ils n'ont aucune attache. Un immense chassé-croisé lance sur les routes ces nouveaux exilés qui y rencontrent les prisonniers et déportés survivants qui rentrent chez eux.  

La Grande Guerre Patriotique de 1941-1945 prolonge celle de 1812: l'Union soviétique devient la seconde puissance du monde. Elle va rapidement se doter de l'arme nucléaire, ce qui rétablira l'équilibre militaire un instant rompu entre les deux premières puissances du globe. Staline décline l'offre de bénéficier du plan Marshall qui lui est proposée par les États-Unis et l'URSS, qui a énormément souffert de la guerre, connaît une nouvelle période de difficultés alimentaires. La guerre froide sépare bientôt les vainqueurs de la guerre en deux camps rivaux.  

1946-1950: quatrième plan quinquennal: il consacre l'abandon de l'économie de guerre et le retour à la fabrication de biens d'équipement, au développement de la sidérurgie, de l'industrie chimique, de l'énergie (construction de grands barrages), de l'industrie minière, des moyens de communications... Les nouvelles usines sont réparties à travers le territoire pour renforcer l'autonomie économique régionale dans la perspective d'un futur conflit. Des centaines de villes nouvelles sont créées dans des régions jusqu'alors peu peuplées (Oural et Sibérie), ce qui entraîne des déplacements massifs de populations. 

1946-1947: un nouveau projet de constitution est à l'étude. Il n'aboutira pas, Staline concentrant tous les pouvoirs. 
1947: un programme architectural ambitieux est lancé à Moscou. Il s'agit de construire huit ensembles symbolisant les huit siècles d'existence de la capitale. Les bâtiments imposants qui en résulteront témoigneront de la puissance de l'URRS. Ils ne sont pas destinés à séduire, mais à en imposer. Ils restent les meilleurs représentants de l'architecture stalinienne (Université Lomonossov, Ministère des Affaires étrangères). 
1947-1948: la disette qui sévit à nouveau en URSS aurait tué près d'un million de personnes. 
1948: L'URSS soutient d'abord la création de l'État d'Israël, dans le cadre de sa lutte contre l'impérialisme anglo-saxon. Mais, le nouvel État s'orientant vers les États-Unis, l'antisémitisme, latent dans le peuple russe, refait surface sous le couvert de l'antisionisme. Décès de l'idéologue du régime Jdanov; Malenkov et Béria se rapprochent pour éliminer les amis de Jdanov. 

Le port de Sébastopol (Crimée) est détaché de l'Oblast (région) de Crimée pour être directement placé sous le contrôle de la République socialiste fédérative soviétique de Russie. 

L'Union soviétique isole Berlin-Ouest, situé au sein de la zone d'occupation soviétique, du reste de l'Allemagne. La ville est ravitaillée par un pont aérien américain. La guerre froide commence. 

1949: le Traité de l'Atlantique nord (OTAN) est perçu comme une menace par les soviétiques. Ils répliquent en créant le Comecon, entre les pays socialistes, à l'exception de la Yougoslavie. 

Un premier essai nucléaire soviétique a lieu et la première centrale nucléaire est construite. Plusieurs responsables politiques sont condamnés à de lourdes peines de prison.  

Staline a longtemps hésité entre Tchang Kaï Chek et Mao Tsé Toung, la révolution paysanne de ce dernier ne correspondant pas aux schémas marxistes; la création de la République populaire de Chine, qui consacre la victoire de Mao, change la donne et Staline, pragmatique, reconnaît le fait accompli; il incite les dirigeants de la République du Turkestan (Sinkiang) à se rapprocher de Pékin.  

1950: La production industrielle a dépassé les objectifs du plan de 73%, mais la production agricole ne suit pas: on produit encore moins de blé qu'en 1940. Staline commence à se méfier de Béria qu'il souhaite remplacer par Viktor Abakoumov. 

1950-1953: l'URSS apporte son soutien à la Corée du Nord en lutte contre les forces de l'ONU après une tentative de conquête du Sud. 

1950-1960: la crise du logement ayant été aggravée par la guerre, l'accent est mis sur la reconstruction. De nombreux logements sont édifiés, mais ils sont de piètre qualité et n'offrent à leurs bénéficiaires qu'une superficie réduite d'une seule pièce par famille.  

1951: plusieurs personnes (Cheinine, Raikhman, Schwarzmann) sont arrêtées sur la base d'un complot nationaliste juif. Une autre personne, Charia, est également arrêtée pour participation à un complot nationaliste visant à rattacher la Mingrélie à la Turquie; la Mingrélie est une région de Géorgie dont Charia et Béria sont originaires; c'est évidemment le second qui est visé et Staline, qui n'ose pas l'attaquer de front, monte une machination pour s'en débarrasser. 

1951-1955: cinquième plan quinquennal: ses objectifs visent à dépasser les pays capitalistes au plan économique; trop ambitieux, ils ne seront pas atteints. 

1952: à la fin de l'année, on commence à évoquer l'existence d'un complot de médecins juifs. 
1953: des médecins juifs sont soupçonnés d'avoir empoisonné des personnalités soviétiques, dont Jdanov. Le complot des blouses blanches entraînent l'arrestation de plusieurs centaines de personnes accusées de sionisme. Le 5 mars, la mort de Staline (on soupçonne Béria de ne pas être étranger à cette mort) sauve les médecins (et Béria). La disparition du dirigeant omniprésent et tout puissant désoriente une population soviétique habituée à lui obéir sans discussion; nombre de petites gens percevaient Staline comme un protecteur contre les tyrans locaux, comme l'était autrefois le tsar, et aussi contre les ennemis de l'extérieur, intimidés par le prestige du vainqueur de Hitler; les obsèques donnent lieu à une gigantesque bousculade dans laquelle périssent plusieurs personnes. 

Les problèmes posés par le stalinisme ne sauraient se résumer à une seule personne. Certes, le caractère de Staline a joué un rôle. Mais son personnage ne constitue pas une exception dans l'histoire russe. Il s'intègre au contraire parfaitement dans la tradition autoritaire du pouvoir en Russie et on peut facilement lui trouver des précurseurs chez des tsars non moins retors et brutaux que lui. Il faut aussi tenir compte des circonstances particulières dans lesquelles il arrive au pouvoir, après une révolution sanglante prolongée par une guerre civile accompagnée d'une intervention étrangère. Le parallèle avec la Révolution française est frappant et on peut légitimement se demander si les révolutions ne sont pas fatalement destinées à dévorer leurs propres enfants. Enfin, le parti bolchevik, habitué à la lutte clandestine, dans les conditions très difficiles de l'autocratie tsariste, était certainement peu propre à établir en Russie la démocratie sans une profonde transformation de son mode de fonctionnement. Staline, qui n'avait jamais voyagé à l'étranger et qui, par conséquent, n'avait aucune expérience démocratique, mais qui restait, au contraire, marqué par sa déportation en Sibérie, n'était certainement pas le plus qualifié pour mener à bien une telle transformation. Une autre question vient également à l'esprit: la Russie était-elle mûre pour supporter les changements que la révolution allait lui imposer? Marx, dont se réclamaient pourtant Lénine et Staline, pensait que la réponse était négative et que rien de bon ne sortirait de ce pays en proie au despotisme et où la révolution industrielle venait à peine de commencer. 

Staline, auréolé de sa victoire sur Hitler, laissa l'Union soviétique plus puissante que la Russie tsariste ne l'avait jamais été. Certes, l'industrialisation de cette dernière avait déjà commencé sous Alexandre III et Nicolas II. Mais Staline, avec les plans quinquennaux, accéléra le mouvement. L'oeuvre accomplie était impressionnante, même si les buts poursuivis relevaient parfois plus de la propagande que d'une véritable efficacité économique (barrages, canaux, métro de Moscou, gratte-ciels...) Ce gigantesque effort de constitution d'un capital productif fit entrer un pays, peu de temps avant encore très en retard, dans l'ère atomique. Bien sûr, le coût social et humain d'un tel bouleversement fut élevé. Mais il serait exagéré d'affirmer qu'il fut nul dans les pays Occidentaux, qui l'accomplirent plus tôt et à un rythme moins soutenu. Cependant, en URRS, les progrès politiques ne suivirent pas les progrès économiques et, même si peu de gens en eurent conscience, l'héritage que Staline transmettait à ses successeurs était loin d'être aussi solide qu'il y paraissait. 
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Un exemple du culte de la personnalité de Staline 
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Compte tenu des purges sanglantes qui jalonnèrent son passage au pouvoir, on est en droit de penser que l'atmosphère qui régnait au Kremlin autour du maître des lieux devait être plus que lourde. Pourtant, tel n'est pas l'avis exprimé par la femme de chambre du dictateur qui, après la chute de l'Union soviétique, affirma à un journaliste que Staline ne l'avait jamais intimidée. C'était, d'après elle, un homme plutôt petit, porté à pleurer facilement, et qui s'intéressait beaucoup au sort des petites gens comme elle. Elle ne comprenait pas qu'il ait pu être craint par qui que ce soit! A contrario, Krouchtchev, qui décrit l'atmosphère des repas pris en compagnie de Staline, affirme qu'il se méfiait de tout le monde et qu'il prenait plaisir à humilier ses invités en les enivrant. Staline s'est montré brutal avec ses adversaires, mais il faut reconnaître qu'il aurait très certainement été exécuté si ceux-ci avaient triomphé à sa place! L'image d'un Staline pleurant, alors qu'il a laissé périr son propre fils en captivité sous les balles allemandes, est quelque peu brouillée. Mais cela ne doit pas étonner: la Révolution française a déjà montré que ceux qui versaient des torrents de larmes n'hésitaient pas à verser aussi des flots de sang. Pour quelques spécialistes de la psychanalyse, le petit père des peuples était un pervers qui, selon un schéma érotico-sanguinaire, aimait séduire et atteignait ensuite le sommet du plaisir en immolant ses proies; rationnel et pragmatique, il ne se laissait pas leurrer par son propre discours; fourbe pour arriver à ses fins, il savait parfaitement qu'il mentait; cependant, vers la fin de sa vie, à la suite des nombreuses congestions cérébrales légères qui l'avaient affecté, il était très probablement sur le chemin de la démence. Ces analyses ne doivent pourtant pas occulter un point qui me paraît essentiel. Contrairement à ce que beaucoup pensent, Staline n'était certainement pas uniquement obsédé par la passion du pouvoir; il était également le serviteur d'une idéologie qu'il pensait favorable à l'émancipation du prolétariat; on ne peut pas le comprendre complètement en ignorant l'aspect messianique, quasi religieux, de la mission dont il se croyait probablement  investi; ancien séminariste, il avait choisi comme nom de révolutionnaire clandestin, Koba, celui d'un Robin des bois géorgien: ce symbole romantique est significatif. Quoi qu'il en soit, Staline fut sans doute le chef d'État le plus encensé de son vivant et le plus vilipendé après sa mort, parfois par ceux mêmes qui l'avaient le plus loué.   
 
L'opinion sur Staline de Mikail Kalachnikov, l'inventeur de la célèbre arme de guerre... 

Quand j'étais député au Soviet suprême, j'ai vu avec quelle attention Iossif Vissarianovitch  (Staline) écoutait les interventions à la tribune. Il faisait son entrée une fois que tous étaient assis. Les gens se tenaient à carreau... ils étaient mobilisés par la discipline. Après la mort de Staline, les ministres ont commencé à chuchoter pendant les réunions, à se faire passer des petits bouts de papier... 

Interview au quotidien ukrainien en ligne Obozrevatel (2005)
 

1953-1958: l'intermède Malenkov-Boulganine (la lutte pour le pouvoir au sein du Bureau politique)  

La mort de Staline propulse Malenkov à la tête de l'appareil soviétique. Il est brièvement secrétaire général du Parti à la mort de Staline, Krouchtchev le remplace 9 jours plus tard, ce qui confère à ce dernier de grands pouvoirs. Mais c'est Béria qui prononce l'éloge funèbre de Staline sur la Place rouge; il pense être l'héritier naturel du tsar rouge défunt. Paradoxalement, ce chef de la police politique affecte des allures de libéral (il est vrai que Staline le soupçonnait déjà de n'être plus communiste); il souhaite un rapprochement avec l'Occident et se dit même favorable à la réunification de l'Allemagne. Béria fait relâcher les accusés du complot des blouses blanches et déclare que leurs aveux ont été obtenus par la torture; c'est la première fois qu'un dirigeant de l'URSS reconnaît l'usage de la violence au cours des interrogatoires. Malenkov et Krouchtchev s'associent pour rejeter les projets de réformes de Béria. Les membres du Bureau politique pensent que celui-ci feint le libéralisme pour asseoir son pouvoir personnel et dénigre Staline afin de s'exonérer de ses propres responsabilités; ils le soupçonnent de préparer un coup d'État contre eux. En juin, un soulèvement populaire en Allemagne de l'Est est réprimé par l'Armée rouge. Cet événement finit de discréditer Béria, qui sera ultérieurement accusé de tous les crimes, ou presque, commis sous Staline. Au cours d'une réunion du Bureau politique, il est arrêté et immédiatement exécuté d'une balle dans la tête (Krouchtchev prétendra l'avoir étranglé!). Plusieurs de ses collaborateurs subissent le même sort.  

Malenkov est bientôt l'objet de critiques pour son amateurisme. Il cherche à renforcer le pouvoir du gouvernement face au parti et s'efforce de gagner en popularité en baissant le prix des produits de première nécessité. Il s'oppose au programme de développement d'armes atomiques car il considère qu'un conflit nucléaire conduirait à un désastre universel. Krouchtchev, à la tête du parti, marque de son côté des points auprès de la population de Moscou en ouvrant le Kremlin au public. Il constitue un dossier compromettant sur Malenkov, tiré des papiers de Béria, et place ses hommes au sein du NKVD. Si les deux hommes sont partisans d'une réforme de l'agriculture, Krouchtchev envisage le défrichage des terres vierges de Sibérie occidentale et du Kazakhstan.  

1953: après la mort de Béria, le KGB est créé; il assurera les fonctions de sécurité intérieure et extérieure. 
1954: Viktor Abakoumov que Staline envisageait de nommer à la tête du NKVD à la place de Béria est exécuté. Pour fêter le tricentenaire de l'unification de l'Ukraine annexée par la Russie, qui scellait l'union indéfectible entre les deux peuples, Nikita Khrouchtchev rattache la Crimée à l'Ukraine, dans le cadre de l'URRS, avec l'objectif de renforcer les liens entre les deux nations. 
1955:  Malenkov est contraint de démissionner de son poste de Président du Conseil des ministre. Boulganine le remplace. 

Le 14 mai, une alliance militaire, le Pacte de Varsovie, est signée entre les pays européens du bloc socialiste (sauf la RDA, qui rejoindra un an plus tard, et la Yougoslavie neutraliste), en réaction à la remilitarisation de l'Allemagne de l'Ouest. 

1956: au cours d'une session secrète du 20ème congrès du PC, Nikita Krouchtchev dénonce le culte de la personnalité de Staline et rend ce dernier responsable des purges et de la Grande Terreur. Cette dénonciation est destinée à évincer du pouvoir ses adversaires qui furent mêlés à ces tristes affaires et aussi à satisfaire ce que l'on appellera plus tard la Nomenklatura, c'est-à-dire la classe dirigeante, qui ne supporte plus la terreur mais souhaite le maintien du régime d'où ses privilèges procèdent. En dissociant le régime soviétique d'un Staline dénoncé comme le seul responsable des excès, ce qui est historiquement contestable, le nouveau maître du kremlin pense pouvoir réhabiliter le pouvoir en place. Cependant, parmi les questions écrites qui lui furent transmises à l'occasion de cette mémorable session secrète, l'une d'elle lui demandait tout simplement: "Que faisiez-vous pendant ce temps-là?" Krouchtchev invita son auteur à s'identifier. Aucune main se leva. Alors, l'habile secrétaire général du Parti  répondit: "Je faisais ce que vous faites maintenant!" 

La dénonciation du culte de la personnalité suscite un énorme espoir en Russie où des victimes de la répression sont réhabilitées; c'est le dégel qui voit revenir de déportation les anciens prisonniers de guerre et les minorités déplacées. Mais elle  entraîne aussi une série de mouvements dans les pays européens satellites de l'Union soviétique. A Poznan, en Pologne, des émeutes sont réprimées par l'armée et la police.  Les événements les plus dramatiques ont lieu en Hongrie où une révolte populaire armée renverse le régime. Le kremlin semble, dans un premier temps, accepter l'arrivée au pouvoir d'un dirigeant communiste populaire, Imre Nagy, qui a pris ses distances avec l'URSS. Mais un lynchage de militants, de militaires et de policiers communistes par des émeutiers leur fournit un prétexte pour intervenir. Les chars soviétiques restaurent un pouvoir communiste soumis à Moscou, dans le contexte international tendu d'une intervention militaire en Egypte d'Israël, de la Grande Bretagne et de la France, malgré l'opposition des Etats-Unis, pour renverser Nasser, coupable aux yeux de l'Occident d'avoir nationalisé le canal de Suez. Cette nationalisation a été motivée par le refus américain de financer la construction d'un barrage à Assouan. Sous la pression d'une Amérique en période électorale présidentielle qui menace de priver la Grande-Bretagne de pétrole, l'équipée franco-anglo-israélienne vire au fiasco. Nasser est consolidé au lieu d'être éliminé. Adenauer profite de la situation pour suggérer à ses partenaires européens la création d'une Union européenne susceptible de les affranchir de la tutelle américaine, ce qui devrait tirer l'Allemagne du néant politique où l'a plongée la défaite du Troisième Reich. Krouchtchev va mettre la main à la poche pour fournir les fonds nécessaire à la construction du barrage égyptien ce qui dotera l'URSS d'un allié de poids dans un Moyen Orient stratégiquement important qui hésite encore entre les deux camps. 

Le poète tatar Moussa Djalil, considéré comme traître en 1945, est réhabilité en 1956. 
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La statue du poète tatar Moussa Djalil à Kazan
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1956-1960: sixième plan quinquennal: il s'inscrit dans le prolongement du précédent. 

1957: fondation d'Akademgorod à 30 km de Novossibirsk. Des intrigues menées par Boulganine, Molotov et Kaganovitch pour éliminer Krouchtchev, qui est soutenu par Joukov, entraînent l'exclusion de Malenkov du PC et son exil comme directeur d'une centrale hydro-électrique du Kazakhstan. 

Le premier spoutnik (satellite artificiel soviétique) est lancé. Il est suivi peu après par le premier vol habité (la chienne Laïka). 

1958: Boulganine, accusé d'activité anti-parti, est évincé de son poste par Krouchtchev. Il devient président de la banque d'État puis du Conseil économique national de Stravopol avant d'être mis à la retraite en 1960. 

1958-1964: l'ère Krouchtchev 
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Krouchtchev à l'ONU - Source: Internet
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Krouchtchev, déjà à la tête du Parti, devient également Premier ministre. Il est originaire d'Ukraine. L'Union soviétique, composée de la Russie et de ses colonies, montre sa différence avec les autres pays coloniaux en plaçant à la tête de l'État des dirigeants qui ne sont pas issus de la puissance dominante: Staline était Géorgien, Krouchtchev est Ukrainien. Imaginerait-on, à la même époque, un président de la République française algérien ou sénégalais? 

Le nouveau maître de la Russie reprend, en les édulcorant, certaines idées de Béria. Il poursuit la politique de déstalinisation en réhabilitant les victimes de la dictature. Il donne un peu d'air à la culture. Il privilégie la production de biens de consommation et met en oeuvre une politique d'exploitation intensive des terres vierges pour accroître la production agricole. Il se fait l'apôtre de la coexistence pacifique et voyage beaucoup à l'étranger. Le général de Gaulle l'invite en France; c'est la première fois, depuis Nicolas II, qu'un chef d'État russe vient dans notre pays. Il se rend aussi aux États-Unis où Kerenski travaille dans l'industrie automobile. Il lance victorieusement l'Union soviétique dans la conquête spatiale. Il affirme que son pays rattrapera bientôt les pays occidentaux et les dépassera ce qui démontrera la supériorité du communisme sur le capitalisme. Sous sa direction, les personnes écartées du pouvoir cessent d'être exécutées; on se contente de les éloigner en les plaçant à la tête d'organismes subalternes. 

Mais ses réformes entraînent une scission dans le mouvement communiste international. Avant la mort de Staline, ce dernier était le chef incontesté de ce mouvement. Mais depuis sa disparition, Mao Tsé Toung se pose lui aussi en héritier légitime. Le leader chinois ne croît pas en la coexistence pacifique; il pense, au contraire, qu'un conflit avec le monde capitaliste est inévitable; il est d'ailleurs conforté dans cette opinion par l'ostracisme dont est victime son pays, lequel est tenu à l'écart de l'ONU par les puissances occidentales. D'autre part, il considère que les projets de Krouchtchev constituent des concessions au capitalisme et il qualifie son programme de révisionnisme de droite. Le ton monte entre les deux pays; l'URSS interrompt brutalement son aide à la Chine et accentue ainsi les difficultés rencontrées au cours du grand bond en avant; elle va même jusqu'à fournir une aide limitée aux rebelles tibétains; des incidents frontaliers ont lieu et les pays communistes se divisent; la plupart restent fidèles à l'URSS, mais quelques-uns rejoignent le camp chinois (Albanie, Cambodge des Khmers rouges...) alors que d'autres prennent leurs distances avec les deux (Roumanie de Ceaucescu). 

La politique de coexistence pacifique n'empêche pas le monde de se trouver au bord d'une troisième guerre mondiale lors de la crise des fusées de Cuba. La mise en valeur des terres vierges ne donne pas les résultats escomptés. Ses conséquences écologiques sont par ailleurs désastreuses, le labourage en profondeur de la steppe favorisant son érosion. Enfin, Krouchtchev, jovial, mais hâbleur et fantasque, se livre parfois à des extravagances. C'est ainsi que, lors d'une réunion de l'Assemblée générale de l'ONU, il manifeste sa désapprobation en frappant son pupitre avec l'une de ses chaussures. Il finira par être mis en minorité et par être écarté du pouvoir. 

1958: Boris Pasternak, auteur du Docteur Jivago, lauréat du prix Nobel de littérature, n'est pas autorisé à aller recevoir ce prix en Suède. 

1959-1965: septième plan quinquennal: il favorise les régions de l'est et met l'accent sur le développement de l'industrie chimique, de l'énergie, de la production agricole et des biens de consommation ainsi que sur l'électrification des moyens de transport. 

Il y aura encore cinq plans quinquennaux jusqu'à la disparition de l'URSS. 

1959: la sonde soviétique Luna 1 effectue le premier survol de la lune. Luna 2 s'écrase quelques mois plus tard sur la surface lunaire. Puis Luna 3 envoie à la terre des images de la face cachée de la lune. La course à l'espace est lancée. Elle sera l'un des principaux affrontements de la guerre froide. Les Soviétiques sont en tête mais les Américains vont réagir. 

1960: Nikita Krouchtchev, invité par le général de Gaulle, visite la France. L'avion de l'espion américain Francis Gary Powers est abattu dans les environs de Sverdlovsk (Ekaterinbourg). La tension monte entre les USA et l'URSS. 
1961: construction d'un Palais des Congrès dans l'enceinte du Kremlin. 
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Le premier homme dans l'espace - Source: Internet
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Youri Gagarine accomplit le premier vol humain dans l'espace. 

La république sibérienne de Touva devient autonome. 

1962: crise des missiles de Cuba. L'URSS, sous prétexte de protéger l'île contre une nouvelle tentative d'invasion, la première ayant lamentablement échouée à la baie des Cochons, installe des fusées qui pourraient frapper le territoire des États-Unis. Les Américains, qui possèdent pourtant des batteries tout autour de l'URSS, n'acceptent pas cette menace et paraissent disposés à l'éliminer par tous les moyens. Krouchtchev accepte de retirer les fusées soviétiques en échange d'un engagement américain de ne pas envahir Cuba. La face est sauvée mais cette reculade du chef de l'Union soviétique, ressentie dans le monde communiste comme un aveu de faiblesse, fragilise sa position. 

Une grève à la centrale hydroélectrique de Novotcherkass est réprimée. 

Une journée d'Ivan Denissovitch de Soljenityne est publiée en URSS dans le cadre de la déstalinisation. 

1963: un complot entre Brejnev, Kossyguine, Chélépine et Podgorny, visant à remplacer Krouchtchev, porte Brejnev au poste de Premier Secrétaire du Comité central, ce qui en fait le successeur de Krouchtchev. 

L'URSS est contrainte d'importer massivement du blé après une récolte catastrophique. 

1964: profitant des vacances de Krouchtchev, les conspirateurs réunissent le Comité central qui démet Krouchtchev et lui annonce sa propre démission. Deux projets de réforme semblent avoir précipité sa chute: la rotation au sein des postes de direction qui menaçait les situations acquises, l'obligation pour tous les enfants, y compris ceux de la Nomenklatura, d'effectuer un temps d'apprentissage en usine; cette réaction des élites est symptomatique des libertés qu'elles prennent avec l'idéologie communiste. 

En URSS, les changements politiques s'effectuent soit par la mort, soit par des révolutions de palais, selon la tradition tsariste! 
 
1964-1982 l'ère Brejnev: une nouvelle glaciation 

Leonid Brejnev, d'origine russe mais natif d'Ukraine, succède à Krouchtchev. Sous sa direction, une remise en ordre de l'Union soviétique va avoir lieu. On ne reviendra pas à la terreur stalinienne, mais les opposants seront réduits au silence, le cas échéant en étant envoyés dans des hôpitaux psychiatriques. La vie culturelle est à nouveau étroitement surveillée. L'URRS se fige et perd la course à l'espace tandis que les régimes communistes des pays satellites du Comecon et du Pacte de Varsovie sont contestés par une opposition de mieux en mieux organisée. 

De sa nomination au début des années 1970, Brejnev gouverne collégialement avec les personnes qui ont participé au complot qui a renversé Krouchtchev. Pendant la décennie 1970, il consolide sa position dominante en plaçant des fidèles aux postes clés tandis que ses anciens amis s'effacent ou sont écartés. Pendant la décennie suivante, sa santé étant de plus en plus précaire, il n'est guère capable d'exercer la plénitude du pouvoir, ce qui n'empêche pas l'URSS de se lancer dans la désastreuse guerre d'Afghanistan.  

Sous l'autorité de Brejnev, l'Union soviétique continue de marquer des points en Asie et en Amérique latine, face aux États-Unis déstabilisés par leur défaite au Vietnam. La marine soviétique, sous l'impulsion de l'amiral Gorchkov, acquiert la capacité d'intervenir partout. La puissance militaire soviétique impressionne l'Occident, mais elle s'avérera largement surestimée. 

Les insuffisances de l'URSS en matière économique deviennent de plus en plus évidentes. L'économie soviétique, minée par la course à l'espace et aux armements atomiques, n'est pas en mesure d'améliorer le niveau de vie de la population. L'industrie automobile se développe mais l'agriculture est toujours défaillante: l'URSS absorbe à elle seule le quart des exportations mondiales de céréales entre 1970 et 1980. Une économie parallèle génératrice de corruption voit le jour (tsekhoviki et teneviki). Malgré cela, la situation s'améliore sur le plan du logement. 

1964: les ouvrages de Soljenitsyne sont interdits en URSS ce qui fait de leur auteur le chef de file des dissidents. Des publications clandestines voient le jour et se multiplient (Samizdat). 

1965: une réforme économique accorde une plus grande autonomie aux entreprises et motive les salariés par des primes et des avantages sociaux. Le temps de l'émulation socialiste est passé; les avantages matériels remplacent les récompenses morales; on ne croit plus en l'avènement d'un homme nouveau. Cette réforme ne donnera pas les résultats escomptés.  

1966: l'exploration spatiale continue avec Luna 10, premier satellite artificiel de la lune et Luna 12 qui envoie des images TV. 

Un accord franco-soviétique pour la coopération en matière de conquête spatiale montre que l'URSS chercher à résoudre ses problèmes en s'ouvrant sur le monde. Mais le procès des écrivains Iouli Daniel et Andreï Siniavski marque la volonté du pouvoir de reprendre le contrôle de la culture. 

1968: les chars soviétiques écrasent le printemps de Prague. Brejnev élabore la théorie de la souveraineté limitée pour justifier cette intervention. La Roumanie refuse de participer à l'opération contre la Tchécoslovaquie et l'Albanie, qui a choisi le camp chinois sous Krouchtchev, quitte le Pacte de Varsovie et le Comecon. Des intellectuels soviétiques critiquent l'intervention. Les partis communistes occidentaux prennent leurs distances avec l'URSS qui cesse pour eux d'être un modèle. 

1969: l'Américain Neil Armstrong marche sur la lune consacrant la défaite soviétique dans la course à l'espace. 

Des affrontements frontaliers opposent les forces soviétiques aux forces chinoises. 

1970: une énorme tête de Lénine (12 tonnes) est érigée à Oulan Oude, place Sovetov. 

L'attribution du prix Nobel à Soljenitsyne est considérée comme une provocation. 

Les travaux de reconstitution de la chambre d'ambre de Tsarskoïe Selo débutent. Dans les années cinquante, une entreprise allemande a offert à l'URSS trois millions de dollars pour contribuer à la restauration de cette chambre dont les panneaux d'ambre, enlevés en 1941 par les troupes allemandes, n'ont pas été retrouvés. 

1971: le rétablissement des relations sino-américaines oblige l'URSS à revoir ses relations avec l'Occident. 
1972: l'accord SALT 1 de limitation des arsenaux nucléaire est signé tandis qu'un accord économique est négocié avec les États-Unis. 
1974: l'URSS préfère renoncer à un accord économique avec les États-Unis plutôt que d'accorder la liberté d'immigration en Israël des Juifs soviétiques. 

L'écrivain Alexandre Soljenitsyne, auteur de l'Archipel du Goulag, publié en Occident, est expulsé d'URSS. 

1975: l'économie donne des signes d'essoufflement voire de déclin.  

Le gendre de Brejnev, le général Iouri Tchourbanov, est impliqué dans une affaire de corruption en compagnie du dirigeant ouzbek Charaf Rachidov (affaire du coton ouzbek). Andropov, chef du KGB, met fin au scandale des exportations clandestines de caviar qui enrichissent des cadres du Parti. Il vérifie secrètement la véracité des statistiques économiques et découvre que, selon les critères occidentaux (évaluation en valeur plutôt qu'en volume), le produit intérieur brut soviétique est en déclin. 

L'Acte final d'Helsinki reconnaît les frontières issues de la Seconde Guerre mondiale et l'Union soviétique s'engage à respecter les Droits de l'Homme et les libertés fondamentales. Ces engagements ne seront pas tenus mais ils donneront des armes aux dissidents (comme Sakharov) qui formeront le Groupe Helsinki de Moscou. 

1976: Brejnev se nomme maréchal de l'Union soviétique. Cette tentative de restauration du culte de la personnalité fait long feu. 
1977: les Soviétiques profitent des insuffisances de l'accord SALT 1 pour installer des missiles SS-20 à moyenne portée sur leur territoire ce qui leur confère une supériorité stratégique. L'OTAN réplique en décidant, d'une part de déployer des missiles de croisières et des Pershing II en Europe, d'autre part d'engager des négociations afin que les missiles soient retirer. L'URSS mobilise les partis communistes pour faire pression sur les Occidentaux. 

Une nouvelle constitution soviétique est promulguée. 

1978: le violoncelliste Rostropovitch et la chanteuse Vichnievskaïa sont privés de leur nationalité soviétique. Beaucoup d'artistes et d'écrivains s'exilent (mais ce n'est pas une nouveauté). 
1979: les accords SALT 2 consacrent la parité nucléaire entre l'Union soviétique et les États-Unis. 

L'Armée rouge intervient en Afghanistan pour sauver le pouvoir pro-soviétique en place. Ce pouvoir, issu d'une révolution contre la monarchie, est menacé par une insurrection. Une guerre d'embuscades et de sanglantes représailles commence. Elle met à mal la politique de détente et favorise l'émergence de mouvements extrémistes dans le monde musulman (Talibans) qui sont, pour le moment, financés et armés par les États-Unis, lesquels reprennent à leur compte la vieille stratégie d'endiguement britannique de la Russie en Asie (le Grand Jeu). 

1980: Andréi Sakharov est assigné à résidence à Gorki. 

Les Jeux olympiques d'été se déroulent à Moscou en l'absence de plusieurs délégations dont celle des États-Unis. Malgré la détente et la signature de plusieurs accords, l'arrivée de Reagan au pouvoir aux États-Unis va relancer la lutte contre ce qu'il appelle l'empire du Mal et une course aux armements (Guerre des Étoiles) qui va ruiner l'URSS, laquelle consacre déjà le quart de son PNB à sa défense. 

1981: le régime communiste est menacé en Pologne par la montée en puissance du syndicat Solidarnosc. Le général Jaruzelski, un ancien officier des troupes polonaises qui ont combattu pendant la Seconde guerre mondiale aux côtés des soviétiques, prend le pouvoir à la faveur d'un coup d'État. Il épargne ainsi à son pays une probable intervention de l'Armée rouge. 

On soupçonne Brejnev d'être derrière l'attentat d'Ali Agca contre le pape Jean-Paul II. 

1982: 80% des ménages soviétiques urbains disposent d'un logement individuel. 

1982-1984: les quinze mois d'Andropov 

Andropov, qui succède à Brejnev, est un Russe issu  du KGB qu'il a réformé en profondeur. Il lutte contre la corruption au sein du Parti et se montre favorable à l'autogestion des entreprises afin d'améliorer leur efficacité économique. Il s'attaque au marché noir et à l'absentéisme. Il tente en vain de limiter la course aux armements qui ruine l'URSS et prend ses distances avec l'aventure afghane. Réformateur, cela ne l'empêche pas de recourir à la censure ni de pourchasser les opposants et de les enfermer dans des hôpitaux psychiatriques. 

La crise des fusées 

1982: Andropov propose une réduction du nombre des SS-20 d'Europe en transférant le surplus en Asie. Reagan rejette cette proposition qui aurait reporté la menace sur le Japon. 
1983: Andropov propose la destruction pure et simple des SS-20 en surnombre. Cette proposition, bien accueillie par l'opinion publique américaine, est rejetée à la suite de la destruction d'un Boeing sud-coréen au-dessus du territoire soviétique par la chasse russe. On sait aujourd'hui que cet avion de ligne se livrait à des activités d'espionnage au profit des États-Unis mais, à l'époque, la mort des 269 passagers ternit gravement l'image de l'Union soviétique. 

1984-1985: l'année de Tchernenko  

Tchernenko, d'origine russe, est l'ancien secrétaire personnel de Brejnev. Ce dernier l'avait désigné comme successeur. Mais il a dû attendre la disparition d'Andropov pour accéder au pouvoir. Comme son prédécesseur, il est malade et passera son temps entre son bureau et l'hôpital. C'est d'ailleurs à peu près la seule chose qu'il ait en commun avec Andropov. Celui-ci, avant de mourir, avait montré sa préférence pour Gorbatchev. Mais c'est Tchernenko qui est désigné, c'est-à-dire un fidèle de Brejnev, susceptible de restaurer l'orthodoxie communiste au sommet de l'État, après les tentatives libérales d'Andropov, comme si le Bureau politique découvrait les vertus de l'alternance. 

Tchernenko n'aura pas le temps de laisser une trace profonde de son passage au pouvoir. Son action restera limitée. 

1984: des religieuses reviennent au monastère de Novodievitchi. 

L'Union soviétique boycotte les Jeux olympiques d'été de Los Angeles rendant ainsi aux Américains la monnaie de leur pièce (1980). 

La nomination d'un malade âgé à la tête de L'union soviétique laisse supposer que les dirigeants cherchent à gagner du temps sans s'engager, comme s'ils étaient hésitants sur le chemin à suivre. Cela fait penser à l'élection d'un pape de transition. 

1985-1991: la perestroïka de Gorbatchev 

Gorbatchev s'inscrit d'emblée dans la lignée de Krouchtchev et d'Andropov. Par rapport aux deux derniers dirigeants, Gorbatchev, âgé de 54 ans, est un homme jeune, un réformateur conscient de la nécessité de faire évoluer profondément son pays et de mettre un terme à la guerre froide, pour sauver le socialisme. Les maîtres mots de son action sont glasnost (transparence) et perestroïka (restructuration). Mais il se montre incapable de maîtriser l'évolution qu'il a lui-même initiée. Les réformes économiques qu'il entreprend sont génératrices de désorganisation, de recul de la production et d'inflation, ce qui incite les travailleurs mécontents à faire usage d'un droit de grève qu'il leur a de nouveau reconnu, tandis que le libéralisme favorise l'émergence des mafias et les velléités d'indépendance des minorités. Il est vrai que Gorbatchev n'est guère aidé par les puissances occidentales, États-Unis en tête, trop contentes de voir s'effondrer l'empire soviétique. Au contraire, l'Occident fait tout ce qui est en son pouvoir afin de priver l'Union soviétique des ressources qui lui permettraient de financer le changement sans trop de secousses. L'évolution amorcée en URSS entraîne dans un premier temps la disparition des démocraties populaires et la perte du glacis protecteur que Staline avait dressé à l'ouest. Puis l'Union soviétique elle-même se désagrège et la Russie, privée d'une partie de son empire colonial, se retrouve plus réduite qu'elle ne l'était du temps des derniers tsars. 

1985: Gorbatchev entreprend de lutter contre l'alcoolisme; la moitié des points de vente sont fermés et les prix sont majorés de 30%. Ces mesures impopulaires valent à leur auteur le surnom de secrétaire minéral. 

Édouard Chevarnadze remplace Gromyko à la tête des Affaires étrangères. Gorbatchev se déclare disposé à ouvrir un dialogue avec Ronald Reagan sur les armes nucléaires et avance plusieurs propositions appuyées de gestes de bonne volonté. Mais il essuie un refus. Ronald Reagan a qualifié l'Union soviétique d'empire du Mal et il n'a qu'une idée en tête: sa disparition. Il va tout faire pour terrasser cet adversaire détesté, quitte à le faire passer pour plus redoutable qu'il n'est, afin d'obtenir les financements nécessaires pour la Guerre des Étoiles qui doit rendre les USA invulnérables. Gorbatchev s'efforce aussi de normaliser les relations avec la Chine, et là, il réussit mieux.  

Le docteur Jivago de Pasternak est publié pour la première fois en URSS. 

1986: la catastrophe nucléaire de Tchernobyl (Ukraine) met en évidence les dangers que fait courir la vétusté de certaines centrales atomiques soviétiques. 

Gorbatchev propose un plan d'élimination des armes nucléaires à l'horizon 2000, en vain. Une rencontre avec Reagan à Reykjavik n'aura pas plus de succès. Le président américain n'est pas disposé à aider un dirigeant soviétique, fût-il un libéral entreprenant de démocratiser son pays. Ce qu'il souhaite, c'est mettre l'URSS à genoux, en lui imposant une course aux armements ruineuse et en la privant de ressources financières en incitant les pays pétroliers à maintenir le cours des hydrocarbures au niveau le plus bas possible, du moins c'est l'analyse qui sera faite a posteriori pas des dirigeants soviétiques.   

Andréi Sakharov est autorisé à revenir à Moscou. 

Des meetings à Alma Ata dénoncent la russification du Kazakhstan. 

1987: un net refroidissement des relations entre les deux grands intervient à la suite de l'expulsion de diplomates soviétiques de l'ONU suivie de mesures de représailles similaires de la part des Russes. 

Les deux grands s'accordent enfin pour réduire de moitié leurs arsenaux nucléaires, mais les Américains se refusent à renoncer à l'IDS (Initiative de Défense Stratégique ou Guerre des étoiles).  

Eltsine, qui dirige le Parti à Moscou et qui s'est montré jusqu'alors partisan de la perestroïka, commence à susciter des difficultés à Gorbatchev en accusant le pouvoir central de ruiner les efforts d'assainissement qu'il poursuit à Moscou.. 

Le Time (USA) décerne à Gorbatchev le titre d'Homme de l'année. 

1988: Gorbatchev décide de retirer les troupes soviétiques d'Afghanistan. 

Un tremblement de terre en Arménie révèle les insuffisances du régime. Des affrontements opposent Arméniens et Azerbaïdjanais dans le Haut-Karabakh. 

Les pays baltes et l'Azerbaïdjan se proclament autonomes. 

A la fin de l'année, à l'occasion du millénaire du baptême de la Rus', la liberté religieuse est reconnue et les rapports entre l'Église et l'État sont clarifiés. 

1989: Gorbatchev crée une nouvelle Assemblée législative: le Congrès des députés du peuple, dont les 2/3 sont élus au suffrage universel, à bulletin secret et sur candidatures multiples. Les premières élections sont décevantes pour ses partisans; son gouvernement est jugé trop réformateur par les nostalgiques de l'orthodoxie communiste et trop modéré par les adeptes du libéralisme économique. 

Boris Eltsine, très populaire, remporte les élections à Moscou.  
D'imposantes manifestations agitent la Géorgie. 
Gorbatchev se rend en Chine, à l'époque du printemps de Pékin, mais avant sa répression. 

Pendant l'été, l'agitation sociale paralyse en partie l'activité économique. Les réformes n'améliorent pas les conditions de vie de la population, au contraire. 

Gorbatchev et Bush père proclament à Malte la fin de la Guerre froide. 

Le mur de Berlin tombe. La réunification allemande devient possible. La Seconde Guerre mondiale est vraiment terminée. 

Ceaucescu est renversé en Roumanie. Avant d'être sommairement jugé et exécuté, il accuse une puissance étrangères d'être à l'origine des troubles de son pays (il pense très certainement à l'Union soviétique de Gorbatchev, même s'il ne la nomme pas). Des mouvements anticommunistes agitent les autres pays de l'est européens (Tchécoslovaquie, Pologne, Hongrie, Bulgarie) qui, les uns après les autres, changent de régime de façon plus ou moins pacifique. 

Le Time décerne à Gorbatchev le titre d'Homme de la décennie. Le leader soviétique est plus populaire à l'étranger que dans son pays! 

1990: Gorbatchev procède à une nouvelle réforme politique: il crée le poste de Président de l'URSS et affaibli le rôle du chef du PC. Le Congrès l'élit Président de l'URSS pour cinq ans; la prochaine élection est prévue au suffrage universel; elle n'aura jamais lieu car l'URSS aura alors disparu. Le 1er mai, le nouveau président de l'URSS est hué par des manifestants qui estiment qu'il est en train de détruire le régime soviétique. 

Boris Eltsine est élu président de la RSFSR par le Congrès russe, malgré les manoeuvres de Gorbatchev pour l'écarter. Il s'affirme dès lors comme un rival du président de l'URSS. 

Le 12 juin, le 1er Congrès des députés du peuple de  la République socialiste fédérative soviétique de Russie proclame la souveraineté de la Russie. Cette manifestation de nationalisme est un signe fort de la désagrégation de l'URSS, la RSFSR couvrant les 3/4 du territoire de l'Union et représentant les 2/3 de son industrie. Les Russes ne sont d'ailleurs pas les seuls à être agités par des velléités nationalistes; les peuples des autres républiques le sont aussi, comme on l'a vu. 

Le 17 juin, la cathédrale Saint-Isaac de Léningrad est rendue au culte. 

En juillet le Parlement russe décide de s'approprier les banques et les caisses d'épargne, mesure que Gorbatchev déclare illégale. Une commission mixte soviéto-russe travaille sur l'élaboration d'un programme économique commun qui prévoit des privatisations. Ce programme est adopté par la Russie et rejeté par l'URSS. 

En octobre, une révolution de palais écarte les conseillers de Gorbatchev favorables à une entente avec Eltsine. 

Vers la fin de l'année, l'Union soviétique est sérieusement menacée d'éclatement. La Russie traite directement avec les autres républiques. Gorbatchev réagit en présentant un projet de nature à lui assurer une majorité contre la Russie. Les députés soviétiques adoptent un nouveau traité d'union, sans consultation des républiques, qui réserve au niveau central la souveraineté de l'État. Un référendum sur l'Union est annoncé. 

Gorbatchev résiste à ceux qui souhaitent le voir abandonner Fidel Castro. Il envoie même des avions supersoniques survoler l'île en réponse aux provocations de plus en plus nombreuses des États-Unis. 

Gorbatchev reçoit le prix Nobel de la paix pour sa contribution à la fin de la Guerre froide. 

La république de Touva proclame sa souveraineté étatique dans le cadre fédérale de la Russie. 

1991: des incidents entre l'armée et des manifestants causent la mort de 15 personnes à Vilnius (Lituanie). Eltsine en profite pour critiquer le pouvoir central et reconnaître la souveraineté des États baltes. 

Au moment de la publication du projet de référendum sur l'Union, il appelle ses partisans à s'opposer au pouvoir central. La conservation de l'Union est néanmoins approuvée par 70% des votants, ce qui n'empêchera pas sa disparition avant la fin de l'année.  

En signant l'accord START 1, les États-Unis et l'URSS s'engagent à réduire leur arsenal nucléaire stratégique de 30%. 

Eltsine est à nouveau élu président de la Fédération de Russie, mais cette fois avec l'onction du suffrage populaire, ce qui contraint Gorbatchev à transiger avec lui.  

Gorbatchev, avant de partir en vacances, prépare une nouvelle réforme qui vise à remplacer l'URSS par une Union des républiques souveraines soviétiques, pour satisfaire les revendications nationalistes; la réduction du rôle du KGB et de l'État centralisé y est à l'ordre du jour. C'est tout l'appareil d'État qui est en train d'être détruit à un moment où les réformes économiques ont échoué et où les ressources financières manquent pour relancer la machine.  

Pendant l'été, cette situation alarmante amène des éléments conservateurs du Parti communiste, inquiets pour l'avenir, à profiter de l'absence de Moscou de Gorbatchev, en vacances en Crimée, pour tenter un coup de force, inspiré probablement de celui qui évinça Krouchtchev. Gorbatchev est un temps écarté du pouvoir, mais les auteurs du coup de force, trouvent devant eux Eltsine, le président de la RSFSR, qui a l'appui du président américain et du Premier ministre britannique. Ils n'ont pas d'autre alternative que le suicide ou la prison. 

Gorbatchev n'a désormais plus la réalité du pouvoir qui est entre les mains de son rival. Il abandonne la direction du Parti communiste de l'Union soviétique. Boris Eltsine suspend les activité du Parti communiste russe, puis dissout ce parti quelques temps plus tard. 

Le KGB est dissout; il sera remplacé par le FSB (Service fédéral de sécurité). 

Dans le courant de l'année, la Géorgie, puis de l'Azerbaïdjan, l'Ouzbékistan, la Biélorussie, le Kirghizistan, l'Arménie, le Tadjikistan, le Turkménistan, le Kazakhstan proclament leur indépendance. Dans les républiques d'Asie centrale, les régimes qui voient le jour restent autoritaires, dans la continuité de ceux qui existaient avant la disparition de l'URSS. La Biélorusse mettra en œuvre des réformes très prudentes qui minimiseront les inconvénients d'une libéralisation non maîtrisée. Dans le Caucase, les tensions inter-ethniques vont dégénérer parfois en affrontements armés. Vers la fin de l'année, l'Ukraine se déclare à son tour indépendante; la Crimée, qui pose problème, puisqu'elle est majoritairement peuplée de Russes, bénéficiera d'un statut d'autonomie, mais celui-ci ne sera jamais appliqué! 

Les déclarations d'indépendance de la Biélorussie et de l'Ukraine remettent en cause le mythe de l'unité des trois peuples frères issus de la Rus' médiévale. Il convient de souligner que la dissolution de l'URSS fut décidée par la Fédération des Russie, la Biélorussie et l'Ukraine, sans consulter les autres républiques et sans tenir compte du choix des populations qui s'étaient exprimées majoritairement pour pour son maintien.  

Les accords d'Alma-Ata et de Minsk créent, à l'initiative d'Eltsine, la Communauté des États Indépendants (CEI) dont les pays baltes refusent de faire partie. Gorbatchev tente de s'y opposer, mais le gouvernement russe s'empare de la Banque centrale soviétique. Le Président de l'URSS est désormais à la tête d'une Union sans consistance; il démissionne le 25 décembre et, le lendemain, le Soviet suprême se sépare après avoir dissout l'URSS. La RSFSR devient la Fédération de Russie. 

Bien sûr, le Pacte de Varsovie et le Comecon ont cessé d'exister. 

C'est également en 1991 que les ossements de la famille impériale sont découverts et authentifiés dans les environs d'Ekaterinbourg. Mais l'Eglise orthodoxe ne reconnaît pas l'authenticité de ces restes. 

Animé des meilleures intentions, le premier et dernier président de l'URSS, toujours admiré à l'étranger, n'en a pas moins attiré sur son pays une des plus grandes catastrophes de son histoire. Quelles sont les causes de son échec? Sans doute faut-il les rechercher dans la destruction prématurée de l'appareil politique sur lequel il aurait pu s'appuyer. Il s'est ainsi privé des moyens de réaliser la difficile réforme économique qu'ils projetait. Ce n'est qu'après la réussite de cette réforme que les changements politiques seraient devenus possibles et souhaitables. L'idée selon laquelle réformes économiques et réformes politiques doivent aller de pair n'est pas sanctionnée par l'expérience. Plusieurs exemples prouvent que le libéralisme économique s'accommode parfaitement d'un régime autoritaire et que celui-ci est peut-être même nécessaire pour réaliser des réformes en profondeur. La disparition de l'URSS n'a pas été causée par une révolution populaire; le régime s'est décomposé de l'intérieur et ce sont les membres de la Nomenklatura qui lui ont porté le coup de grâce; il est vrai que bien des signes montraient depuis longtemps que l'idéologie communiste leur pesait. Cet effondrement  amène certains idéologues à penser que l'histoire est finie. La crise yougoslave et l'attentat du 11 septembre vont bientôt prouver qu'elle continue et que le monde n'est pas plus sûr, au contraire, que lorsque deux blocs de force à peu près comparable s'affrontaient, se neutralisaient et tenaient en mains leur satellites.   

1992-1999: Eltsine au pouvoir.  

Le nouvel homme fort de la Russie est né dans les environs de Sverdlovsk (Ekaterinbourg). Porté sur l'alcool, il lui arrive de se rendre à des réunion en état d'ivresse, ce qui le rend peu propre à remplir correctement sa fonction. Il commence par libérer les prix, ce qui entraîne une forte inflation.   

La privatisation des entreprises, conçue pourtant comme la distribution au peuple de la propriété collective, revient en réalité à faire passer cette propriété aux mains de quelques-uns, pour la plupart issus de l'ancienne Nomenklatura communiste, c'est-à-dire des carriéristes du parti dissout. La corruption se généralise et monte jusqu'à un niveau jamais atteint au temps du régime communiste. La famille et les proches d'Eltsine en bénéficient. Les mafias florissent, c'est leur âge d'or, des fortunes colossales s'édifient et, ce qui est plus grave, une partie de cet argent est exporté à l'étranger, les nouveaux riches n'ayant qu'une confiance limitée en la pérennité du régime. Les logements bâtis, pendant la période 1950-1960, malgré leurs défauts, sont la proie des promoteurs immobiliers, au détriment des personnes âgées dépourvues de moyens financiers. Eltsine se montre accommodant avec les Occidentaux; il ouvre les portes de la Russie aux capitaux étrangers; des entreprises s'y installent, attirées par le mirage de gains miraculeux; il leur faut rapidement déchanter car rien n'est possible, dans la nouvelle Russie, sans cotiser aux mafias; celles-ci rançonnent et, au besoin, tuent les récalcitrants. Parallèlement, beaucoup d'entreprises russes, fleurons du régime communiste, sont condamnées à fermer leurs portes par manque de compétitivité. Les travailleurs russes font connaissance avec un chômage qui leur était inconnu sous le régime communiste. 

La présence de l'arsenal atomique soviétique, dans la situation de la Russie, inquiète justement le reste du monde: dans le meilleur des cas, il risque de pourrir sur place, libérant des éléments dangereusement radioactifs et, dans le pire des cas, les mafias vont s'en emparer et le disséminer dans on ne sait trop quelles mains, pour retirer des profits de sa vente. 

La CEI, qui devait remplacer l'URSS, ne tient pas ses promesses. L'Ukraine est divisée, sa partie est et la Crimée restant profondément russophiles. Les Pays baltes, qui n'ont pas voulu faire partie de la CEI, adhérent à l'Union européenne. Dans certains de ces pays, les Russes sont traités en citoyens de seconde zone; les anciens combattants de l'Armée rouge sont persécutés et on élève des monuments à la gloire des anciens SS. 

Eltsine cesse de commémorer l'anniversaire de la Révolution d'octobre; il remplace le drapeau rouge par le drapeau tricolore de l'ancienne Russie, l'étoile par l'aigle à deux têtes et l'hymne soviétique par un hymne russe inspiré de la Chanson patriotique de Glinka. Il amplifie la restauration, déjà en cours depuis longtemps, de l'Église orthodoxe russe et réhabilite le dernier tsar, qui devient un saint de cette église. Mais le communisme ne sera jamais jugé. D'ailleurs le pourrait-on? Dans la pensée russe, le passé n'appartient pas à ceux qui vivent aujourd'hui: il se situe dans le temps de Dieu qui n'est pas celui des hommes. 

Ces mesures, et le désordre qui en découle, suscitent un résistance politique et la création de mouvements nostalgiques de l'URSS. Un nouveau parti communiste russe est créé tandis qu'un parti ultra-nationaliste voit le jour et qu'un regain de racisme menace les minorités. 

La disparition de l'URSS et la privatisation de l'économie entraînent un chaos économique, la faillite de certaines entreprises et du chômage. Des fortunes colossales s'édifient tandis que la majeure partie de la population est plongée dans la misère et la précarité. L'espérance de vie diminue et le nombre d'habitants de la Russie commence à décliner, à tel point que des experts estiment qu'elle sera moins peuplée que la France au milieu du 21ème siècle, si rien n'arrête ce déclin. L'accession à l'indépendance de l'Ukraine et des républiques caucasiennes, soutenue par les puissances occidentales, remet en cause la progression traditionnelle de la Russie en direction des mers chaudes et menace même la sécurité de ses approvisionnements en hydrocarbures. Cette nouvelle source de conflits peut être considérée comme le prolongement logique des efforts passés de l'Occident pour enfermer la Russie dans un espace purement continental peu propice au développement de la démocratie que l'Ouest prétend pourtant souhaiter. 
 
1990-1993: depuis longtemps la politique d'athéisme militant a été abandonnée, des lieux du culte ont été rouverts ou reconstruits, mais le mouvement s'amplifie sous Eltsine (reconstruction de la cathédrale de Kazan à Moscou, réouverture de l'église polonaise de la Transfiguration de Krasnoïarsk, ouverture au culte de la cathédrale de l'Intercession devenue un musée, remise au culte orthodoxe de la cathédrale de l'Épiphanie d'Irkoutsk...). L'orthodoxie redevient le symbole de l'identité russe, si tant est qu'elle ait jamais cessé de l'être. 
1992: mise en oeuvre de la politique de libération des prix inspirée par le libéral Gaïdar, Premier ministre; elle est suivie d'une inflation galopante: 2000 % la première année et 1000 % l'année suivante; les retraités, dont les pensions ne sont que faiblement revalorisées, et avec retard, sont les principales victimes de cette situation lamentable; nombre d'entre eux sont condamnés à mourir de faim! 

George Bush et Eltsine s'entendent sur une réduction des 2/3 de leur arsenal nucléaire. Eltsine renonce à la course aux armements et privilégie l'armée conventionnelle. 

Le vice-président de la Russie, Alexandre Rouskoï, et le président du Parlement, Rouslan Khasboulatov, prennent leurs distances avec Eltsine. Ce dernier souhaite doter la CEI d'une défense conventionnelle unifiée, mais la Moldavie et l'Azerbaïdjan s'y opposent. Eltsine passe outre aux oppositions, d'où une crise qui menace temporairement l'unité de la Fédération de Russie. 

La construction d'un quartier des affaires à Moscou est décidée. 

1993: La crise avec le parlement  

Le Parlement envisage la destitution d'Eltsine. Mais une consultation populaire, qui montre que l'opinion lui est toujours favorable, fait reculer les députés. Eltsine élabore un projet de nouvelle constitution au moment où  il doit faire face à une nouvelle crise lorsque la Banque centrale de Russie retire les roubles émis avant 1993. Il dissout le Parlement qui réplique à son tour en  le destituant. Les parlementaires s'enferment dans l'édifice du Parlement entouré par leurs partisans. Eltsine fait donner l'assaut à l'édifice. Officiellement, il y a eu 150 morts, mais on pense qu'il y en eut beaucoup plus. Routskoï et Khasboulatov sont emprisonnés. La nouvelle constitution, qui renforce les pouvoirs du président, est approuvée par 58,4 % des votants, mais à peine plus de la moitié des électeurs inscrits se sont déplacés pour voter. Aux élections du nouveau Parlement, c'est le mouvement ultra-nationaliste dirigé par Jirinovski qui arrive en tête. 

L'accord START II prévoit la réduction des armes stratégiques. 

La première guerre de Tchétchénie 

1994: Devant la montée du mécontentement, Gaïdar est évincé du pouvoir, au profit de Tchernomyrdine, plus conservateur. 

La première guerre de Tchétchénie, qui tourne au fiasco, met en évidence les carences de l'armée russe; cette guerre est motivée par la déclaration d'indépendance de la petite république musulmane de Tchétchénie-Ingouchie dont le président, Doudaïev, proclame la séparation d'avec la Fédération de Russie, sécession qui menace les approvisionnements russes en pétrole provenant de la Caspienne. Par ailleurs, l'indépendance de la Tchétchénie aurait pu comporter de catastrophiques conséquences pour la Russie, une fédération qui comporte plus de cent ethnies! Il est probable que les États-Unis, intéressés aussi par ce pétrole, ne sont pas totalement étranger à l'imprudente décision de Doudaïev. 

La situation économique et sociale de la Russie continue de se dégrader. Les salariés de plusieurs entreprises ne sont même plus payés! La mortalité augmente de 18%; les gens ne peuvent plus se soigner, faute d'argent, et beaucoup de personnes, réduites au désespoir, sombrent dans l'alcool et dans la drogue. 
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Quelques conséquences de la politique de libéralisation rapide 
Entre 1991 et 1996, le PIB est divisé par deux et le pouvoir d'achat des Russes dans la même proportion. La production de céréales a baissé de moitié depuis la période Gorbatchev. Le troc s'est substitué aux échanges monétaires. La collecte des impôts s'est effondrée. L'espérance de vie des hommes est passée de 65 ans à moins de 56 ans. La Russie a connu une décroissance démographique qui pourrait lui faire perdre près du tiers de sa population en un demi siècle. La criminalité a augmenté en flèche, surtout dans les milieux proches du pouvoir...
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1995: aux élections législatives, le Parti communiste de la Fédération de Russie (PCFR) devient le premier parti et remporte 157 sièges.  

La piscine à l'emplacement de la cathédrale du Saint-Sauveur de Moscou est démontée pour laisser la place à un nouvel édifice religieux qui sera consacré en l'an 2000. 

1996: au second tour des élections présidentielles, Ziouganov, leader du PCFR remporte 40,3 % des suffrages. Eltsine est réélu, mais des observateurs estiment qu'il ne doit sa victoire qu'à la fraude et que Ziouganov le devançait. Berezovski, un mathématicien de formation devenu un riche homme d'affaires, grâce à la corruption qui lui a permis de mettre la main sur une partie des dépouilles des entreprises publiques de l'ex-URSS, et les autres nouveaux riches, se sont mobilisés pour assurer la réélection de leur homme lige. 

Un accord de paix intervient en Tchétchénie. Moyennant le report de l'indépendance, l'autonomie de facto de la petite république est reconnue. La charia y devient la source du droit. 

Le groupe de Shanghai, auquel adhèrent la Chine, la Russie et les républiques d'Asie centrale ex-soviétiques est créé pour lutter contre le terrorisme islamique. 

En cours d'année, Eltsine, malade, doit subir un quintuple pontage coronarien. 

1997: par un accord franco-russe, signé le 27 mai, les gouvernements français et russe renoncent mutuellement à leurs réclamations respectives concernant la dette. Toutefois cet accord, qui s'est traduit par une indemnisation des porteurs d'emprunts russes, n'éteint pas complètement les droits des créanciers. 

1998: une grave crise financière secoue la Russie: le rouble est dévalué (de moitié!) et le pays s'avère être dans l'impossibilité de faire face aux échéances de ses emprunts dont les intérêts sont très élevés. Cinq Premiers ministres vont se succéder en moins de deux ans. Le dernier sera Poutine. 

Le 17 juillet, les restes de la famille impériale russe sont solennellement inhumés à Saint-Pétersbourg en présence du président de la Fédération de Russie (une remarque: dans l'énumération des personnes retrouvées, il manque un nom: Anastasia) . Eltsine avait pourtant fait raser la maison Ipatiev, où ils avaient été massacrés, pour éviter qu'elle ne devienne un lieu de pèlerinage, lorsqu'il était encore un responsable communiste de Sverdlovsk (Ekaterinbourg). 

1999: au printemps, un scandale de corruption menace l'entourage d'Eltsine; le procureur général de la Russie, Skouratov, enquête sur les malversations commises par certains de ses membres; pour discréditer ce magistrat, une vidéo à caractère sexuel, où il apparaît entouré de jeunes femmes lui prodiguant leurs faveurs, est jetée en pâture à l'opinion publique. 

En août, Vladimir Poutine est nommé président du gouvernement (Premier ministre).  

Seconde guerre de Tchétchénie 

Trois mille terroristes tchétchènes et jordaniens entrent sur le territoire du Daghestan, voisin de la Tchétchénie, pour y instaurer une république islamique. S'ils y parvenaient, ils pourraient couper les approvisionnement en hydrocarbures de la Russie en provenance d'Azerbaïdjan. Des attentats sont commis à Moscou et dans d'autres villes de Russie. L'opinion russe, qui n'a pas appuyé la première guerre de Tchétchénie, se montre favorable à une nouvelle intervention pour anéantir la menace tchétchène. Cette seconde guerre sera plus longue et plus meurtrière que la première mais l'armée russe finira par la gagner. 

Le 31 décembre, Eltsine démissionne, sous la pression de sa fille, et désigne Poutine comme successeur. 

L'époque d'Eltsine fut particulièrement calamiteuse pour la Russie et la majorité des Russes jugent sévèrement sa gestion. En 2012, sa statue à Ekaterinbourg a été vandalisée par des inconnus. Une fois de plus, l'expérience de la Russie montre que l'économie de marché et le système capitaliste supposent, pour fonctionner normalement, une morale et des structures étatiques solides. Autrement, la dérive vers la criminalité devient la conséquence fatale d'un esprit de lucre exacerbé. Sous Eltsine le rôle international de la Russie s'est considérablement réduit. Elle n'est pas intervenue dans la crise yougoslave qui ensanglanta les Balkans pourtant situés dans sa sphère d'influence traditionnelle, pas plus qu'elle n'a eu son mot à dire, un peu plus tôt, lors de la première guerre d'Irak. Slavophile, Soljenitsyne, qui est rentré dans sa patrie à la faveur de la disparition de l'URSS, ne cache pas sa réprobation de l'orientation prise par le nouveau régime, trop enclin selon lui à négliger les valeurs russes traditionnelles au profit du matérialisme occidental. Pourtant, cette période ne fut pas complètement négative; la liberté d'expression a permis à une presse nouvelle de s'épanouir tandis que les milieux artistiques se renouvelaient et redécouvraient des oeuvres d'artistes et d'auteurs russes longtemps tenues sous le boisseau (celles par exemple de Mandelstam, Nabokov, Bounine, Kandinsky...). Une nouvelle bourgeoisie, issue en grande partie de la Nomenklatura communiste, a vu le jour et elle aspire à exercer le pouvoir politique, maintenant qu'elle détient le pouvoir économique. Un nouveau type de conflit est donc en germe dans la société russe entre le monde des affaires et celui de la politique. 

2000-2008: le redressement sous les deux premiers mandats de Poutine 

Vladimir Poutine, natif de Leningrad (Saint-Pétersbourg) est un ancien du KGB et du FSB. Il aurait été mêlé à l'affaire de la vidéo à caractère sexuel diffusée pour discréditer Skouratov. Eltsine le place à la tête du gouvernement, puis en fait son successeur, sur les instances de sa famille qui souhaite protéger ses intérêts plus ou moins honnêtement acquis. Les nouveaux milliardaires ont joué également un rôle dans l'ascension de cet ancien fonctionnaire qu'ils espèrent favorable à leur fortune. Le nouveau président de la Russie, aidé par une hausse des cours du pétrole, du gaz et des matières premières, restaure l'économie russe. Il accroît ses pouvoirs, gouverne de manière autoritaire, dans la tradition russe, et met au pas les oligarques, soutenus par les pays occidentaux, qui se sont enrichis sous Eltsine, surtout ceux qui lui font politiquement de l'ombre. Ses maîtres mots sont: établir la dictature du droit, reconstruire la verticale du pouvoir, rendre à la Russie sa place parmi les nations. On l'accuse d'être à l'origine de certains attentats, pour accroître sa popularité, et de se débarrasser des opposants, journalistes ou autres, en les faisant assassiner. Il s'efforce de contenir les tendances nationalistes des ethnies minoritaires (plus de cent) qui menacent l'unité de la Fédération et réduit la rébellion tchétchène. Il renforce le poids de l'armée et des services de sécurité dont il est issu. Il réhabilite symboliquement l'Union soviétique en reprenant son hymne avec de nouvelles paroles. Ce nouveau cours politique est bien accueilli par la majorité de la population russe. 

Dès le début de son mandat, le nouveau président prend une série d'importantes mesures financières et économiques parfois inspirées du conservatisme américain (réforme fiscale visant à limiter la fraude et la corruption grâce à un impôt sur le revenu à taux unique de 13% (flat tax), réforme foncière autorisant la vente des terres, réduction du contrôle bureaucratique des entreprises, ouverture du fret ferroviaire à la concurrence, réforme des retraites en introduisant la capitalisation). 

2000: Poutine est élu président de Russie avec 52,52% des suffrages, contre 29,2% à Ziouganov.  

Le K-141 "Koursk", un sous-marin nucléaire lanceur de missiles de croisière fait naufrage dans des circonstances non élucidées; la marine d'autres pays pourrait être impliquée dans ce tragique accident. 

Le 14 août 2000, l'Église orthodoxe canonise les membres de la famille impériale assassinés en 1918. Nicolas II s'inscrit ainsi dans la tradition russe des Souffre-passion, qui acceptent leur destin tragique pour leur salut et le bien de tous, comme les princes Boris et Gleb. Sur le lieu de la maison Ipatiev, où la famille impériale fut massacrée, on commence l'édification d'une "Cathédrale sur le sang versé" qui rappelle celle qui fut construite sur le lieu de l'attentat qui tua l'empereur Alexandre II. 
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La famille impériale sanctifiée - Ekaterinbourg (2012)
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2001:  l'attentat du 11 septembre ramène la Russie sur la scène internationale. Elle devient un acteur majeur de la lutte contre le terrorisme et retrouve sa place pour la solution des dossiers complexes (Palestine, Corée du Nord, Iran). 
2002: un commando tchétchène prend des otages dans un théâtre de Moscou; une tentative de libération mal gérée s'achève en massacre. 

Les terres sont privatisées. 

2003: Mikhaïl Khodorkovski, qui était en négociation avec des Américains pour leur vendre l'entreprise de pétrole russe Ioukos, une des premières du monde, acquise lors de la privatisation dans des conditions douteuses, est arrêté à Novossibirsk. Le gouvernement russe gèle 44% des actions de Ioukos pour empêcher sa vente. 

Berezovski, un autre oligarque, soupçonné de trafics avec les rebelles pendant la première guerre de Tchétchénie, devenu un opposant politique de Poutine après l'avoir soutenu, est poursuivi pour fraude et évasion fiscale; il se réfugie en Angleterre. Goussinski, autre oligarque enrichi sous Eltsine, magnat des médias russes, poursuivi pour fraude, ne doit son salut qu'à de fortes pressions des États-Unis et à son départ en Israël; son éviction contribue à renforcer le contrôle de l'État sur les médias. 

D'autres oligarques échappent aux poursuites en mettant leur fortune au service de la Russie et en rejoignant le camp de Poutine. 

Poutine et le chancelier allemand Schroeder inaugurent en grande pompe la chambre d'ambre rénovée de Tsarskoïe Selo dans le cadre de la célébration du tricentenaire de Saint-Pétersbourg. 

2004: Khodorkovski est condamné pour vol par escroquerie et évasion fiscale. 

Poutine est  réélu président de Russie avec 71,2% des voix devant le candidat du Parti communiste. 

Les gouverneurs de région cessent d'être élus et sont dorénavant nommés par le Kremlin. 

Une prise d'otages par les séparatistes tchétchènes, à Beslan, en Ossétie du Nord, se termine en massacre; cette tragédie accélère les réformes politiques et administratives en cours depuis plusieurs années pour rendre le pouvoir plus concentré, plus efficace et bien entre les mains du président (verticale du pouvoir). 

2005: un projet de monétisation des avantages en nature hérités de l'ère soviétique soulève un tollé populaire. 

Poutine met l'accent sur l'importance du gaz, dont la Russie est le premier producteur mondial, comme levier d'influence économique et politique sur le reste de la planète. La Russie a les moyens de peser sur l'Ukraine et la Biélorussie, mais également sur les pays de l'Union européenne.  

La cathédrale de Kazan est rendue au culte. 

Poutine émet l'idée d'un monopole d'État sur la vente de l'alcool pour lutter contre l'alcoolisme qui est toujours un fléau de la Russie.  

2006: Alexandre Litvinenko, un proche de Berezovski, également réfugié en Angleterre, décède à Londres par suite d'un empoisonnement au polonium. 

Entre 2001 et 2006, la croissance a atteint le rythme annuel de 7%; le rouble est rendu convertible; l'excédent de la balance commercial russe s'élève à 68 milliards de dollars; les réserves de change de la Russie sont les troisièmes du monde. La Russie exporte enfin des céréales. 

2007: Poutine hausse le ton face aux projets américains d'installation d'armes balistiques en Pologne et en République tchèque, qu'il juge contraires aux promesses faites à Gorbatchev. Il menace de pointer de nouveaux missiles Iskander vers l'Europe de l'Est et d'installer des armes nucléaires dans l'enclave de Kaliningrad. L'application du Traité sur les forces conventionnelles en Europe est suspendue par la Russie (les membres de l'OTAN ne l'ont jamais respecté).  

La châsse contenant les reliques d'Alexande Nevsky est transportée à la cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou. 

2007: la liste du parti Russie unie, soutenue par Poutine, remporte les élections législatives, réalisées pour la première fois au scrutin proportionnel, avec 64% des voix. Des irrégularités ont pu être commises mais la popularité du président laissait présager cette victoire. 

Gerhard Shröder met en garde les Occidentaux contre les erreurs commises par ceux qui dénoncent les dérives autoritaires de Poutine et le passage à une démocratie administrée. D'après lui, Poutine a le grand mérite d'avoir substantiellement amélioré le niveau de vie des Russes et rétabli l'État ainsi que celui d'avoir engagé la Russie dans la voie de la stabilité et de la fiabilité en tant que partenaire. Il est vrai que l'ancien chancelier allemand est président du Conseil du consortium gazier germano-russe. 

Time Magazine décerne à Poutine le titre de Personnalité de l'année. 

2008: Au sommet de l'OTAN, à Bucarest, Poutine s'oppose à l'élargissement de cet organisme à l'Ukraine et à la Géorgie. Il prend la tête du parti Russie unie à la fin de son second mandat. 

Vladimir Poutine a restauré l'économie russe et renforcé les pouvoirs de l'État en mettant au pas les oligarques qui contestaient son pouvoir. Il a redonné à la Russie les moyens de jouer à nouveau un rôle important dans l'arène internationale. Toutefois, ces progrès resteront fragiles tant que la Russie dépendra essentiellement de ses ressources en hydrocarbures. 

2008-2012: le mandat de Medvedev 

Poutine ne pouvant pas briguer un troisième mandat, désigne Dmitri Medvedev pour lui succéder. Celui-ci poursuit la politique de Poutine dans son style personnel en mettant l'accent sur la technologie. Il est considéré comme l'un des chefs de file de l'aile libérale du Kremlin, par opposition aux siloviki (armée, police, sécurité) sur lesqels s'appuyait Poutine. Le style différent des deux hommes amènera parfois certains commentateurs occidentaux à déceler une mésentente entre les deux têtes de l'exécutif russe. Mais c'est Poutine qui a toujours le dernier mot. 

2008: Dmitri Medvedev, vainqueur de l'élection présidentielle, avec 70,28 % des voix, nomme Poutine chef du gouvernement. Cette nomination est entérinée par la Douma d'État. 

La crise mondiale se répercute en Russie qui doit absorber coup sur coup trois chocs: la baisse du commerce extérieur, le reflux des capitaux et le gel des emprunts, l'effondrement de la bourse. Le taux de croissance de l'économie devient négatif. Mais le pays se ressaisit rapidement. 

Le conflit russo-géorgien 

Dans le courant de l'été, la Géorgie lance une attaque contre l'Ossétie du sud dont une importante partie de la population souhaite accéder à l'indépendance et se rapprocher de la Russie. L'Ossétie du sud à été rattachée à la Géorgie par Staline, à la condition que son particularisme serait respecté (les Ossètes descendent des anciens Alains), exigence que le nouveau pouvoir de Tbilissi refuse d'appliquer. Des casques bleus de la CEI, essentiellement russes, séparent les factions antagonistes. L'attaque de la Géorgie menace la sécurité de ces casques bleus. L'armée russe accourt à la riposte, refoule brutalement les Géorgiens et menace directement leur pays. L'aide américaine, que la Géorgie espérait, ne vient pas et le gouvernement de Tbilissi doit reconnaître sa défaite. L'Ossétie et l'Abkhazie, une autre région de Géorgie travaillée par le séparatisme, proclament leur indépendance, aussitôt reconnue par la Russie. Les Occidentaux, qui ont favorisé quelques temps plus tôt la séparation du Kossovo d'avec la Serbie, sont mal placés pour se présenter comme les défenseurs de l'intangibilité des frontières. En Crimée, rattachée à l'Ukraine par Staline, les Russes, qui sont majoritaires, laissent éclater leur joie en espérant que la Russie ne les laissera pas tomber, le moment venu de se séparer de l'Ukraine. Il apparaît que l'intervention militaire russe en Ossétie n'avait rien de spontané et qu'elle était planifiée depuis au moins deux ans.  

Le conflit russo-géorgien a entraîné une fuite de capitaux de Russie. Des mesures sont prises pour renforcer le système financier russe: recapitalisation des banques, en particulier. D'autres mesures visent à protéger la production agricole et industrielle intérieure (augmentation des droits frappant les importations), à soutenir l'aide sociale, l'industrie, l'innovation et le secteur financier. 

Le budget triennal fédéral 2008-2010 donne la priorité au relèvement du niveau de vie des Russes: les salaires devraient augmenter de 1,5 fois et les retraites doubler. 

La durée du mandat présidentiel est portée de 4 à 6 ans dans la perspective d'un nouveau mandat de Poutine. 

Alexandre Nevsky est désigné comme le Russe le plus populaire de l'histoire de Russie devant Piotr Stolypine et Joseph Staline. La justice russe réhabilite officiellement Nicolas II. 

2009: un décret signé par Medvedev réforme la fonction publique dans le cadre de la lutte contre la corruption. Le président modifie le mode de désignation du président de la Cour constitutionnelle qui, au lieu d'être élu par les juges, sera dorénavant proposé au Parlement par le président. Il crée une Commission pour contrer les tentatives de falsification de l'histoire au détriment de la Russie. Il déclare l'innovation technologique une de ses priorités et crée une Commission ad hoc. Il se déclare partisan d'une privatisation des grandes entreprises d'État. 

Le chef du gouvernement russe visite la France et signe des accords commerciaux dans les domaines de l'énergie, de la défense et de l'automobile. 

Les élections locales sont remportées par Russie unie avec 66% des voix. 

2010: la Banque mondiale estime que les pertes russes résultant de la crise sont moindres qu'elle ne les avait prévues. La croissance russe reste l'une des plus élevées des pays industriels.  

Des milliers de manifestants défilent dans plusieurs villes de Russie pour réclamer le départ de Poutine du gouvernement pour cause de hausse du coût de la vie. 

Un nouveau traité de désarmement nucléaire START est signé avec les États-Unis. Mais la Russie continue d'être réticente sur le dossier des sanctions contre l'Iran (énergie nucléaire). 

Des soldats américains, britanniques, français et polonais, défilent sur la Place Rouge, aux côtés des troupes de l'ex-URSS, à l'occasion de l'anniversaire de la victoire sur l'Allemagne nazie. 

Le sommet de Deauville réunit Medvedev, Angela Merkel et Nicolas Sakozy sur l'épineux dossier du bouclier anti-missiles américain en Europe de l'Est. 

2011: Medvedev propose la candidature de Poutine aux prochaines élections présidentielles. Poutine annonce, qu'en cas de victoire, Medvedev deviendra le chef du gouvernement. Les élections législatives voient Russie unie triompher, mais avec seulement 49,32% des voix, soit 15 points de moins qu'en 2007. De plus des manifestations ont lieu pour dénoncer la fraude. 

En n'exerçant pas son droit de veto au Conseil de Sécurité de l'ONU, la Russie (avec la Chine) autorise les pays occidentaux à secourir les rebelles Libyens menacés par Kadhafi. Les pays occidentaux interprètent de manière extensive cette autorisation de sorte que Kadhafi, chassé du pouvoir, est sommairement exécuté. 

2012 Le nouveau mandat de Poutine 

2012: Poutine est élu président pour six ans avec 63,6 % des voix dès le premier tour, devant le candidat du Parti communiste. Medvedev devient chef du gouvernement et président de Russie unie. 

La Russie, qui dispose d'une base navale en Syrie, refuse de condamner le régime de Bachar el-Assad menacé par à une révolte armée soutenue par les monarchies pétrolières arabes et les pays occidentaux. 

Poutine propose à l'Europe la négociation d'un traité de libre échange. Il se heurte à une fin de non recevoir et va s'efforcer de créer autour de la Russie un ensemble eurasiatique susceptible de faire contre poids à une Europe qui rejette à nouveau la Russie. Dans ces conditions, le projet européen de partenariat oriental, qui va tenter de rapprocher de l'Occident non seulement des pays géographiquement à l'Ouest de l'ex-Union soviétique, comme la Biélorussie, l'Ukraine, la Moldavie et la Géorgie, mais également des pays beaucoup plus éloignés, comme l'Arménie et l'Azerbaïdjan, qui sont au surplus en situation conflictuelle, ne peut être considéré par Moscou que comme une machine de guerre contre la Russie. Ce projet ne rencontrera d'ailleurs qu'un succès mitigé. 

En novembre, une loi est adoptée pour obliger les ONG qui reçoivent de l'argent de l'extérieur à se déclarer au ministère de la Justice en tant qu'agents étrangers, une mention qui doit figurer sur leurs documents. Il faut sans doute y voir une réaction du gouvernement russe à la part prise par certaines ONG dans les révolutions oranges qui ont agité quelque ex-républiques soviétiques. 

2013 - Poutine accorde un passeport russe à l'acteur française Depardieu, exilé fiscal. Berezovski est retrouvé mort dans sa maison; la cause suspecte de ce décès déclenche l'ouverture d'une enquête; le richissime homme d'affaires russe venait de perdre un procès portant sur 4,6 milliards d'euros contre son compatriote également exilé, Roman Abramovitch; il aurait écrit à Poutine pour lui demander de l'autoriser à rentrer en Russie. 

Des manifestations contre Poutine se déroulent assez souvent dans les villes russes. Mais il convient de ne pas se laisser abuser par elles. Qu'est-ce qu'une foule de quelques milliers de manifestants dans un pays comme la Russie? Sans doute le président n'est-il plus aussi populaire qu'il l'a été, mais cela ne signifie pas que la majorité de la population l'a rejeté. Surtout ce ne sont pas les libéraux qui recueilleraient l'héritage s'il venait à disparaître. Les Russes se rappellent ce que leur coûta leur passage au pouvoir et les centaines de morts qu'entraîna l'assaut d'un parlement aussi démocratiquement élu que l'était Eltsine. L'opposition libérale ne rassemble certainement pas grand monde, en dehors d'une étroite sphère intellectuelle urbaine. Sur le plan international, même s'il serait exagéré de parler d'un retour de la guerre froide, il n'en demeure pas moins que la Russie défend à nouveau des positions différentes de celles des Occidentaux dans beaucoup de domaines qui divisent le monde et qu'elle se montre, sur bien des points, plus proche de la Chine. Paradoxalement, l'échec de l'expérience soviétique a donné raison à Karl Marx contre Lénine et Staline: la Russie n'était pas mûre pour le socialisme et l'on ne pouvait en attendre... que ce qui s'est produit. La popularité de Poutine étonne souvent en Occident. Pour tenter de la comprendre, il faut se pencher sur l'image que le peuple russe s'est forgée au cours des siècles. Dans la tradition russe, le tsar assume le rôle de père nourricier, dès lors comment ne pas comprendre qu'un dirigeant, qui a  permis aux moins bien lotis de manger à leur faim après des années de misère,  jouisse d'une grande popularité. D'après Tamara Kondratieva ( Alain Délétroz : Les cendres de l'empire), en Russie, le verbe pravit' signifie aussi bien gouverner que manger et le pouvoir est souvent qualifiée assez péjorativement de mangeoire.   

Ce qui restait de peine à purger par l'ancien homme d'affaires Khodorkovski vient de lui être remis pour raison humanitaire, sa mère étant malade. Il est libre sous réserve qu'il ne se mêle pas de politique. Fils d'ouvriers, le futur magnat du pétrole commença par se faire une place au sein de la jeunesse communiste. Il profita de la Perestroïka pour ouvrir un café, puis se lança dans l'importation et le commerce des ordinateurs personnels. La société soviétique étant alors loin d'être pauvre, grâce au marché noir et à diverses combines (ateliers clandestins, passe-droits, exportations illégales...), il profita de l'existence de deux monnaies, le rouble liquide, avec lequel étaient payés les salariés, et le rouble administratif, distribué par le Gosplan aux entreprises. Grâce à ses relations, pour faciliter la conversion des roubles administratifs en roubles liquides, il créa une banque, la Menatep, en utilisant les dispositions d'une loi imprudente, ce qui lui permis de brasser beaucoup d'agent de manière plus ou moins licite. En 1995, la Menatep fut choisie par le pouvoir pour privatiser la compagnie Ioukos qui exploitait des gisements pétroliers en Sibérie. Au lieu de procéder à une adjudication, la Menatep garda cette affaire pour elle et se l'appropria pour 350 millions de dollars. Deux ans plus tard, elle en valait 9 milliards! Khodorkovski en profita pour transférer une importante partie du magot à l'étranger. Il évinça ses partenaires de la privatisation, notamment la société américaine Amoco, qui fit ultérieurement faillite. Lié au crime organisé, on soupçonne Khodorkovski d'avoir fait assassiner certains de ses rivaux. La Menatep aurait participé au détournement des fonds prêtés par le FMI (4,8 milliards de dollars) pour renflouer la Russie qui s'enfonçaient dans la crise et la misère. Khodorkovski, devenu un grand du pétrole, se lança alors dans une opération de séduction en direction de l'Occident en appelant des Américains à siéger à son Conseil d'Administration et en créant des fondations dans lesquelles siégeaient des noms prestigieux comme Kissinger et Rotschild, au début du 21ème siècle. Poutine au pouvoir laissa entendre aux oligarques, enrichis sur le dos du peuple russe, qu'il fermerait les yeux sur les origines de leurs fortunes à condition qu'ils le laissent appliquer tranquillement sa politique. Mais tel n'était pas le souhait de Khodorkovski qui, au contraire, ne cachait pas ses ambitions présidentielles. C'est ce qui le perdit. Il y avait dans son dossier assez d'éléments à charge pour le faire condamner par la justice. C'est sur la base de la fraude fiscale, comme Al Capone, qu'il fut condamné, en 2005, à 9 ans de camp de travail. D'autres chefs d'inculpation l'attendent s'il ne sait pas faire preuve de sagesse! En Occident, son arrestation fut considérée comme un acte arbitraire surtout guidé par des considérations politiques. Ce n'est pas inexact, mais notre homme, dont le cas est typique de ce qui se passait sous Eltsine, méritait probablement son sort compte tenu des dommages qu'il avait causés à son pays. Avec l'argent qu'il a détourné et placé à l'étranger, il pourra désormais vivre une retraite heureuse, s'il sait se faire oublier (Le Monde - 23 décembre). 

2014 - Le président ukrainien Ianoukovitch ayant préféré le partenariat russe au partenariat oriental européen, un mouvement populaire de l'ouest de l'Ukraine contre ce choix se transforme, après des mois d'affrontements et d'occupations de locaux administratifs, en émeutes sanglantes, encouragées par le soutien de l'Occident. Quatre-vingt personnes sont tuées dont quinze policiers. Le parlement destitue le président Ianoukovitch qui se réfugie en Russie. Cette destitution n'a pas respecté la constitution ukrainienne celle-ci ne conférant pas un tel pouvoir au parlement. Le nouveau gouvernement qui s'installe à Kiev est reconnu par les États-Unis et l'Union européenne. Un des premiers actes des nouvelles autorités ukrainiennes consiste à priver les Russes du droit de parler leur langue maternelle; cette initiative est si extravagante que le président par intérim ne la ratifie pas. La Crimée, majoritairement peuplée de Russes, se sépare de l'Ukraine avec le soutien de Moscou qui estime que les nouvelles autorités de Kiev sont illégitimes. Cette séparation est validée par un référendum qui remporte un grand succès: 20% d'abstentions et 97% de suffrages favorables au rattachement de la presqu'île à la Russie (environ 77% de l'ensemble de la population de la Crimée); l'annonce des résultats est suivie par une liesse populaire de la majorité qui vit l'événement comme une libération et par la morosité des minorités ukrainiennes et tatars qui ont d'ailleurs boudé le scrutin. Des manifestations séparatistes agitent également les villes de l'est de l'Ukraine où les Russes sont majoritaires. Poutine s'empresse de rattacher la Crimée à la Russie avant même le vote du parlement russe. La situation ainsi créée entraîne la crise la plus grave que l'on ait connu depuis la disparition de l'URSS entre la Russie et un Occident qui prétend défendre des principes qu'il a lui-même violés à plusieurs reprises! Était-elle imprévisible? Non, les capitales occidentales ne pouvaient pas supposer que la Russie abandonnerait sans réagir des Russes à leur sort et laisserait le port de Sébastopol, berceau de la flotte russe de la Mer Noire, à la merci de gens qui lui sont ouvertement hostiles. Était-elle inévitable? Non, pour cela, il eût suffi que les Occidentaux freinent les ardeurs des émeutiers ukrainiens et, dans l'hypothèse d'un rapprochement de l'Ukraine avec l'Union européenne, négocient avec Moscou des garanties assurant le respect des intérêts légitimes de la Russie; c'était possible puisque le pouvoir ukrainien contesté s'était mis d'accord avec l'opposition pour la réalisation d'élections anticipées; au lieu de cela, l'Union européenne et les États-Unis ont préféré choisir la voie de la confrontation en appuyant les contestataires extrémistes. En fait l'Occident, avec en flèche la Pologne et la Suède, adversaires traditionnels de la Russie, au lieu de poursuivre la politique d'endiguement, comme pendant la guerre froide, a mis en oeuvre, depuis 1991, une politique d'expansion vers l'Est, ainsi qu'en témoigne l'intégration des pays baltes à l'OTAN et les tentatives pour amener d'autres États de l'ex-Union soviétiques à suivre le même chemin, ceci au mépris des engagements pris avec Gorbatchev selon lesquels ces pays resteraient à l'écart de l'Organisation atlantique. Une telle politique, qui empiète sur la zone d'influence traditionnelle de la Russie, et touche à ses intérêts vitaux, notamment en Crimée, avec le port de Sébastopol, ne pouvait pas laisser celle-ci sans réaction. 

Pour ce qui concerne l'Ukraine, compte tenu de la situation des régions de l'Est et du Sud-Est qui, depuis 1991, ont toujours massivement voté en faveur des partisans de la Russie, alors que l'Ouest se prononçait invariablement pour un rapprochement avec l'Union européenne, la sagesse eût voulu que l'Occident soutienne une solution à la Suisse: la neutralité et une constitution fédérale permettant à chaque partie de préserver ses liens ancestraux ou de s'orienter vers de nouvelles alliances. Ainsi l'unité du pays eût-elle pu être préservée en faisant l'économie d'affrontements sanglants qui, quel qu'en soit le résultat, laisseront des fractures qui ne guériront pas de sitôt, ni facilement. Ce n'est malheureusement pas la solution de la sagesse qui a prévalu, mais celle de l'affrontement! 

2015 - La Russie s'apprête à ériger une statue, de 25 mètres de haut, de Vladimir le  Grand, dit le Soleil rouge, prince de Novgorod, puis grand-prince de Kiev, qui introduisit l'orthodoxie en Russie. Cette initiative n'est politiquement pas innocente. Elle rappelle que la principauté de Kiev fut le berceau de la Russie qu'elle domina jusqu'à l'invasion mongole (Le Monde - 24 juin). (Pour Vladimir 1e Grand, voir ici). 
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L'orchestre de Saint-Pétersbourg dans les ruines de Palmyre - Source: 20 minutes
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2016 - La participation de l'armée russe à la lutte contre l'État islamique (Daesh) en Syrie, et son engagement auprès des troupes régulières syriennes, a permis à ces dernières de reprendre l'offensive et de chasser les islamistes radicaux de Palmyre où ils ont commis d'importants dégâts (destruction du temple de Baal, de l'arc-de-triomphe, et de tombeaux). Moins de deux mois après la reprise de la ville par l'armée de Bachar el-Assad, le 5 mai 2016, l'orchestre de Saint-Pétersbourg célèbre cette victoire en jouant dans le Théâtre antique de l'ancienne cité meurtrie (20 minutes - 5 mai). 

Les autorités russes ont annoncé jeudi 12 mai la saisie des biens à l'étranger de Sergueï Pougatchev, un oligarque critique de Vladimir Poutine, accusé de faillite frauduleuse. Plusieurs des biens en France de cet oligarque sont désormais susceptibles d'être vendus, notamment un yacht et des propriétés dans le sud (Le Monde - 14 mai). 

D'après l'ex-responsable du laboratoire antidopage russe, aujourd'hui aux États-Unis, un système de dopage avec la participation du FSB aurait été mis en place pour améliorer les performances des athlètes russes lors des jeux de Sotchi (Le Monde - 14 mai). 

Des bruits de bottes inquiétants se font entendre à la frontière russe. Des manoeuvres navales de l'OTAN ont lieu dans la Baltique, avec survol d'avions russes, et en Pologne, des missiles balistiques américains sont installés en Roumanie. Enfin, des personnalités occidentales font état d'un possible conflit armé contre la Russie. 

La Chine et la Russie ont commencé, le 12 septembre, et pour huit jours, un important exercice militaire en mer de Chine du Sud sur fond de tensions croissantes dans cette région convoitée par plusieurs puissances. L'objectif et d'améliorer la coordination entre les deux marines. Cet exercice annuel est le 5ème depuis 2012 (Le Monde 13 septembre). 

Une conférence musulmane vient de se tenir à Grozny, en Tchétchénie. Le communiqué final sous entend que le Wahabisme, religion d'État en Arabie saoudite, ne fait pas partie du sunnisme. Les Saoudiens voient dans cette initiative la marque de l'intervention grandissante de la Russie au Proche-Orient (Le Monde - 18-19 septembre). 

Pour terminer, quelques mots sur le caractère russe qui désoriente parfois les Occidentaux. Ce caractère nous apparaît comme un mélange d'exaltation et de résignation. L'exaltation pousse les Russes dans des élans romantiques ou des emportements désordonnés, qui confinent parfois au mysticisme, des engagements absolus, qui paraissent échapper au gouvernement de la raison. Leur résignation, proche d'une sorte de fatalisme, les dote d'une capacité de résistance étonnante qui s'explique probablement par l'accoutumance à un climat parmi les plus rudes de notre planète. Les Russes versent souvent dans la démesure: une illustration en est donnée au Kremlin par la tsarine des cloches et le tsar des canons. Une autre explication du caractère russe réside sans doute dans le caractère continental de leur pays dont la façade maritime libre, et partant utile, est réduite. Une telle situation ne prédispose pas à l'ouverture sur le monde, ni à l'essor de la démocratie. Il faut accepter les Russes comme ils sont, un peuple à cheval sur l'Asie et l'Europe sans lequel la cohésion de l'ensemble eurasiatique ne saurait exister. Pour bien des Occidentaux d'ailleurs, certains traits du caractère russe sont loin d'être sans charme. 
 


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